craindre


Recherches associées à craindre: croire, joindre, prendre, reussir

craindre

v.t. [ du lat. tremere, trembler, et d'un mot gaul. ]
1. Éprouver de l'inquiétude, de la peur devant qqn, qqch : Ses élèves le craignent redouter
2. Envisager comme probable un événement malheureux : Le médecin craint une pneumonie appréhender ; espérer je redoute sa venue je redoute son absence je crois que j'ai oublié
3. Être sensible à, risquer de subir un dommage : Ces plantes craignent le gel.
v.i.
Ça craint,
Fam. c'est désagréable, pénible ou dangereux.

craindre


Participe passé: craint
Gérondif: craignant

Indicatif présent
je crains
tu crains
il/elle craint
nous craignons
vous craignez
ils/elles craignent
Passé simple
je craignis
tu craignis
il/elle craignit
nous craignîmes
vous craignîtes
ils/elles craignirent
Imparfait
je craignais
tu craignais
il/elle craignait
nous craignions
vous craigniez
ils/elles craignaient
Futur
je craindrai
tu craindras
il/elle craindra
nous craindrons
vous craindrez
ils/elles craindront
Conditionnel présent
je craindrais
tu craindrais
il/elle craindrait
nous craindrions
vous craindriez
ils/elles craindraient
Subjonctif imparfait
je craignisse
tu craignisses
il/elle craignît
nous craignissions
vous craignissiez
ils/elles craignissent
Subjonctif présent
je craigne
tu craignes
il/elle craigne
nous craignions
vous craigniez
ils/elles craignent
Impératif
crains (tu)
craignons (nous)
craignez (vous)
Plus-que-parfait
j'avais craint
tu avais craint
il/elle avait craint
nous avions craint
vous aviez craint
ils/elles avaient craint
Futur antérieur
j'aurai craint
tu auras craint
il/elle aura craint
nous aurons craint
vous aurez craint
ils/elles auront craint
Passé composé
j'ai craint
tu as craint
il/elle a craint
nous avons craint
vous avez craint
ils/elles ont craint
Conditionnel passé
j'aurais craint
tu aurais craint
il/elle aurait craint
nous aurions craint
vous auriez craint
ils/elles auraient craint
Passé antérieur
j'eus craint
tu eus craint
il/elle eut craint
nous eûmes craint
vous eûtes craint
ils/elles eurent craint
Subjonctif passé
j'aie craint
tu aies craint
il/elle ait craint
nous ayons craint
vous ayez craint
ils/elles aient craint
Subjonctif plus-que-parfait
j'eusse craint
tu eusses craint
il/elle eût craint
nous eussions craint
vous eussiez craint
ils/elles eussent craint

