égal, ale

ÉGAL, ALE

(é-gal, ga-l') adj.
Pareil en quantité, en valeur. Cent francs en or et cent francs en billets sont des sommes égales. Deux lignes égales entre elles. Le mètre est égal à la quarante millionième partie de la circonférence de la terre.
Pense qu'il est si grand, qu'il n'aurait point d'offrande, S'il n'en recevait point que d'égales à lui [MALH., I, 4]
Que m'offrirait de pis la fortune ennemie, à moi qui tiens le trône égal à l'infamie [CORN., M. de Pomp. III, 2]
Peut-on voir un orgueil à votre orgueil égal ? [ID., Nicom. V, 7]
Du nom de dictateur, du nom de général, Qu'importe si des deux le pouvoir est égal ? [ID., Sertor. III, 2]
Hélas ! seigneur ! quel trouble au mien peut être égal ? [RAC., Phèd. I, 2]
Il n'y a point, dit Tite Live, d'esprits plus susceptibles de jalousie que ceux qui n'ont point un mérite égal à leur naissance et à leur rang [ROLLIN, Hist. anc. Œuvres, t. I, p. 497, dans POUGENS]
Les hommes, qui tous savent le fort et le faible les uns des autres, connaissent ceux qui leur sont égaux, sentent la supériorité que quelques-uns ont sur eux et celle qu'ils ont sur quelques autres [LA BRUY., XI]
Quand trente mille hommes combattent en bataille rangée contre des troupes égales en nombre [VOLT., Candide, 4]
Absolument.
Ceci peut s'appliquer à la grandeur royale ; Elle reçoit et donne, et la chose est égale ; Tout travaille pour elle, et réciproquement Tout tire d'elle l'aliment [LA FONT., Fabl. III, 2]
Il n'est bien sous le ciel qui vous parût égal [ID., ib. VIII, 13]
Rien ne met à l'abri de cet ordre fatal, Ni le rang, ni le sexe, et le crime est égal [RAC., Esth. I, 3]
Depuis qu'à Pharaon ce peuple est échappé, Une égale terreur ne l'avait point frappé [ID., Athal. III, 7]
Suivre d'un pas égal mes fortunes diverses [ID., Bérén. I, 4]
Allons ; d'un pas égal que ne puis-je vous suivre ? [VOLT., Mérope, V, 5]
Ce combat comme à nous peut leur être fatal, Égaux sont les périls, le courage est égal [C. DELAVIGNE, Vêpres sicil. II, 6]
Toutes choses égales, ou tout étant égal d'ailleurs, c'est-à-dire en supposant qu'il n'y ait aucune différence entre les choses dont il s'agit.
Toutes choses égales, une raison née avec quelque élévation aimerait encore mieux se tromper, en se faisant honneur, qu'en se déclarant pour un parti si ignominieux à son être [MASS., Car. Avenir.]
La partie est égale, la partie n'est pas égale, se dit de deux joueurs, de deux combattants qui sont ou ne sont pas de même force.
Comme la partie n'est pas égale, il faut user de stratagème et éluder adroitement le malheur qui me cherche [MOL., Festin de P. II, 10]
Tenir la balance égale, c'est-à-dire être d'une stricte justice, d'une exacte impartialité, à l'égard d'hommes ou d'opinions qui sont en conflit. Faire tout égal, traiter tout le monde de même, ne favoriser personne. En termes de géométrie, égal, quand il se dit de ce qui est figuré, ne s'applique pas seulement à la valeur, mais aux angles et aux dimensions, de telle sorte qu'on puisse concevoir l'exacte superposition des figures. Un parallélogramme est partagé par sa diagonale en deux triangles égaux ; deux cercles décrits du même rayon sont égaux ; entendez que si on les applique l'un sur l'autre, ils coïncideront exactement. Quand il n'est pas question de la figure, ou quand la figure est tellement différente qu'on ne peut songer à la superposition, égal reprend son sens ordinaire, il ne signifie plus que la parité dans la quantité. Tous les parallélogrammes de même base et de même hauteur sont équivalents, c'est-à-dire égaux en surface. Des volumes égaux. La sphère est égale aux deux tiers du cylindre circonscrit. Terme de botanique. Aigrette égale, aigrette composée de soies ayant à peu près la même longueur. Polygamie égale, ordre comprenant les syngénèses dont toutes les fleurs sont hermaphrodites. Terme de musique grecque. Système égal, système d'Aristoxène qui divisait chaque tétracorde en trente parties égales.
Qui jouit des mêmes droits. Tous les hommes sont égaux. Autrefois les habitants du pays n'étaient pas égaux devant la loi.
Les mortels sont égaux, ce n'est pas la naissance, C'est la seule vertu qui fait la différence [VOLT., Mahomet, I, 4]
Et vous semblez d'un sang fait pour donner des lois à l'Arabe insolent qui marche égal aux rois [ID., Fanat. I, 2]
Qui est toujours le même, qui ne varie point. Un mouvement égal. Un style égal.
Du reste, en quoi répond au sort divers Ce train toujours égal dont marche l'univers ? [LA FONT., Fabl. II, 13]
Un style trop égal et toujours uniforme En vain brille à nos yeux, il faut qu'il nous endorme [BOILEAU, Art p. I]
D'un soin toujours égal sa faveur l'environne [RAC., Alex. I, 2]
Ce Dieu.... Juge tous les mortels avec d'égales lois [ID., Esth. III, 4]
