éventer

(Mot repris de éventions)

éventer

v.t. [ du lat. ventus, vent ]
1. Litt. Révéler ce qui était ignoré, caché : Les journalistes ont éventé le secret dévoiler, divulguer ; garder, taire
2. Exposer au vent, à l'air : Éventer des draps aérer
3. Donner une sensation de fraîcheur en agitant l'air : L'infirmière évente le malade.

s'éventer

v.pr.
1. S'altérer au contact de l'air : La liqueur s'est éventée.
2. Se rafraîchir en agitant l'air, notamm. avec un éventail.

éventer

(evɑ̃te)
verbe transitif
1. rafraîchir en produisant de l'air éventer qqn qui craint la chaleur avec un éventail
2. exposer au vent éventer du linge
3. révéler ce qui était secret éventer un secret

ÉVENTER

(é-van-té) v. a.
Agiter l'air avec un éventail. Des gens éventent le sultan pendant sa promenade. Mettre au vent, exposer au grand air. Il faut éventer un peu ce meuble. Éventer du grain, le remuer de temps en temps pour prévenir la fermentation. Soulever les étoffes plongées dans le bain d'alun pour leur faire prendre l'air. Terme de marine. Éventer la quille, abattre en carène un vaisseau jusqu'à ce que sa quille paraisse hors de l'eau.
Altérer par l'exposition à l'air. Éventer de la poudre, du levain. Éventer une liqueur, une substance, en affaiblir la vertu en la laissant exposée à l'air. Fig.
[Un de ces hommes qui].... tenaient leur doctrine Non dans la tête, ains dans certaine hermine, Bien chaudement, crainte de l'éventer, D'où la tiraient quand en avaient affaire [SAINT-GLAS, Contes (1672), cité dans le Chasseur bibliographe, 2e année, n° 8]
Terme de vénerie. Éventer un piége, lui ôter l'odeur qui pourrait en éloigner l'animal.
Éventer une mine, découvrir l'endroit où elle est pratiquée et en empêcher l'effet. Fig. Éventer la mine, la mèche, la poudre, pénétrer un dessein secret et empêcher qu'il ne réussisse, le divulguer.
Messieurs Basnage et moi serions trouvés enveloppés dans les dépositions, et il [Jurieu] se glorifiait d'avoir été le premier qui avait éventé la mine du malheureux complot, disait-il, du projet de paix qui se tramait en Suisse [BAYLE, Lett. à Minutoli, 14 sept. 1693]
On dit dans le même sens éventer un complot, un secret.
L'artifice est trop lourd pour ne pas l'éventer [CORN., Poly. v, 1]
Un confident peu sûr, un parleur indiscret, Qui des plus retenus évente le secret [ROTR., Bélis. III, 4]
Fallut-il éventer les conseils d'Espagne et découvrir le secret d'une paix trompeuse que l'on proposait afin d'exciter la sédition pour peu qu'on l'eût différée.... [BOSSUET, le Tellier.]
Terme de jardinage. Éventer un œil, approcher la coupe très près de cet œil ; alors il ne donne plus qu'une pousse très faible. Éventer la séve, faire de trop grandes plaies aux arbres, ou tirer ses coupes trop en longueur.
Terme de chasse. Éventer la voie, se dit du chien qui trouve une voie fraîche.
Quand un chien, maudit instrument Du plaisir barbare des hommes, Vint sur l'herbe éventer les traces de ses pas [la gazelle] [LA FONT., Fabl. XII, 15]
Dryope la première évente sa demeure [du sanglier] [ID., Adonis, v. 340]
Si l'on élevait les enfants à éventer leur dîner, comme le chien évente le gibier, on parviendrait peut-être à leur perfectionner l'odorat au même point [J. J. ROUSS., Ém. II]
Absolument.
Lorsque le loup veut sortir du bois, jamais il ne manque de prendre le vent, il s'arrête sur la lisière, évente de tous côtés, et reçoit les émanations.... [BUFF., Loup.]
Fig.
J'évente les beautés et leur plais d'une lieue [REGNARD, Joueur, III, 11]
Terme de marine. Éventer une voile, la disposer de manière à mettre le vent dedans.
Terme de charpentier et de maçon. Éventer une pièce de bois, une pierre, la tirer avec la corde, pendant qu'on la monte, pour empêcher qu'elle ne heurte contre le mur.
Éventer une carrière, éventer le tuf, y pénétrer, y faire ouverture.
V. n.Terme de manége. Lever trop le nez en parlant du cheval.
10° S'éventer, v. réfl. Se donner de l'air. S'éventer pour se rafraîchir.
11° Se gâter à l'air. Ce vin s'éventera si on ne bouche la bouteille. Avec ellipse du pronom personnel.
Pour prendre tous les jours de ce vin, on est contraint de le laisser éventer [BOSSUET, Déf. comm.]
Fig.
M'obliger à porter de ces petits chapeaux Qui laissent éventer leurs débiles cerveaux [des jeunes gens à la mode] [MOL., Éc. des mar. I, 1]
Être découvert, connu. Le secret s'est éventé.

