chien, chienne

CHIEN, CHIENNE

(chiin, chièn') s. m. (le mâle), s. f. (la femelle)
Quadrupède domestique, le plus attaché à l'homme, gardant sa maison et ses troupeaux, et l'aidant à la chasse. Chien de garde. Chien de berger. Chien de Malte. Chien de Terre-Neuve, grand chien à long poil, aimant à aller à l'eau. Chien danois, grande espèce de dogue. Chien de St-Bernard, grande espèce de chien des Alpes. Chien de trait, chien habitué à traîner de petites voitures.
Ce chien, voyant sa proie en l'eau représentée, La quitta pour l'image et pensa se noyer [LA FONT., Fables, VI, 17]
Ce chien, parce qu'il est mignon, Vivra de pair à compagnon Avec monsieur, avec madame [ID., ib. IV, 5]
Et votre petit chien Brusquet gronde-t-il toujours aussi fort, et mord-il toujours bien aux jambes les gens qui vont chez vous ? [MOL., Don Juan, IV, 3]
Des lambeaux pleins de sang et des membres affreux Que des chiens dévorants se disputaient entre eux [RAC., Ath. II, 5]
Dans son sang inhumain les chiens désaltérés [ID., ib. I, 1]
Chien de manchon, chien de petite espèce que les dames portent dans leur manchon. Chien d'Artois, sorte de chien camus ; d'où la locution camus en chien d'Artois, pour signifier confus, désappointé.
Madame votre fille est pleurante en un coin, Monsieur votre neveu grommelle sur du foin, Camus en chiens d'Artois d'avoir compté sans hôte [LA FONT., Je vous prends sans vert, sc. 14]
Les chiens courants, les dogues, les turcs, les chiens d'Artois, les mâtins [SEGRAIS, l'Ile imaginaire, t. II, p. 200]
Chien-lion, sorte de chien qui paraît provenir du croisement entre l'épagneul et le petit danois. Chien traître, chien qui mord sans aboyer. Chien fou, nom que l'on donne quelquefois au chien atteint de la rage ; et fig. Maigre comme un chien fou. Chien savant, chien dressé à certains exercices. En termes de l'Écriture, il retourne comme le chien à son vomissement, se dit de celui qui retombe dans ses vices.
Chien de chasse, chien dont l'homme se sert pour prendre le gibier. Chien courant, chien qui chasse les bêtes à la course. Chien couchant ou chien d'arrêt, chien qui arrête le gibier. Chien d'aiguail, chien qui n'est bon que le matin. Chien allongé, chien qui a les doigts étendus par quelque blessure. Chien à belle gorge, chien qui crie bien. Chien buté, chien qui a la jointure de la jambe fort grosse. Chien sage, chien qui ne s'emporte pas après le gibier. Fig. Faire le chien couchant, flatter bassement quelqu'un pour gagner ses bonnes grâces. On dit de même : c'est un bon chien couchant. Rompre les chiens, les arrêter, les détourner de la voie ; et, figurément, rompre brusquement une conversation embarrassante.
Mais le mari rompait les chiens [LA FONT., Fér.]
Le duc de Tresmes voulut rompre les chiens plus d'une fois ; à toutes Caumartin l'arrêtait, haussait le ton et continuait [SAINT-SIMON, 277, 243]
Locutions diverses. Être comme un chien d'attache ou à l'attache, être assujetti à un travail continuel. N'être pas bon à jeter aux chiens, en parlant des personnes, ne valoir rien du tout.
On ne me trouve pas bonne à jeter aux chiens [SÉV., 235]
Jeter sa langue aux chiens, renoncer à deviner quelque chose.
Ne sauriez-vous le deviner ? jetez-vous votre langue aux chiens ? [SÉV., 248]
Jeter ou donner sa part aux chiens, faire fi de quelque chose ; et avec un sens contraire, ne pas jeter sa part aux chiens.
