étouffer

(Mot repris de étouffâtes)

étouffer

v.t. [ lat. pop. stuffare, boucher ]
1. Faire mourir par asphyxie asphyxier
2. Gêner en rendant la respiration difficile : Ce col trop serré m'étouffe oppresser
3. Arrêter la combustion de : Elle a étouffé les flammes avec de la terre éteindre ; alimenter, attiser
4. Fig. Rendre moins sonore : Le double vitrage étouffe les bruits de la rue amortir, assourdir
5. Fig. Empêcher le développement de : Étouffer un scandale dissimuler, stopper ; ébruiter, propager
v.i.
1. Mourir par asphyxie.
2. Respirer avec peine : En plein soleil, nous étouffons dans la voiture suffoquer
3. Être mal à l'aise : Elle étouffe dans ce milieu trop strict.

s'étouffer

v.pr.
Perdre la respiration : Elle s'est étouffée en avalant de travers s'étrangler

ÉTOUFFER

(é-tou-fé) v. a.
Ôter la respiration en privant de communication avec l'air ou en comprimant.
J'ai pensé être étouffé à la porte [MOL., Critique, sc. 5]
On étouffe aisément qui se laisse presser [ROTROU, Antig. I, 6]
Les dames de la cour, indignées de ce qu'il leur avait préféré une personne d'une si basse naissance, étouffèrent l'enfant [MONTESQ., Esp. VI, 13]
Étouffer les cocons des vers à soie, les mettre dans une étuve ou les exposer à la vapeur d'eau bouillante pour tuer la chrysalide, afin que le papillon qui en proviendrait sans cela ne perce pas le cocon pour en sortir ; les cocons percés ne peuvent plus être filés, parce que, pour les filer, on les met dans l'eau où ils surnagent, tandis que, s'ils étaient percés, ils se rempliraient d'eau et tomberaient au fond. Par exagération. Serrer fortement.
Les pleurs recommencèrent, et on pensa étouffer l'enfant à force de le baiser [SCARRON, Rom. com. I, 13]
La connaissance la plus légère met un homme en droit d'en étouffer un autre en l'embrassant [MONTESQ., Lett. pers. 28]
Fig. Étouffer quelqu'un, le perdre, le faire périr.
J'embrasse mon rival, mais c'est pour l'étouffer [RAC., Brit. IV, 3]
Égisthe est l'ennemi dont il faut triompher ; Jadis en son berceau je voulus l'étouffer [VOLT., Mérope, I, 4]
Familièrement. Que la peste l'étouffe ! Sorte d'exclamation pour exprimer son mécontentement de quelqu'un.
Ôter la communication avec l'air libre et par là empêcher de brûler. Étouffer un incendie. Étouffer du charbon, de la braise. Fig.
Il n'eût point vu Créüse, et cet objet nouveau N'eût point de notre hymen étouffé le flambeau [CORN., Médée, I, 5]
Fig. Étouffer la révolte.
Il étouffait les querelles dans leur naissance [FLÉCH., Duc de Mont.]
Employez votre autorité à étouffer ces disputes dès leur naissance [FÉN., Tél. XXIII]
Étouffer une affaire, une querelle, empêcher qu'elle n'éclate, qu'elle n'ait des suites.
Vous êtes pris ; ne vous montrez donc pas ; C'est le moyen d'étouffer cette affaire [LA FONT., Rémois.]
Croyez-moi, madame, puisque nous y consentons, ce que vous avez de mieux à faire, c'est d'étouffer cette malheureuse aventure.... [PICARD, Noce sans mariage, IV, 12]
Priver les plantes de l'air nécessaire à leur végétation. Les mauvaises herbes étouffent le blé. Fig.
Le prédicateur, dans Samuel Clarke, a étouffé le philosophe [VOLT., Ph. ignor. 13]
Terme de jardinage. Étouffer des boutures, les placer sous une cloche en verre pour les soustraire à l'action de l'air, et favoriser le développement des racines.
Étouffer des sons, les rendre moins éclatants, les amortir. Ne pas laisser entendre.
Fasse le juste ciel propice à mes désirs Que ces longs cris de joie étouffent vos soupirs ! [CORN., Pomp. v, 5]
Pour étouffer les cris que poussaient ces malheureuses victimes [dans les sacrifices humains], on faisait retentir, pendant cette barbare cérémonie, le bruit des tambours et des trompettes [ROLLIN, Hist. anc. Œuvres, t. I, p. 190, dans POUGENS]
Étouffer la voix, en empêcher l'émission.
La grande joie où je suis étouffe toutes mes paroles [MOL., l'Am. méd. III, 6]
