connaître

(Mot repris de connaissante)

connaître

v.t. [ lat. cognoscere ]
1. Être informé de l'existence de qqn, de qqch ; savoir de façon plus ou moins précise : Je la connais de vue. C'est sa dernière exposition qui l'a fait connaître qui l'a rendu célèbre
2. Avoir une idée approfondie de qqch, de qqn ; avoir des compétences dans un domaine : Faites-lui confiance, elle connaît son métier. Je connais très bien son oncle. Il connaît plusieurs langues étrangères il les comprend, les parle
3. Être en relation avec qqn : Je l'ai connue à l'université fréquenter, rencontrer
4. En parlant de qqn, faire l'expérience de : Ils ont connu la faim et les humiliations éprouver, ressentir ; ignorer vivre
5. En parlant de qqch, être ou faire l'objet de : Cette pièce connaît un grand succès rencontrer
Je ne connais que lui, que cela,
Fam. je le connais, je connais cela très bien.
Ne connaître qqn ni d'Ève ni d'Adam,
ne pas le connaître du tout, n'avoir jamais entendu parler de lui.
Ne connaître que,
ne considérer que : Il ne connaît que son intérêt.
Ne pas connaître son bonheur,
Fam. être dans une situation privilégiée : Tu ne connais pas ton bonheur !
Se faire connaître,
dire son identité ; acquérir une certaine réputation : Une artiste qui commence à se faire connaître.

se connaître

v.pr.
Avoir une juste idée de soi-même : Elle se connaît, elle n'abandonnera pas.
Ne plus se connaître,
Sout. être furieux, hors de soi : Quand on l'attaque sur sa famille, il ne se connaît plus.
S'y connaître en qqch,
être habile, expert en qqch : Elle s'y connaît en restauration de tableaux.

