bon, bonne


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BON, BONNE

(bon, bo-n'. L'n ne se lie pas quand bon n'est pas devant son substantif : il est bon et brave, dites : bon et brave ; mais l'n se lie quand bon est devant son substantif : un bon ami, dites : un bo-n ami ; au pluriel l's se lie : de bons amis, dites : de bon-z amis) adj.
Qui réunit les qualités de son espèce. Bonne monnaie. Une bonne terre, une terre fertile. Bonne vue. Avoir l'oreille bonne. Cet homme a une bonne constitution. Bon dîner. De bonnes troupes. Bonne mémoire. Bonne réputation. Bon discours. Bon naturel. Avoir une bonne prononciation. Un bon cheval. Un bon chien de chasse. Un bon voilier, en parlant d'un vaisseau. Une bonne armée.
Les mânes indignés de tant de bons soldats Contre ma lâcheté ne murmureraient pas [ROTR., Antig. I, 6]
Avoir beaucoup de bons hommes et des terres bien cultivées [FÉN., Tél. XVIII]
Ce roi vit un troupeau qui couvrait tous les champs, Bien broutant, en bon corps, rapportant tous les ans, Grâce aux soins du berger, de très notables sommes [LA FONT., Fabl. X, 10]
....Je suis bonne sœur si vous n'êtes bon frère [CORN., Pomp. II, 3]
Le prince est vertueux, et vous êtes bon père [ID., Nicom. II, 1]
Il est trop bon mari pour être assez bon père [ID., ib. III, 4]
Je viens en bon sujet vous rendre le repos [ID., ib. V, 10]
Souffrez qu'un bon sujet vous fasse souvenir Que vous plaignez beaucoup ce qu'il vous faut punir [ID., Hor. V, 2]
Mais ou vous n'avez pas la mémoire fort bonne, Ou vous n'y mettez rien de ce qu'on vous ordonne [ID., Nicom. III, 6]
...J'ai d'assez bons yeux pour voir ce que je fais [ID., Sertor. II, 2]
Ai-je de bons avis ou de mauvais soupçons ? [ID., Cinna, V, 1]
Et de pareils amis en bonne politique.... [ID., Nicom. II, 3]
Je leur fais bonne guerre et n'en proscris pas un [ID., Sert. III, 2]
Que si Dieu ne dédaigne pas de juger ce qu'il a créé, et encore ce qu'il a créé capable d'un bon et d'un mauvais choix [BOSSUET, Anne de Gonz.]
Comment ont-ils deviné que tout ce qu'on pense de ce premier être lui soit indifférent, et que toutes les religions qu'on voit sur la terre lui soient également bonnes ? [BOSSUET, Anne de Gonz.]
Il y a et il y aura toujours à Paris beaucoup de jeunes gens qui font et qui feront très joliment des vers, mais ce n'est pas assez de les faire bons, il y faut un je ne sais quoi qui force à les retenir par cœur [VOLT., Lettr. Mme du Deffant, 30 mars 1775]
Bon compagnon, bon vivant, homme qui est agréable dans les parties de plaisir et qui y prend part volontiers. Bon garçon, bon diable, termes familiers qui désignent un homme commode et facile à vivre. Faire contre mauvaise fortune bon cœur, bien supporter un revers. Faire bonne mine à mauvais jeu, dissimuler le mécontentement qu'on éprouve, le mauvais état où l'on est. Familièrement. Le bon temps, le temps passé.
Le conte est du bon temps, non du siècle où nous sommes [LA FONT., Fabl. X, 10]
Se donner du bon temps, se divertir. De bons moments, des moments heureux. J'ai passé avec vous de bons moments. Il n'a pas la tête fort bonne, c'est un esprit peu judicieux, et même quelquefois sa raison est dérangée.