CRAINDRE

(krin-dr') , je crains, tu crains, il craint, nous craignons, vous craignez, ils craignent ; je craignais ; je craignis ; je craindrai ; je craindrais ; crains, qu'il craigne, craignons, craignez ; que je craigne, que nous craignions, que vous craigniez ; que je craignisse ; craignant ; craint, crainte v. a.
Éprouver le sentiment qui fait reculer, hésiter devant quelque chose qui menace.
Qui ne craint pas la mort ne craint pas les menaces [CORN., Cid, II, 1]
Qui peut tout doit tout craindre [ID., Cinna, IV, 3]
Il ne faut craindre rien quand on a tout à craindre [ID., Héracl. I, 5]
Les rois craignent surtout le reproche et la plainte [RAC., Esth. III, 1]
Je le craindrais bientôt s'il ne me craignait plus [ID., Brit. I, 1]
Comme il les craint sans cesse, ils le craignent toujours [ID., Baj. I, 1]
Nous [Phéniciens] avions tout à craindre de sa sagesse [de Sésostris] [FÉN., Tél. III]
C'était une de ses maximes, qu'il fallait craindre les ennemis de loin pour ne les plus craindre de près et se réjouir à leur approche [BOSSUET, Louis de Bourbon.]
Mentor, qui craignait les maux avant qu'ils arrivassent, ne savait plus ce que c'était que de les craindre dès qu'ils étaient arrivés [FÉN., Tél. II]
Et dans l'état où j'entre, à te parler sans feinte, Elle a lieu de me craindre, et je crains cette crainte [CORN., Rod. I, 5]
Prince, je crains le crime et non point le trépas [LA MOTTE, Inès de Castro, III, 6]
Absolument.
Espérer, c'est se flatter de la jouissance d'un bien ; craindre, c'est se voir menacé d'un mal [CONDILLAC, Traité sens. part. I, ch. 3, § 8]
Craindre pour quelqu'un, pour quelque chose, craindre qu'il ne lui arrive quelque mal, quelque dommage.
Il [Thalès] avait coutume de dire que la preuve d'un bon gouvernement était d'engager les sujets non à craindre le prince, mais à craindre pour lui [ROLLIN, Hist. anc. Œuvres, t. II, p. 616, dans POUGENS]
Se faire craindre, inspirer la crainte. Ils se sont fait longtemps craindre.
Quand on cherche si fort les moyens de se faire craindre, on trouve toujours auparavant ceux de se faire haïr [MONTESQ., Lett. pers. 141]
Révérer, respecter. Craindre son père.
Je crains Dieu, cher Abner [RAC., Athal. I, 1]
La gloire des méchants en un moment s'éteint ; L'affreux tombeau pour jamais les dévore ; Il n'en est pas ainsi de celui qui te craint : Il renaîtra, mon Dieu, plus brillant que l'aurore [ID., Esth. II, 9]
Crains Dieu, et garde ses commandements, car c'est là tout l'homme [BOSSUET, Duch. d'Orl.]
Souvenez-vous que ceux qui craignent les dieux n'ont rien à craindre des hommes [FÉN., Tél. XI]
Il faut que les sujets espèrent en Dieu et que les souverains le craignent [D'ALEMB., Éloges, Bossuet]
Familièrement. Ne craindre ni Dieu ni diable, se dit d'un homme méchant et capable de tout. Par extension. Ce cheval craint l'éperon, il obéit à l'éperon.
En parlant des choses inanimées, éprouver du dommage ne pas résister. Ces plantes craignent la gelée Arbres qui ne craignent pas l'hiver.
V. n. Craindre avec de et l'infinitif, hésiter, ne pas oser. Ne craignons pas de parler en cette circonstance.
On ne voit dans ses jugements [du juge qui veut s'agrandir] qu'une justice imparfaite, semblable, je ne craindrai pas de le dire, à la justice de Pilate.... [BOSSUET, le Tellier.]
Sans cesse on prend le masque, et quittant la nature, On craint de se montrer sous sa propre figure [BOILEAU, Épît. X]
Sur les pas d'un banni craignez-vous de marcher ? [RAC., Phèd. V, 1]
Des soupirs qui craignaient de se voir repoussés [ID., Androm. III, 6]
Le cardinal de Richelieu était mort peu regretté de son maître, qui craignit de lui devoir trop [BOSSUET, le Tellier.]
Viens régner avec nous si tu crains de servir [VOLT., Fanat. I, 4]
Avec le subjonctif accompagné de la particule ne.