Il était désolé, il eût jeté sa part aux chiens [SÉV., 431]
Mlle de la C*** n'en jette pas sa part aux chiens [SÉV., 350]
Jeter ses louanges aux chiens, les prodiguer mal à propos.
Ces gens-là ne jettent point leurs louanges aux chiens [SÉV., 491]
Droit comme la jambe d'un chien, se dit d'une chose tortue. Battre quelqu'un comme un chien, étriller quelqu'un en chien courtaud, le battre très fort.
Si vous voulez des nouvelles de nos armées, le régiment de Champagne s'est battu comme un lion et a été battu comme un chien [VOLT., Lettr. d'Argent. 24 fév. 1761]
Il fait un temps à ne pas mettre un chien dehors, il fait un temps affreux. Cela ne vaut pas les quatre fers d'un chien, c'est-à-dire cela ne vaut absolument rien, puisqu'un chien n'est pas ferré. C'est saint Roch et son chien, c'est-à-dire ces deux personnes vont toujours ensemble. Venir là comme un chien dans un jeu de quilles, arriver très mal à propos dans une société, y être très mal reçu. On dit dans le même sens : recevoir quelqu'un comme un chien dans un jeu de quilles. Fig. Fréquenter le chien et le chat, fréquenter toute sorte de personnes.
Il n'est pas étrange que M. le duc se soit avantagé de l'exemple de 1688, pour la promotion qu'il fit signer toute faite au roi en 1724, et où il fourra le chien, le chat et le rat [SAINT-SIMON, 328, 43]
Fig. Battre le chien devant le lion, ou devant le loup, réprimander une personne inférieure devant une personne supérieure, à qui cela doit servir de leçon. Entre chien et loup, à petit jour, le soir ou le matin, c'est-à-dire quand le jour est si sombre qu'on ne saurait distinguer un chien d'avec un loup.
Que pensez-vous que tout cela fasse entre chien et loup ? [SÉV., 221]
Substantivement.
Je crains l'entre chien et loup quand on ne cause pas [ID., 232]
Fig. Leurs chiens ne chassent pas ensemble, c'est-à-dire ces personnes ne sont pas en bonne intelligence. Vivre comme un chien, vivre dans la débauche et le libertinage. Mourir comme un chien, mourir dans le mépris et l'abandon, et aussi sans avoir reçu les sacrements. Mener une vie de chien, mener une vie pénible et misérable. Il est fou comme un jeune chien, se dit d'un jeune garçon étourdi et folâtre. Il est fait à cela comme un chien à aller à pied, à aller nu-tête, c'est-à-dire il est tout à fait accoutumé, endurci à une chose. Entrez, nos chiens sont liés, se dit à quelqu'un pour le prévenir qu'il peut aller de l'avant, n'y ayant aucun risque. C'est une charrue à chiens, ce sont des associés qui n'avancent pas, ne font rien de bon ni d'utile. Ils s'accordent, ils vivent comme chiens et chats, c'est-à-dire ils sont toujours en querelle.
Fig. et familièrement, un individu qu'on maltraite, qu'on méprise. C'est un chien. Pour cet homme orgueilleux les domestiques sont des chiens.
Que je suis un grand chien ! Parbleu je te saurai, Maudit jeu de trictrac, ou bien je ne pourrai [REGNARD, le Joueur, I, 4]
M. le duc de Villars ne s'y connaît-il point ? ma nièce est-elle sans goût ? suis-je un chien ? que coûte-t-il d'essayer ce qui fait chez nous le plus grand effet ? [VOLT., Lett. d'Argental, 27 sept. 1760]
Populairement, une personne rude et sévère. Quel chien ! Il n'est pas trop chien avec (ou pour) ses ouvriers. C'est un mauvais chien. Populairement et bassement. Cela n'est pas tant chien, cela n'est pas trop mauvais.