Je crains que la tête du pape ne soit pas fort bonne [BOSSUET, Lettr. Quiét. 136]
Avoir bon pied, être bon marcheur. Avoir bon pied, bon œil, bien marcher et bien voir, et fig. avoir de l'activité, de la vigilance. Ironiquement. Une bonne langue, une personne qui dit du mal d'autrui. Faire le bon apôtre, contrefaire l'homme de bien. C'est bon, c'est-à-dire j'y consens ; laissons cela. C'est bon, il suffit. C'est bon, j'ai compris. C'est bon, il me le payera ; je m'en vengerai. Absolument. Il est bon, cela est bien imaginé.
Par ma barbe ! dit l'autre, il est bon, et je loue Les gens bien sensés comme toi [LA FONT., Fabl. III, 5]
Terme de marine. Bon frais, vent assez fort, mais favorable. Bon plein, vent arrière qui remplit bien toutes les voiles. Bon bord, celui qui, quand on louvoie, se rapproche le plus de la route à faire. Faire bon bras, brasser les vergues du côté du vent. Faire bonne main, amarrer un cordage roide et sans en rien filer. Le bon bout d'un grelin, celui qui est à bord lorsqu'on toue sur ce grelin ; et fig. le côté favorable d'une chose. Dans cette affaire il a le bon bout. Bonne tenue, fond solide sur lequel l'ancre tient bien. Terme de manége. Galoper du bon pied, se dit d'un cheval qui, se mettant au galop, part du pied droit. Mettre un cheval sur le bon pied, le faire partir du pied droit. Fig. Mettre quelqu'un sur le bon pied, le réduire à faire ce qu'il doit, et aussi le mettre en une position avantageuse. Être dans le monde sur un bon pied, sur le bon pied, avoir une position avantageuse.
Strict, exact, rigoureux.
Puisqu'on fait bonne garde aux murs et sur le port [CORN., Cid, II, 7]
On vous rendra bon compte et des deux rois et d'elles [ID., Attila, III, 1]
Exécutez cet ordre et m'en rendez bon compte [ROTR., Bélis. V, 5]
Habile. Bon pilote. Bon poëte. Bon architecte. Bon orateur. Apprendre la législation sous un bon maître. Bon général. Bon politique.
Heureux, favorable. Bonne nouvelle. Bon résultat. Avoir une bonne issue. La bonne fortune. Bon augure. C'est bon signe que.... Notre bonne étoile. La bonne aventure. La récolte a été bonne.
Ne crains pas de succès qui souille ta mémoire ; Le bon et le mauvais sont égaux pour ta gloire [CORN., Cinna, I, 3]
Madame, toutefois parmi leurs bons succès, Vous montrez un chagrin qui va jusqu'à l'excès [ID., Cid, I, 4]
Et les nœuds de l'hymen, durant nos bons destins [ID., Horace, V, 2]
Et quand même l'issue en pourrait être bonne [ID., Héracl. II, 7]
Ne nous brouillons point avec nos bons destins [ID., Sertor. IV, 2]
Voyez qu'un bon génie à propos nous l'envoie [ID., Hor. I, 1]
Familièrement. Cela ne dit rien de bon, cela n'est pas de bon augure.
Ce portrait ne nous dit rien de bon [MOL., Sgan. 6]
Prendre les choses en bonne part, les prendre dans un sens favorable. Avoir bonne opinion de quelqu'un, en parler favorablement.
Ne pensez-vous pas que la bonne opinion de soi-même et la complaisance qu'on a pour ses ouvrages est un des péchés les plus dangereux ? [PASCAL, Prov. 9]
Bonne année, année favorable. Souhaiter la bonne année, faire, au 1er janvier, un compliment par lequel on souhaite que l'année qui commence soit heureuse. Bonne année, année où les récoltes, les biens de la terre sont abondants. Bon an, mal an, en compensant les années improductives par les années productives. Il tire de son exploitation, bon an, mal an, dix mille francs.
Il se dit des dispositions, des manières, de l'air. Il est en bonne humeur. Vous avez bon visage ce matin.
Si je l'entretins hier et lui fis bon visage [CORNEILLE, Hor I, 3]
Ironiquement.
