chandelle

(Mot repris de chandelles)

chandelle

n.f. [ lat. candela ]
1. Tige de suif, de résine ou d'une autre matière inflammable entourant une mèche, utilisée pour l'éclairage : Faire un dîner aux chandelles bougie
2. Figure de voltige aérienne consistant à monter rapidement à la verticale.
Brûler la chandelle par les deux bouts,
ne pas être économe de son argent ou de sa santé.
Devoir une fière chandelle à qqn,
lui être redevable de qqch de très important.
Économies de bouts de chandelle,
économies réalisées sur de trop petites choses pour être vraiment utiles.
Le jeu n'en vaut pas la chandelle,
le résultat ne vaut pas le mal qu'on se donne.
Voir trente-six chandelles,
Fam. éprouver un éblouissement après un choc violent, un coup.

CHANDELLE

(chan-dè-l') s. f.
Petit flambeau de suif, de cire ou de quelque autre matière grasse et combustible. En particulier, flambeau de suif, par opposition aux flambeaux de cire ou d'autre matière. Ne brûler que de la chandelle. Une livre, un paquet de chandelles. Chandelle des quatre, des six à la livre ; ou chandelle de quatre, de six. Chandelle bénite. Éteindre, souffler la chandelle. Cette chandelle n'éclaire pas, coule. Un bout de chandelle.
Je bats le fusil, j'allume la chandelle [J. J. ROUSS., Ém. II]
Sous Frédéric II [Barberousse] la bougie était inconnue et la chandelle un luxe [VOLT., Mœurs, 81]
Moucher la chandelle, retrancher avec les mouchettes la partie de la mèche qui est brûlée et qui empêche la lumière ; et figurément, remplir des fonctions tout à fait subalternes.
Molière était, lui, chef de sa troupe ; moi, je mouche les chandelles [P. L. COUR., Lett. I, 221]
Moucher la chandelle, comme le diable mouche sa mère, c'est-à-dire l'éteindre en coupant la mèche trop bas. Moucher une chandelle à 25 pas, tirer très bien le pistolet. À la chandelle, à la lumière par opposition à la locution au grand jour.
J'avais résolu de ne les faire voir qu'à la chandelle [au théâtre] [MOL., Préf. des Préc.]
Mlle de l'Étoile fit encore mieux la malade à la chandelle, qu'elle ne l'avait fait dans l'obscurité [SCARR., Rom. com. II, 12]
Ce qui paraît d'une couleur au soleil, paraît d'une autre à la chandelle [FÉN., Pyrrhon.]
À chandelle éteinte, le temps que dure une chandelle pour se consumer. En droit ecclésiastique, excommunication à chandelles éteintes, lorsqu'on donnait au pécheur la durée d'une chandelle pour se repentir. Terme d'ancienne pratique. Donner à chandelle éteinte, adjuger dans une adjudication où l'on pouvait surenchérir tant que brûlait une chandelle. Familièrement. Ses yeux brillent comme des chandelles, il a les yeux très brillants. Voir des chandelles, voir mille chandelles, apercevoir, à l'occasion d'un grand coup, d'un choc violent, ou même d'un éblouissement, des lueurs phosphorescentes. Populairement. Ses cheveux frisent comme des paquets de chandelle, c'est-à-dire ne frisent pas du tout. Se brûler, venir se brûler à la chandelle, courir étourdiment à sa perte, se jeter dans le péril en cherchant follement le plaisir.
Je vous connais, objets doux et puissants ; Plus ne m'irai brûler à la chandelle [LA FONT., Diable.]
Économie de bouts de chandelle, économie sordide ou mal entendue, qui ne porte que sur les petites choses.
Fleury excellait aux ménages de collége et de séminaire, et, qu'on me pardonne ce mot bas, au ménage des bouts de chandelle [SAINT-SIMON, 506, 158]
Le jeu ne vaut pas la chandelle, cela ne vaut pas la peine, les frais qu'on ferait.
Et le jeu, comme on dit, n'en vaut pas les chandelles [CORN., le Ment. I, 1]
Brûler la chandelle par les deux bouts, se livrer à des dépenses, à des excès ruineux, extravagants, dont les conséquences sont doublement funestes.
Ils brûlaient la chandelle par les deux bouts [LESAGE, Gil Blas, VII, 15]
La chandelle brûle, le temps presse. C'est une chandelle qui s'éteint, se dit d'un vieil lard, d'un malade qui finit doucement. Tenir la chandelle, assister et se prêter à une turpitude ou à une chose dans laquelle on est dupé. Se dit particulièrement de complaisances honteuses pour un commerce de galanterie.
Chandelle donnée en offrande à l'église ou consacrée. Il doit une belle chandelle à Dieu, il est échappé comme par miracle d'un grand péril. Il vous doit une belle chandelle, vous l'avez tiré d'un mauvais pas. Fig. Donner une chandelle à Dieu et une au diable, se ménager entre deux partis opposés, caresser amis et ennemis. Il est réduit à la chandelle bénite, se dit d'une personne à l'agonie. Chandelle des Rois, grosse chandelle enjolivée que les chandeliers donnaient le jour des Rois à leurs pratiques. Habit bariolé comme la chandelle des Rois, bigarré de plusieurs couleurs.
Bois de chandelle, nom collectif de plusieurs végétaux résineux employés comme torches.
Chandelle de glace, eau glacée qui pend des toits des maisons, des gouttières, des arbres.
Chandelle romaine, pièce d'artifice en forme de grosse chandelle, qui lance en brûlant des étoiles d'un vif éclat.
Pièce de bois ou de fer placée verticalement pour servir d'étai dans une construction. Terme d'imprimerie. Longue pièce de bois pour empêcher la presse de varier. Terme de marine. Accore de construction, quand il n'excède pas un mètre.