CONNAÎTRE

(ko-nê-tr') , je connais, tu connais, il connaît, nous connaissons ; je connaissais ; je connus, nous connûmes ; je connaîtrai ; connais, connaissons ; que je connaisse, que nous connaissions ; que je connusse, que nous connussions ; connaissant ; connu v. a.
Savoir ce qu'est une personne ou une chose.
Le loup qui la connaît, malin et défiant [RÉGNIER, Sat. III]
Si vous m'aviez connu, vous l'auriez su prévoir [CORN., Sertor. V, 6]
Après qu'on eut bien contesté, Répliqué, crié, tempêté, Le juge, instruit de leur malice, Leur dit : Je vous connais de longtemps, mes amis [LA FONT., Fab. II, 3]
Elle confesse humblement que, de ce jour seulement, elle commence à connaître Dieu, n'appelant pas le connaître que de regarder encore tant soit peu le monde [BOSSUET, Duch. d'Orl.]
Heureuse de connaître et d'aimer celui qui se connaît et s'aime éternellement [Dieu], l'âme a voulu, comme lui, faire elle-même sa félicité [BOSSUET, la Vallière.]
.... Pour un enfant qu'ils ne connaissent pas [RAC., Athal. III, 3]
Nourri dans le sérail, j'en connais les détours [ID., Baj. IV, 7]
Ne connaissez-vous pas la voix de votre époux ? [RAC., Esth. II, 7]
Si, dès mes premiers ans, heurtant tous les mortels, L'encre a toujours pour moi coulé sur tes autels [de la chicane], Daigne encor me connaître en ma saison dernière [BOILEAU, Lutr. V]
Je lui dirais bientôt : je connais tous vos pères, Je sais qu'ils ont brillé dans ce fameux combat Où sous l'un des Valois Enghien sauva l'État [BOILEAU, Sat. X]
Je ne le connais plus que pour votre assassin [RAC., Iph. III, 6]
Il devait me connaître, Il devait respecter un cœur tel que le mien [VOLT., Tancr. IV, 5]
Un vieux conteur de voyage, Qui vous dit d'un air ingénu Ce qu'on n'a ni vu ni connu [ID., Goût.]
Se faire connaître, dire son nom, dire qui on est.
Si le mari ne s'était fait connaître, Elle en allait enfiler encor plus [LA FONT., Mari confess.]
La première fois que je vis M. Rebours, je me fis connaître à lui.... je lui demandai permission de le revoir de temps en temps [PASC., Lettre à sa sœur, 26 janv. 1648]
Se faire connaître, appeler sur soi l'attention, montrer de quoi l'on est capable.
Mes pareils à deux fois ne se font point connaître Et pour leurs coups d'essai veulent des coups de maître [CORN., Cid, II, 2]
Se faire connaître, venir à la connaissance, en parlant des choses.
Mais si la vérité par toi se fait connaître [VOLT., Zaïre, V, 10]
Ne vouloir pas être connu, garder l'incognito. Familièrement. Ne connaître ni Dieu, ni diable, n'avoir point de religion. Absolument.
Ô âme, vous connaissez et vous aimez, c'est là ce que vous avez de plus essentiel, et c'est par là que vous ressemblez à votre auteur, qui n'est que connaissance et qu'amour [BOSSUET, la Vallière.]
Avoir des relations d'affaires ou de société avec quelqu'un. Connaissez-vous beaucoup de monde en cette ville ? Familièrement. Je ne le connais ni d'Ève ni d'Adam, je ne le connais aucunement. Je ne connais autre, c'est l'homme que je connais le plus. Ne plus connaître quelqu'un, ne plus vouloir l'aborder ou en être abordé. Il ne me connaît plus depuis que je suis dans l'adversité.
Albe vous a nommé, je ne vous connais plus. - Je vous connais encore, et c'est ce qui me tue [CORN., Hor. II, 3]
Terme de l'Écriture. Connaître une femme, avoir avec elle un commerce charnel.
Joseph n'avait point connu Marie quand elle enfanta son fils premier-né [, Nouveau Test. St Matthieu, ch. I]
Nicoclès faisait gloire de n'avoir jamais connu d'autre femme que la sienne pendant tout le temps de son règne [ROLLIN, Hist. anc. Œuvres, t. V, p. 456, dans POUGENS]