Oh ! la bonne figure ! Parbleu ! le voilà bon avec son habit d'empereur romain ! [MOL., D. Juan, III, 6]
Avantageux, utile, convenable, salutaire. Bonne résolution. Il avait pris le bon parti. Donner un bon conseil. Offrir une rade assez bonne. Bon pour la santé. Bon air, air sain. Bon remède. Eaux très bonnes pour l'estomac. Le quinquina est bon contre la fièvre. Il n'est jamais bon de faire le mal.
Il est bon de repasser dans son esprit.... Il est bon qu'un mari nous cache quelque chose [CORN., Poly. I, 3]
Il est bon cependant de la faire saisir [ID., Héracl. IV, 2]
Trouver bon, approuver.
Trouvez bon qu'avec vous mon cœur s'ose expliquer [CORN., Pomp. IV, 2]
Pour le mieux admirer, trouvez bon, je vous prie, Que j'apprenne de vous les troubles de Syrie [ID., Rodog. I, 1]
Trouvez bon que je vous assure que.... [SÉV., 4]
Comme bon vous semble, c'est-à-dire à votre volonté.
Pour entrer dedans quand bon vous semblerait [PASCAL, Prov. 9]
Usez-en comme bon vous semble [CORN., Agés. IV, 6]
Bon plaisir, consentement, agrément. Je ne le ferai que si c'est votre bon plaisir. Dans un sens défavorable, bon plaisir, volonté absolue, capricieuse ; se dit aussi des gouvernements absolus : le régime du bon plaisir. À quoi bon, pourquoi.
Éclatez, mes douleurs ; à quoi bon vous contraindre ? [CORN., Hor. IV, 4]
Molière a dit à quoi bon de.
Ah ! j'enrage ! à quoi bon de te cacher de moi ? [MOL., Fâch. III, 4]
À quoi bon de dissimuler ? [ID., Sicil. 7]
Propre à. Manteau bon pour toutes les saisons. Terrain bon pour la vigne. Eau bonne à boire. Bon à manger. Moisson bonne à couper. Homme qui est bon à tout. Homme qui n'est bon à rien. Une telle maxime n'est bonne qu'à détruire l'amitié. Toute vérité n'est pas bonne à dire.
En vain nous appelons mille gens à notre aide, Plus ils sont, plus il coûte, et je ne les tiens bons Qu'à manger leur part des moutons [LA FONT., Fabl. XI, 1]
Ah ! maudit animal [chien] qui n'es bon qu'à noyer ! Que n'avertissais-tu dès l'abord du carnage ? [ID., ib. II, 3]
Quel chagrin pour moi de ne vous être bonne à rien ! [SÉV., 415]
Je la trouve bonne contre la tristesse [ID., 226]
Et toute médecine à tout mal n'est pas bonne [RÉGNIER, Sat. I]
[La richesse] Quand elle vient sans les grandeurs, Est bonne à quelque chose [BÉRANGER, Éloge de la richesse.]
La vertu même.... c'est une bizarrerie d'humeur.... un parti bon à quelque chose, quand on n'est plus soi-même bon à rien [MASS., Profession religieuse, sermon 1]
Familièrement.
Refuser ce qu'on donne est bon à faire aux fous [MOL., Dép. am. I, 2]
C'est bon à vous d'agir et de parler ainsi, il vous convient particulièrement de, etc.
Solide ; qui a du crédit, de la fortune ; qui est garanti. Une bonne caution. Il a de bons revenus. Dix bonnes mille livres de rente. Une bonne maison de commerce. Faire une bonne maison, amasser du bien. Faire une dette bonne, s'en porter caution. Faire bonne garantie. Être bon pour pouvoir payer.
Je prends sur moi sa dette et je vous la fais bonne [CORN., D. San. I, 3]
Vous savez que je suis bon pour cette somme [HAMILT., Gramm. 11]
Il [le capitaine garde-côte] se contenterait des gages de la charge pour tout intérêt de la somme, et sans être [sans que nous soyons] tenus de les lui faire bons, au cas qu'ils ne fussent pas payés [SAINT-SIMON, 304, 224]
Substantivement.
