collége

COLLÉGE

(ko-lè-j' ; bien que l'Académie mette un accent aigu, la prononciation est d'un accent grave) s. m.
Corps de personnes revêtues de la même dignité. Il y avait à Rome un collége des augures, un collége des pontifes. Collége d'artisans, nom donné aux corporations d'ouvriers dans l'empire romain. Le sacré collége, le corps des cardinaux, divisé en trois ordres, évêques, prêtres et diacres. Anciennement, le collége des secrétaires du roi, la compagnie des secrétaires du roi.
Collége électoral, assemblée d'électeurs, à l'effet d'élire des députés. Spécialement la réunion des électeurs appelés à voter pour une même élection. Un collége de département, d'arrondissement. Un collége peut être divisé en plusieurs sections.
Établissement d'instruction publique et secondaire. Aller, étudier au collége. Les élèves d'un collége.
Vous avez beau raisonner, monsieur est frais émoulu du collége, et il vous donnera toujours votre reste [MOL., Mal. im. II, 7]
Voyant l'autre jour écrit sur une grande porte Collegium, je devinai que cela voulait dire collége [ID., G. Dandin, III, 1]
Par extension, tous les élèves ou tous les pensionnaires d'un collége. Le collége est à la promenade. Nom des diverses classes d'élèves distribués dans des cours différentes, selon leur âge. Le grand, le moyen, le petit collége. Amitié de collége, amitié contractée dès le collége. Amis de collége, vieux amis et qui se regardent comme très sûrs l'un de l'autre. Sentir le collége, sentir son collége, avoir quelque chose de pédantesque.
Certain enfant qui sentait son collége, Doublement sot et doublement fripon Par le jeune âge et par le privilége Qu'ont les pédants de gâter la raison [LA FONT., Fabl. IX, 5]
Collége se distingue de lycée en ce que le premier est un établissement municipal dont la gestion appartient à la ville qui paye le traitement des professeurs ; dans le second, tout relève de l'État. L'enseignement est à peu près le même dans ces deux ordres d'établissements, les colléges se modelant autant que possible sur les lycées ; mais, en général, dans les colléges, l'enseignement est moins élevé, moins développé, et le personnel moins complet (et non pourvu du titre d'agrégé). Collége de plein exercice, collége dans lequel il y a un professeur pour chaque classe. Les noms de proviseur, censeur, professeurs ne se disent que dans un lycée ; dans un collége, il y a un principal et des régents. Avant 1848, il y avait colléges royaux et colléges communaux, termes changés depuis en lycées et colléges. Collége de France, établissement fondé à Paris par François 1er, où l'on enseigne publiquement les hautes connaissances humaines, tant dans les lettres que dans les sciences et dans l'érudition.

HISTORIQUE

  • XIVe s.
    Pour ce [il] fist Dieu son hoir, si funda abaïes, Colleges, priortés qui or li font aïes [, Girart de Ross. V. 4285]
    Tuit y furent mandé et college et chapitre, Et tuit cil du paiis qui orent croce et mitre [, ib. 6059]
  • XVe s.
    Plus n'ont nulles elections Les abbayes, les colleges, Abatu sont les privileges [EUST. DESCH., Poésies mss. f° 524, dans LACURNE]
    Nous chrestiens qui sommes du college de Jésus-Christ qui fut et est Dieu et homme [, Bouciq. IV, ch. 3]
  • XVIe s.
    Les defaults que nous trouverons en ce college là [réunion choisie], le monde les pourra hardiement bien advouer pour siens [MONT., II, 229]
    Un college de religieux de l'observance de St Dominique [JEAN D'AUTON, Annales de Louis XII, p. 107. dans LACURNE]

ÉTYMOLOGIE

  • Provenç. college ; espagn. colegio ; ital. collegio ; du latin collegium, de colligere, réunir (voy. CUEILLIR).