Chien de, avec les noms masculins, chienne de, avec les noms féminins, locution qui se dit, par une sorte de dépréciation, des personnes et des choses. Un chien d'homme. Une chienne de femme. Chien de chrétien, dénomination injurieuse que les musulmans donnent aux chrétiens.
Quelle chienne de mine vous a-t-il faite ? [HAMILT., Gramm. 11]
Moi j'aurais de l'amour pour ta chienne de face [MOL., le Dép. IV, 4]
Quel chien de commerce avez-vous là ? [SÉV., 69]
Que ne vous défaites-vous de cette chienne de maison aussi ? [DANCOURT, la Maison de campagne, sc. 7]
Maugrebleu de la chienne de parente [ID., ib. sc. 16]
Quiconque veut vivre sans boire Fera très bien de voyager Dans votre chien de territoire [VOLT., Ép. 65]
Je vous serai attaché tout le temps de ma courte et chienne de vie [VOLT., Lett. vers et prose, 33]
Quel chien de train ! quelle chienne de vie ! [J. B. ROUSS., Épigr. IV, 5]
Je cours toujours pour ma chienne de vente ; j'ai eu ce matin de bons renseignements [P. L. COUR., Lett. II, 123]
Voilà une bonne chienne de condition, direz-vous [VOLT., Lett. Mme du Deffant, 24 mai 1764]
Ces occupations sont satisfaisantes ; combien elles consolent de ces chiens de bureaux, de ces chiens de commis ! [VOLT., Lett. d'Argental, 15 févr. 1760]
De chien, même sens. Un temps de chien. Une pluie de chien. Querelle de chien, bruit de chien, train de chien, grande querelle, grand bruit.
Ne soyez point en peine de mon écriture, c'est que j'ai une plume de chien [SÉV., 314]
Allez, philosophe de chien [MOL., Bourg. II, 4]
Terme de zoologie. Genre de mammifères auquel le chien appartient. Le loup, le chacal sont des chiens.
Nom de différents animaux qui n'appartiennent pas au genre chien. Chien crabier, un des noms donnés au chien cancrivore (digitigrades), appelé chien des bois par Buffon, dit aussi raton. Chien-rat, mangouste du Cap. Chien d'eau, cabiai. Chien de mer, chien marin, nom vulgaire de la grande roussette (scyllium canicula).
Terme d'astronomie. Le Grand et le Petit Chien, constellations de l'hémisphère austral. Chiens de Chasse, petite constellation boréale entre la Grande Ourse et le Bouvier.
Chien de faïence, petite figure de chien qui se mettait souvent sur les cheminées, une d'un côté, l'autre de l'autre. De là la locution, se regarder en chiens de faïence, c'est-à-dire se regarder fixement et d'un air surpris ou hébété.
10° Chien de fusil, pièce qui tient la pierre d'une arme à feu, et dans les armes à percussion, pièce qui vient frapper la capsule et en produit l'inflammation. Sorte de sergent de tonnelier. Fer plat du métier à tisser. Sorte de chariot ou de brouette dans les mines. Brosse des blanchisseuses, faite ordinairement de chiendent. En termes de marine, sorte de grappin.

PROVERBES

  • C'est un beau chien s'il voulait mordre, c'est-à-dire il a belle apparence, mais il est sans courage.
  • C'est un chien qui aboie à la lune, c'est-à-dire il crie inutilement contre plus puissant que lui.
  • Il ne faut point se moquer des chiens qu'on ne soit hors du village, c'est-à-dire il faut se mettre à l'abri du danger avant de s'en moquer.
  • Il est comme le chien du jardinier, qui ne mange point de choux et n'en laisse pas manger aux autres, se dit de ceux qui, ne pouvant pas se servir d'une chose, ne veulent pas que les autres s'en servent.
  • Ils veulent faire comme les grands chiens, ils veulent pisser contre la muraille, se dit des petits garçons qui veulent faire comme les grandes personnes.