Tant de coups imprévus m'accablent à la fois Qu'ils m'ôtent la parole et m'étouffent la voix [RAC., Phèd. IV, 2]
Le sang qui coule étouffe sa voix [FÉN., Tél. XX]
Fig.
L'amour étouffe en vous la voix de la nature [CORN., Rodog. IV, 3]
Étouffer se dit aussi de celui qui retient sa voix, ses soupirs, etc.
Je veux bien toutefois étouffer ce murmure [CORN., D. Sanche, IV, 3]
Je me suis tu, j'ai étouffé mes soupirs [FÉN., Tél. VII]
En tâchant d'étouffer ses sanglots [J. J. ROUSS., Ém. v.]
Supprimer, détruire.
Cette gloire.... Doit étouffer en nous tous autres sentiments [CORN., Hor. II, 3]
Quand pourrai-je étouffer dans tes embrassements L'erreur dont j'ai formé de si faux sentiments ? [ID., ib. IV, 2]
Et la peur d'être ingrate étouffe votre deuil [ID., Tois. d'or, I, 1]
Croyez-vous que.... L'absence ait de mes feux les ardeurs étouffées ? [ROTROU, Bélis. II, 4]
Il faut donc étouffer tous les sentiments de la nature [SÉV., 418]
Je le priais de ne point étouffer le Saint-Esprit dans son cœur [ID., 37]
On fit les derniers efforts pour étouffer cette doctrine [BOSSUET, Lett. 209]
Étouffe dans son sang ses désirs effrontés [RAC., Phèd. IV, 2]
Quoi ! j'étouffe en mon cœur la raison qui m'éclaire.... [ID., Andr. v, 4]
Quand il s'agit d'étouffer dans leur naissance ces faibles désirs de pénitence [MASS., Carême, Respect hum.]
Je sens naître malgré moi des scrupules. - Il faut les étouffer [LESAGE, Turcaret, IV, 9]
Étouffez dans son cœur un orgueil insensé [VOLT., Brutus, II, 4]
De Séide et du reste étouffez la mémoire [ID., Fanat. v, 2]
On étouffe l'esprit des enfants sous un amas de connaissances inutiles ; mais de toutes les sciences la plus absurde, à mon avis, et celle qui est la plus capable d'étouffer toute espèce de génie, c'est la géométrie [paroles mises dans la bouche d'un précepteur ignorant] [ID., Jeannot.]
Terme de marine. Étouffer les voiles, les presser contre le mât, pour les dérober à l'action d'un vent trop violent. On dit aussi étrangler.
Terme de cartonnier. Étouffer la colle, la faire tourner en eau pour l'avoir trop remuée.
V. n. Avoir la respiration gênée par défaut d'air. Ouvrez la fenêtre, on étouffe ici. Délacez cette femme, elle étouffe.
Elle étoufferait plutôt que de laisser échapper un soupir en sa présence [J. J. ROUSS., Ém. v.]
Sur ces sables muets, cette mer sans courroux S'entr'ouvre, nous dévore, et se ferme sur nous ; Ma sœur, j'étouffe encore [DUCIS, Abufar, II, 2]
Familièrement. Étouffer de rire, rire jusqu'à perdre la respiration.
Ah ! pour étouffer n'étouffons que de rire [BÉRANG., Gourmands.]
Étouffer à force de manger, avoir la respiration gênée parce que l'estomac est trop plein.
Et d'ailleurs à chaque repas D'étouffer ne tremblez-vous pas ? [BÉRANG., Gourmands.]
Étouffer de rage, être si en colère qu'on en perd la respiration. Fig.
J'étouffais dans l'univers, j'aurais voulu m'élancer dans l'infini [J. J. ROUSS., 3e lett. à M. de Malesherbes]
S'étouffer, v. réfl. Perdre la respiration.
Cette femme s'étouffait de rire [SÉV., 70]
Il s'est étouffé de crier après les chiens [LA BRUY., VII]
S'étouffer, se serrer les uns les autres dans une grande foule. On s'est étouffé à ce bal.
Il y avait bien des places de vides, tout le monde ayant cru qu'on s'y étoufferait [MAINTENON, Lett. à M. d'Aubigné, 5 oct. 1682]
Se faire périr l'un à l'autre.
Que, rappelant leur haine, au lieu de la chasser, Ils s'étouffent, Attale, en voulant s'embrasser [RAC., Théb. III, 6]
Être étouffé, n'être pas entendu. Leurs murmures s'étouffèrent parmi les acclamations générales.
Et ce bruit insensé que l'homme croit sublime Se sera pour jamais étouffé dans l'abîme, L'abîme qui n'a plus d'échos [LAMART., Harm. I, 10]
Avec suppression du pronom personnel.
Si cette méchante doctrine était renfermée dans les livres de deux ou trois casuites inconnus, peut-être qu'il serait utile de la laisser étouffer par l'oubli et par le silence [PASC., 3e et 4e factum pour les curés de Paris, 2e part.]