Adam connut sa femme ève, qui conçut et enfanta Caïn [VOLT., Phil. IV, 21]
On dit aussi connaître charnellement.
Savoir, avoir appris, s'apercevoir. Je n'ai pas connu cet accident. Vous connaissez mon malheur, mes peines.
Surpris de cette réponse, je connus bien que.... [PASC., Prov. 1]
J'ai connu que notre nature.... [ID., dans COUSIN]
Ils connaissent que la gloire ne peut s'accorder qu'avec le mérite [BOSSUET, Hist. Préf.]
Les pilotes connaissaient que l'île était inaccessible [FÉN., Tél. VII]
Je connais que ces mages sont très utiles [VOLT., Babouc.]
Être devenu habile en. Il connaît les mathématiques, le grec, le latin. Il connaît toutes les ruses du métier. C'est un homme qui connaît bien la guerre. Je ne parle point de ce que je ne connais pas.
Racine, c'est-à-dire l'homme qui après Virgile, a le mieux connu l'art des vers [VOLT., Mariamne, préface.]
Familièrement. C'est un homme qui ne connaît rien, c'est un ignorant, il est étranger à tout. Absolument. S'instruire, s'éclairer. Le désir de connaître. Terme de manége. Connaître les éperons, les jambes, la bride, etc. se dit d'un cheval qui comprend les divers mouvements de son cavalier.
Discerner. Connaître le bien et le mal. Il ne connaît pas sa main droite de sa main gauche.
À connaître un pourpoint d'avec un haut-de-chausse [MOL., Femmes sav. II, 7]
Fig.
Le fer ne connaîtra ni le sexe ni l'âge [RAC., Esth. I, 3]
Distinguer, reconnaître. Il me connut à la voix. Je ne l'ai vu qu'une fois, mais je le connaîtrais entre mille. Le chien connaît bien son maître.
Si c'était lui-même, il pourrait me connaître [CORN., le Menteur, III, 3]
Absolument.
Votre enfant embellit ; elle rit, elle connaît [SÉV., 21]
Fig. Je ne le connais plus, ce n'est plus le même homme.
Vous avez fait d'Idoménée le plus sage des rois, je ne le connais plus ni lui ni son peuple [FÉN., Tél. XXII]
Ami, depuis deux jours je ne la connais plus [RAC., Athal. III, 3]
Apprécier, juger.
Je vous connaissais mal [CORN., Rodog. II, 2]
J'ai mal connu César.... [ID., Pomp. IV, 1]
Mon bras.... Ingrat, va me punir de t'avoir mal connu [VOLT., Brutus, IV, 3]
J'ai mal connu les dieux ; j'ai mal connu les hommes, J'en attendais justice, ils la refusent tous [ID., Mérope, II, 3]
Connaître son monde, bien juger les gens à qui l'on a affaire.
Admettre. Ils ne connaissent de bonheur que dans la vertu.
Mais ici mon pouvoir ne connaît pas le sien [RAC., Mithr. I, 1]
10° Ressentir, être sujet à. On ne connaît point l'hiver à la Martinique.
Au sortir du berceau, j'ai connu les revers [VOLT., Tancr. I, 4]
Antoine, tu le sais, ne connaît point l'envie [ID., Mort de Cés. I, 1]
Les dieux qui vengent le parjure, Sont témoins si ma bouche a connu l'imposture [ID., Mérope, III, 4]
11° Se soumettre. L'Angleterre ne connaît point la loi salique. Une armée romaine ne connaissait que la discipline. Il connaîtra des supérieurs. Je ne connais de maître que vous.
Une liberté qui ne connaît aucune règle [BOSSUET, Pensées, 33]
Il ne connaît plus rien, sa passion l'emporte. Quand il s'agit de ses intérêts, il ne connaît ni parents ni amis, il n'a pas plus de considération pour eux que s'ils lui étaient étrangers.
12° Ne connaître que, ne considérer que, tenir exclusivement à. Ne connaître que son devoir, que la règle. Ne connaître que ses intérêts. Je ne connais qu'une chose, c'est d'agir franchement. Familièrement. Je ne connais que cela, c'est la seule chose à faire. Il faut que vous obéissiez, je ne connais que cela.
13° V. n.Terme de procédure. Connaître de, avoir caractère pour juger ou faire des actes d'instruction en certaines causes. Ce tribunal, ce juge connaît des matières civiles, criminelles.
