altier, ière

ALTIER, IÈRE

(al-tié, tiê-r'. Cet homme altier et dur ; dites : al-tié-et-dur. Des grammairiens veulent qu'on prononce al-tiê-r' et-dur ; mais cela est mauvais, même en poésie : l'hiatus vaut mieux que cette articulation de l'r) adj.
Qui a de l'orgueil, de la hauteur ou qui marque l'orgueil, la hauteur. Un caractère altier. Humeur altière. Démarche altière.
Don Diègue est trop altier, et je connais mon père [CORN., Cid, II, 3]
Le Jourdain ne voit plus l'Arabe vagabond Ni l'altier Philistin par d'éternels ravages.... [RAC., Athal. II, 5]
Peut-être on t'a conté la fameuse disgrâce De l'altière Vasthi, dont j'occupe la place [ID., Esth. I, 1]
Pour un si bas emploi ma muse est trop altière [BOILEAU, Sat. I]
Et fausse trop souvent, cette altière sagesse N'attend qu'un crime heureux pour montrer sa bassesse [GRESSET, Édouard III, II, 6]
Incapable de ces passions altières et véhémentes qui sont presque les seules sources du sublime [VAUVENARGUES, Mont. et Pasc.]
En prose, il suit toujours le substantif ; en vers et dans la prose élevée, il le précède souvent.

REMARQUE

  • Quelques grammairiens soutiennent qu'on doit faire sentir l'r, et ils s'appuient sur ces deux vers de Boileau : La colère est superbe et veut des mots altiers : L'abattement s'explique en des termes moins fiers, A. p. III, 133. Mais d'autres leur répliquent par ces deux vers du même auteur : Ce perruquier superbe est l'effroi du quartier, Et son courage est peint sur son visage altier, Lutr. I, 223. La vérité est que la rime d'altier et fier n'est plus qu'une rime pour les yeux et doit être bannie aujourd'hui ; mais autrefois elle était exacte ; Chifflet, Gramm. p. 188, note que altier se prononce comme enfer, hiver. Mais alors il ne rimait pas avec quartier.

HISTORIQUE

  • XVIe s.
    Fort altier [en bonne part] en son ame d'avoir eu un si bon visage, et tant de louanges du plus grand capitaine de France [CARL., I, 19]

ÉTYMOLOGIE

  • Ital. altiero ; de altus, haut (voy. HAUT).

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

  • ALTIER. Ajoutez :
  • - REM. 2. Quand Corneille employait ce mot dans le Cid (nov. 1636), c'était une hardiesse ; car, le 10 déc. de la même année, Balzac (livre XVII, lettre 30) écrivait à Chapelain : " De là viennent ces esprits altiers, pour parler italien en français. " Pourtant altier se trouve déjà dans Carloix, et aussi dans d'Aubigné : Plus dure que les rocs, les costes et la mer, Plus altiere que l'air, que les cieux et les anges, le Printemps, Paris, 1874, p. 18.