colère

colère

n.f. [ du gr. kholê, bile ]
1. État affectif violent et passager résultant d'une agression ou d'une offense : Elle s'est mise en colère contre lui.
2. Accès de colère : Ses colères sont légendaires emportement, fureur ; sérénité

COLÈRE1

(ko-lê-r') s. f.
Sentiment d'irritation contre ce qui nous blesse. Je l'ai vu dans ses colères, dans des colères affreuses.
Vous vous mettez en colère contre votre fils [PASC., Prov. 18]
Mais que sert la colère où manque le pouvoir ? [CORN., Sertor. I, 2]
.... Si pour moi vous êtes en colère [ID., Nicom. IV, 4]
Vous eussiez vu leurs yeux s'enflammer de fureur, Et dans un même instant, par un effet contraire, Leur front pâlir d'horreur et rougir de colère [ID., Cinna, I, 3]
Qui foule aux pieds pour vous vos vainqueurs en colère [RAC., Andr. III, 8]
D'autant plus dangereux en leur âpre colère, Qu'ils prennent contre nous des armes qu'on révère [MOL., Tart. I, 6]
Il n'y a morale qui tienne, je me veux mettre en colère tout mon soûl, quand il m'en prend envie [ID., Bourg. gentilh. II, 6]
Un certain Grec disait à l'empereur Auguste Que, lorsqu'une aventure en colère nous met, Nous devons, avant tout, dire notre alphabet, Afin que dans ce temps la bile se tempère [ID., Éc. des femmes, II, 4]
La colère est superbe et veut des mots altiers [BOILEAU, Art p. III]
Le tyran est toujours dans une colère à faire pouffer de rire [VOLT., Lett. d'Argental, 27 févr. 1765]
La douceur, selon l'Écriture, rompt la colère [FLÉCHIER, Serm. II, 15]
J'oubliai ma colère et ne sus que pleurer [RAC., Iphig. II, 1]
D'autant plus malheureux qu'il aura su lui plaire, Narcisse, il doit plutôt souhaiter sa colère [ID., Brit. II, 2]
Je n'épargnerai rien dans ma juste colère [RAC., Andr. I, 4]
Vous avez vu quelle ardente colère Allumait de ce roi le visage sévère [ID., Esth. II, 9]
La colère du roi, comme dit Salomon, Est terrible, et surtout celle du roi lion [LA FONT., Fabl. VIII, 14]
La colère lui avait bouché les oreilles [VAUGEL., Q. C. VIII, 1]
La colère de Dieu.
Pressé de toutes parts des colères célestes, Il en vient dessus vous faire fondre les restes [CORN., Pomp. I, 1]
.... On m'accable et les astres sévères Ont contre mon amour redoublé leurs colères [MOL., Fâch. III, 1]
Mais, seigneur, s'il le faut, si le ciel en colère Réserve à d'autres yeux la gloire de vous plaire.... [RAC., Andr. IV, 5]
Marie ignore les saintes colères du Seigneur, elle reste toute bonté [CHATEAUB., Génie, I, I, 5]
Terme de l'Écriture.
Les enfants d'Adam sont enfants de colère, indignes de l'héritage céleste [FÉN., XVIII, 167]
Comme un esclave et un enfant de colère [MASS., Myst. Purification, 2]
Se dit aussi en parlant des animaux. La colère du lion. Chien en colère. Fig. La colère des flots, la colère des vents, c'est-à-dire le soulèvement des flots, le souffle impétueux des vents.

SYNONYME

  • COLÈRE, COURROUX, EMPORTEMENT. L'emportement se distingue tout d'abord des deux autres, en ce qu'il est la manifestation extérieure soit de la colère soit du courroux. Une violente colère, un violent courroux peut être dans le cœur sans qu'il s'en montre rien au dehors ; mais dès qu'il se montre par des gestes ou des paroles passionnées, alors il y a emportement. Entre colère et courroux, il est difficile de trouver aucune nuance dans le sens ; on n'en trouve que dans l'emploi, colère étant du langage ordinaire comme du langage élevé, tandis que courroux appartient seulement à ce dernier et se dit surtout de la colère des personnes de haut rang, de grande condition, ou des êtres célestes.