Craignez-vous qu'il ne vienne ? Je crains qu'en l'apprenant son cœur ne s'effarouche [CORN., Nicom. I, 5]
Je n'ai jamais importuné Votre Majesté pour lui demander du bien ; je crains que je ne l'importune en lui disant qu'elle m'en a fait [FLÉCHIER, dans GIRAULT-DUVIVIER]
Je crains presque, je crains qu'un songe ne m'abuse [RAC., Phèd. II, 2]
Quoi ! Craignez-vous déjà qu'ils ne soient écoutés ? [ID., ib. IV, 4]
Tout m'est suspect : je crains que tout ne soit séduit ; Je crains Néron, je crains le malheur qui me suit [ID., Brit. V, 1]
Tant qu'il vivra, craignez que je ne lui pardonne [ID., Andr. IV, 3]
Ah ! courez et craignez que je ne vous rappelle [ID., ib. IV, 3]
On craint qu'il n'essuyât les larmes de sa mère [ID., Andr. I, 4]
Sans la particule ne.
Il nous fallait, pour vous, craindre votre clémence, Et que le sentiment d'un cœur trop généreux, Usant mal de vos droits, vous rendît malheureux [CORN., Pomp. III, 2]
Il craint qu'un indiscret la vienne révéler [ID., Théod. V, 1]
Mais je crains qu'elle [la patience] échappe et que, s'il continue, Je ne m'obstine plus à tant de retenue [ID., Nicom. I, 2]
Avec juste raison je crains qu'entre nous deux L'égalité rompue en rompe les doux nœuds, Et que ce jour fatal à l'heur de notre vie Jette sur l'un de nous trop de honte ou d'envie [ID., Rod. I, 5]
Et le plus grand des maux toutefois que je crains, C'est que mon triste sort me livre entre ses mains [ID., ib. I, 7]
Vous craignez que ma foi vous l'ose reprocher [ID., ib. I, 5]
Vous l'accusiez pourtant, quand votre âme alarmée Craignait qu'en expirant ce fils vous eût nommée [ID., ib. V, 4]
Seigneur, je crains pour vous qu'un Romain vous écoute [ID., Nicom. I, 2]
Je craindrais que peut-être à quelques yeux suspects tu me fisses connaître [MOL., Fâcheux, III, 1]
Mais hélas ! je crains bien que j'y perde mes soins [ID., D. Garcie, II, 6]
....Oui, mais qui rit d'autrui Doit craindre qu'à son tour on rie aussi de lui [ID., Éc. des femmes, I, 1]
Les soins d'un amour extrême Devroient moins vous alarmer ; Vous craignez trop qu'on vous aime ; Ne craignez-vous point d'aimer ? [QUINAULT, Proserpine, I, 3]
Et craignant qu'on me fasse un crime de mes pleurs [CAMPISTRON, Andronic, V, 10]
Craignant surtout qu'à rougir on l'expose [VOLT., Zaïre, IV, 2]
Bien que la particule ne soit réellement explétive, cependant l'usage en a consacré l'emploi ; et la supprimer est une licence qui n'est permise qu'à la poésie ; elle l'est aussi quand la construction est interrogative ou implique un sens négatif :
Peut-on craindre que des choses si généralement détestées fassent quelque impression dans les esprits ? [MOL., Préf. du Tart.]
On peut prendre du profit, sans craindre qu'il soit usuraire [PASC., Prov. 8]
Je crains peu qu'un grand roi puisse en être jaloux [CRÉB., Électre, II, 4]
Ne pas craindre, suivi de que, veut le subjonctif, mais sans la particule ne. Je ne crains pas qu'il fasse cette faute.
Ne craignez pas que, prêt à vous désobéir, Il apprenne avec moi, seigneur, à vous trahir [CRÉB., Xerx. III, 5]
Je ne crains pas qu'on soupçonne de partialité sur cet article un homme que l'on n'a pas accusé jusqu'ici d'être fort doucereux [ID., Préf. d'Idom.]
Si ne pas craindre est dit interrogativement, le que suivant est suivi de ne : ne craignez-vous pas qu'il ne vienne ? Cependant on peut dire aussi sans ne : ne craignez-vous pas qu'il vienne ? Craindre, suivi d'un verbe qu'accompagne la négation, exprime la crainte que la chose ne se fasse pas, et par conséquent le désir qu'elle se fasse. Je crains de ne pas le voir. Je craignais qu'il ne vînt pas.
Se craindre, avoir crainte de soi-même, v. réfl. Il se craint soi-même.
Il se craignait trop peu, ce qui est le caractère de ceux qui n'ont pas le soin de leur réputation [RETZ, Mém. liv. II, p. 133, dans POUGENS]