PROVERBES

  • La chandelle qui va devant éclaire mieux que celle qui va derrière, c'est-à-dire on se conduit mal, quand, au lieu de faire du bien pendant la vie, on remet à faire ses libéralités dans son testament.
  • Apportez-lui un bout de chandelle pour trouver ce qu'il veut dire, se dit d'une personne qui a beaucoup de peine à s'expliquer.
  • C'est un bon enfant, il ne mange pas la chandelle, c'est un bon enfant si l'on veut, mais je n'en saurais dire aucun bien.
  • À chaque saint sa chandelle, il faut ménager et gagner tous ceux dont on a besoin.

HISTORIQUE

  • XIIe s.
    Où feu n'eüst ou chandele alumée [, Roncisv. 156]
    Einsi fu sainte iglise honnie et violée ; Ne matines, ne vespres, messe n'i fu chantée, Ne Deus n'i fu servi, ne chandeille allumée [, Th. le mart. 153]
    De Jesu-Crist il seient, fait-il, trestuit maldit. Dunc a geté à val, quant il out cel mot dit, Desur le pavement la candeille en defit [, ib. 132]
    ...et les chandoiles mises Es chandeliers, toutes esprises [, la Charrette, 937]
  • XIIIe s.
    [Elle] a pris une chandele, qu'on [car on] n'i pooit veïr [, Berte, LXXXVII]
    De son lit saut toz estordiz, Si a une chandoile prise, Au feu en vient, si l'a esprise [, Ren. 3411]
    ... à chandele cust [coud] la pucele, En un bliaut ma damoiselle [, Lai del desiré]
    Sire Renart, ne vas anuit, Il lors avesprera assez ; Mes ces chandeles alumez [, Ren. 21294]
    ... La lune, Envers qui les autres estoiles Resemblent petites chandoiles [, la Rose, 1002]
    Moult est fox qui tel chose esperne [épargne], C'est la chandele en la lanterne [, la Rose, 7448]
  • XIVe s.
    Ce fut la nuit à la chandelle, La bataille y fu moult belle [, Le livre du bon Jeh. 411]
    Pour dix livres de chandelle de buef à veillier de nuict [DE LABORDE, Émaux, p. 202]
    Pour chandelle de cire et de suif [DE LABORDE, Émaux, p. 202]
  • XVe s.
    Ainsi furent-ils trois jours et trois nuits sans pain, sans vin, sans chandelle [FROISS., I, I, 39]
    Qui eust esté à Bruge eust vu comment on estoit soigneux de mettre biscuits en sacs, de mettre blés, chandelles de sieu [suif], chandelles de cire [ID., II, III, 35]
    Ycelluy avoit en sa chapelle une chandoille ardent qui estoit divisée en vingt-quatre parties [CHRIST. DE PISAN, Charles V, I, 16]
    Mais quant ce vint au fait de la despense, Il restraingnit eufs, chandelle et moutarde [E. DESCHAMPS, Adm. de l'hôte du Pr.]
    Et puis quant on a l'esguillon Et qu'on se sent de l'estincelle, On fait comme le papillon Qui se brusle à la chandelle [COQUILL., Enq. de la simple et de la rusée.]
  • XVIe s.
    On mettra [dedans le canal] une chandelle de cire, ou une verge de plomb [PARÉ, XV, 43]
    Et que de sa vie il ne fera la guerre en son royaume, ny contre ses subjects ; car c'estoit se battre soy-mesme et brusler la chandelle par les deux bouts [CARLOIX, X, 1]