HISTORIQUE

  • XVe s.
    Je ne vai point en cholere Tempester à la maison [BASSELIN, XV]
  • XVIe s.
    Les nobles ne se pouvans plus contenir, ains estans par cholere transportez hors d'eulx mesmes [AMYOT, Cor. 27]
    Nous reprenons en cholere ceulx qui se corroucent et cholerent [ID., Comment refréner la colère, 42]
    À la fin ils vomissoient grante quantité de cholere [bile] et mouroient soudainement [ID., Anton. 58]
    Le reste des capitaines advertis de ce collere, demeurerent tous entredicts [CARL., VI, 5]
    .... De quoy il entra en un merveilleux colere [ID., VI, 19]
    Il se retira en colere picarde [ID., VI, 50]
    La cholere [bile] est chaude et seiche [PARÉ, Introd. 5]
    Rien n'est à l'amant impossible pour parvenir à son intention ; mais, sa grande colere [passion] refroidie, il treuve en fin de compte avoir servy d'une grande fable et risée à tout le peuple [PASQUIER, Monophile, p. 53, dans LACURNE]
    Ayans cogneu que je ne tenois compte de leur indiscrete façon de faire et que leurs choleres et artifices ne me pouvoyent divertir du chemin que j'avoye commencé de tenir [CONDÉ, Mémoires, p. 671]

ÉTYMOLOGIE

  • Bourguig. quelère ; provenç. colera, colra, bile ; espagn. colera ; ital. collera ; du latin cholera, bile, colère ;le terme grec signifie non pas bile, mais choléra. Colère n'est entré qu'assez tard dans la langue ; le mot habituel dans les âges anciens était ire ; puis est venu chole, bile; chaude chole, pour dire emportement, a été longtemps usité.

COLÈRE2

(ko-lê-r') adj.
Qui se met souvent en colère.
Un prince avare et colère [FLÉCH., Panég. II, p. 445]
Il est fier et colère [CORN., Attila, IV, 2]
S'il est vrai que les riches soient colères [LA BRUY., VI]
Ton ombre [Xerxès] est encore bien colère et bien superbe ; tu n'étais pas plus emporté quand tu faisais fouetter la mer [FÉN., XIX, 170]
Mais quelle erreur ! non Dieu n'est point colère ; S'il créa tout, à tout il sert d'appui [BÉRANG., Dieu des b. gens.]
.... Ma femme est terrible avecque son humeur ; Du nom de philosophe elle fait grand mystère, Mais elle n'en est pas pour cela moins colère [MOLIÈRE, F. sav. II, 9]
Par extension.
La vanité ne me donnait que trop de penchant à cette humeur colère [J. J. ROUSS., Ém. IV]
Elle me frappe ; et moi je feins, dans mon courroux, De la frapper aussi, mais d'une main légère, Et je baise sa main impuissante et colère [A. CHÉNIER, Élég. 29]

REMARQUE

  • Dans le langage populaire, on dit souvent être colère, pour avoir un accès de colère : j'étais colère en ce moment-là. C'est une faute : colère signifie non pas l'homme saisi d'un accès de colère, mais l'homme qui se met souvent en colère.

SYNONYME

  • COLÈRE, COLÉRIQUE. Le colère est celui qui se met souvent en colère ; le colérique est celui que son tempérament porte à la colère. Un homme, dit Roubaud, peut être colérique, sans être colère, s'il parvient à se vaincre lui-même.