PROVERBE

    Un bon vaisseau ne craint que la terre et le feu, c'est-à-dire les seuls dangers qu'il court sont la côte où il peut échouer et le feu qui le peut embraser.

REMARQUE

  • 1. Craindre, suivi d'un verbe à l'infinitif, exige la préposition de : je ne crains pas de me tromper, si je parle ainsi ; et non : je ne crains pas me tromper.
  • 2. La construction de craindre, suivi de que et d'un verbe, est le subjonctif ; il faut donc se garder d'imiter ces phrases de Fénelon :
    Je crains bien que tous ces petits sophistes grecs achèveront de corrompre les mœurs romaines [FÉN., Dial. des morts, n° 37]
    Je craignais que les Grecs nous communiqueraient bien plus leurs arts que leur sagesse [ID., ib.]
    Ne craignais-tu pas que Pythias ne reviendrait point et que tu payerais pour lui ? [ID., ib. n° 21]
    C'est un archaïsme.

SYNONYME

  • CRAINDRE, APPRÉHENDER, AVOIR PEUR, REDOUTER. Redouter se distingue des trois autres en ce qu'il exprime la crainte de quelque chose de supérieur, de terrible, à quoi on ne peut résister Appréhender se distingue de craindre et avoir peur, en ce que, conformément à son étymologie, il indique une vue de l'esprit, une attention portée sur l'avenir, sur la possibilité ; ce qu'on appréhende apparaît moins comme probable que comme possible. Au contraire, ce qu'on craint apparaît non-seulement comme possible, mais aussi comme probable. Enfin, avoir peur désigne un état de l'âme où devant le péril le courage fait défaut ; on peut craindre le danger et pourtant y faire tête ; mais si on a peur du danger, il est le plus fort et nous emporte. Je redoute l'orage veut dire que je le regarde comme formidable ; j'appréhende l'orage, qu'il me paraît possible ; je crains l'orage, que les effets m'en semblent dangereux pour moi ; j'ai peur de l'orage, qu'il m'ôte tout courage.

HISTORIQUE

  • XIe s.
    Je me crendreie que vous vous meslissiez [faire mêlée, combattre] [, Ch. de Rol. XVIII]
    Seürs est Charles, que nul homme [il] ne crent [, ib. X]
  • XIIe s.
    Franc, dit Rollant, bone gent honorée, Sur toutes autres cremue et redoutée [, Ronc. p. 48]
    [Je] creim que occis soit ainz que soions là [, ib. p. 95]
    Las ! je cren mout qu'il n'i ait encombrer [, ib. p. 165]
    Mais cil qui faillir crient Est si destrois, quant secours ne lui vient [, Couci, XX]
    Que povre sont li autre chevalier, Si crement la demorance [de rester à la croisade] [QUESNES, Romancero, p. 101]
    Car mult cremi de sei, quant le respuns oï ; Mult nota les paroles que li quens respundi [, Th. le mart. 52]
    Car plus criement assez le terrien seignur Que il ne funt Jesu le puissant createur [, ib. 28]
    Li sire est la meie salut ; cui crenderai je ? [, Liber psalm. p. 31]
    E crendrunt les genz le tuen num [, ib. p. 146]
    Uns hom astoit en la terre Us, ki out num Job, simples et droituriers, cremmanz Deu e repairans ensus del mal [, Job, 442]
  • XIIIe s.
    Et li autre remestrent [restèrent] moult à malaise dedens Constantinople, come cil qui cremoient à perdre toute la terre [VILLEH., CL.]
    Li diex d'amors onc ne cremut, Ne por fortune ne se mut [, la Rose, 6913]
    Forment se fist la serve et douter et cremir [, Berte, LXIII]
    Si te criement li paien tuit, à pou que chascuns ne s'en fuit [, Ren. 11269]
  • XVe s.
    Un moult haut prince cremu et renommé [FROISS., II, II, 53]
    Ja pour mesdit, barat ne jenglerie, Ne cesserai de vous craindre et amer De plus en plus, chiere dame sans per [EUST. DESCH., Poésies mss. f° 141, dans LACURNE]
    Le peuple doit chascun jour labourer Pour les estas des nobles soutenir, Et si les doit honourer et cremir [ID., Gouvern. des rois]
    Moins se soucyer et moins se travailler et entreprendre moins de choses, plus craindre à offenser Dieu [COMM., VI, 13]
  • XVIe s.
    Reprenez donc vos forces et couraiges, et ne craignez des François les oultraiges [J. MAROT, V, 16]
    Je ne crains à vous donner de la peine [MARG., Lett. 119]
    Je ne crains vous recommander ung si homme de bien [ID., ib. 120]
    Ma povre sœur faict un si très grant duel, que je crains bien sa santé [ID., ib. 133]
    Je n'entends point parler de la dicte commission, qui me faict craindre qu'il y ait quelque empeschement [ID., ib. 151]
    Le gentilhomme craignant sa vie s'il offensoit son maistre, et la damoiselle, son honneur [ID., Nouv. XL.]
    Le pape, se craignant qu'on luy teinst propos qui.... [MONT., I, 41]
    Ses adversaires craignoient de le piquer [ID., I, 41]
    Ne craindre point à mourir [ID., I, 69]
    Si est-il à craindre que la honte les desespere [ID., I, 56]
    Ils craignoient à m'accoster [ID., I, 194]
    Craignants qu'ils ne vinssent à.... [ID., I, 233]
    Les medecins ne craignent de s'en servir à toute sorte d'usage [ID., I, 240]
    Chascun craint à estre espié et contreroollé [ID., I, 332]
    Je ne veulx ny me craindre, ny me sauver à demy [ID., III, 9]
    Je crains que c'est un traistre [ID., III, 310]
    Bien crains je que nous lui aurons très fort hasté sa ruine par notre contagion, et que nous lui aurons bien cher vendu nos opinions et nos arts [ID., IV, 17]
    Les tyrans qui sont contrains, faisans mal à tous, se craindre de tous [LA BOÉTIE, 49]
    Quand la maison voisine ard, on doit bien craindre la sienne [YVER, p. 526]
    Et craignoient les mariniers que leur vaisscau ne peust pas resister à la violence des vagues.I ls craignoient de rencontrer des hommes, et si avoient peur de n'en rencontrer point pour la grande faulte et necessité qu'ilz avoient de vivres [AMYOT, Marius, 65]
    Le commun populaire craint ordinairement ceulx qui le mesprisent, et avance ceulx qui le craignent [ID., Nicias, 3]
    Il y en a qui disent que tous les princes le haïssent, et mesmes qu'il a à se craindre du ciel [D'AUB., Faen. III, 20]
    Le duc d'Albe se craignant de la Bourgongne, quoi que les Suisses fussent obligez à la garantir, despescha quelques troupes legeres [ID., Hist. I, 339]
    Estrange est son plumage, et je crains à loger, Pour n'estre point deceu, un si jeune estranger [RONS., 814]
    Il ne craint ni les rez ni les tondus [il ne craint personne] [COTGRAVE, ]