HISTORIQUE

  • XIIIe s.
    Gaudins est oissus [sorti] du tournois, Partonopex enmaine o soi, Pour ax [eux] esbatre et esvanter [DU CANGE, eventare.]
    Emmi le pré un tas avoit De fein qu'aüné [rassemblé] i avoit, Por esventer et por fener [, Ren. 22831]
    Li vens me vient, li vens m'esvente, Et trop sovent Plusors foïes sent le vent [RUTEB., 25]
    Il l'esventoit d'un cuevre chief, Et si lui soustenoit le chief, Quant elle se clinoit vers terre [, Bl. et Jehan, 1253]
  • XIVe s.
    Se le vin sent l'esventé [, Ménagier, III, 3]
  • XVe s.
    Qui ont ouy le fait compter Et l'yront partout esvanter [COQUILLART, Droits nouveaux.]
  • XVIe s.
    Tant plus la drogue est precieuse, et moins se doit esventer [exposer à l'air] [MARG., Nouv. LIII]
    Ayant descouvert qu'il avoit esventé un secret important qu'il luy avoit fié [MONT., II, 36]
    Les passions s'alanguissent en s'esventant et en s'exprimant [ID., III, 145]
    J'esvente peu mes propositions [projets] [ID., IV, 94]
    Je ne fus pas si tost esventé [on ne sut pas plus tôt ma sortie], que voylà trois ou quatre cavalcades de divers lieux pour m'attraper [ID., IV, 228]
    Les ruses et subtilitez que l'on pourroit apprendre es livres, ne serviroient non plus que les mines esventées [AMYOT, Préf. IX, 35]
    Croesus commença à l'estimer homme de cervelle esventée, ou grossier et sans jugement [ID., Sol. 57]
    Il commanda à ceulx qui estoient soubz sa charge, qu'ilz s'en retournassent au païs sans esventer ny publier sa mort [ID., Cimon, 35]
    En quatre coups de nez, il [le chien] esvente une plaine, Et, guidé de son flair, à petits pas se traine Le front droit au gibier [RONS., 939]

ÉTYMOLOGIE

  • É- pour es- préfixe, et vent ; provenç. esventar, eventar ; ital. sventare.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

    ÉVENTER. Ajoutez :
    12° S'éventer, se purifier à l'air.
    On avait peur que, lui étant mort une fille de la petite vérole, il n'apportât le mal au Louvre ; aussi il s'en est allé, ou s'éventer, ou digérer sa douleur [MALH., Lexique, éd. L. Lalanne.]

éventer

ÉVENTER. v. tr. Rafraîchir par l'air au moyen d'un éventail ou de tout autre objet. Les princes d'Asie ont toujours des gens qui les éventent quand ils dînent. S'éventer pour se rafraîchir. S'éventer avec un mouchoir.

Il signifie aussi Exposer à l'action de l'air, du vent. Éventer des étoffes. Il faut éventer un peu ce meuble.

Éventer le grain, Le remuer avec la pelle, pour lui donner de l'air et empêcher qu'il ne s'échauffe.

En termes de Marine, Éventer une voile, Disposer, brasser une voile de manière à mettre le vent dedans. Éventer la quille, Abattre un vaisseau en carène jusqu'à ce que sa quille paraisse hors de l'eau.

Il signifie encore Altérer, corrompre, gâter par le contact de l'air. Éventer une liqueur, une substance. Ce vin s'éventera, si on ne bouche la bouteille. Les parfums s'éventent aisément. La laine, la soie, le fil s'éventent facilement. Les racines sont sujettes à s'éventer quand elles ne sont pas couvertes de terre.

ÉVENTER signifie encore Déboucher, ouvrir de manière à laisser pénétrer l'air. C'est dans ce sens qu'on dit Éventer une mine, Découvrir le lieu où elle est pratiquée et en empêcher l'effet. Les assiégés éventèrent la mine.

Fig., Éventer la mine, éventer la mèche, Pénétrer un dessein secret et empêcher par là qu'il ne réussisse.

Fig., Éventer un secret, un complot, Le découvrir.

Il signifie figurément Rendre évaporé, d'esprit léger. Tête éventée. Absolument, comme nom, Un éventé, une éventée.

Il signifie aussi Deviner, sentir par le vent. Éventer la voie se dit d'un Chien de chasse qui rencontre une voie si fraîche qu'il la sent sans mettre le nez à terre. On dit aussi Ce cheval évente, Il a toujours le nez au vent.

eventer

Eventer, voyez Esventer.

éventer


ÉVENTER, v. a. ÉVENTOIR, s. masc. [Evanté, toar; 1re é fer. 2e lon.] Éventer, c'est 1°. Doner du vent en agitant l'air avec un éventail. "Il a un domestique, qui l' évente quand il dîne. "S'éventer pour se rafraîchir. = 2°. Exposer au vent, à l'air. "Il faut éventer ce meuble. = 3°. Doner de l'air. "Eventer une mine, et par-là la rendre inutile. = 4°. On dit, au figuré, éventer un dessein, un secret: et proverbialement, dans le même sens, éventer la mine, découvrir une afaire secrète et la faire échouer.
   ÉVENTOIR, sorte d'éventail fait grossièrement, servant principalement aux cuisiniers pour allumer les charbons.

Synonymes et Contraires

éventer

verbe éventer
Traductions

éventer

fan, aerate, air

éventer

auslüften, der Luft aussetzen, durchlüften

éventer

αερίζω

éventer

aerumi

éventer

airear, ventilar

éventer

luchten

éventer

arejar, ventilar

éventer

[evɑ̃te] vt
(avec un éventail) → to fan
[+ secret, complot] → to uncover [evɑ̃te]
vpr/vi [parfum, vin] → to go stale
vpr/réfl → to fan o.s.