  • Pendant que le chien pisse, le loup s'en va, c'est-à-dire le moindre retardement fait manquer l'occasion.
  • Il y a trop de chiens après l'os, c'est-à-dire c'est une affaire où il y a trop de partageants.
  • Ce sont deux chiens après un os, c'est-à-dire le même objet est poursuivi de deux personnes.
  • Il mourrait plutôt un chien de berger, se dit en parlant d'une personne peu recommandable et qui est revenue d'une maladie grave.
  • C'est un chien au grand collier, c'est-à-dire il a le principal crédit dans une compagnie, dans une maison.
  • Chien hargneux a toujours l'oreille déchirée, c'est-à-dire il arrive toujours quelque accident aux gens querelleurs.
  • Chien en cuisine souper ne demande, c'est-à-dire il le prend.
  • Il a du crédit comme un chien à la boucherie, se dit d'un homme sans crédit, sans importance.
  • Petit chien, belle queue, proverbe qui équivaut à celui-ci pour le sens : dans les petites boîtes, les bons onguents.
  • Si vous n'avez pas d'autre sifflet, votre chien est perdu, se dit à ceux qui ont une mauvaise cause.
  • Jamais à un bon chien il ne vient un bon os, se dit d'une bonne fortune qui ne vient point à ceux qui en seraient dignes.
  • Bon chien chasse de race, c'est-à-dire les enfants ont les qualités de leurs parents, ou, ironiquement, leurs défauts, leurs vices.
  • Il n'est chasse que de vieux chiens, c'est-à-dire les gens qui ont de l'expérience, qui ont vieilli dans une chose, sont ceux qui rendent les meilleurs services.
  • Je lui garde un chien de ma chienne, c'est-à-dire je me vengerai d'un mauvais office.
  • Il vaut autant être mordu d'un chien que d'une chienne, c'est-à-dire entre des risques égaux il n'y a pas de raison d'être plus effrayé de l'un que de l'autre.
  • On ne lui demande pas es-tu chien ? es-tu loup ? se dit d'un misérable qu'on abandonne.
  • Il a été mordu d'un chien, il veut l'être d'une chienne, c'est-à-dire il n'a pas assez du mal qu'il a reçu déjà.
  • Qui m'aime, aime mon chien, c'est-à-dire quand on aime quelqu'un, on aime tout ce qui lui appartient.
  • C'est le chien de Jean de Nivelle, il s'enfuit quand on l'appelle, se dit d'un homme qui s'en va quand on veut le retenir ; proverbe venu de ce que Jean de Nivelle, fils du duc de Montmorency, ayant été sommé pour quelque méfait, à son de trompe, dans les carrefours de Paris, de comparaître, se hâta de gagner la Flandre, où étaient les biens de sa femme, LE ROUX, Dict. comique. Suivant cette explication, il s'agirait non pas du chien de Jean de Nivelle, mais de ce chien de Jean de Nivelle.
    Une traîtresse voix bien souvent vous appelle ; Ne vous pressez donc nullement ; Ce n'était pas un sot, non, non, et croyez-m'en, Que le chien de Jean de Nivelle [LA FONT., Fabl. VIII, 21]
  • Chien en vie vaut mieux que lion mort, c'est-à-dire il vaut mieux être pauvre et misérable qu'être riche et mourir.
  • Quand on veut noyer son chien, on dit qu'il a la rage, c'est-à-dire on ne manque jamais de prétexte pour se débarrasser d'une personne qui déplaît.
    Me voilà bien chanceuse ! Hélas ! l'on dit bien vrai : Qui veut noyer son chien l'accuse de la rage [MOL., Fem. sav. II, 5]
  • Chien qui aboie ne mord pas, c'est-à-dire ceux qui crient beaucoup ne sont pas les plus à craindre.
