chat, chatte


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CHAT, CHATTE

(cha, cha-t' ; en conversation le t ne se lie que dans les phrases suivantes : chat échaudé craint l'eau froide, dites : cha-t échaudé ; acheter chat en poche, dites : cha-t en poche ; jeter le chat aux jambes, dites : cha-t aux jambes. Au XVIe siècle, Palsgrave, p. 24, dit que le t se lie avec la voyelle qui suit. Au pluriel l's se lie : les chaz et les chiens ; chats rime avec pas, appas, etc.) s. m.
Animal domestique, de l'ordre des carnassiers digitigrades.
Le chat est un domestique infidèle que l'on ne garde que par nécessité [BUFFON, Chat.]
Je mis Vambroc dans une soupente où il eût fallu être chat ou diable pour le trouver [RETZ, I, 14]
Le quolibet nous apprend qu'il n'est rien de plus semblable à un chat sur une fenêtre qu'une chatte [MADEMOISELLE DE GOURNAY, Égalité des hommes et des femmes]
Madame, j'étais déjà si fort à vous que je pensais que vous deviez croire qu'il n'était pas besoin que vous me gagnassiez par des présents, ni que vous fissiez dessein de me prendre comme un rat avec un chat ; néanmoins j'avoue que votre libéralité n'a pas laissé de produire en moi quelque nouvelle affection, et s'il y avait encore quelque chose dans mon esprit qui ne fût pas à vous, le chat que vous m'avez envoyé a achevé de le prendre et vous l'a gagné entièrement ; c'est, sans mentir, le plus beau et le plus agréable qui fut jamais ; les plus beaux chats d'Espagne ne sont que des chats brûlés au prix de lui, et Rominagrobis même (vous savez bien, madame, que Rominagrobis est prince des chats) ne saurait avoir meilleure mine et ne sentirait pas mieux son bien [VOITURE, Lett. 153, à une abbesse qui lui avait fait présent d'un chat]
Un homme chérissait éperdument sa chatte ; Il la trouvait mignonne et belle et délicate Qui miaulait d'un ton fort doux [LA FONT., Fab. II, 18]
La nation des belettes, Non plus que celle des chats, Ne veut aucun bien aux rats [ID., ib. IV, 6]
Mon fils, dit la souris, ce doucet est un chat, Qui, sous son minois hypocrite, Contre toute ta parenté D'un malin vouloir est porté [ID., ib. V, 5]
Et quel fâcheux démon, durant des nuits entières, Rassemble ici les chats de toutes les gouttières ? [BOILEAU, Sat. VI]
La pédante au ton fier, la bourgeoise ennuyeuse, Celle qui de son chat fait son seul entretien [ID., Sat. X]
Il a joué avec les chats, se dit d'un homme qui a des égratignures au visage. Il est propre comme une écuelle à chat, se dit d'un homme malpropre. Dès que les chats seront chaussés, c'est-à-dire de bon matin. Familièrement. Aller comme un chat maigre, courir vite et beaucoup.
Lors dispos du talon, je vais comme un chat maigre [RÉGNIER, Sat. X]
Fig. Jeter le chat aux jambes à quelqu'un ou de quelqu'un, lui susciter des embarras.
Les calvinistes sont bien aises de jeter le chat aux jambes des papistes [VOLT., Lett. vers et prose, 176]
Fig. Emporter le chat, sortir d'une maison sans dire adieu à personne ; et aussi déménager complétement, le chat étant, de tous les animaux domestiques, le plus fidèle au logis. Fig. Cette fille a laissé aller le chat au fromage, elle s'est laissé abuser.
Je ne le nourris [un chat] que de fromages et de biscuits ; peut-être, madame, qu'il n'était pas si bien traité chez vous ; car je pense que les dames de *** ne laissent pas aller le chat aux fromages et que l'austérité du couvent ne permet pas qu'on leur fasse si bonne chère [VOIT., Lett. 153, à une abbesse qui lui avait fait présent d'un chat]
Bailler le chat par les pattes, présenter une chose par l'endroit le plus difficile. Il n'y a pas là de quoi fouetter un chat, la faute n'a rien de grave, c'est une bagatelle. Se servir de la patte du chat pour tirer les marrons du feu, faire courir à un autre le risque d'une entreprise, d'une affaire dont on retirera seul le profit. Vendre chat en poche, ne point faire voir ce qu'on vend. Acheter chat en poche, conclure une affaire sans examen.