ÉTYMOLOGIE

  • Saintong. crainre ; provenç. cremer ; du latin tremere, trembler et aussi craindre. L'articulation tr s'est changée facilement en cr ; ce qu'il faut admettre, bien qu'on n'en ait pas d'exemples, l'étymologie étant d'ailleurs appuyée par le sens et par la forme eindre qui répond à emere, comme dans empreindre d'imprimere. Craindre répond à trémere avec l'accent sur tré, comme geindre à gémere ; cremir répond à une conjugaison changée, tremire, comme gémir à gemire ; non pas tremiscere ou gemiscere qui auraient donné cremoistre, gemoistre ou gemaistre, comme dans les formations de ce genre.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

    CRAINDRE. Ajoutez :
    Conjecturer, juger, en craignant.
    La voie que vous avez prise et que vous craignez n'être pas la meilleure, ne le sera pas toujours sans doute [J. J. ROUSS., Lett. à l'abbé M. 9 février 1770]
    Se craindre, être craint, en parlant de choses.
    Qu'il [Charles - Quint] était instruit de tout ce qui se disait et se craignait, et qu'il ne négligerait rien pour avoir partout des gens qui lui donnassent avis de tout [, Hist. du concile de Trente, trad. de le Courayer, t. I, p. 670]

    REMARQUE

    • 1. Ajoutez : Cependant Corneille a dit craindre à : Si du sang d'une fille il craint à se rougir, Théod. Mais Corneille a corrigé plus tard craindre à en : craindre de.

craindre

CRAINDRE. (Il se conjugue comme CONTRAINDRE.) v. tr. Envisager par la pensée quelqu'un ou quelque chose comme devant être nuisible, dangereux. Craindre le péril, la mort, la douleur, les maladies, la pauvreté, etc. Craindre le tonnerre. C'est un homme qui ne craint rien. Je crains qu'il ne vienne. Je crains qu'il ne vienne pas. Il est à craindre que cette entreprise n'échoue. Il craint d'être découvert. Il craint d'être importun. Je ne vous crains pas. Je ne crains pas ses menaces. C'est un homme craint de tous. Absolument, Je crains pour vous.

Fam., Ne craindre ni Dieu ni diable, se dit d'un Homme qu'aucune crainte n'arrête.

Je ne crains pas de le dire, de l'assurer, etc., Je n'hésite pas à le dire, à l'assurer, etc., parce que j'en ai la certitude.

Il se prend aussi pour Respecter, révérer. Craindre Dieu. C'est un homme craignant Dieu. Craindre son père, sa mère.

Il se dit également de Certaines choses par rapport a celles qui leur sont contraires, qui peuvent les endommager, les détruire. Ces arbres ne craignent pas le froid. Cette couleur craint le soleil. Ce vase de terre ne craint pas le feu.

craindre

Craindre, neut. penac. Metuere, Timere, Vereri, Est avoir peur, estre saisi de peur, Ainsi dit on, Il se craind du Roy, Metuit sibi a Rege, Liu. lib. 23.