Vous pouvez compter sur 50 pistoles, je vous en fais bon [LESAGE, Diable boiteux, II, 194]
Fig.
Je vous fais bon seulement de mon cœur, et vous réponds d'une sincérité pareille à la vôtre [BALZ., Liv. V, Lett. 20]
Cela donnait mauvaise opinion de son esprit, et son esprit faisait bon sur tout ce que l'on en croyait [HAMILT., Gramm. 9]
Bon argent, de la monnaie qui est bonne, qui a cours ; et figurément :
Quoi ! tu prends pour de bon argent ce que je viens de dire ! [MOL., Don Juan, V, 2]
Jouer bon jeu, bon argent, se dit quand, le jeu étant bon, il faut que l'argent le soit aussi et que l'on paye si l'on perd. Fig. À bonnes enseignes, à juste titre, avec toute garantie. Je ne le ferai qu'à bonnes enseignes.
Grand, considérable. Une bonne provision de livres. Une bonne partie de l'entretien. Une bonne partie de ces contrées. Boire de bons coups. Il a reçu un bon coup.
J'ai bonne envie de voir.... Je me trouvais avec un bon nombre de voyageurs de différentes nations [BERN. DE S. P., Voy. en Silésie.]
Fig. Avoir bon courage, être plein de courage.
10° Choisi, distingué, noble, élevé. Bonne famille. Homme de bonne compagnie. Bons sentiments. Les bonnes études. La bonne société.
Votre sang est trop bon ; n'en craignez rien de lâche [CORN., Hor. II, 6]
Elle a le cœur trop bon pour se voir avec joie Le rebut d'un tyran dont elle fut la proie [ID., Cinna, II, 2]
Sachez que j'ai le cœur trop bon pour me parer de quelque chose qui ne soit point à moi [MOL., l'Av. V, 5]
Il n'était fils de bonne mère Qui, les payant à qui mieux mieux [les vers], Pour ses ancêtres n'en fît faire [LA FONT., Fab. I, 14]
Les bonnes fêtes, les jours de grandes fêtes.
Dès qu'il [le chancelier] alla, après la mort de sa femme, à l'institution des pères de l'Oratoire, dans un petit appartement qu'il y avait, où il se retirait les bonnes fêtes.... [SAINT-SIMON, 358, 226]
Que d'une serge honnête elle ait son vêtement, Et ne porte le noir qu'aux bons jours seulement [MOL., Éc. des maris, I, 2]
Un bon bourgeois, un bourgeois honorable, et aussi un simple bourgeois.
Son père, un bon bourgeois, lui sans autre mérite [LA FONT., Fables, I, 14]
Bonne ville, nom que l'on donnait, dans l'ancienne monarchie, à un certain nombre de villes importantes.
Une députation au roi pour le supplier de revenir en sa bonne ville de Paris [RETZ, IV, 231]
11° Honnête, vertueux, juste, droit, raisonnable, sensé. De bons jeunes gens. Bonnes mœurs. La bonne cause. Tous les moyens de vaincre étaient bons pour lui. Le bon droit. La bonne foi. Ces raisons, bonnes ou mauvaises. Bon sens. De bonnes inclinations. Une bonne doctrine.
Il croit récompenser une bonne action [RAC., Esth. III, 1]
Quel forfait trouvez-vous en sa bonne conduite ? [CORN., Hor. IV, 2]
12° Plaisant, spirituel. Un bon mot. Bonne repartie. Bon conte. Bonne histoire. Bonne farce.
[Qui] Glose sur les habits et sur la gentillesse, Se plaît à l'entretien, commente les bons mots [RÉGNIER, Sat. v.]