SYNONYME

  • ÉTOUFFER, SUFFOQUER. Étymologiquement étouffer, c'est empêcher l'air d'arriver ; suffoquer, c'est serrer la gorge ; de là la différence entre ces deux verbes. On étouffe quand l'air manque d'une façon quelconque ; on suffoque, quand la gorge est obstruée d'une façon quelconque.

HISTORIQUE

  • XVIe s.
    Les plantes s'estouffent de trop d'humeur, et les lampes de trop d'huile [MONT., I, 139]
    Essayant d'estouffer dans le vin cette fascheuse pensée [ID., II, 37]
    Ils [les chiens de la fable] entreprindrent de boire cette eau, d'asseicher le passage, et s'y estoufferent [ID., IV, 236]
    Logez pesle mesle plusieurs ensemble dessoubs petites tentes et cabannes estouffées [AMYOT, Péric. 66]
    Il fut foulé aux piedz et estouffé à la porte du camp par la multitude des fuyans [ID., Lucull. 31]
    Cest air estouffé et le poulcier ensemble leur entroit dedans la gorge [ID., Sertor. 24]

ÉTYMOLOGIE

  • Bourguign. étôffai ; wallon, sitofé, stofé ; de es- préfixe, et un radical touf, qui se trouve dans l'italien tuffo, immersion, l'espagnol tufo, vapeur, le provençal moderne toufe, vapeur étouffante, le lorrain toufe, étouffant. Ce radical est rattaché par Diez au grec vapeur (voy. TYPHUS). Scheler conteste cette étymologie, objectant que les autres langues romanes qui auraient le primitif n'auraient pas le dérivé étouffer, et que toufe n'est pas dans le français (ce qui n'est pas complétement exact, puisqu'il est dans le lorrain) ; en conséquence il incline à regarder étouffer comme identique avec étouper, par l'intermédiaire du germanique ; anc. h. allem. stuphan ; allem. stopfen. Ce qui semble parler pour Diez, c'est que le français, le bourguignon et le wallon gardent l'f pour étoufer et le p pour étouper (voy. TOUFFEUR).

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

    ÉTOUFFER. Ajoutez :
    S'étouffer, être étouffé, supprimé, ne pas suivre son cours.
    Enfin le procès s'est étouffé petit à petit [GUI PATIN, Lettres, t. II, p. 292]

    REMARQUE

    • Étouffer, verbe neutre, se conjugue d'ordinaire avec l'auxiliaire avoir. Cependant J. J. Rousseau s'est servi de l'auxiliaire être :
      À l'égard de Mme d'Épinay, je lui ai envoyé vos lettres et les miennes ; je serais étouffé de douleur sans cette communication [J. J. ROUSS., Lett. à Diderot, janv. 1757]
      J'aurais étouffé conviendrait seul ici.