Je crains d'asseurer cela, Pro certo ponere vereor, Liu. lib. 23.

Craindre aucunement, Subtimere, Subuereri.

Fort craindre, Afformidare, Extimescere, Pertimescere, Praeformidare, Reformidare.

Craindre devant le coup, Praeformidare.

Si fort craindre qu'on en ait l'esprit troublé, Pauere, Consternari.

Chose pour laquelle il n'y a que craindre, Res placida atque otiosa.

Craindre d'offenser, Vereri.

Craindre son honneur, Parcere pudori, B. ex Vlp.

Craindre de faire quelque chose, et en faire conscience, Habere religioni rem aliquam.

Il craint de le dire, Dubitat dicere.

Craindre toute la nuict, Noctem plenam timoribus habere.

Craindre aucun, et avoir reverence à luy, Reuereri.

Craindre quelque chose, Aliquid in metu ponere.

Je crain que mon frere ne soit ceans, Metuo frater ne intus sit.

Je crain que personne ne l'endure, Vereor vt non iam eum ferat quisquam.

Je crain que ce peut estre, Timeo quid sit, Hoc quid sit vereor.

Je crain que mal ne t'advienne, Timeo tibi, Metuo tibi.

Je crain que tu ne me faces mal, Timeo mihi abs te, Vereor nonnihil abs te.

Je crain fort que la Rep. n'ait aucun mal, ou je crain fort quant à la Rep. De Rep. valde timeo.

Je crain qu'il ne me die quelque mauvaise chose, Timeo miser quam hic mihi rem nuntiet.

Je crain ces hommes qu'ils ne me nuisent, Eos nunc homines metuo, mihi ne obsint.

Je crain que je ne puisse recevoir, Metuo vt possim recipere.

Je crain que tu ne me puisses porter et soustenir, Timeo vt sustineas.

Crains-tu que tu ne puisses, etc. Metuis ne, non quum velis, conuincas illum esse tuum?

Je crain qu'on ne le puisse appaiser, Vereor vt placari possit.

Il craignoit qu'il luy en mescheust, Eius rei religio tenuit senatum, B. ex Liuio.

¶ Il craint qu'on ne luy desrobbe son or, Formidat auro.

Vous craignez que je ne, etc. Veremini, ne, etc.

Il ne faut point que tu craignes que je te face rien, Nihil tibi periculi est a me, Nihil est quod metuas a me.

On craint plustost que, etc. Celerius subit animum timor ne, etc.

O que je crains, etc. Quam timeo quorsum euadas.

¶ Qui est à craindre et à redouter, Verendus, Pauendus, Metuendus, Timendus.

¶ Ne crain point, Ne metuas, Otiose hic consiste.

Je ne crain pas si, etc. Haud vereor, si, etc.

Ne craindre rien, In vtranque aurem dormire, In dextram aurem fiducia alterius dormire.

Qui ne craint point de trouver homme qui le surmonte d'esprit, Extra omnem ingenij aleam positus.

Qui ne craint rien, Fidus animus, Impauidus, Intrepidus.

Qui ne craint point le feu, Ferri ignisque contemptrix.

Qui craint Dieu, Homo Dei reuerens, B.

Qui ne craint point Dieu, Intactus religione animus.

Qui craint Dieu, et a peur de l'offenser, Religiosus.

Qui craignent les coups, Verentes plagarum.

Craignant, Metuens, Verens, Timens.

Craignant que Annibal ne luy fist quelque mal, Ab Annibale metuens.