Vous dites des bons mots et moi je fais de mauvais contes [VOLT., Lett. Mme du Deffant, 7 mars 1764]
Dans un pays où faire rire c'est presque toujours avoir raison et où les combats littéraires les plus graves se décident le plus souvent à coups de bons mots [VILLERS, Kant, p. 153]
13° Qui a de la bonté. Un bon roi. Auprès d'un homme aussi bon. Femme bonne et enjouée. Bonne mère. Bon père. Bon pour ses parents. Être bon pour quelqu'un. Tu es trop bon pour lui. Vous êtes bien bon, formule de remercîment. Il est trop bon d'avoir cette opinion de moi. Bonnes dispositions envers quelqu'un. Perdre les bonnes grâces de quelqu'un.
.... Vous êtes si bonne Que vous me conservez la vie et la couronne [CORN., Pomp. IV, 2]
Votre compassion, lui répondit l'arbuste, Part d'un bon naturel [LA FONT., Fab. I, 22]
Vous dites que tous les hommes ne peuvent pas être grands, mais que tous peuvent être bons [VOLT., Lett. Marmontel, 1er nov. 1769]
On a surpris sa bonne foi ; on lui a volé quinze mille francs ; dans le fond, il est trop bon [LESAGE, Turc. III, 9]
Son mari est bon homme [SÉV., 507]
Qui est janséniste et pourtant fort bon homme [PASC., Prov. I]
Dont il aurait eu horreur, car il est bon homme [ID., Prov. 8]
Mon fils nous amuse et nous est très bon [SÉV., 236]
L'essentiel est d'être bon aux gens avec qui l'on vit [J. J. ROUSSEAU, Ém. I]
Je suis bon, je suis bien bon de l'écouter, c'est-à-dire je pousse la bonté, la complaisance trop loin en l'écoutant.
Ah ! vraiment je suis bonne De leur ouvrir ma porte ; Ils pensent que je suis Fort en peine de ma personne [LA FONT., Fab. VII, 5]
Être de bonne composition, être d'une humeur, d'un caractère facile, et aussi n'avoir pas la fermeté ou la probité nécessaire. Le bon Dieu, Dieu considéré comme l'être bon par excellence. Un bon Dieu, une image du Christ, ou un crucifix.
Combien.... De milliers d'autres petits prêtres Qui portent de petits bons Dieux ! [BÉRANG., Infiniment petits.]
Ironiquement et familièrement. Il est bon là, avec les propositions qu'il nous fait, il a tort de nous faire de telles propositions. Je vous trouve bon de parler ainsi. Bon cela ! formule d'approbation.
14° Simple, crédule. Bon homme, homme simple. Vous êtes trop bons de croire ce que dit chacun.
Nos petits enfants nous traiteront de bonnes gens, comme nous traitons nos pères d'imbéciles [VOLT., Dial. 21]
Voilà mille et mille bonnes gens qui n'en voient pas l'importance [BOSSUET, Avert.]
La bonne dupe que M. Turcaret ! [LESAGE, Turc. IV, 9]
15° Souvent il sert uniquement à donner de l'énergie à l'expression par une idée d'augmentation. Il en a augmenté le nombre d'une bonne moitié. J'ai fait quatre bonnes lieues. J'ai attendu un bon quart d'heure.
.... Fallut deviner et prédire, Mettre à part force bon ducats [LA FONT., Fab. VII, 15]
Hé, la bonne effrontée ! [MOL., Sgan. 6]
Oses-tu bien paraître devant mes yeux après tes bons déportements ? [ID., Scapin, I, 4]
Je saisis cette occasion de lui en parler [à la duchesse d'Orléans] une bonne fois pour toutes [SAINT-SIMON, 273, 195]
Bon poids, bonne mesure, poids, mesure qui sont plutôt au delà qu'en deçà du poids, de la mesure exacte.
16° Il s'emploie comme terme affectueux. Une bonne vieille. Ma bonne petite.
Je ne vous ferai pas plus de compliment que le bon père [jésuite] m'en fit la dernière fois que je le vis [PASC., Prov. 9]
Et substantivement, mon bon, ma bonne, terme de caresse et d'amitié.