Vous êtes-vous mis en tête que Léonard de Pourceaugnac soit un homme à acheter chat en poche ? [MOL., Pourc. II, 7]
On dit dans le même sens : acheter le chat pour le lièvre. Appeler un chat un chat, appeler les choses par leur nom.
J'appelle un chat un chat et Rollet un fripon [BOILEAU, Sat. I]
Il le guette comme le chat fait les souris, se dit d'un homme qui en épie un autre. Écrire comme un chat, écrire d'une façon illisible. Il a passé là-dessus comme chat sur braise, se dit d'une homme qui coule rapidement sur quelque fait délicat à rappeler, à mentionner, à raconter. Ces gens s'accordent, vivent comme chien et chat, c'est-à-dire ils ne peuvent se souffrir, ils sont toujours en querelle. Elle est friande comme une chatte, ou, simplement, c'est une chatte, se dit d'une femme très friande. Elle est amoureuse comme une chatte, se dit d'une femme d'une complexion amoureuse. Dans le langage familier, chatte s'emploie adjectivement quelquefois. Des manières chattes, des manières semblables à celles d'une chatte qui caresse, qui joue. Musique de chat, musique aigre et dissonante. Il n'y a pas un chat, il n'y a absolument personne.
Il n'y a pas moyen que quelqu'un trouve un chat à l'hôtel de Clermont [VOLT., Lett. vers et prose, 25]
Mon dévot se croirait un sacrilége s'il laissait un enfant et un chat en vie dans le territoire de Mercure [ID., Dial. XXIX, 1]
Je ne connais pas un chat dans cette ville, je n'y connais personne. Fig. Avoir un chat dans la gorge, éprouver dans le gosier un embarras soudain qui gêne la voix. C'est le chat ! manière populaire de répondre à une excuse personnelle à laquelle on ne croit pas. Votre fromage, ce n'est pas moi qui l'ai mangé. - Non, c'est le chat. Le verre, ce n'est pas moi qui l'ai cassé. - Non, c'est le chat. Mon chat, ma chatte, termes d'amitié très familiers qui se disent à un petit garçon, à une jeune fille ou femme.
Par plaisanterie, chat fourré, nom donné à certains dignitaires qui portent des fourrures dans leurs habits de cérémonie, aux docteurs, aux magistrats.
Si les chats fourrés de la Sorbonne étaient assez fous pour lâcher un décret [VOLT., Lett. Damilaville, 11 nov. 1767]
Terme de blason. Chat effarouché, celui qui est rampant. Chat hérissonné, celui qui lève le train de derrière plus haut que la tête.
Terme de chasse. Chat haret, chat sauvage, et aussi chat domestique qui se retire dans les bois et garennes, et y vit de gibier.
Terme d'histoire naturelle. Tout animal du même genre que le chat. Le lion, le tigre et le lynx sont des chats. Chat-cervier. Le chat-cervier proprement dit habite le Nord de l'Asie, et il ne faut le confondre ni avec le chat canadien, dit lynx du Canada, ni avec le chat roux, appelé chat-cervier des fourreurs. Chat à crinière, guépard. Chat musqué, civette.
Chat de mer, nom vulgaire de l'aphysie et de quelques coquilles hérissées d'épines. Un des noms vulgaires de la chimère monstrueuse, poisson chondroptérygien, qui est la chimère arctique de certains auteurs. Chat marin, nom vulgaire d'une espèce de phoque et de trois poissons.
S. m. plur. Folles fleurs des noyers, des coudriers, des saules.
Jeu d'enfants dans lequel l'un des enfants court après les autres ; et celui qui est pris le remplace. Chat coupé, le même jeu, avec cette condition que, si un troisième camarade passe entre le poursuivant et le poursuivi, c'est lui qui doit être poursuivi à son tour.
Terme de pêche. Petit grappin pour retirer la lesture échappée au fond de la mer.
Instrument à branches de fer élastiques dont on se sert pour visiter l'âme d'une pièce de canon. Chat à neuf queues, nom du fouet dont on se sert, dans l'armée anglaise, pour punir les soldats.
10° Matière étrangère et dure qu'on trouve dans l'ardoise.
11° Chevalet de couvreur. Terme de charpentier. Pièce de cuivre ou de fer percée d'un trou par où passe la corde de l'aplomb.
12° Chat-brûlé, nom d'une poire fort pierreuse, qui a la forme du martin sec et qui ne mûrit qu'à la fin de l'automne.