craindre


CRAINDRE, v. a. [Krein-dre: 1re lon. 2e e muet.] je crains; nous craignons; je craignais; je craignis; j'ai craint; je craindrai, craindrais, crains; que je craigne, je craignisse; craignant. — 1°. Redouter, apréhender, avoir peur que quelque mal n'arrive; craindre le péril, la mort, le tonerre, l' enfer. Il ne craint rien. Cet homme est à craindre. Je le crains comme le feu, etc.
   Rem. I. L'Abé Girard compâre craindre avec apréhender, redouter, avoir peur. Il trouve que la diférence de ces termes, c'est qu'on craint par un mouvement d'aversion pour le mal, dans l'idée qu'il peut arriver; on apréhende, par un moûvement de desir pour le bien, dans l'idée qu'il peut manquer; on redoute par un sentiment d'estime pour l'adversaire, dans l'idée qu'il est supérieur; on a peur, par un foible d'esprit pour sa conservation, dans l' idée qu'il y a du danger. — Le défaut de courage fait craindre; l'incertitude du succès fait apréhender: la défiance des forces fait redouter; les peintûres de l'imagination font avoir peur. "Le comun des homes craint la mort au-dessus de tout. Plus on souhaite ardemment une chôse, plus on apréhende de ne la pas obtenir. Quelque mérite qu'un Auteur se flate d'avoir, il doit toujours redouter le jugement du Public. Les femmes ont peur de tout. Gir. Synon.
   II. Craindre, régit de et l'infinitif; et que avec le subjonctif; le 1er, quand le verbe régi se raporte au nominatif du verbe, (ou, autrement, au sujet de la phrâse); le 2d, quand il ne s'y raporte pas. "Craignons d'ofenser Dieu, et qu'il ne nous punisse. Avec le subjonctif, il faut toujours mettre la particule ne. P. Corneille la retranche....... Mais je crains qu'elle échape. Il faut dire, qu' elle n'échape. — Racine a usé de la même licence:
   Craignez-vous que mes yeux versent trop peu de larmes?
Au lieu de, ne versent, etc. — M. Moreau la retranche au 1er membre d'une phrâse, et la met au 2d, ce qui n' est pas fort conséquent. "Il craignoit qu'on désaprouvât à Rome tout ce qui s'étoit fait contre Arnoul; et que le jugement du St. Siège n'aliénât les Évêques, etc. Il falait dire, qu'on ne désaprouvât, etc.
   III. M. de Wailli remarque fort bien que, quand on ne souhaite pas la chôse exprimée par le verbe régi, on retranche pas: Je crains que sa maladie ne devienne mortelle; mais si l'on souhaite cette chôse exprimée par le verbe régi, on met, que ne pas: "Je crains que mon frère ne puisse pas arriver ce soir.
   IV. Quand la négative afecte craindre, on ne la met point devant le verbe qui est régi: Je ne crains pas qu'il ôse le faire. Racine fournit un bel exemple de l'un et de l'aûtre dans Andromaque. —
   Hélas! on ne craint point qu' il venge un jour son père:
   On craint qu'il n'essuyât les larmes de sa mère.
   * Malgré l'usage ancien et constant de retrancher la particule ne dans le sens négatif, quelques Auteurs, et des plus estimables même, l'emploient, aparemment par distraction. "Il n'est pas à craindre que son exemple ne devienne contagieux. Ann. Litt. Il faut dire, que son exemple devienne, etc.
   V. L'interrogation a le même éfet que la négative, pour faire retrancher la particule ne après craindre. Comme on dit, vous ne craignez pas qu'il vienne; on doit dire, craignez-vous qu'il vienne, et non pas, qu'il ne vienne. — Il faut remarquer encôre que, quelquefois, le sens n'est négatif qu'en aparence, et qu'il est réellement afirmatif. Alors il faut répéter ne après la conjonction que. Exemple: "Je le ferais, si je ne craignais que vous ne vous fâchiez. C'est comme si l'on disait, mais je crains que vous ne vous fâchiez. = Quelques-uns insèrent mal-à-propos cette particule ne devant l'infinitif. "Il craint de n'être grondé; dites: d'être grondé.
   VI. * Fénélon, outre qu'il retranche la négative dans le sens afirmatif, après craindre, substitue le futur conditionel à l'imparfait du subjonctif: "Nous avons craint que quelque étranger viendroit (ne vînt) faire la conquête de l'Isle de Crete. Télémaque. — Mde. Dacier met aussi mal-à-propos le futur à la place du présent du subjonctif. "Il est à craindre qu' on ne se souviendra plus (qu'on ne se souviène plus) de toutes les bonnes qualités de M. Perrault, et qu'on n' oubliera jamais (et qu'on n'oublie jamais) ce défaut d'esprit qui l'a poussé contre ces Héros de l'Antiquité, que tous les siècles ont admirés et consacrés.
   VII. Craindre régit quelquefois l'ablatif, (la prép. de) de la persone.
   Que craignez-vous enfin d'unPère qui vous aime?
       Créb.
"Nous avons beaucoup à craindre de notre propre coeur.
   VIII. Faire craindre, régit le datif. * M. Berault (Hist. de l'Égl.) met l'acusatif. Son humilité le fit craindre de s'exposer aux tourmens. C'est un faux régime. Il faut dire, lui fit craindre, comme on dit, lui fit espérer, lui fit croire, et non pas, le fit croire, le fit espérer. = Se faire craindre, régit l'ablatif (la prép. de.) * Fléchier lui done pour régime la prép. à (le datif.) "Une piété, qui n'étoit ni austère, ni relâchée, qui se faisoit honorer de tous, et ne se faisoit craindre à persone. Je crôis qu'il faut, de persone; comme on dit, se faire admirer, estimer, aimer de tout le monde, et non pas, à tout le monde.
   X. Être à craindre. "Je ne crains plus ni vents, ni mer, ni tempête; je ne crains que mes passions: l'amour est lui seul plus à craindre que tous les naufrages. Télém.À~ craindre, est là une espèce d'adjectif, et il a le sens de dangereux, redoutable: mais il ne se combine pas avec toute sorte de verbes; et l'on ne dirait point de quelqu'un, que sa méchanceté le rend à craindre, comme on dit qu'elle le rend redoutable. * Le Traducteur de l'Hist. d'Angl. de M. Hume, dit, en parlant des Anglais et de Calais, que c'était la seule place qui les rendît toujours à craindre. Cette Traduction, écrite plus élégamment que correctement, fourmille d'anglicismes, et d'expressions impropres et inusitées.
   2°. CRAINDRE, s'emploie neutralement. Il craint: pourquoi craignez-vous? Je crains pour vous: on l'a acoutumé à craindre: cela lui aprendra à craindre, etc.
   3°. CRAINDRE, ne signifie quelquefois que respecter, révérer.
   Je crains Dieu, cher Abner, et n' ai point d'autre crainte.       Rac.
C'est un homme craignant Dieu. Craindre son père, sa mère, etc.
   4°. Il se dit quelquefois dans le premier sens, non-seulement des animaux, mais des chôses inanimées: Ce chien craint les coups de bâton. Ces arbres craignent le froid. Un bon vaisseau ne craint que la terre et le feu.
   On dit proverbialement, d'un méchant homme, d' un homme déterminé, qu'il ne craint ni Dieu, ni diable.
   CRAINT, CRAINTE, participe. Vaugelas trouvait que le féminin était rude à prononcer. C'est la mer qu'il a crainte. Il ajoute, qu'il peut ocasioner quelquefois de l'équivoque, à cause du substantif crainte. Th. Corneille n'y trouvait ni rudesse, ni ocasion d'équivoque. L'Acad. se contentait de dire que ce féminin est peu d'usage; et c'est peut-être la raison qui le fait paraitre rude, quand on s'en sert. Dans la dern. édit. elle le met sans remarque, et sans citer d'exemples.