  • Un chien regarde bien un évêque, c'est-à-dire que, quelque élevé que soit un homme, il ne doit pas trouver mauvais qu'un autre s'adresse à lui.
  • À chien qui mord il faut jeter des pierres, on ne doit pas avoir pitié des gens malfaisants.
  • Chien sur son fumier est hardi.
  • Jamais chien ne mordit l'Église qu'il n'enrageât, s'est dit de ceux qui se sont élevés contre l'Église et qui ont fait une fin malheureuse.
  • À mauvais chien on ne peut montrer le loup, on ne peut décider un homme couard à s'exposer en rien.
  • Les coups de bâton sont pour les chiens, se dit quand quelqu'un, traité en parole ou en action d'une façon qui ne lui convient pas, remet à sa place celui qui le traite ainsi.
  • Il ne faut pas tuer son chien pour une mauvaise année, on ne doit pas se désespérer pour une seule ou une petite disgrâce.
  • Écorcher son chien pour en avoir la peau, sacrifier une chose importante pour un petit bénéfice.
  • L'hôpital n'est pas fait pour les chiens, se dit quand on réclame l'usage d'une chose qui est destinée au public.

HISTORIQUE

  • XIe s.
    Vous lui durrez [donnerez] ours et lions et chens [, Ch. de Rol. III]
  • XIIe s.
    Mult par fu fel, orrible et chien ; Suz [sous] ciel n'out si mal crestien [BENOIT, Chron. t. I, p. 348]
    Muetes de chiens lui donez pour chasser [, Ronc. p. 3]
    Dunc veïssiez entr'els les beaubelez [bijoux] duner, E les chiens enveier, e les oisaus porter [, Th. le mart. 99]
  • XIIIe s.
    Il fait trop bon le chien chuer, Tant qu'on ait la voie passée [, la Rose, 7430]
    Cum chien honteus en un coignet [, ib. 456]
    Si l'en envoie sanz targier As chiens de mer et as balaines Conter les noveles certaines [, Fabl. BARBAZ. t. IV, 85]
    En un carrefour [il] fist un feu Lez un cerne entre chien et leu [loup] [, Bataille des sept arts]
    Ki volentiers fiert vostre chien, Ja mar crerés qu'il vus aint [aime] bien [MARIE, Graelent.]
    Elle avoit tort d'esveiller le chien qui dort, [, Hist. littér. t. XXIII, p. 571]
    Si dist on souvent.... Que d'aire [race] est le ciens qui devient Veneres [chasseur] sans aprendeour [PH. MOUSKES, ms. p. 449 et 450, dans LACURNE]
    Chien en cuisine son per [compagnon] n'i desire [LEROUX DE LINCY, Prov. t. I, p. 165]
    On ne peut pas deffendre bien le chien à abaier ne le menteor à jaingler [faire des contes] [ID., ib. t. II, p. 362]
  • XIVe s.
    Plaindre se fait autant qu'un chien qu'on voit crier [, Guesclin. 15190]
    Cellui qui s'entremet des noises d'autruy est semblable à cellui qui prent le chien par les oreilles [, Ménagier, I, 9]
    Et est la brette aussi comme chien de mer [, ib. II, 5]
    Nul ne soit si hardi qu'il mesle les rayes ne chiens de mer avec autre poisson en un mesme panier [, Ordonn. des rois de Fr. t. II, p. 359]
  • XVe s.
    Et ne demeura onques chien en la ville, que tous ne fussent morts ou jetés dedans les fossés [FROISS., II, II, 161]
    Qui à nul bien de present ne s'applique, Fors à avoir condition de chien [E. DESCH., Poésies mss. f° 244, dans LACURNE]
    Chiens de mer, marsouins, saumons, Congres, turboz et leurs semblables [ID., ib. f° 485]
    Ils nous sont venus assaillir sur nostre fumier, monstrons defense comme fait le chien [, Perceforest, t. III, f° 47]
    Il estoit jà moult anuyté ; car il estoit ainsi que entre chien et leu [, ib. t. I, f° 67]
    Chien en cuisine ne demande pas son compaignon [, ib. t. III, f° 129]
    Par avant ilz se entre-hayoient comme chiens et chas [, Chron. du siége d'Orl. Bibl. des Chartes, t. III, 1re série, p. 509]
    Et mon gosier est sy torchié Qu'il est sec comme dent de chien [, Mir. de St. Genev.]