Le roi voulut connaître de l'affaire [VAUGEL., Q. C. liv. X, dans RICHELET]
Quelque bruit que fît le nonce d'abord, de ce qu'on ne prenait pas des ecclésiastiques pour connaître d'une matière ecclésiastique [PASC., Prov. XIX, Lettre d'un avocat à un de ses amis]
Ils obtinrent un arrêt du conseil, qui défendit au parlement de connaître de cette affaire [ID., ib.]
Le préteur qui connaissait des crimes dont on l'accusait [Pison] [PERROT, Tac. 123]
Par extension.
S'il s'agit enfin d'un point de fait, nous en croirons les sens, auxquels il appartient naturellement d'en connaître [PASC., Prov. 18]
L'autorité y est inutile ; la raison seule a lieu d'en connaître [ID., Vide.]
14° Se connaître, v. réfl. Savoir qui on est.
De tous trois ce désordre en un jour me fait naître Pour me faire mourir enfin sans me connaître [CORN., Héracl. V, 6]
De grâce, dites-moi, vous connaissez-vous bien ? [ID., D. Sanche, IV, 3]
Vos destins sont comblés, vous allez vous connaître [VOLT., Œdipe, III, 4]
Fig.
.... Si jeune encor se connaît-il lui-même ? D'un regard enchanteur connaît-il le poison ? [RAC., Brit. II, 2]
15° Se connaître, avoir la connaissance de ce qu'on est, de ses penchants, de ses forces. Connais-toi toi-même.
Sous lui [Louis XIV] la France apprit à se connaître ; elle se trouve des forces que les siècles précédents ne savaient pas [BOSSUET, Marie-Thér.]
Je crains de me connaître en l'état où je suis ; De tout ce que tu vois, tâche de ne rien croire ; Crois que je n'aime plus ; vante-moi ma victoire [RAC., Andr. II, 1]
Je ne me suis connu qu'au bout de ma carrière [VOLT., Alz. V, 7]
Ce malade ne se connaît plus, il n'a plus sa connaissance. Ne plus se connaître, être hors de soi, s'abandonner sans frein à son emportement.
Guide-moi, Dieu puissant, je ne me connais pas [VOLT., Zaïre, V, 10]
Alors cette femme ne se connaît plus ; elle se répand en invectives, en menaces [DIDER., Ess. s. Claude.]
Ne pas se connaître, méconnaître sa condition, élever trop haut ses visées.
Martian se connaîtrait si peu Que d'oser... [CORN., Othon, IV, 1]
16° Se connaître, être de connaissance, être lié. Ils se connaissent l'un l'autre depuis longtemps. Fig.
Adieu, monde fuyant, nature, humanité, Vaine forme de l'être, ombre d'un météore, Nous nous connaissons trop pour nous tromper encore [LAMART., Harm. IV, 11]
17° Se connaître à ou en, pouvoir bien juger d'une matière. Il se connaît en livres, en tableaux.
Je vois bien que je ne me connais guère en péché [PASC., Prov. 9]
Je ne me connais pas trop mal en amitié [SÉV., 3]
... Je suis quelque peu du métier, à me devoir connaître en un pareil gibier [MOL., l'Étour. III, 2]
Jupiter qui sans doute en plaisirs se connaît [ID., Prol. Amph.]
Ceux qui se connaissent en hommes [FÉN., Tél. XXII]
Les femmes se connaissent plus finement à bien faire les choses, parce que l'avantage de plaire leur est naturel [LE CHEVALIER DE MÉRÉ, dans RICHELET]
La suite des paroles de M. Jurieu fera bien voir qu'il ne se connaît pas mieux en morale qu'en christianisme [BOSSUET, Variations, X]
Le héros [de la satire de Boileau sur la noblesse] était bien choisi et par sa naissance et par sa réputation de se connaître en vers, et par son inclination à favoriser le mérite [FONTEN., Dangeau.]
Moi, j'en crois ceux qui s'y connaissent, Les anciens préjugés renaissent [BÉRANG., Vieux habits.]
18° En parlant des choses, être jugé, apprécié. L'arbre se connaît à ses fruits. Impersonnellement, il se connaît, on connaît, on voit.
Que sa façon est brave et sa mine assurée ! Qu'elle a fait richement son armure étoffer ! Et qu'il se connaît bien, à la voir si parée, Que tu vas triompher ! [MALH., II, 12]