    Les autres poëtes ne sont que les naquets de ce brave Virgile, non pas Horace mesmes, si ce n'est en quelques unes de ses odes.... Le reste ne vaut pas la chandelle [RONS., 584]
    Ainsi qu'on voit faillir sans cire une chandelle [ID., 797]
    Qui ne peut mettre au chef d'un sainct une chandelle, Au moins la mette aux pieds, et qui aux pieds sacrez Ne la peut mettre, au moins qu'il la mette aux degrez [ID., 867]
    La cire se blanchit, pour, ainsi subtiliée, en faire de la bougie, des chandelles pour l'estude, les banquets et autres gentillesses [O. DE SERRES, 452]
    Autrement le jeu ne vaudroit pas la chandelle [ID., 461]
    Le jeu ne vaut pas la chandelle : il y a moins de mal souvent à perdre sa vigne qu'à la plaider [MONT., III, 47]
    Nous preferons l'art à la nature, nous fermons en plein midy les fenestres, et allumons les chandelles [CHARRON, Sagesse, II, 3]
    La chandelle esclaire chascun et allume, et soy-mesme se detruit, font et consume [LEROUX DE LINCY, Prov. t. II, p. 323]

ÉTYMOLOGIE

  • Franc-comtois et bourguig. chandoile ; picard, candeille, candoille, candelle ; provenç. espagn. et ital. candela ; portug. candea ; du latin candela, de candere, être ardent (comp. CANDEUR), et le même que canere, être blanc (voy. CHANCIR et CHENU).

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

    CHANDELLE. Ajoutez :
    Terme d'ébénisterie. Pied cannelé.
    Une corbeille que soutiennent des chandelles ou pieds cannelés [E. BERGERAT, Journ. offic. 29 déc. 1874, p. 8640, 2e col.]

    REMARQUE

    • Les Mémoires de Miraulmont citent cette fameuse ordonnance royale qui obligeait le chancelier de France à rendre au trésorier les tronchons de la cire qui avait servi à son éclairage. L'ordonnance, comme toutes les autres, passa sans remédier au mal, mais elle eut l'honneur de créer un proverbe. C'est de là que date le mot si célèbre :
      les économies de bouts de chandelle [ED. TEXIER, le Siècle du 31 janvier 1864]

chandelle

CHANDELLE. n. f. Petit bâton de suif, de cire, de résine ou de quelque autre matière combustible garni d'une mèche et servant de flambeau. Il se dit plus communément de la Chandelle de suif.

Prov. et fig., Se brûler, venir se brûler à la chandelle. Voyez BRÛLER.

Il se prend souvent dans le sens de Cierge. Il doit une belle chandelle à Dieu, à la Vierge, se dit de Quelqu'un qui est échappé d'un grand péril. Par extension, Il me doit une belle chandelle pour l'avoir tiré de ce mauvais pas.

Prov. et fig., C'est une économie de bouts de chandelles. Voyez BOUT.

Prov. et fig., Le jeu ne vaut pas la chandelle, La chose dont il s'agit ne mérite pas les soins qu'on prend, les peines qu'on se donne, la dépense qu'on fait.