    Foy que doy vous, Sire Robers, Ce sont gens plus cruels que chiens [, ib.]
    La estoit grand pitié à veoir ces nobles seigneurs.... amener liés de cordes estroitement par ces chiens Sarrasins laids et horribles qui les tenoient durement [, Bouciq. I, ch. 25]
    Tel le chien nourrit, qui puis mange la courroie de son soulier [LEROUX DE LINCY, Prov. t. I, p. 171]
    Tel huchia le chien es brebis, qui ne le peut retraire [ID., ib. t. II, p. 422]
  • XVIe s.
    Courez toujours après le chien, jamais ne vous mordra ; et buvez toujours avant la soif, jamais ne vous adviendra [RAB., Garg. I, 5]
    Où est vostre chenil ? je ne vois ni chiens courans, ni auseaux. - Une meutte de chiens, de limiers, des aboieurs, des chiens pour le fauve, chiens pour le noir, levriers de compagnon et d'attache [D'AUB., Faen. I, 5]
    Lequel l'attendoit au coin d'une rue avec deux pistolets, dont le chien estoit levé [ID., Vie, XLI]
    Et comme à chien maigre vont les mousches [ID., Faen. I, 3]
    Il lui mit tant de chiens aux fesses, qu'il fut contraint de se sauver de vistesse [ID., Hist. I, 190]
    Il avoit accez en la place par le moien d'un chien couchant, dont il faisoit manger force perdrix au gouverneur [ID., ib. II, 114]
    Les chefs coururent pour rompre les chiens, mais la nuit les separa plus que leurs commandemens [ID., ib. II, 357]
    Quelques poissons se perdirent en la suitte des dauphins, comme font les chiens, les barbuës, les maquereaux, etc. [ID., Conf. I, 9]
    ... Et les poulces dedans le chien de la harquebuze.... [CARL., VI, 23]
    L'herbe dite langue de chien [PARÉ, XVI, 35]
    Si le coq chante incontinent après le soleil couchant (comme l'on dit entre chien et loup), c'est signe de pluye [PARÉ, Animaux, 2]
    Et sans morsure De chiens enragez et fous [RONS., 921]
    À petit chien, petit lien [H. EST., Précell. 198]
    Je sçais qu'il s'est trouvé des simples païsans s'estre laissez griller la plante des piedz, ecrazer le bout des doigts à tout le chien d'une pistole, avant que de s'estre seulement voulu mettre à rençon [MONT., III, 152]
    Car, dict un ancien, l'on est mieux en la compagnie d'un chien cognu, qu'en celle d'un homme duquel le langage est incognu [CHARRON, Sagesse, I, 12]
    Le chien se frotte à la charongne [GÉNIN, Récréat. t. II, p. 243]
    Par petits chiens le lieuvre est trouvé, et par les grands est happé [ID., ib. p. 246]
    Le chien au matin à l'herbe va pour son venin [ID., ib. p. 242]
    Plus fol que chien qui aboye à ses soupes, les cuidant par ce refroidir [ID., ib. p. 247]
    Chien affamé, de bastonnade n'est intimidé [LEROUX DE LINCY, Proverbes, t. I, p. 165]
    Chien couart voir le loup ne veut [ID., ib.]
    Chien enragé ne peut longuement vivre [ID., ib.]
    Chien rioteur a volontiers les oreilles tirées [ID., ib.]
    À meschant chien, court lien [ID., ib. p. 166]
    Disner de chien, pain et eau [ID., ib.]