REMARQUE

  • Se connaître à, pour dire être habile dans, ne peut s'expliquer par connaître soi-même. C'est une locution qui a une autre explication ; connaître est ici verbe neutre, signifiant être habile, entendu, et le pronom réfléchi y est joint comme dans plusieurs verbes neutres. Voy. au mot APERCEVOIR, Remarque 1, où cela est expliqué. On trouve des exemples de se connaître à dès le XIIIe siècle.

HISTORIQUE

  • XIe s.
    Si home occit altre et il seit conusaunt.... [, Lois de Guill. 8]
    N'est hom qui l'veit et conuistre le sait, Qui ce ne die [, Ch. de Rol. XXXIX]
    Au fier visage [il] le connut veirement [, ib. CXXIII]
    [Je] bien le conuis, gueredon [je] vous en dei [, ib. CCXLVIII]
    L'un conuist l'autre as hautes voiz et claires [, ib. CCLX]
    De vasselage te conoissent ti pair [, ib. CCLXXXVI]
  • XIIe s.
    Bien conoisez quels est ses fier talens [, Ronc. p. 35]
    Bien le conuit Rolant li niés [neveu] Charlon As garniments qu'il ot et au dragon [, ib. p. 47]
    En tant estor as esté coneüz [, ib. p. 75]
    De pitié plore li vassaus coneüz [renommé] [, ib. p. 81]
    Et dit au roi : cist cors [ce cor] est conoissanz [se fait connaître] [, ib. p. 84]
    Ne coneit il negun home charnel [, ib. p. 91]
    S'il ce conoit [avoue] que ci [je] vous oi [ouïs] conter [, ib. p. 180]
    Connissiez [connaissez] donc la folie [, Couci, III]
    Ele voit bien et conoist et entent Qu'il n'en est plus qui si aimt [aime] leaument [, ib. V]
    Et bien [je] connoiz que [je] n'i puis avenir [arriver] [, ib. VIII]
    Dont li torz est conneüs et prouvés [, ib. XI]
    Tel blasme amors qui en toute sa vie Leal amor ne bonne ne connut [QUESNES, Romancero, p. 86]
    Du servir est drois ; Maintenir le devons ; ce [je] tesmoign et connois [, Sax. XVIII]
    ... Habraam à qui Deus comanda Que de sa terre eissist ; e li bers s'en ala, Guerpi ses conissanz, sa feme od sei mena [, Th. le mart. 65]
  • XIIIe s.
    Mais, espoir [sans doute], ce m'a grevé Qu'on ne connoit boin servise Tant qu'on ait autre esprouvé [AUB. DE SEZANNE, Romancero, p. 127]
    N'est nus [nul] qui la connoisse, qui forment ne la prise [, Berte, VI]
    Et peut on clairement connoistre leur afaire [, ib. LXIX]
    [Je] bien sai que par mes piés conneües [nous] serons [, ib. LXXVII]
    À ce qu'il a oy (oy avec un y bref), [il] connoist la tricherie [, ib. X]
    La traïson [elle] connoist [avoue], tout ainsi faitement Comme elle l'arréa [, ib. XCV]
    Ele m'a conneü [avoué] qu'ele est Berte apelée [, ib. CXV]
    Vous ne me cognoissiez ? je sui le roi Pepin [, ib. CXX]
    Tantost [elle] connut [reconnut] sa mere, as piés lui est alée [, ib. CXXVI]
    Li rois regarde et vit Blondiel et pensa coment il se feroit à lui conoistre [, Chr. de Rains, p. 55]
    Ceus qui connoissent [avouent] aussi bien come ceus qui nient [, Liv. des mét. p. 13]
    L'en ne doit pas metre fil ne coton avecques soie, pour ce que c'est decevance à ceus qui ne s'i connoissent [, ib. 193]
    À ce sunt cil bien cognoissant Qui vont les dames traïssant [, la Rose, 2563]
    Et se tu es bien congnoissans, Et vois que Diex est tous poissans [, ib. 6331]
    Je me fais apeler oiseuse, Dist-ele, à tous mes congnoissans ; Si sui riche fame et poissans [, ib. 583]
    Acoustumance est trop poissans ; Et se bien la sui congnoissans, Mainte chose desplet novele Qui par acoustumance est bele [, ib. 7178]
    Je vos connois bien [je reconnais] qu'il a cinq ans que je voz convenenchai à asseïr dix livrées de terre sor mon heritage [BEAUMANOIR, IX, 7]
    L'uitisme vertu [du bailli] si est que il soit très bien connissans [ID., IX, 23]
    Vous gardez que vous ne faites ne ne dites rien à vostre escient nulle riens, que se tout le monde le savoit, que vous ne peussiez congnoistre [JOINV., 194]
    Il [Dieu] conoist miauz [mieux] les gens que il ne se connoissent [, Merlin, f° 71, recto]
    Maistres, qu'est che chi qui me lieve ? Vous connissiez vous en cest mal ? [, Théâtre français, p. 62]
    Sires, fait ele, or m'esbahis De ce qu'ainçois ne vos connui, Je vos en ai fait grant ennui ; Je me tieng ore molt por fole ; Or vous connois à la parole [, Fabliaux mss. p. 365, dans LACURNE]
  • XIVe s.
    Et pour ce quierent ilz et desirent ilz estre honerez des saiges et entre ceulx de qui il sont congneuz et en bien et en vertu [ORESME, Eth. V, 9]
    Et vous devez faire semblant devant vos gens que vous y congnoissiez et que vous l'avez à cuer [, Ménagier, II, 3]
  • XVe s.
    Et ne trouvoit on medecin qui se connust en sa maladie [FROISS., III, IV, 82]
    Lesquels ils ne vouloient mie connoistre [faire connaître] à ceux qui leur en demandoient [ID., I, I, 63]
    Je ne me connois mais à l'estat de France [ID., II, II, 229]
    Le roi d'Angleterre, qui ouït et entendit messire Godefroy parler, connut assez qu'il disoit verité [ID., I, I, 272]
    Et s'ils [les princes] le [un sage homme] connoissent, si ne leur en chaut-il, et departent leur auctorité à ceulx qui plus leur sont agreables [COMM., I, 12]
    Un legat du pape envoyé pour pacifier et pour congnoistre du different de l'evesque et du peuple [ID., II, 10]
    ... Et print suspection, le regarda au visage et le congneut [reconnut] [ID., IV, 1]
    Comment le roy estoit allé en Bourbonnoys, congnoissant que tous les seigneurs du royaulme se declairoient contre luy.... [ID., I, 2]
    Il faut que ayez homme qui se congnoisse bien en chevaulx [, Jehan de Saintré, ch. 15]
  • XVIe s.
    Compte de tes cognoissants [connaissances] combien il en est mort [MONT., I, 73]
    Il avoit cogneu longtemps un marchand à Toulouse [ID., I, 100]
    Je me cognois assez aux ouvrages d'aultruy [ID., III, 34]
    Ceste prophetie luy defendoit de toucher et cognoistre femme, qu'il ne fust de retour à Athenes [AMYOT, Thés. 4]
    Il les mesla parmy les autres filles, sans que personne y cogneust rien [ID., ib. 27]
    Il donna aux nobles la charge de cognoistre des choses appartenantes au faict de la religion [ID., ib. 29]
    Ilz l'avoient envoyé querir pour cognoistre, composer et pacifier leurs differents [ID., Pélop. 48]

