écorcher

(Mot repris de écorcheraient)

écorcher

v.t. [ du lat. cortex, enveloppe ]
1. Dépouiller de sa peau un animal : Écorcher un lapin.
2. Blesser superficiellement une partie du corps en entamant la peau : Ce crépi m'a écorché le coude égratigner, érafler
Écorcher les oreilles,
produire des sons très désagréables : Cet instrument m'écorche les oreilles.
Écorcher un client,
Fam. le faire payer trop cher.
Écorcher un mot, une langue,
prononcer, parler mal : Écorcher le nom d'un auteur étranger estropier

s'écorcher

v.pr.
Se faire une blessure légère qui entame superficiellement la peau : Elle s'est écorché les mains en tombant s'égratigner

ÉCORCHER

(é-kor-ché) v. a.
Dépouiller un animal de sa peau. Écorcher un cheval.
Je veux être Écorché vif si.... [LA FONT., Gag.]
Il le livra aux exécuteurs, et leur commanda de l'écorcher tout vif, de le coucher ensuite tout de travers sur trois croix, et d'étendre sa peau à part sur les pieux dressés tout auprès [ROLLIN, Hist. anc. Œuvres, t. IV, p. 218, dans POUGENS]
Bassement et fig. Écorcher le renard, vomir. Écorcher l'anguille par la queue, commencer par où l'on devrait finir, par ce qu'il y a de plus difficile. Il crie comme si on l'écorchait, ou avant qu'on ne l'écorche, se dit d'un homme qui se plaint sans grand sujet.
Enlever une partie de la peau. Vous m'avez écorché la jambe. Je me suis écorché le bras. Par extension. Les charrettes en passant ont écorché cet arbre. Les essieux des roues écorchent en passant les murailles. Terme militaire. Écorcher une fortification, l'endommager extérieurement. Fig. Écorcher une matière, en parler superficiellement ou inexactement.
M. de Noailles, qui écorchait la superficie de tout, n'avait jamais pu rien approfondir en aucun genre [SAINT-SIMON, 333, 108]
Je ne fais ici qu'écorcher la matière que j'aurai lieu ailleurs d'étendre davantage [ID., 506, 163]
Faire mal au palais, à la gorge. Ce vin vous écorche le palais, la gorge. Par extension.
Ce mot [Hershalaïm, Jérusalem] écorchait le gosier d'un Athénien [VOLT., Mœurs, Déluge.]
Écorcher l'oreille, les oreilles, mal prononcer les mots, ou, en musique, produire des sons discordants.
Platon : Ah ! elle m'écorche les oreilles [BOILEAU, Héros de roman.]
Par extension, faire de la peine, déplaire.
Le beau sexe était sauvage ; Il ne l'est plus maintenant ; Et des louanges pareilles De nos dames d'à présent N'écorchent point les oreilles [LA FONT., Cand.]
Familièrement. Écorcher les auteurs, les entendre imparfaitement, les expliquer à grand' peine. Écorcher une langue, la parler d'une manière incorrecte.
Toutes deux [ces dames] écorchent l'italien [P. L. COUR., Lett. I, 29]
Écorcher un mot, le nom de quelqu'un, le mal prononcer.
Exiger au-dessus du prix des fournitures, des vacations, etc. Il faut être raisonnable et ne pas écorcher les gens. On est écorché dans cette hôtellerie.
Il ne faut pas écorcher les malades [MOL., Mal. im. I, 1]
Avec sept hommes nous nous chargeons de tondre et d'écorcher les Français pour votre compte [P. L. COUR., I, 228]
Terme de fondeur en bronze. Écorcher la figure, diminuer la grosseur de la figure de terre qui sert de noyau.
S'écorcher, v. réfl. Se faire une écorchure. S'écorcher en se grattant. Fig. Il ne s'écorche pas, se dit de quelqu'un qui parle trop avantageusement de soi-même. Subir une perte superficielle de substance. La couverture d'un livre relié en veau s'écorche facilement.

PROVERBES

  • Beau parler n'écorche point la langue, c'est-à-dire il ne coûte pas plus de parler civilement que d'une façon arrogante.
  • Autant fait, autant vaut celui qui tient que celui qui écorche, c'est-à-dire le recéleur est aussi punissable que le voleur, ou, en général, le complice autant que l'auteur principal.
  • Il ressemble aux anguilles de Melun (voy. ANGUILLE), il crie avant qu'on l'écorche, c'est-à-dire il se plaint avant de sentir le mal.
    Votre cœur crie avant qu'on ne l'écorche [MOL., Préc. 10]
  • Il faut tondre ses brebis et non pas les écorcher, c'est-à-dire il ne faut exiger des sujets, des contribuables que ce qu'ils peuvent donner.
  • Il n'y a rien de plus difficile à écorcher que la queue, c'est-à-dire la fin d'une affaire est souvent le plus difficile. La queue en sera difficile à écorcher.