    En lict de chien n'a point d'oingture [parfum] [ID., ib.]
    Fien de chien et marc d'argent seront tout un au jour du jugement [ID., ib.]
    Qui chien s'en va à Rome, mastin s'en revient [ID., ib. p. 170]
    Qui hante chiens puce remporte [ID., ib.]
    Qui perd un chien et retrouve un chat, c'est toujours une beste à quatre pieds [ID., ib. p. 171]
    On ne congnoist pas les gens aux robbes ne les chiens aux poilz [ID., ib.]
    Qui veut avoir bon serf ou chien, il faut qu'il lui couste du sien [ID., ib. t. II, p. 409]
    Il y va douanant comme un badin, et trotte de côté comme un chien qui vient de vespres [ainsi dit à cause des coups de fouet que les bedeaux distribuaient aux chiens voulant suivre leurs maîtres dans l'église] [, Moyen de parvenir, n° LXVII, élégie]
    Je m'apperçus assez tost que son mal procedoit d'ailleurs que de moi, et qu'il ne s'attachoit à moi que pour battre et gourmander le chien devant le lyon [, Mém. de VILLEROY, t. I, p. 42, dans LACURNE]

ÉTYMOLOGIE

  • Picard, kien, et, dans le Santerre, tchèn ; rouchi, tien ; wallon, chen ; Berry, chen, chin ; chian, chine, chienne ; Saintonge, chein, et cheune, chienne ; bourguig. chen ; provenç. can ; ital. cane ; du latin canis ; au même radical appartiennent le gaélique cu, le bas-breton kî, le gothique hunts (allemand Hund, anglais hound), le lithuanien szu, le zend çpa, le sanscrit svan.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

    CHIEN. Ajoutez :
    11°
    Chiens verts, chiens ainsi nommés, parce que les piqueurs étaient habillés de vert ; ils formaient un équipage pour la chasse du daim, qui était payé sur la cassette du roi et que commandaient M. de Dampierre et le valet de chambre Lebel [LUYNES, VI, 153]
    12° Populairement, chien de commissaire, secrétaire.
    Une table couverte d'un tapis vert où écrivait le chien du commissaire, un grand diable à tête de pion, à redingote râpée [ALPH. DAUDET, Fromont jeune et Risler aîné, III, 5]
    13° À la chien, se dit d'une coiffure de femme dans laquelle les cheveux semblent ébouriffés et en désordre sur le front.
    À force de voyager en wagon avec des filles bizarrement accoutrées, les cheveux sur les yeux à la chien, ou flottants dans le dos à la Geneviève de Brabant, elle finit par leur ressembler [ALPH. DAUDET, Fromont jeune et Risler aîné, III, 2]
    14° Fig. et populairement. Avoir du chien, avoir de la verve (dégénérescence de la locution avoir une colère de chien, une peur de chien).
    15° Fig. À tuer chiens, locution qui n'est plus usitée et qui désigne des prétextes comme quand on veut tuer son chien.
    Quand j'ai dû aller en Portugal, j'ai trouvé des objections à tuer chiens, mais que j'ai enfin vaincues pour ce même arrangement si convenable [D'ARGENSON, Mémoires, 1860, t. II, p. 299]
    16° Chien de mine, nom donné à un petit chariot à quatre roues qui sert dans les mines.
    17° Chien de Blenheim, voy. BLENHEIM au Supplément.
  • Ajoutez : - REM. 1. Mme de Sévigné a dit par une singulière ellipse :
    On soupe pendant le chien et le loup [SÉV., Lett. 29 juin 1689]
    ; c'est-à-dire pendant le temps dit entre chien et loup.
  • Mme de Sévigné connaissait le proverbe du chien du jardinier :
    Jamais il n'y eut un véritable chien de jardinier comme lui [SÉV., Lett. 13 sept. 1677]