étouffer

ÉTOUFFER. v. tr. Faire mourir en arrêtant la respiration. La diphtérie peut étouffer les enfants. Cette nourrice en dormant a étouffé son enfant. On dit par exagération, dans le langage familier, Que la peste l'étouffe!

Il signifie aussi Suffoquer, empêcher de respirer librement. La chaleur m'étouffe. Il s'étouffait en mangeant. Fig., Étouffer quelqu'un de caresses.

Il est aussi intransitif et signifie Avoir la respiration empêchée ou Mourir faute d'air. Il n'y a point d'air dans cette chambre, on y étouffe. Nous pensâmes étouffer de chaleur. Délacez cette femme, elle étouffe.

Fig. et fam., Étouffer de rire, Rire jusqu'à perdre la respiration. Rire étouffé, Celui qui échappe à une personne malgré les efforts qu'elle fait pour ne point rire.

ÉTOUFFER, transitif, se dit également de Ce qui dérobe aux plantes l'air nécessaire à leur végétation. Les mauvaises herbes étouffent le blé. Cet arbre étouffe les arbustes qui l'entourent.

Il signifie aussi Éteindre en interceptant l'air. Étouffer du charbon, de la braise. Étouffer un incendie.

Il signifie au figuré Supprimer, cacher, surmonter. Étouffer les cris de quelqu'un. Étouffer les remords de sa conscience. Étouffez de pareils soupçons. La paresse étouffe en lui les meilleures qualités. Étouffer les talents. Étouffer une révolte, une hérésie, une sédition, une guerre civile.

Étouffer des sons, Les rendre moins éclatants, les amortir. Il y a, dans les pianos, une pédale qui sert à étouffer les sons. Cris étouffés, Les cris sourds d'une personne dont la respiration est gênée.

Étouffer une affaire, étouffer une querelle, Empêcher qu'elle n'éclate, qu'elle n'ait des suites.

Synonymes et Contraires

étouffer

verbe intransitif étouffer

étouffer

verbe transitif étouffer
1.  Empêcher de respirer.
2.  Gêner la respiration.
3.  Amortir un bruit.
4.  Arrêter la combustion.
5.  Réprimer une réaction.
7.  Empêcher la propagation de.
Traductions

étouffer

(etufe)
verbe transitif
1. faire mourir en empêchant de respirer étouffer qqn avec un oreiller
2. gêner la respiration La chaleur l'étouffe.
3. éteindre étouffer un feu
4. figuré retenir étouffer un cri
5. figuré empêcher d'être connu étouffer une affaire d'État
6. figuré empêcher d'être libre Ses amis l'étouffent.

étouffer

erdrosseln, ersticken, erwürgenchoke, suffocate, quell, suppress, smother, stifle, hush up, snuff out, muffle, swelteronderdrukken, neerslaan, smoren, verkroppen, verstikken, (ver)stikken, achterover slaan, dempen [geluid], gappen, versmorenהחניק (הפעיל), חנק (פ'), נחנק (נפעל), שינק (פיעל), שנק (פ'), הֶחְנִיק, חָנַק, שָׁנַקonderdrukofegar, sufocarsufokiahogar, sofocartukehduttaasoffocare, affogare, tacitareabafar, asfixiar, esganar, estrangular, sufocar
verbe intransitif
1. avoir des difficultés à respirer étouffer à cause de la chaleur
2. figuré se sentir mal à l'aise Il étouffe dans sa famille.

étouffer

[etufe]
vt
[+ personne] → to suffocate
[+ bruit] → to muffle
(fig) [+ scandale] → to hush up
vi
(= manquer d'air) → to suffocate
(= avoir trop chaud) → to feel stifled
On étouffe ici → It's stifling in here.
(fig) (= se sentir oppressé) → to feel stifled [etufe] vpr/vi → to suffocate; (en mangeant) → to choke
Ne mange pas si vite: tu vas t'étouffer! → Don't eat so fast: you'll choke!
s'étouffer avec qch → to choke on sth