civil, ile

CIVIL, ILE

(si-vil, vi-l' ; au pluriel l's ne se lie pas : des employés civils à tout le monde ; dites civil-à.... cependant plusieurs prononcent cette s : ci-vil-z à....) adj.
Qui concerne les citoyens. La vie, la société civile. Guerre civile, guerre entre les citoyens.
La France, sortie enfin des guerres civiles, commençait à donner le branle aux affaires de l'Europe [BOSSUET, le Tellier.]
La vigueur qui, durant cinq ans, lui fit dévouer sa tête aux fureurs civiles [ID., ib.]
Pourquoi nous déchirer par des guerres civiles ? [CORN., Hor. I, 4]
Et les proscriptions et les guerres civiles [ID., Cinna, I, 3]
Un parti qui causa quelque émeute civile [MOL., l'Étour. IV, 1]
Soit qu'en sa dernière tête L'hydre civile t'arrête [MALH., II, 6]
Les vertus civiles, qui font toute la douceur et toute l'harmonie de la société [MASSILLON, Conty.]
Année civile, l'espace de temps qui est réglé, dans chaque État, pour la durée des affaires du barreau, des cours de justice, etc. Année civile se dit par opposition à année astronomique. Comme celle-ci vaut à très peu près 365 jours et un quart, pour éviter cette fraction de jour, on compte trois années de 365 jours, et la quatrième qu'on nomme bissextile en a 366. D'un autre côté, l'année astronomique commence au solstice d'hiver, le 21 décembre, et l'année civile au 1er janvier qui suit. État civil, la condition d'une personne résultant de sa filiation, de ses alliances, de ses droits de famille. Actes civils, actes qui constatent l'état civil des personnes. Officier de l'état civil, fonctionnaire qui est chargé d'enregistrer les naissances, les mariages et les décès. Droit civil, l'ensemble des lois qui règlent l'état des personnes, les biens et les diverses manières d'acquérir la propriété. Se dit par opposition à droit politique, droit criminel, droit commercial, droit des gens, droit canonique. Droits civils, ceux dont la jouissance est garantie par la loi civile à tout Français. Mort civile, privation complète des droits civils. Liste civile, somme allouée sur le budget de l'État au souverain. Jour civil, espace de vingt-quatre heures qui se comptent d'un minuit à l'autre.
Terme de jurisprudence. Civil se dit par opposition à criminel. Code, procès civil. Tribunal civil. Matière, procédure civile. Partie civile, celui qui agit en son nom et dans son propre intérêt contre un accusé. Intérêts civils, le dédommagement dû sur les biens d'un criminel à celui qui a souffert du crime. Les effets civils d'un jugement criminel. Requête civile, voie extraordinaire admise par la loi en certain cas pour faire rétracter un jugement ou arrêt rendu en dernier ressort. Substantivement. Le civil, la voie civile, par opposition au criminel. Vous pouvez le poursuivre au civil, mais non au criminel.
Civil se dit par opposition à militaire. Courage civil. Emploi civil. Les autorités civiles, militaires, ecclésiastiques. Bâtiments civils. Substantivement. Le civil par opposition au militaire. Les militaires disent aussi un civil, pour un bourgeois.
Se dit aussi par opposition à politique. Ordre civil. Se dit enfin par opposition à religieux.
Qui appartient à la société, par opposition à sauvage.
Ces peuples ne se sont point formés eux-mêmes par degrés ; ils ont été transportés du fond des forêts et de l'état sauvage au milieu des cités et de l'état civil [CHATEAUB., Génie, III, III, 2]
Affable, poli, courtois.
Civil à ceux à qui il ne pouvait être favorable [FLÉCH., Lamoign.]
Autrefois le rat de ville Invita le rat des champs, D'une façon fort civile, à des reliefs d'ortolans [LA FONT., Fabl. I, 9]
La recherche [de ma fille] en pouvait être honnête et civile [MOL., le Dép. III, 8]
Reconnaissez le héros qui, toujours égal à lui-même, sans se hausser pour paraître grand, sans s'abaisser pour être civil et obligeant, se trouve naturellement tout ce qu'il doit être en vers tous les hommes [BOSSUET, Louis de Bourbon.]

HISTORIQUE

  • XIVe s.
    Qu'il vousist se recorder de la civile compeignie en laquelle il estoit nez [BERCHEURE, f° 64, recto.]
    Il a convenu que les civiles privées discordes aient esté remises et delaiées [ID., f° 42, verso.]
    Et celle apert estre science civille [ORESME, Eth. 111]
    Toute paine criminelle, corporelle et civille, qu'il devroit ou pourroit avoir encourue ou deservie [, Bibl. des chartes, 5e série, t. I, p. 82]
  • XVe s.
    Adonc (dit Tulles) un homme de grande authorité leur monstra le grand bien de la vie civile, c'est à dire de la communauté de gens [, Bouciq. IV, ch. 10]
    Malet qui estoit civil et subtil home [DU CANGE, civilis.]
    Oster et meurtrir toute vie civile du roy et du royaume [GERSON, Harangue au roi Charles VI, p. 15]
  • XVIe s.
    Il est plus respectueux et civil de.... [MONT., I, 51]
    Guerres civiles [MONT., I, 122]
    Le debvoir des armes et le debvoir civil [ID., I, 119]
    Requeste qui sembla raisonnable et civile [AMYOT, Flamin. 7, 3]

ÉTYMOLOGIE

  • Provenç. et espagn. civil ; ital. civile ; du latin civilis, de civis, citoyen. Comparez à civis l'anglo-saxon, hîv ; goth. heiv.