En médecine, on dit que le pouls est égal, que la respiration est égale, lorsque les mouvements qui les constituent sont semblables pour la force et la durée.
Qui est d'un caractère doux et sans hauts ni bas.
Vous étiez né doux, égal, accessible [MASS., Car. Prodigue.]
Modeste, bonne, égale, toujours obligeante, naturelle et réservée [Mme DE GENLIS, Veillées du château t. I, p. 442, dans POUGENS]
Se dit aussi de l'humeur, du caractère.
La supérieure n'avait jamais vu de religieuse d'une humeur aussi égale [CHATEAUB., René, 216]
Égal à soi-même, qui ne se dément en rien.
Virgile a fait son héros, modéré, pieux, et par conséquent égal à lui-même [FÉN., t. XXIV, p. 26]
Absolument.
Ce serait bien, seigneur, de tout point me confondre ; Et je serais moins roi qu'un objet de pitié Si le bandeau royal m'ôtait votre amitié ; Mais je m'alarme trop et Rome est plus égale [CORN., Nicom. IV, 5]
Égal, ainsi employé absolument, a vieilli.
Qui est objet d'indifférence. Tout lui est égal.
Toute demeure lui fut égale, toute la terre lui fut un exil [FLÉCH., Panég. I, 352]
Tout lui est égal, pourvu qu'il accable ses ennemis [FÉN., Tél. X]
Il y avait déjà longtemps que toutes les saisons étaient devenues égales pour les soldats de Charles et pour ceux du czar [VOLT., Charles XII, 4]
Une indifférence suprême, Voilà mon principe et ma loi ; Tout lieu, tout destin, tout système Par là devient égal pour moi [GRESSET, Chartreuse.]
Tous les hommes, tous les pays, tous les livres lui étaient égaux [VAUVENARGUES, Ergaste.]
Ton fils est mort, disait un guerrier à une mère, et la mère répondait en pleurant : c'est égal [CHATEAUB., Natch. II, 52]
Familièrement. C'est égal. c'est-à-dire quoi qu'il en soit. C'est égal, il paye cher son avantage. Qui éprouve de l'indifférence (emploi qui a vieilli).
Égale à tous les deux jusques à la victoire, Je prendrai part aux maux sans en prendre à la gloire [CORN., Hor. I, 1]
Et je n'ose penser que d'un œil bien égal Polyeucte en ces lieux puisse voir son rival [ID., Polyeucte, III, 1]
Et le prends-tu pour homme à voir d'un œil égal Et l'amour de son frère, et la mort d'Annibal ? [ID., Nicom. II, 1]
Uni, qui est de niveau, qui n'est pa raboteux. Un chemin égal.
Substantivement. Celui, celle qui est égale aux autres.
Heureux d'avoir vaincu pour vivre son égal [CORN., Pomp. III, 5]
Ne nous associons qu'avecque nos égaux [LA FONT., Fabl. V, 2]
Je ceignis la tiare et marchai son égal [RAC., Athal. III, 3]
Lucile aime mieux user sa vie et se faire supporter de quelques grands que de vivre familièrement avec ses égaux [LA BRUY., IX.]
Accoutumons des rois la fierté despotique à traiter en égale avec la république [VOLT., Brut. I, 1]
Des égaux ! dès longtemps Mahomet n'en a plus [ID., Fanat. II, 5]
Qui n'a pas d'égal, sans égal, c'est-à-dire qui ne peut être égalé.
Et moi par un malheur qui n'eut jamais d'égal [CORN., Cinna, III, 1]
Mais ce serait pour vous un bonheur sans égal [ID., Ment. I, 1]
Tel porte jusqu'aux cieux leur vertu sans égale [ID., Hor. III, 2]
Une tendresse qui ne saurait avoir d'égale [SÉV., 14]
De ses faits je tiens registre, C'est un homme sans égal [BÉRANG., Sénat.]
D'égal, loc. adv. Sur le pied de l'égalité.
Je ne dois qu'à moi seul toute ma renommée, Et pense toutefois n'avoir point de rival à qui je fasse tort en le traitant d'égal [CORN., Exc. à Ariste]
Il [Abraham] traitait d'égal avec les rois [BOSSUET, Hist. II, 2]
Elle [son âme] va d'égal avec les grandes âmes [LA BRUY., XI]
10° À l'égal de, loc. prépos. Comme, de même que, autant que.
La seule vérité donne aux afflictions Des consolations Durables à l'égal de la sainte parole [CORN., Imit. III, 16]
Des frères ne sont rien à l'égal d'un époux [ID., Hor. III, 4]
Rome se fera craindre à l'égal du tonnerre [ID., ib. III, 5]
À l'égal de mes jours je la [ma haine] ferai durer [ID., Pomp. V, 4]
Allons donner votre ordre à des pompes funèbres, à l'égal de son nom illustres et célèbres [ID., Sertor. V, 8]
Un homme que je hais à l'égal de la mort [MOL., École des maris, II, 11]
À l'égal des Persans je veux qu'on les honore [RAC., Esth. III, 7]
À l'égal de, avec un infinitif.
Et le trépas en soi n'a rien de rigoureux à l'égal de vous rendre un rival plus heureux [CORN., Perth. II, 1]
Absolument.
Je suis craint à l'égal sur la terre et sur l'onde [CORN., Illusion comique, III, 11]
C'est ce qui attire si puissamment sur nous les affections de la sainte Vierge qu'il n'y a point de mère qui puisse aller à l'égal [BOSSUET, 2e serm. Compass. de la sainte Vierge, 2]
Quant à moi qui méprise presque à l'égal les injures et les dénonciations individuelles.... [MIRABEAU, Collection, t. IV, p. 305]
À son égal, en comparaison de.
Ah ! si vous connaissiez, mes frères, ce que vous perdez en perdant la grâce sanctifiante ; si vous saviez que la perte de l'univers n'est rien à son égal [MASS., Myst. Résurr.]

