chartre

CHARTRE1

(char-tr') s. f.
Voy. CHARTE.

CHARTRE2

(char-tr') s. f.
Prison.
Cette chartre est faite de façon Que.... [LA FONT., Diable.]
Il est vieux. Usité encore dans cette locution : Tenir en chartre privée, séquestrer une personne sans autorité de justice.
Nom vulgaire du carreau ou atrophie mésentérique, cette maladie retardant le développement et tenant le petit malade comme en une chartre, en une prison. Tomber en chartre. Être en chartre.

HISTORIQUE

  • XIIe s.
    Que, se li clers forfait à perdre sun mestier, Face le sis prelaz en sa chartre lancier [, Th. le mart. 31]
  • XIIIe s.
    Puis li liast on poins et piez, Si fust jetez trestoz liez En la chartre ou en la jeöle.... [, Ren. 8603]
    Cil que l'en met en chartre oscure, Et en vermine et en ordure [, la Rose, 2623]
    C'est [l'amour] chartre qui prison [prisonnier] soulage, Printems plains de fort yvernage [, ib. 4343]
    Lors, se vous ne voulez ce croire, Quand il ara sur vous victoire, Sans retour en sa chartre noire Au feu d'enfer ardoir irez [J. DE MEUNG, Cod. 93]
  • XVe s.
    Et par sentence fut privé de tous ses benefices et mené en un tombereau, mitré et condamné en chartre perpetuelle et au pain [JUVÉN., Charles VI, 1416]
  • XVIe s.
    Pour retirer aucuns de la chartre des vices [SLEIDAN, f° 19]
    Si on en rechappe, le malade tombe en fievre hectique ou en chartre, ou en mal caduc [PARÉ, XXIII, 44]
    Je plainds plusieurs gentilshommes qui, par la sottise de leurs medecins, se sont mis en chartre tous jeunes et entiers [MONT., IV, 261]

ÉTYMOLOGIE

  • Génev. charte ; espagn. carcer ; ital. carcere ; du latin carcerem, prison.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

    2. CHARTRE. Ajoutez : - REM. Bien que chartre soit féminin même dans de très anciens textes, cependant on le trouve masculin aussi à l'origine de la langue conformément à l'étymologie (lat. carcer) : XIIe siècle.
    Et quant il encore ensi ne pot pas amolir la vertut de sa pense, dunkes enclost celui en un estroit chartre, et si loiat de fer lo col et les mains de celui [, li Dialoge Gregoire lo pape, 1876, p. 168]

chartre

CHARTRE. n. f. Vieux mot qui signifiait Prison : Chartre privée, Tout lieu autre que la prison publique où l'on détenait, où l'on emprisonnait quelqu'un sans autorité de justice.

chartre

Chartre, f. penac. Qui proprement doit estre escrit et prononce Charte (car il vient de Charta qui est prins de khartês, mot Grec) est mot general à tout document mis par escrit en papier. Mais le François l'a particularisé aux seuls tiltres, lettres, et enseignemens publiques d'un corps, comme d'un Royaume, païs et Province, d'une ville, communauté, Eglise, chapitre et semblables. Et lors le plus souvent le met en pluriel, Chartres, comme les Chartres de France. Instrumentum Regni. Bud. ex Sueton. Qui sont les tiltres du Domaine, Incorporations, Acquets, Reversions, Appannages concernans la Couronne de France, Traittez de Paix, Alliances, Confederations, Trefves, Mariages, Reductions de frontieres, bornes et limites d'icelles, et autres tels infinis tiltres appartenans à la Couronne. Lesquels sont gardez en la chambre du Thresor à Paris, et les coppies aux garderobbes des Chartres suyvans la Court, dont Je Jean Nicot autheur de ce livre, depuis mon avenement à la Court jusques à mon Ambassade en Portugal, du regne de Henry deuxiesme, la fleur des Rois, et de chevallerie, ay eu et exercé la garde, Et ont tels tiltres le nom de Chartres, quoy qu'ils soient, ou la plus part mis en parchemin: Dont ne l'invention ne la matiere ne sont semblables, comme a observé Varro, au recit de Pline, livre 13. c. 11. Publica monumenta Plin. eo. cap. 11.

Chartres se prend aussi pour prison, Carcer. Et d'autant que les prisons sont pleines de tristesses et langueurs, Chartre signifie en outre une maladie qui fait devenir la personne en langueur, ou par faute de nutriment, ou par abondance de mauvaises humeurs. Ainsi venir à tomber en chartre, c'est se alangourir, flaistrir, seicher, emmaigrir jusques aux os, Tabescere, Contabescere, Extabescere, Intabescere, Laborare atrophia, prins par metaphore de ceux qui sont detenus en prison, qui au long aller deviennent tels.

Une maladie par laquelle une personne devient en chartre, et se seiche par faute d'estre nourri, ou par mauvaises humeurs, Tabes, Tabitudo.

chartre

C'est aussi celuy qui est en chartre, Tabe laborans.

Thresor des Chartres, le lieu où se gardent les lettres et registres publiques, Archiuum, Tablinum, Tabularium.

Garde des chartres, Cartophylax.

Chartre partie, ou charte partie, est un terme nautique, pour la declaration de cargaison du navire, mise en une fueille, dont la moitié se baille au maistre du navire, l'autre moitié est envoyée à celuy auquel ladite cargaison doit estre livrée.

chartre


CHARTRE, s. f. CHARTE, s. f. Ces mots ont signifié une prison, une maladie de langueur, et de vieux papiers, de vieux titres. Il n'y a pas de doute que Chartre ne soit le meilleur, dans le sens de prison et de maladie; mais quand on parle de papiers, on devrait dire Charte, suivant l'étymologie (Charta): cependant le grand usage est pour Chartre. Men. — L'Acad. dit indiféremment Chartres et Chartes, pour anciens titres, L. T. — Chartre pour prison, est vieux. On dit encore au Palais, tenir en Chartre privée, pour, tenir en prison sans autorité de Justice. — Pour la maladie, on ne le dit que des enfans: Cet enfant est en chartre, est tombé en chartre; il est étique, il ne profite point.