HISTORIQUE

  • XIIe s.
    Chartain, Borgoignon e Franceis Virent qu'orent [ce qu'eurent] fait li Daneis, Cum lur lices [retranchements] sunt esforcées De cors [cuirs] des bestes escorchées [BENOÎT, II, 5965]
    Autresi fait il faute e force, Qui tient le pié cum qui escorce [ID., 7372]
    Faites le traïtor trestout vif eschorcer [, Ronc. p. 200]
    [Ils nous voulaient] Escorchier et livrer à lor ours en chaaine [, Sax. XX]
    ....à quel martire Sera cist chevaliers rendus ? Iertil escorchiez ou pendus, Noiez ou ars en feu d'espines ? [, la Charrette, 410]
  • XIIIe s.
    Qu'un los [loup] seit escurchiez tuz vis ; Si seit li sanz e la pel mis Sur vostre pis [poitrine] dusqu'à demein ; Lors vus sentirez trestut sein [MARIE, Fabl. 59]
    De si grant force governa, Que totes les mains s'escorcha Au governail que il tenoit [, Ren. 22970]
    L'en ne puet oster de sa pel Le leu, tant qu'il soit escorchiés, Jà tant n'iert batu ne torchiés [, la Rose, 12201]
    Et por ce qu'il orent or chier, Firent-ils la terre escorchier [, ib. 9606]
    Et si dist on un proverbe, que cil qui à une lois escorche, deus ne trois ne tont [BEAUMANOIR, XLV, 37]
    [Cheval] Qu'onquos non laissast acorchier [RUTEB., 274]
    Asnes, chevaus et muls [ils] faisoient escorchier ; Si manjuent la char en l'aue et el rostier [, Ch. d'Ant. VII, 269]
    À l'escorcher gardez la pel [LEROUX DE LINCY, Prov. t. I, p. 175]
    Li prince e cunte, et li barun Ne vunt querant si gloire nun, Povres eschorchent e defulent [foulent, oppriment] [, Édouard le conf. V. 3745]
  • XIVe s.
    Ne pren de tes gens que tes rentes, Soit en blez, en cens ou en ventes ; Car se tu les vues [veux] escorchier, Miex te vaurroit estre un porchier [MACHAUT, p. 120]
    Estuiz de cuir escorchiez aux armes de France [, Invent. des livres de Charles V, art. 262, dans LACURNE]
  • XVIe s.
    Tu escorches le latin ; par St Jan, je te feray escorcher le regnard, car je t'escorcheray tout vif [RAB., Pant. II, 6]
    J'estime que si on vouloit escorcher le peuple, qu'ils y consentiroyent moyennant qu'ils eussent un petit lopin de la peau [LANOUE, 240]
    On leur bailloit leur orge toute mondée et escorchée, à fin qu'ilz la cuisissent mieulx et la digerassent plutost [AMYOT, Eumènes, 22]
    À l'escorcher la queue est pire [LER. DE LINCY, Prov. t. I, p. 175]
    Nul ne peut faire latrines et retraits, cloacques, fours, puits et esgouts d'eau sur son heritage contre l'heritage d'autrui, sinon que la muraille moyenne demeure entiere et sans estre escorchée [, Nouv. coustum. gener. t. II, p. 1057]
    Meslons-y les femmes : qui n'a ouï parler à Paris de celle qui se feit escorcher, pour seulement en acquerir le teint plus frais d'une nouvelle peau ? [MONT., I, 308]

ÉTYMOLOGIE

  • Berry, acorcher ; wallon, hoirsî ; namur. choirchî ; provenç. escorgar, escortegar ; catal. escorxar ; espagn. et portug. escorchar ; ital. scorticare ; du bas-latin excorticare, de ex, et cortex, écorce. On a voulu le tirer de excoriare ; mais le ch de plusieurs des langues romanes mène nécessairement à excorticare.

écorcher

ÉCORCHER. v. tr. Dépouiller un animal de sa peau. Écorcher un cheval, un boeuf, une anguille.

Écorcher vif se disait d'un Supplice infligé à certains condamnés.

Prov. et fig., Il faut tondre les brebis, et non pas les écorcher. Voyez TONDRE.

Fam., Il crie comme si on l'écorchait, Il jette de grands cris. Cela se dit aussi d'une Personne qui se plaint beaucoup pour peu de chose.

Prov. et fig., Il ressemble aux anguilles de Melun, il crie avant qu'on l'écorche. Voyez ANGUILLE.

Fig. et fam., Écorcher l'anguille par la queue. Voyez ANGUILLE.