PROVERBES

  • Chat échaudé craint l'eau froide, c'est-à-dire tout ce qui ressemble à ce qui nous a fait du mal nous effraye et nous met sur nos gardes. On dit dans le même sens : chat échaudé ne revient pas en cuisine.
  • On ne peut prendre de tels chats sans mitaines, c'est-à-dire l'affaire est difficile, épineuse.
  • La nuit tous les chats ou tous chats sont gris, c'est-à-dire on peut se méprendre dans l'obscurité, et aussi, dans l'obscurité, la beauté, la jeunesse ne comptent plus.
    Hé, monsieur le difficile, ne sais-tu pas bien que la nuit tous les chats sont gris ? [SCARRON, Rom. Com. I, 13]
    Veux-tu, ma Rosinette, Faire emplette Du roi des maris ? Je ne suis point Tircis ; Mais la nuit, dans l'ombre, Je vaux encor mon prix ; Et quand il fait sombre, Tous les chats sont gris [BEAUMARCH., le Barbier, III, 5]
  • Payer en chats et en rats, c'est-à-dire payer en bagatelles, en toutes sortes d'effets de mince valeur.
  • À bon chat bon rat, c'est-à-dire la défense vaut l'attaque.
    Maudit soit le premier qui nous ensorcela ! Mais à bon chat bon rat, et ce n'est pas merveille Si les femmes souvent leur rendent la pareille [REGNARD, le Distr. I, 2]
  • Le mou est pour le chat, se dit de ce qui revient naturellement à une personne, le mou servant de nourriture aux chats.
  • Il entend bien chat sans qu'on dise minon, se dit d'un homme habile et qui entend à demi-mot.
  • À mauvais rat faut mauvais chat, c'est-à-dire on ne peut se dispenser d'être méchant aux méchants.
  • T'as été au trepassement d'un chat, t'as la vue trouble, [dit un paysan, dans] [MOL., Don Juan, II, 1]
  • Quand les chats n'y sont pas, les souris dansent, c'est-à-dire en l'absence des chefs, des maîtres, les inférieurs, les écoliers se dérangent.
  • Il ne faut pas éveiller le chat qui dort, n'éveillez pas le chat qui dort, ne provoquez pas un danger, une difficulté que vous pouvez éviter, n'appelez pas l'attention, la colère d'un homme qui ne songe pas à vous.
  • Réveiller le chat qui dort, réveiller une mauvaise affaire assoupie.
  • C'est le nid d'une souris dans l'oreille d'un chat, se dit d'une chose impossible.
  • On ne saurait retenir le chat quand il a goûté de la crème, c'est-à-dire on ne résiste pas aux habitudes déjà prises, aux tentations déjà goûtées.
  • Il est comme le chat qui retombe toujours sur ses pieds, se dit d'un homme adroit qui sait toujours se tirer d'affaire.

HISTORIQUE

  • XIIIe s.
    Rien seit chaz cui barbes il loiche [lèche] [MARIE, Fabl. 20]
    Li fiz au chat doit prendre la souriz [, Agolant, p. 170, dans DU CANGE, Gloss. français]
    Ochaison a qui son chat bat [, Hist. litt. t. XXIII, p. 572]
    Uns pliçons gris vaut mielz que deus de chas [, Bibl. des chartes, 4e série, t. V, p. 328]
    Chaz eschaudez iaue crient [LEROUX DE LINCY, Prov. t. I, p. 155]
    Là où kas n'est, li souris se revele [prend ses ébats] [ID., ib. t. II, p. 487]
    De castiier cat qui est vieus Ne puet nus hom venir à cief [à bout] [ID., ib.]
    Dont fist Hues d'Aire faire un chat [machine de guerre], et le fist bien cuirier et acesmer [H. DE VALENC., XXXIV]
    Piaus de chaz privez que l'en appele chat de feu ou de fouier [, Liv. des mét. 326]
    Si cum li chas set par nature La science de surgeüre, Nonques n'en fu mis à escole [, la Rose, 10001]
    Femme semble trois choses, louve, goupille et chate [, Chastie-musard]
  • XVe s.
    Ils firent quatre grans kas [engins de siége] forts et hauts [FROISS., I, I, 262]
    Prince, on conseille bien souvent, Mais on puet dire com le rat, Du conseil qui sa fin ne prant : Qui pendra la sonnette au chat ? [E. DESCH., La souris et le chat.]
    Veuls-tu espouser chat en sac, Et que nuls tes nopces ne vois [ID., Poésies mss. f° 553, dans LACURNE]
    Sans resveiller le chat qui dort [CH. D'ORLÉANS, Rép. à Fredet.]
    Dont passionné en cuer ne s'en est peu [pu] taire et a osé mettre la campane au chat, pour escrier lesion et foulure en l'innocent [G. CHASTELAIN, Expos. s. vérité.]
    L'ung vault l'autre, c'est à mau-chat mau-rat [VILLON, Ball.]
    Il bouta sa teste dedans le bouhot de la cheminée, où il vit notre bouchere plus simple qu'un chat baigné [LOUIS XI, Nouv. XL.]
    Je crois, dit le mari qui la voit à genoux pleurant et gemissant, qu'elle sait bien faire la chatte mouillée, et qui la voudroit croire elle sauroit bien abuser les gens [ID., ib. LXI]
  • XVIe s.
    On ne prend point de telz chatz sans mitaines [J. MAROT, V, 17]
    Mais quoy, c'estoient des ruffiens de Rome, Qui, pour fouyr, couroient comme chatz maisgres [ID., V, 40]
    Elles [les filles qui se marient] acheptent chat en sac [MONT., III, 5]
    Vous n'achetez pas un chat en poche ; si vous marchandez un cheval, vous luy ostez ses bardes, vous le voyez nud et à descouvert [ID., I, 324]
    Cette femme a quelque irritation contre moi ; pour se venger elle me donne un dangereux chat par les pattes, préparée à accuser ce que je ferai [D'AUB., Hist. II, 411]
    L'herbe à chat [PARÉ, XVI, 35]
    Lecher de langue de chat [GÉNIN, Récréat. t. II, p. 242]
    À bon chat bon rat ; il n'appartient qu'au savetier de parler de sa serpette, à l'yvrogne de sa bouteille.... [, Les caquets de l'accouchée, 8e journée]
    Chat emmoufflé [ganté] ne prend souris [LEROUX DE LINCY, Prov. t. I, p. 155]
    Chat miolleur ne fut onques bon chasseur, Non plus que sage homme grand caqueteur [ID., ib. p. 156]
    Chate noire a souef [doux] poil [ID., ib.]
    À tart se repent le rat, quant par le col le tient le chat [ID., ib.]
    Absent le chat, les souris dansent [ID., ib.]
    On ne doibt pas enseigner le chat à soriser [chasser aux souris] [ID., ib.]
    Si ton chat est larron, ne le chasse de ta maison [ID., ib.]
    Rebelles estes et pervers, Pecheurs vers Dieu, plains de barat, Et pour tant à mau chat mau rat [FABRI, Art de rhétorique, livr. II, f° 46, dans LACURNE]
    Avoir un œil à la poisle et l'autre au chat [COTGRAVE, ]
    Le chat a faim quand il ronge du pain [ID., ]
    Celuy a bon gage du chat, qui en a la peau [ID., ]
    On recognoit assez que chat veut dire minon [CHOLIÈRES, Contes de CHOLIÈRES, f° 174, dans LACURNE]