ÉTYMOLOGIE

  • Wallon, kinohe ; namurois, conoche, conèche ; rouchi, conoitre ; Berry, conneûtre, couneûtre ; bourguig. cônay, connaître, queneussu, connu ; provenç. conoscer, conoiscer, conoisser ; catal. conexer ; espagn. conocer ; portug. conhecer ; ital. conoscere ; du latin cognoscere, de cum, et gnoscere, connaître (voy. GNOSE). Le participe coneü dans l'ancien français suppose un suffixe bas-latin utus ( 1er u long), cogne-utus, italien conosci-uto, attendu que dans coneü (dont connu est une contraction), eü représente deux syllabes. Palsgrave, p. 61, qui écrit je cognois, dit qu'on prononce conoi. L'orthographe de Voltaire appliquée à ce verbe ne permet plus de reconnaître pourquoi il y a un u dans je connus (cognovi), et elle brise les relations avec les mots de même origine : notion, notoire, etc.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

  • CONNAÎTRE. - REM. Ajoutez :
  • 2. Au XVIe s. cognoistre se prononçait conoistre, le g ne se faisant pas sentir (voy. LIVET, la Gramm. franç. p. 168).

connaître

CONNAÎTRE. (Je connais ; nous connaissons. Je connaissais. Je connus. Que je connaisse. Que je connusse. Connu.) v. tr. Avoir l'idée, la notion d'une personne ou d'une chose. Je ne connais cette personne que de nom, de réputation, de vue. Je connais bien un tel. Je le connais parfaitement. Je connais ce pays-là. Le monde connu des Anciens. Je ne connais rien de plus vil qu'une telle conduite. Faire connaître son opinion. Cet enfant ne connaît pas encore ses lettres. Connaître le bien et le mal. Il connaît son faible. Je ne lui connais point de défauts. Il connut alors que le danger devenait pressant. Par là vous pouvez connaître combien il est à redouter. On le dit également des Animaux. Ce chien connaît bien son maître. Ce cheval connaît le chemin. La plupart des animaux connaissent les plantes qui peuvent leur être nuisibles.

Fig. et fam., Je ne le connais ni d'Ève, ni d'Adam, se dit en parlant de Quelqu'un que l'on ne connaît pas du tout.

Fig., Ne point connaître, ne plus connaître quelqu'un, quelque chose, N'en pas faire acception, ne point le prendre en considération. Il veut que tous soient également soumis à la discipline et il ne connaît à cet égard ni parents ni amis. Quand il s'agit de ses intérêts, il ne connaît personne.

Ne plus connaître quelqu'un signifie aussi Le traiter comme un inconnu, l'oublier, le mépriser. Depuis qu'il est en place, il ne connaît plus ses amis, il ne connaît plus personne. J'estime qu'il s'est déshonoré : je ne le connais plus.

Se faire connaître, Dire son nom, sa qualité aux gens dont on n'est pas connu. Comme on lui refusait l'entrée, il se fit connaître. L'auteur de ce livre ne veut pas se faire connaître, Ne veut pas se nommer. On dit en des sens analogues Faire connaître qui on est. Ne vouloir pas être connu.