De s'entendre appeler petit cœur ou mon bon [BOILEAU, Sat. X]
Ma bonne a aussi quelquefois un sens de dédain ou de supériorité.
Payons de hardiesse.... je ne vous connais pas, ma bonne [LESAGE, Turcaret, V, 9]
.... Je n'y veux point aller, De peur qu'elle ne vînt encor me quereller ; Que cette bonne femme.... - Ah ! certes, c'est dommage Qu'elle ne vous ouît tenir un tel langage ; Elle vous dirait bien qu'elle vous trouve bon, Et qu'elle n'est point d'âge à lui donner ce nom [MOL., Tart. I, 2]
17° Terme de commerce. Bon à payer. Bon pour mille francs. Par analogie, billet bon pour une personne, pour deux personnes, billet d'entrée dans un théâtre pour une, pour deux personnes.
18° Terme d'imprimerie. Bon à tirer, mot qu'on écrit sur la dernière épreuve pour indiquer qu'une feuille peut être tirée ; et, substantivement, un bon à tirer, des bons à tirer. Bonne feuille, feuille d'un ouvrage tirée sur le papier définitif.
19° Bonne au féminin employé dans diverses locutions. La bailler, la donner bonne, tromper quelqu'un, lui faire pièce.
Vous me la donnez bonne [LA FONT., Magn.]
La garder bonne, garder rancune.
M. du Maine n'osa répondre une parole [à M. d'Elbœuf] ; sans doute qu'il la lui garda bonne [SAINT-SIMON, 30, 98]
En dire de bonnes, en écrire de bonnes, faire des reproches de vive voix ou par écrit.
Mme du Châtelet va vous en écrire sur cela de bonnes [VOLT., Lett. vers, 51]
Votre Majesté lui en dirait de bonnes sur l'horreur d'avoir excité une guerre civile [ID., Lettr. à Catherine, 20]
Courte et bonne, se dit de la vie d'un homme qui l'use rapidement dans les plaisirs. À la bonne, naïvement, sans façon.
20° À la bonne heure, à propos. Il est arrivé à la bonne heure. À la bonne heure est aussi une phrase d'acquiescement. Vous le voulez, à la bonne heure ; que cela se fasse.
21° De bonne heure, tôt, par opposition à tard.

PROVERBES

  • À quelque chose malheur est bon, c'est-à-dire quelque avantage provient d'un accident fâcheux.
    Quand le malheur ne serait bon Qu'à mettre un sot à la raison, Toujours serait-ce à juste cause Qu'on le dit bon à quelque chose [LA FONT., Fab. V, 7]
  • Après bon vin, bon cheval, c'est-à-dire quand on a un peu bu, on est plus hardi.
  • À tout bon compte revenir, c'est-à-dire on doit toujours être reçu à recommencer un calcul pour s'assurer s'il est exact.
  • À bon chat, bon rat, c'est-à-dire bien attaqué, bien défendu.
  • N'être bon ni à rôtir ni à bouillir, n'être propre à rien.
  • Il n'est pas bon à jeter aux chiens, c'est-à-dire on ne veut pas de lui, on le condamne, on le repousse.
  • Une bonne fuite vaut mieux qu'une mauvaise attente, c'est-à-dire il vaut encore mieux prendre la fuite, si le cas l'exige, que d'attendre par imprudence ou par opiniâtreté.
  • Couvrez-vous, la chaleur vous est bonne, se dit à quelqu'un qui fait trop de cérémonies.
  • Tout cela est bel et bon, mais l'argent vaut mieux, c'est-à-dire nous ne nous laisserons pas amuser à de belles promesses, à de vaines espérances.
  • Aux derniers les bons, ce qui reste de quelque chose après que les autres ont choisi est souvent le meilleur.
  • Il fait bon vivre, c'est-à-dire, on apprend toujours ; les plus habiles, les plus expérimentés ont encore quelque chose à apprendre.
  • Il fait bon battre un glorieux, il ne s'en vante pas.