ÉTYMOLOGIE

  • Wallon, chet ; bourguig. chai ; picard, ca, co ; provenç. cat ; catal. gat ; espagn. et portug. gato ; ital. gatto ; du latin catus ou cattus, qui ne se trouve que dans des auteurs relativement récents, Palladius, Isidore, et qui était un mot du vulgaire. Il appartient au celtique et à l'allemand : irl. cat ; kymri, kâth ; angl. sax. cat ; ancien scandin. köttr ; allem. mod. Katze. D'après Isidore, cattus vient de cattare, voir, et cet animal est dit ainsi parce qu'il voit, guette ; catar, regarder, est dans le provençal et dans l'ancien français chater (Roncisv. p. 97.) Mais on ne sait à quoi se rattachent ni cattus ni catar ; la tardive apparition qu'ils font dans le latin portent à croire qu'ils sont d'origine celtico-germanique. Il y a dans l'arabe qittoun, chat mâle, mais Freitag doute que ce mot appartienne à l'arabe.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

    CHAT. Ajoutez :
    13° Familièrement. Fait comme les quatre chats, avec une toilette toute en désordre.
    J'aime mieux être dans ces bois faite comme les quatre chats (hélas ! vous en souvient-il ?), que d'être à Vitré avec l'air d'une madame [SÉV., 25 déc. 1675]
  • Il n'y avait que le chat, il n'y avait aucun témoin.
    J'ai dans la tête que s'ils [le duc de la Rochefoucault et Mme de Longueville] s'étaient rencontrés tous deux dans ces premiers moments [à la mort du jeune duc de Longueville tué au passage du Rhin] et qu'il n'y eût eu que le chat avec eux, je crois que tous les autres sentiments auraient fait place à des cris et à des larmes [SÉV., 20 juin 1672]
  • REMARQUE

    • Aujourd'hui on dit : éveiller le chat qui dort ; et, à l'historique, on en peut voir un exemple du XVe siècle. Mais, au XIIIe s., on disait éveiller le chien qui dort. Il y en a un exemple à chien ; en voici un autre du XIIIe aussi :
      Sire vallet, vos avez tort, Qui esveilliez le chien qui dort, [, Théâtre franç. au moyen âge, Paris, 1834, p. 35]
      Le chat mis en place du chien doit être une méprise ; car c'est le chien qui est le gardien et qu'il ne faut pas éveiller.