Synonymes et Contraires

craindre

verbe craindre
2.  Être intimidé par quelqu'un.
respecter -littéraire: révérer.
Traductions

craindre

fürchten, befürchten, sich ängsten, sich ängstigen, zagenfear, be afraid of, be afraidduchten, schromen, vrezen, bangzijnvoor, terugschrikkenvoor, bang zijn voor, terugschrikken voor, bang zijnדאג (פ'), התיירא (התפעל), חשש (פ'), ירא (פ'), פחד (פ'), חָשַׁשׁ, פָּחַד, יָרֵאtémervære bange, være bange for, frygtetimitemerpelätävera hræddur, vera hræddur viðtemere, aver timore, paventaretimerevære redd, være redd for, fryktebać siętemer, acanhar-se, recear, ter medo deбояться, побоятьсяvara rädd för, vara räddيَخافُbát seφοβάμαιbojati se恐れる두려워하다กลัวkorkmaksợ害怕 (kʀɛ̃dʀ)
verbe transitif
1. avoir peur craindre qqn Ne craignez rien. Je crains qu'il ne soit trop tard.
2. ne pas pouvoir supporter Cette plante craint le froid.

craindre

[kʀɛ̃dʀ] vt
(= avoir peur de) → to fear, to be afraid of
Tu n'as rien à craindre → You've got nothing to fear., You've got nothing to be afraid of.
craindre de faire → to be afraid of doing
craindre que → to be afraid (that)
Je crains qu'il vienne → I'm afraid he might come.
Je crains qu'il ne vienne → I'm afraid he might come.
(= être sensible à) [+ chaleur, froid] → to be easily damaged by