bénit, ite ou béni, ie

BÉNIT, ITE ou BÉNI, IE

(bé-ni, bé-ni-t' ou bé-ni, nie) part. passéDe ces deux participes, bénit s'emploie lorsqu'il s'agit de la bénédiction des prêtres ; béni, lorsqu'il s'agit de la bénédiction de Dieu ou des hommes.
Bénit se dit des choses ou des personnes sur lesquelles le prêtre a donné la bénédiction avec les cérémonies prescrites. Drapeaux bénits. Chandelles bénites. Pain bénit. Eau bénite.
Mme de Fontevrault fut bénite hier [installée comme abbesse] [SÉV., 15]
Il rendit le pain bénit d'une manière solennelle [HAMILTON, Gramm. 11]
Familièrement. C'est pain bénit, se dit à propos d'une personne qui a bien mérité ce qui lui arrive.
Mais c'est pain bénit certe à des gens comme vous [MOL., Éc. des mar. I, 3]
Fig. De l'eau bénite de cour, de vaines protestations de service.
Béni, qui a reçu la bénédiction de Dieu ou des hommes. Marie était bénie entre toutes les femmes. Enfant béni par son père. Ce roi est béni par son peuple.
Béni soyez-vous, vous, mon père, qui justifiez ainsi les gens ! [PASC., Prov. 4]
Que béni soit le ciel qui te rend à mes vœux [RAC., Esth. I, 1]
Ce règne, qui commence à l'ombre des autels, Sera béni des Dieux et chéri des mortels [VOLT., Olymp. I, 1]

REMARQUE

  • La différence entre béni et bénit est mise en lumière dans cette opposition : des armes qui ont été bénites par l'Église ne sont pas toujours bénies du ciel sur le champ de bataille. Mais cette distinction est toute récente ; et autrefois on employait indifféremment ces deux formes du participe, témoin ces exemples-ci :
    Dieu promit que toutes ces nations seraient bénites [BOSSUET, Hist. II, 2]
    Dieu fait voir à ève son ennemi vaincu et lui montre cette semence bénite [Jésus-Christ] par laquelle.... [ID., ib. II, 1]
    Vous êtes bénite entre toutes les femmes [ID., IV, Annonc. 1]
    Dans ces exemples, il faudrait béni, suivant l'usage actuel. Voltaire écrivait béni, là où l'on exige maintenant bénit : Pourvu qu'ils [les fermiers généraux] donnent beaucoup d'argent, quand ils rendent le pain béni, Dial. 21. Le fait est qu'il n'y a aucune distinction réelle entre les deux formes. L'ancien participe s'écrivait beneï ou beneït suivant les provinces ; dans le français moderne, le t aurait dû disparaître comme il a disparu de tous les participes en i ; mais il a été conservé par la locution eau bénite ; de là proviennent les deux formes, pour lesquelles les grammairiens ont cherché une distinction arbitraire. Le mieux aurait été de laisser les deux formes au libre usage de la parole et de l'écriture, sauf dans eau bénite, locution fixée et pour laquelle on ne peut jamais dire eau bénie.