PROVERBE

    Cela est égal comme deux œufs, se dit de deux choses absolument conformes.

HISTORIQUE

  • XIe s.
    E il metrad [le bétail en litige] en uele [égale] main, d'ici là que il seit derained [jugé] [, Lois de Guill. 25]
    Si home muert sans devise [testament], si departent li enfant l'erité entre sei par uwel [égal] [, ib. 36]
  • XIIe s.
    Esgal leis, esgal peine, esgal mal vos atent [, Rou, V. 2030]
    Là seront li denier livré par igal pois [, Sax. XXXIII]
    Tel qui fist personel del verbe impersonel, Singuler et plurel aveit tut par igal [, Th. le mart. 55]
  • XIIIe s.
    Li jors estoit biaus et seris, et li plains tant ingaus que il n'i avoit mal pas ne chose qui destorber les peust [H. DE VALENC., VI]
    Et es livres et el cheval Partirai-ge tot par igal Et mot à mot et foil à foil [, Ren. 21198]
    Certaine coze est que les mesures ne sont pas en la comté de Clermont ygaus, ains se diversefient en plusors viles [BEAUMANOIR, XXVI, 3]
  • XIVe s.
    Et ce que nous appellons ici egual, c'est le moien entre superhundance ou excès d'une part et deffaut d'autre part [ORESME, Eth. 44]
  • XVe s.
    Et ceulx qui sont de povoir ou de nombre equal, et qui tous de bon cœur requierent à l'ayde de Dieu l'ung contre l'aultre [, Jeh. de Saintré, ch. 48]
  • XVIe s.
    Il [le Fils] estoit egal à Dieu, avant que s'aneantir sous la forme de serviteur ; or comment cette equalité pourroit-elle convenir, sinon qu'il fust le Dieu du quel le nom est souverain ? [CALV., Instit. 94]
    En l'amitié, c'est une chaleur temperée et egale [MONT., I, 209]
    Des enfants ont commandé des grands estats, à l'egual des plus suffisants princes [ID., IV, 52]
    Sylla lui faisoit des honneurs, qu'il portoit bien peu souvent aux plus vieux et à ceulx qui estoient egaux à luy [AMYOT, Crassus, 10]

ÉTYMOLOGIE

  • Wallon, ewal ; anc. wallon, enweil ; norm. ignau, qui est sans façon, c'est-à-dire égal pour tout le monde ; provenç. egual, engal ; catal. egual ; espagn. et portug. igual ; ital. eguale ; du latin aequalis, dérivé d'aequus, uni, juste. Uwel, uel est la plus ancienne forme, laquelle correspond à la forme italienne uguale. On trouve aussi, dans l'ancien français, ive, qui vient de aequus.