C'est une chandelle qui s'éteint, se dit d'un Homme qui meurt insensiblement et de vieillesse.

Fig. et fam., Voir des chandelles, trente-six chandelles, se dit lorsqu'on a un grand éblouissement d'yeux causé par un coup, un heurt, une chute.

Fig. et fam., Brûler la chandelle par les deux bouts. Voyez BOUT.

Fig. et fam., Tenir la chandelle, Se prêter à de honteuses complaisances pour favoriser un commerce de galanterie. Il est libre.

En termes de Pyrotechnie, Chandelle romaine, Pièce d'artifice en forme de grosse chandelle qui lance perpendiculairement et à certains intervalles des étoiles d'un éclat très vif.

En termes de jeu de Balle et de Tennis, il désigne Toute balle envoyée très haut et peu loin, avec peu de force.

chandelle

Chandelle, Candela, Lucerna, Lychnus.

Faire chandelle de suif, Candelas sebare, vel seuare.

Faire quelque chose à la chandelle, Ad lucubrationem conficere aliquid.

Si la chandelle et lumiere ne me defailloit, j'y seroy plus long temps, Facerem diutius, nisi me lucerna desereret.

Je l'ay escrit à une mesme chandelle et lampe, Lucerna eadem scripsi.

Tout ce qui soustient la chandelle, lampe et lumiere, Lychnuchus.

chandelle


CHANDELLE, ou CHANDèLE, s. f. [1re lon. 2e è moy. 3e e muet.] Petit flambeau de suif ou de cire. On le dit presque toujours de ceux de suif; pour ceux de cire, on dit bougie, ou cierge. = Ce mot fournit à plusieurs expressions figurées du style familier et proverbial. — On dit, de celui qui a de l'intelligence dans deux partis contraires, ou, qui mène une vie mélangée de bien et de mal, qu'il done une chandèle à Dieu, et l'aûtre au diable; de celui, qui est fort vieux, et qui s'en va mourant, que la chandèle s'éteint; de celui, qui est à l'agonie, qu'il est réduit à la chandèle bénite; de celui, qui a échapé à un grand danger, qu'il doit une belle chandèle à Dieu; d' une femme, qui ne soufre pas le grand jour, qu'elle est belle à la chandèle; de ceux, qui dépensent en beaucoup d'articles diférens, qu'ils brûlent la chandèle par les deux bouts; de ce qui ne done aucun profit, que le jeu ne vaut pas la chandèle. — Voyez BRûLER et DEVANT. — Donez-lui une chandèle, dit-on, quand on voit un homme qui ne saurait trouver ce qu'il veut dire. Et quand quelqu'un se met devant le jour, et qu'il empêche qu'on ne voie à lire ou à travailler: mouchez la chandèle, lui dit-on. — Cet homme vient se brûler à la chandèle, il se confie à ceux qui le trahissent; ou, il cherche un asyle dans le lieu, où il y a le plus de danger pour lui: allusion au papillon qui se brûle à la chandèle, en cherchant la lumière. — À~ chaque Saint, sa chandèle, il faut rendre des devoirs à tous ceux de qui dépend le succès des afaires. "Cet homme est ménager de bouts de chandèle; il est économe dans les petites chôses, et ne l'est pas dans les plus importantes. — La chandèle brûle; le temps se pâsse.

Traductions

chandelle

Kerze, Lichtcandle, lob, up-and-under, tapercandela, kaars, kaarsensterkteנר (ז), סמארק (ז), עמידת נר (נ), נֵרsvíce, svíčkaküünalشمعkynttiläमोमबत्तीsvijećalumânareبتی, مومcandela, moccoloсвещ蠟燭촛불เทียน (ʃɑ̃dɛl)
nom féminin
objet qui éclaire en brûlant

chandelle

[ʃɑ̃dɛl] nf
(pour s'éclairer)tallow candle, candle
dîner aux chandelles → candlelight dinner, candlelit dinner
tenir la chandelle → to play gooseberry
(RUGBY) (aussi chandelle de récupération) → up-and-under
(AVIATION) monter en chandelle → to climb vertically