Il signifie aussi Faire ou Dire quelque chose qui décèle les dispositions, les qualités bonnes ou mauvaises que l'on a. Caton se fit connaître de bonne heure par son amour pour la liberté. Il s'est fait connaître avantageusement.

Il signifie encore Acquérir une notoriété, une réputation. Il s'est fait connaître par ses écrits.

Fam., Je ne connais que cela, se dit en parlant d'une Chose qui ne peut être éludée, ou qu'on ne doit pas balancer à faire. Il faut que vous obéissiez, je ne connais que cela. Il résiste, châtiez-le, je ne connais que cela. On dit à peu près de même Je ne connais qu'une chose, c'est d'agir franchement, c'est d'être sévère, etc.

Ne connaître que son devoir, que la règle, que la loi, etc., Ne point s'écarter de son devoir, de la loi, de la règle, etc., quelles que soient les circonstances où l'on se trouve et les personnes avec lesquelles on a affaire.

Il se dit aussi en parlant des Choses qu'on a étudiées, dont on a une grande pratique, un grand usage, auxquelles on s'entend bien. Il voudrait tout connaître. Connaître une langue, une science, un art. Il connaît les mathématiques, le grec, le latin. Connaître à fond une science, une affaire. Connaître les livres, les pierreries, les tableaux, etc. Je ne parle point de ce que je ne connais pas. Il connaît les ruses du métier, Ce que l'expérience nous apprend à connaître. Connaître ses intérêts. Il n'y a rien de si connu. Absolument, Le désir de connaître, Le désir de s'instruire, de s'éclairer.

Il se dit, dans un sens analogue, en parlant des Personnes. Je connais bien cet homme, et je peux compter sur lui. Je le connais pour ce qu'il est. Il a trompé bien du monde, on ne le connaissait pas. Cet homme gagne à être connu. Je le connais incapable de mentir. Je connais votre coeur. Vous me connaissez mal, si vous m'attribuez de telles intentions. Que vous connaissez peu les hommes! C'est un homme qui connaît bien le monde.

Dans le même sens, mais avec une légère nuance, il se dit pour Apprécier, juger. Le siècle qui posséda ce grand homme ne le connut pas. On perdit cet écrivain lorsqu'on commençait enfin à le connaître. C'est un homme connu. Il est connu par son mérite. Ce nom m'est connu.

Fig. et prov., À l'oeuvre on connaît l'artisan.

Il signifie en outre Avoir des liaisons, des relations avec quelqu'un. Connaissez-vous quelqu'un de mes juges? Je n'en connais pas un. Il connaît tout le monde. Je vous le ferai connaître. Je ne connais point cet homme-là, ni ne veux le connaître. Nous vous connaissons depuis longtemps.

En termes d'Écriture sainte, Connaître une femme, la connaître charnellement, Avoir avec elle un commerce charnel.

Fig. et fam., Il ne connaît pas sa main droite de sa main gauche, Il est incapable d'aucun discernement.

Il signifie encore Sentir, éprouver ; et il se dit tant au sens physique qu'au sens moral. On ne connaît point l'hiver à la Martinique. Vous êtes heureux de n'avoir jamais connu le mal de dents, le mal de tête. Il ne connaissait plus le sommeil. Connaître le plaisir. Il n'a jamais connu la haine, la jalousie, etc. Son coeur allait bientôt connaître l'amour. Il ne connaît point la crainte. J'ai connu l'infortune.

Il signifie aussi Pratiquer une chose, l'admettre, s'y conformer, s'y soumettre ; et, dans ce sens, il se joint ordinairement avec la négation. En Angleterre, on ne connaît point la loi salique. Cet usage n'est point connu dans tel pays. Ce peuple ne connaît point les raffinements du luxe. Il ne connaît point ces vains ménagements. Sa rage ne connut plus de frein. Sa charité ne connaît point de bornes. On dit dans un sens analogue Ce cheval connaît la bride, les éperons, etc.

Ne point connaître de supérieur, de maître, N'avoir point de supérieur, de maître, ou Prétendre n'en point avoir, et ne pas vouloir obéir. On dit de même Je ne connais de maître que vous, que lui, etc. Je ne connais ici d'autre maître que moi, etc.