Il signifie aussi Déchirer, enlever une partie de la peau d'une personne, d'un animal, ou de l'écorce d'un arbre. Vous m'avez écorché la jambe. Je me suis écorché le bras. Je me suis écorché à la main. La selle a écorché ce cheval. Les charrettes en passant ont écorché cet arbre.

Fig. et fam., Écorcher une langue, La parler mal, en prononcer mal les mots. On dit de même Écorcher un mot, le nom de quelqu'un.

Il signifie, par analogie, Être rude au palais, à la gorge, en parlant d'un Aliment, d'une boisson. Le pain de son, le pain dur écorche le gosier. Ce vin est si âpre, qu'il écorche le palais.

Prov. et fig., Jamais beau parler n'écorcha la langue, Il est toujours bon de parler honnêtement.

Fig. et fam., Écorcher l'oreille, les oreilles, Faire sur l'ouïe une impression désagréable, en parlant des Sons rudes, aigres ou discordants. Un jargon barbare qui écorche les oreilles. Une voix, une musique qui écorche les oreilles.

En termes de Sculpture, il signifie Ôter du noyau d'une figure qu'on se propose de couler en plâtre, en bronze, etc., autant d'épaisseur qu'on veut en donner au plâtre, au bronze, etc.

Il signifie figurément et familièrement Exiger beaucoup plus de quelqu'un qu'il n'est équitable ou raisonnable pour des droits, des salaires, des vacations, pour des marchandises, des fournitures. Cet homme d'affaires écorchait ses clients. Ce marchand est raisonnable, il n'écorche pas ses pratiques. C'est un hôtel où l'on écorche les gens.

Il signifie encore figurément Tenir des propos malveillants à l'égard de quelqu'un. Écorcher son prochain.

Le participe passé ÉCORCHÉ, ÉE, se dit comme nom masculin, en termes de Peinture et de Sculpture, d'une Figure sans peau, dont on voit les muscles. L'écorché de Michel- Ange, de Houdon. Dessiner d'après l'écorché. Étudier l'écorché.

écorcher


ÉCORCHER, v. act. [1re et dern. é fer.] Écorcher est proprement, dépouiller un animal de sa peau: Écorcher un cheval, un boeuf. = 2°. Emporter, déchirer une partie de la peau d'un animal, ou de l'écorce d'un arbre. "Je me suis écorché le bras (et non pas, j'ai écorché mon bras, comme le disent plusieurs en certaines Provinces). "La selle a écorché ce cheval: cette charette, en passant, a écorché cet arbre. = 3°. Par extension, on dit d'une boisson, qu'elle écorche le palais, la gorge; d'une voix aigre, d'une méchante musique, d'un parler rude et barbâre, qu'ils écorchent les oreilles. = 4°. Exiger plus qu'il ne faut; faire payer trop cher. "Hotellerie où l'on écorche les gens. = 5°. Écorcher une langue; la mal parler "Il écorche le français, le latin. — Au passif, il signifie, être dérivé: ce mot est écorché du latin. Cette manière de parler est tout au plus du style médiocre. L'Ab. Desfontaines, parlant des Règles de l'Éloquence, par M. Gibert, dit: "je n'aime pas les termes techniques, écorchés du grec: Il falait en substituer de plus intelligibles.
   Le Proverbe dit: "Autant celui qui tient, que celui qui écorche; les complices doivent être punis comme les malfaiteurs. — Il n'y a rien de plus dificile à écorcher que la queûe; ce qu'il y a de plus dificile dans une afaire, est le point de la conclusion. — On dit aussi d'un homme qui se plaint sans grand sujet; qu'il crie, comme si on l'écorchait. Voy. ANGUILLE. — Il faut tondre les brebis, et non pas les écorcher: Les Princes ne doivent pas trop charger les peuples. — Bassement et populairement, écorcher le renard; vomir après avoir trop bû.

Synonymes et Contraires

écorcher

verbe écorcher
1.  Dépouiller un animal de sa peau.
2.  Blesser en entamant la peau.
3.  Prononcer mal un mot.
4.  Familier. Faire payer quelqu'un trop cher.
Traductions

écorcher

skin, graze, bark, jar, chafeשרט (פ')schaven, villen, ontvellen, radbraken, schrammen, verbasteren [taal]despellejarescoriare, sbucciare, scannare, scoiare, scorticare (ekɔʀʃe)
verbe transitif
1. arracher un morceau de peau écorcher un animal
2. figuré mal prononcer écorcher un nom

écorcher

[ekɔʀʃe] vt
[+ animal] → to skin
(= égratigner) → to graze
(fig) [+ nom] → to mispronounce
Il écorchait le français → His French pronunciation was atrocious. [ekɔʀʃe] vpr/vt
s'écorcher le genou → to graze one's knee
Je me suis écorché le genou → I've grazed my knee.