corbleu

CORBLEU

(kor-bleu)
Sorte de juron.
Avec moi, corbleu ! Il [le roi] verra beau jeu [BÉRANG., Carabas.]
Par la corbleu ! gardez d'échauffer trop ma bile [MOL., Sgan. I, 1]
M'interdire ! corbleu ! voilà donc de vos œuvres ! [GRESSET, Méchant, V, 9]

HISTORIQUE

  • XIIe s.
    Outre, cuivers ! li cors Deu te honnie [, Ronc. p. 58]
  • XIIIe s.
    Une marastre [j] avoie, le cors Dieu la gravent [, Berte, XLVII]
    Et Aliste sa fille, cui li cors Dieu maudie [, ib. LX]
    Par le carbiu ! mar i fut fait [, Lai d'Ignaur]
    Qu'est-ce ? dist li vilains, me diras-tu eil [autre chose] ? Par le cuer beu ! se je te tenoie, tu ne m'escaperoies hui mais [, Chr. de Rains, 237]
    Por le cuer bieu, qu'avez vos fet ? [, Ren. 9349]
    Por la char bieu, ne savez-vous C'onques nul bien ne sot li rous ? [, ib. 18177]
    Renart, fet il, par le cuer bé, Tu m'as hui honni et gabé [, ib. 4641]
  • XVe s.
    Par le corps bieu, c'est une robe, Plaine de quoy ? Charbieu, de paille ? [VILLON, Archer de Bagnolet.]

ÉTYMOLOGIE

  • Corbleu, corbieu ; altération de prononciation pour corps Dieu, c'est-à-dire corps de Dieu, Dieu en personne ; altération suggérée par le désir de ne pas mettre le nom de Dieu dans des locutions irrévérencieuses. Par le corps de Dieu est un juron fait comme sambleu (le sang de Dieu, de Jésus-Christ), morbleu (mort-Dieu, la mort de Dieu, de Jésus-Christ), ventrebleu (le ventre de Dieu). Dans corps Dieu, Dieu est au régime ; ce qui marquait le rapport que nous exprimons aujourd'hui par la préposition de, comme dans hôtel-Dieu.