abstrait, aite

ABSTRAIT, AITE

(ab-strè, trè-t')
Part. passé. Séparé.
Ils [les grands hommes] ne sont pas suspendus en l'air, tout abstraits de notre société [PASC., P. div. 107]
Les choses immortelles, universelles, abstraites de la matière [LA MOTHE LEVAY., 80]
Adj. Qui a le caractère d'une abstraction. La contemplation des choses abstraites. Les vérités abstraites des mathématiques. Les vérités ou les erreurs abstraites. La plus abstraite analyse.
Terme abstrait, terme qui exprime une qualité considérée indépendamment du sujet, comme la blancheur, la rondeur.
Nombre abstrait, nombre énoncé sans désignation d'aucun objet particulier, sept, neuf, etc. par opposition à nombre concret, sept pommes, neuf francs.
Idée abstraite, idée qui ne s'applique pas à un objet particulier. L'humanité, en tant qu'indiquant l'espèce humaine, est une idée abstraite.
Tout édifice bâti sur des idées abstraites est un temple élevé à l'erreur [BUFF., Animaux, systèmes de génération]
S. m. L'abstrait, par opposition au concret. La rondeur est un abstrait, et le rond est un concret.
Science abstraite, celle qui s'applique aux lois des phénomènes, et non à un corps particulier. Les mathématiques sont une science abstraite, s'appliquant aux nombres, aux formes et aux mouvements. La chimie est une science abstraite, s'appliquant aux lois de composition et de décomposition de toutes les substances, tandis que la géologie, la minéralogie sont des sciences concrètes, s'appliquant à l'étude de corps particuliers, la terre, les minéraux.
J'avais passé beaucoup de temps dans l'étude des sciences abstraites [BOUHOURS, Nouv. rem.]
N'étant point, dans leur état, à portée de ces sciences abstraites et trop relevées pour eux [BOURD., Pensées, t. II, p. 275]
Le monde moderne lui doit tout [à la religion chrétienne] depuis l'agriculture jusqu'aux sciences abstraites [CHATEAUB., Génie, I, 1]
Difficile à saisir, à pénétrer. Un esprit abstrait. Raisonnements abstraits. Discours abstraits. Écrivain abstrait. Kant est un philosophe abstrait. Argumentation trop abstraite.
Qui n'a d'attention que pour l'objet intérieur qui le préoccupe ; qui rêve. C'est un homme fort abstrait ; il est abstrait, rêveur. Un esprit trop abstrait se jetant loin du sujet de la conversation.
Théocrine est abstrait, dédaigneux, et il semble toujours rire en lui-même de ceux qu'il croit ne le valoir pas [LA BRUY., 1]
Abstrait se met d'ordinaire après son substantif.

SYNONYME

  • ABSTRAIT, DISTRAIT.
    Signification commune, défaut d'attention, avec cette différence que ce sont nos propres idées, nos méditations intérieures qui nous rendent abstraits, tandis que nous sommes distraits par les objets extérieurs, qui nous attirent et nous détournent, [GUIZOT, ]

ÉTYMOLOGIE

  • Abstractus, de abstrahere, abstraire (voy. ABSTRAIRE) ; provenç. abstrayt ; catal. abstret ; espagn. abstracto ; ital. astratto. Dans le XVIIe siècle à côté d'abstrait on disait aussi abstract.