HISTORIQUE

  • XVIe s.
    Celuy qui est cholere semble remuant et actif [AMYOT, Cor. 32]
    Pelopidas estant de sa nature plus cholere [ID., Pélop. 44]
    Les femmes sont plus aigres et plus choleres que les hommes [ID., Comment refréner la colère, 15]
    Ce n'est pas ma faute, disons-nous, si je suis cholere, si je n'ay encores establi aucun train asseuré de vie ; c'est la faulte de la jeunesse [MONT., III, 107]

ÉTYMOLOGIE

  • Colère 1.

colère

COLÈRE. n. f. Mouvement désordonné de l'âme par lequel nous sommes excités, avec violence, contre ce qui nous blesse. Les effets de la colère. Transport, mouvement de colère. L'ardeur, la violence, la chaleur, l'impétuosité de la colère. Cet accès de colère passera. Il dit cela, il fit cela en colère, tout en colère. Être en colère. Être pâle de colère. Se mettre en colère contre quelqu'un. Entrer en colère. Émouvoir, exciter la colère de quelqu'un. Réprimer, refréner, apaiser, calmer, adoucir la colère de quelqu'un. Frémir de colère. Être enflammé de colère, transporté de colère. Attirer la colère de quelqu'un sur soi. Il faut que sa colère se passe. Il faut qu'il décharge sa colère, qu'il passe sa colère sur quelqu'un. Fig., La colère de Dieu, la colère du ciel, la colère céleste. La colère des flots.

Il s'emploie aussi comme adjectif des deux genres et signifie Qui est sujet à se mettre en colère. Homme colère. Femme colère. Il est bien colère, fort colère.

coleré

Coleré, voyez Cholere.

colère


COLèRE, s. f. [2e è moy. et long. 3e e muet.] Passion par laquelle l'âme se sent vivement émouvoir contre ce qui la blesse. "Se mettre, être, entrer en colère contre quelqu'un. Émouvoir, exciter, irriter, alumer la colère de... On dit, figurément, la colère de Dieu, la colère du Ciel.
   COLèRE, couroux, emportement, (syn.) La colère, dit une passion plus intérieure et de plus de durée. Le couroux enferme dans son idée quelque chôse qui tient de la supériorité. L'emportement n'exprime proprement qu'un mouvement extérieur, qui éclate et fait beaucoup de bruit, mais qui pâsse promptement. — La colère marque beaucoup d'humeur et de sensibilité; le couroux beaucoup~ de hauteur et de fierté; l'emportement beaucoup d'aigreur et d'impatience. GIR. Synon.
   COLèRE se dit quelquefois des animaux; chien en colère; la colère du Lion; et de la mer même; la mer est en colère, elle est fort agitée.
   COLèRE, adj. Qui est à se mettre en colère. Homme colère, femme colère: il est bien colère, elle est fort colère.

Synonymes et Contraires

colère

nom féminin colère
État violent et passager.
emportement, exaspération, fureur, furie, rage -familier: rogne -littéraire: courroux, ire.
Traductions

colère

anger, wrath, temperאף (ז), הזדעפות (נ), היזעמות (נ), הקצפה (נ), הרגזה (נ), הרעמה (נ), התרגזות (נ), זעם (ז), חורי אף (ז), חמה (נ), חרון (ז), כעס (ז), מורת רוח (נ), נזפנות (נ), נסערות (נ), נרגזות (נ), קציפה (נ), קצף (ז), רגזנות (נ), רוגז (ז), רוגזה (נ), רתחה/רתיחה (נ), רתחנות (נ), שצף (ז), תרעומת (נ), הִזְדַּעֲפוּת, מֹרַת רוּחַ, כַּעַס, הִתְרַגְּזוּת, זַעַם, חַמָּה, קְצִיפָה, קֶצֶף, רֹגֶז, רָגְזָה, רַגְזָנוּת, תַּרְעֹמֶתwoede, drift, toorn, driftbui, woedeaanval, nijdigheidгнявÄrger, Zorn, Wutθυμός, οργήkoleroira, berrenchínamarahrabbia, arrabbiato, bizza, collera, stizza怒り화난, 화pyktissinneгневгнів憤怒, 愤怒غَضَبhněvvredevihaljutnjazłośćraivailskaความโกรธöfkesự giận dữ憤怒 (kɔlɛʀ)
nom féminin
réaction violente de qqn qui n'est pas content être en colère contre qqn se mettre en colère

colère

[kɔlɛʀ] nf (= sentiment) → anger (= accès) → fit of anger
trembler de colère → to shake with anger
être en colère → to be angry
être en colère contre qn → to be angry with sb
mettre qn en colère → to make sb angry
se mettre en colère → to get angry