coulevrine

COULEVRINE

(kou-le-vri-n') s. f.
Espèce de canon, qui, étant plus long que les pièces ordinaires, chassait beaucoup plus loin ; le diamètre de son calibre était d'environ cinq pouces et son boulet de seize livres.
Voilà vos longues coulevrines Qui soufflent du feu sur mes eaux [V. HUGO, Orient. 35]
Ancien terme de guerre. Être sous la coulevrine de la place, se dit d'une maison, d'un logis, d'un emplacement assez près du corps d'une place pour en être soit défendu, soit incommodé. Et fig. être sous la coulevrine de quelqu'un, avoir son bien dans le voisinage de quelqu'un plus riche et plus puissant que soi, et, par extension, être dominé, être sous la dépendance. Vous êtes sous sa coulevrine. Dans cet emploi, il est sous la coulevrine d'un homme qui le fera marcher droit.
Il [l'électeur palatin] devait se reconnaître trop petit prince et trop sous la coulevrine de la France pour ne pas s'accommoder au temps [Mme DE LA FAYETTE, Mém. cour de Fr. Œuvres, t. II, p. 31, dans POUGENS.]

HISTORIQUE

  • XVe s.
    Les Anglois firent une sortie sur le chemin de la chaussée, en la quelle ils penserent gangner des coulevrines et ribaudequins qui estoient rangés sur la dite chaussée [, Hist. d'Artus III, connest. de Fr. p. 777, dans LACURNE]
    Si laisseroient toute artillerie grosse et menue, reservé arcs, arbalestres et coulevrines à main [BERRY, Chron. depuis 1402 jusqu'à 1461, p. 454, dans LACURNE.]
    Coulevrines et canons à largesse [CH. D'ORL., Rondel, 54]
  • XVIe s.
    Il logea deux coulevrines royales, et deux bastardes dans les ridottes plus avancées [D'AUB., Hist. III, 20]
    Il le trouva prenant sa refection sur le flasque d'une couleuvrine [CARL., I, 43]
    Quatorze grandes coulevrines à 18 pieds de chasse, et le reste coulevrines moyennes et bastardes [ID., VIII, 24]
    Couleuvrines, serpentines, basiliqs, noms pris des plus pernicieux animaux, comme des serpens, couleuvres et basiliqs [PARÉ, IX, Préf.]

ÉTYMOLOGIE

  • Couleuvre ; le nom d'animaux ayant été donné à des canons, par exemple fauconneau, basilic, etc. ; génev. coulouvrine. Les coulevrines étaient très longues et minces, ce qui permettait la comparaison avec la couleuvre.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

  • COULEVRINE. Ajoutez en tête de l'article :
  • Coulevrine à main, la plus ancienne des armes à feu portatives, commencement du XVe siècle, se composant d'un canon relié à un fût ; un homme la porte et la met en joue, et un autre met le feu à l'aide d'une mèche.
    Coulevrine emmanchée, nom donné d'abord (1430) aux armes à feu portatives [HENRARD, Annales de l'Acad. d'arch. de Belgique, 2e série, t. I, p. 135]

REMARQUE

  • La coulevrine, espèce de canon, lançait un projectile de 16 à 20 livres ; elle disparaît en 1732 à la réorganisation de Vallière. Il y a eu des coulevrines extraordinaires : coulevrine d'Ehrenbreitstein, dont le boulet pesait 141 livres. On donnait à la coulevrine de grandes longueurs d'âme, afin de remédier à la lenteur de combustion de la poudre.