boiteux, euse

BOITEUX, EUSE

(boi-teû, teu-z') adj.
Qui boite.
Volontiers gens boiteux haïssent le logis [LA FONT., Fab. X, 3]
Vous aviez bien raison de me dire que vous alliez bon train, tout boiteux que vous êtes [LESAGE, Critique de Turc.]
Par extension, table, chaise boiteuse, table, chaise qui a un pied plus court que les autres. Ruban boiteux, ruban dont les deux bords ne sont pas pareils. Châle boiteux, châle qui a une large bordure à un seul bout. Dans la typographie, colonne boiteuse, colonne qui a plus ou moins de lignes qu'une autre de la même page. Fig. La marche lente et boiteuse de l'esprit humain est celle qu'on est toujours obligé de retracer quand on écrit l'histoire et non la fable des grandes entreprises.
On s'offense d'un esprit boiteux [PASC., P. div. 128]
Terme de manége. Cheval boiteux de l'oreille et de la bride, cheval qui, par ses mouvements de tête, marque tous les pas qu'il fait en boitant.
Qui manque de nombre. Phrase boiteuse. Des vers boiteux, des vers trop courts, qui n'ont pas la mesure. Le vers est boiteux. Ancien terme de musique. Contre-point boiteux ou à la boiteuse, contre-point chargé de syncopes ou de contre-temps sur lesquels la voix semble sautiller.
Boiteuse, s. f. Nom d'une ancienne danse allemande, et de l'air sur lequel on la dansait.
Terme de charpenterie. Boiteuse, solive d'enchevêtrure, scellée d'un bout dans le mur, et assemblée de l'autre dans une principale pièce de bois, nommée chevêtre.
Substantivement, un boiteux, une boiteuse, un homme, une femme qui boite.
La nouvelle du siége de Charleroi a fait courir tous les jeunes gens, et même les boiteux [SÉV., 345]
Quoi ! vous voudriez faire rentrer un vieux boiteux dans la salle du bal ? [VOLT., Lett. Chabanon, 3 août 1775]
Fig. Attendre le boiteux, attendre la confirmation d'une nouvelle, le temps, l'occasion ; locution proverbiale qui se trouve dans Corneille, Suite du Menteur, I, 1, et qui vient de ce que le messager a été dit, par plaisanterie, et comme n'allant pas assez vite, boiteux.

PROVERBE

    Il ne faut pas clocher devant les boiteux, c'est-à-dire il faut se garder de rien faire ou dire qui puisse rappeler aux gens un défaut naturel dont ils sont affectés.

HISTORIQUE

  • XIIIe s.
    Tous boisteux, touz mehaignez, tous ceux à qui leur femes gisent d'enffants, ne doivent point de guet entre la Magdelaine et la Saint-Martin d'yver [, Liv. des mét. 426]
  • XIVe s.
    Et semblablement font ceulx qui veulent drecier les fusts ou les bastons qui sont tors, tornés et boisteux [ORESME, Eth. 54]
    Une teste [de cerf] haulte et large en archée, et n'y sont nulles perches boeteuses [, Modus, f° XIV, recto]
  • XVIe s.
    L'un gist en terre tout honteux, L'autre a le col tout boiteux [DU BELLAY, VII, 79, verso.]
    Les boiteux sont mal propres aux exercices du corps ; et aux exercices de l'esprit les ames boiteuses [MONT., I, 150]
    L'anxieté faict vieilles trotter et boiteux saulter [GÉNIN, Récréat. t. II, p. 242]

ÉTYMOLOGIE

  • Boiter ; provenç. boitos.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

    BOITEUX.
    Ajoutez :
  • Fleurs boiteuses, fleurs qui, sur une même tige, ne sont pas pareilles.
    Des giroflées à fleurs boiteuses, dont une moitié est verte et l'autre jaune [, Journ. de Paris, 1er mai 1811]
  • REMARQUE

    • Il est seulement dit au n° 15 que attendre le boiteux est une locution qui se trouve dans Corneille. Elle remonte plus haut ; Louis XIII s'en est servi dans une de ses lettres, Rev. critique, 2 sept. 1876, p. 152. À ce sujet, M. Tamizey-Laroque observe qu'on la rencontre dans Malherbe et, au XVIe siècle, dans Blaize de Montluc.