abject, ecte

ABJECT, ECTE

(ab-jè-kt' ou ab-jè, au fém. abjè-kt') adj.
Qui est rejeté et digne de l'être ; et, par conséquent, vil, méprisable. Les âmes abjectes. Il est d'une naissance abjecte.
Tout ce qu'il y a de grand et tout ce qu'il y a d'abject [PASC., Édit. Cous.]
A peine peuvent-ils souffrir que l'Église soit dans l'éclat où elle est maintenant ; ils voudraient qu'elle fût aussi dépendante des puissances temporelles, aussi pauvre et aussi abjecte qu'elle l'était du temps des premiers Césars [BOURD., Sermons pour les dimanches, t. IV, p. 233]
Un sauveur pauvre, un sauveur abject et humilié, un sauveur souffrant et pénitent [ID., Pensées, t. III, p. 232]
Et moi, tout méprisable, tout néant que je suis, vile et abjecte créature [ID., ib. t. II, p. 12]
Le reconnaître, malgré son état pauvre et abject, pour le Dieu et le souverain maître de l'univers [ID., ib. t. III, p. 244]
Le sang le plus abject vous était précieux [RAC., Brit. IV, 3]
De quoi peut satisfaire un cœur si généreux Le sang abject et vil de ces deux malheureux ? [CORN., Mort de Pomp. IV, 1]
Un choix abject [ID., Sert. v, 4]
Et dans les plus bas rangs les noms les plus abjects Ont voulu s'ennoblir par de si hauts projets [ID., Cinna, IV, 4]
[Elle] ne prendra jamais un cœur assez abject Pour se laisser réduire à l'hymen d'un sujet [ID., Nic. I, 1]
Rang abject [ID., ib. II, 1]
Exemple abject [ID., Œd. II, 4]
Esclave abject [ID., Agés. II, 1]
Fortune abjecte [ROTROU, St-Gen. I, 7]
Au contraire, cet autre, abject en son langage, Fait parler les bergers comme on parle au village [BOILEAU, Art poét. II]
J'avoue que la modestie des ministres et des pasteurs de l'Église ne doit avoir rien d'abject et de méprisable [MASS., t. X, p. 298]
Le mot esclave ne se présente à notre esprit qu'avec des idées abjectes [DIDER., Ess. sur Richardson.]

REMARQUE

  • 1. Il se met après son substantif ; dans quelques circonstances on peut le placer avant, mais surtout avec des noms féminins : abjecte naissance, abjecte créature.
  • 2. La prononciation de ce mot est incertaine. Plusieurs prononcent ab-jè-kt', et de même au pluriel ; d'autres ne font pas sentir le c, et disent abjè, comme dans sujet ; mais au féminin, ab-jé-kt'. Le fait est que dans le XVIIe siècle Corneille a fait rimer abject avec sujet et projet (voy. les exemples), ne prononçant pas le c. Je crois que c'est en effet la meilleure prononciation, et qu'il faut prononcer abject au masculin singulier ou pluriel comme on prononce sujet et projet, qui d'ailleurs sont composés de même ; et si la langue avait été conséquente, le c aurait disparu d'abject comme il a disparu des mots précités. On pourrait ainsi formuler la règle : quand la voix pourra s'arrêter sur abject, on ne fera entendre ni le c ni le t : un homme abject, prononcez abjè ; mais quand la voix ne s'y arrêtera pas, on fera sentir le c et le t : et dans ce vers de Boileau, Au contraire cet autre abject en son langage, on dira : ab-jè-kt en son langage. L'intervention de l'Académie pour décider ce cas de prononciation serait nécessaire.

HISTORIQUE

  • XVIe s.
    N'y ayant si pauvre, vil et abjet, criminel et prisonnier à qui cette permission [de faire l'aumône] soit jamais par aucune loi refusée [MARIE STUART, Lettre du 15 mai 1585]

ÉTYMOLOGIE

  • Abjectus, de abjicere, rejeter, de ab, marquant éloignement, et jicere pour jacere, jeter (voy. ce mot).