Il ne connaît plus rien, Sa passion le domine tellement qu'aucune considération n'est capable de l'arrêter. Sa fureur ne connaît plus rien.

Il signifie aussi Avoir autorité et compétence pour juger de certaines matières. En ce sens, il se construit toujours avec de ou un équivalent. Ce juge connaît des matières civiles et criminelles. Il en connaît en première instance. Il en connaît par appel. Il ne peut pas connaître de cela.

SE CONNAÎTRE signifie Prendre une juste idée de soi-même, de ses forces, de sa dignité, etc. " Connais-toi toi-même " est une des plus belles maximes de la philosophie antique. Je me connais, à sa vue il me serait impossible de me contenir. Apprenez à mieux vous connaître.

Ne point se connaître, ne plus se connaître, se dit d'une Personne que la passion met hors d'elle-même. Un homme sage et qui sait se connaître. Il ne se connaît plus.

Se connaître à quelque chose, en quelque chose, Savoir en bien juger. Il se connaît en mérite, en poésie. Vous connaissez-vous à cela? Je m'y connais mieux que vous. Il ne s'y connaît point du tout.

SE CONNAÎTRE se dit aussi des Choses et signifie Être connu, être perçu d'une façon nette. Prov. et fig., L'arbre se connaît à ses fruits, Une doctrine se juge par ses conséquences.

Le participe passé CONNU, UE, se dit comme nom des Choses que l'on connaît par opposition à celles qu'on ignore. Pour procéder méthodiquement, il faut aller du connu à l'inconnu.

Synonymes et Contraires

connaître

verbe transitif connaître
1.  Avoir acquis des connaissances sur.
2.  Faire l'expérience de.
3.  Faire la connaissance de quelqu'un.
4.  Saisir par la pensée.
Traductions

connaître

kennen, Connaisseur, erleben, kennenlernen, verstehen, wissenknow, be acquainted withkennen, weten, bekendzijnmet, leren kennen, verstand hebben (van)הכיר (הפעיל), התמצא (התפעל), ידע (פ'), יָדַע, הִכִּירconocerconoscere, intendersiconhecer, saberkännaγνωρίζωvite, kjenneيَعْرِفُznát, vědětkendetuntea, tietääpoznavati知っている알다znaćобщатьсяรู้จักtanımakbiết认识知道 (kɔnɛtʀ)
verbe transitif
1. savoir après avoir appris connaître l'histoire de France
2. avoir déjà vu, entendu ou senti Je connais cet homme. Je ne connais pas cette région.
3. avoir des relations avec qqn Je connais très bien son frère.
4. avoir été dans telle situation Il a connu la misère.

connaître

[kɔnɛtʀ] vt
[+ technique, matière] → to know
[+ ville, personne] → to know
Je ne connais pas du tout cette région → I don't know this area at all.
connaître de nom → to know by name
connaître de vue → to know by sight
Je le connais de vue → I know him by sight.
faire connaître qch [+ région, culture] → to introduce people to sth
faire connaître qn du grand public → to make sb known to the general public
se faire connaître avec qch → to become well-known with sth
se faire connaître en faisant qch
Le groupe s'est fait connaître en gagnant le concours Eurovision → the group found fame when it won the Eurovision song contest.
se faire connaître du grand public → to become known to the general public
[personne] (= éprouver) [+ sensation, sentiment] → to experience (= faire l'expérience de) [+ difficultés, misère, guerre] → to experience
Il a fini dans la misère après avoir connu le faste et la gloire → He ended up destitute, after having known fame and riches.
[film, chanson, économie, secteur] (= avoir, rencontrer) → to have, to enjoy
L'industrie du tourisme connaît une période exceptionnelle → The tourist industry is having a very good period.
Ce film connaît actuellement un grand succès → This film is currently enjoying a huge success. [kɔnɛtʀ]
vpr/récip → to know each other (= se rencontrer) → to meet
Est-ce qu'ils se connaissent? → Do they know each other?
Ils se sont connus à Genève → They first met in Geneva., They met in Geneva
vpr/réfl → to know o.s.
vpr/vi
s'y connaître en qch → to know about sth
Je ne m'y connais pas beaucoup en musique classique → I don't know much about classical music.