  • Ce qui est bon à prendre est bon à rendre, manière de s'excuser : si j'ai pris à tort, je restituerai. En renversant le proverbe :
    ce qui est bon à prendre est bon à garder [BEAUMARCHAIS, Barbier de Sév. IV, 1]
    ; c'est-à-dire on ne rend pas ce qui est une fois pris, reçu. Bon jour, bonne œuvre, se dit d'une bonne action faite un jour solennel, et, ironiquement, il a volé le jour de Pâques, bon jour, bonne œuvre.
    La drôlesse un matin s'en vint, bon jour, bonne œuvre, Jusqu'à notre maison porter ce beau chef-d'œuvre [RÉGNARD, Démocr. V, 3]
  • Aux bonnes fêtes, les bons coups, c'est-à-dire les malfaiteurs profitent des bonnes fêtes pour faire leurs coups.
  • À bon entendeur salut, c'est-à-dire comprenez et faites votre profit.
  • Les bons comptes font les bons amis, c'est-à-dire rien n'entretient mieux les bons rapports que de régler exactement les affaires d'intérêt.
  • À bon vin point d'enseigne, c'est-à-dire il n'est pas nécessaire de vanter ce qui est bon.
  • Les bons maîtres font les bons valets, c'est-à-dire il faut qu'il y ait de la douceur et de l'amitié réciproques entre les maîtres et les valets.

REMARQUE

  • 1. Le comparatif de bon est meilleur et le superlatif est le meilleur ; et plus bon ou le plus bon sont des barbarismes : il est meilleur que moi ; et non, il est plus bon que moi ; le meilleur des hommes, et non le plus bon des hommes. " Cependant, dit M. Jullien, il suffit souvent de changer la construction de la phrase pour rendre correct ce comparatif composé. Personne n'hésiterait à demander si un vin est plus ou moins bon qu'un autre. Cependant cette phrase se résout analytiquement en plus bon et moins bon. On dirait de même qu'une tisane est plus qu'une autre bonne contre telle maladie, bien qu'on ne pût pas dire qu'elle est plus bonne que cette autre. "
  • 2. Acheter, vendre bon marché est incorrect ; il faut : acheter, vendre à bon marché.
  • 3. Il est arrivé à bonne heure est mauvais, et l'on doit dire : il est arrivé de bonne heure. À bonne heure, fort usité dans certaines provinces, n'a rien d'incorrect en soi (car la préposition à se dit avec heure), mais c'est une grave faute contre l'usage.
  • 4. Faut-il dire : de bons mots ou des bons mots ? La règle est d'employer de sans article quand le substantif est précédé de son adjectif ; par conséquent, de bons mots est la locution correcte ; mais, considérant bon mot comme un terme unique dû à l'usage, on pourra employer des, de même que l'on dit : des jeunes gens.

SYNONYME

  • 1. UN BON HOMME, UN HOMME BON., Le sens change suivant la position de l'adjectif. Un bon homme, c'est un homme qui a de la bonhomie. Un homme bon, c'est un homme qui a de la bonté.
  • 2. DE BON GRÉ, DE BONNE VOLONTÉ, DE BON CŒUR, DE BONNE GRÂCE. Ces quatre termes expriment l'acquiescement, mais non un acquiescement de même nature, puisque gré, volonté, cœur et grâce diffèrent. De bon gré exprime l'absence de contrainte et une détermination volontaire ; c'est l'opposé de malgré : on fait de bon gré ce qu'on ne fait pas malgré soi. De bonne volonté dit quelque chose de plus ; un homme de bonne volonté est un homme que sa volonté porte à faire ce qu'on lui demande ; non-seulement il n'y est pas contraint, mais encore il le veut lui-même. Avec de bon cœur, le cœur intervient, la volonté y est et de plus la cordialité et l'entrain qu'elle donne. Enfin de bonne grâce exprime que la grâce s'y joint : faire une chose de bonne grâce, c'est la faire sans qu'on ait besoin de nous prier et avec une manière qui rehausse le prix de ce qu'on fait.