crier

(Mot repris de crions)

crier

v.i. [ lat. quiritare ]
1. Pousser un cri, des cris : Crier de douleur hurler appeler s'écrier, s'exclamer
2. Parler très haut et souvent avec colère : Il y a tellement de bruit ici qu'on est obligé de crier pour s'entendre brailler, s'égosiller vociférer se fâcher, protester
3. Produire un bruit aigre, strident : Faire crier la craie sur le tableau crisser, grincer
4. Produire une sensation désagréable à l'œil : Sa cravate rouge crie avec sa chemise orange jurer avec détonner
Crier au scandale, à la trahison,
les dénoncer vigoureusement.
v.t.
1. Dire d'une voix forte : Crier un ordre hurler ; chuchoter, murmurer
2. Manifester énergiquement une opinion, un sentiment : Les journalistes crient leur indignation taire
Crier famine, crier misère,
se plaindre de la faim, de la pauvreté.
Crier vengeance,
demander réparation d'une mauvaise action ou d'une cruauté que l'on a subie.
v.t. ind. (après, contre)
Réprimander vivement et d'une voix forte : Il ne cesse de crier contre ses enfants.

crier


Participe passé: crié
Gérondif: criant

Indicatif présent
je crie
tu cries
il/elle crie
nous crions
vous criez
ils/elles crient
Passé simple
je criai
tu crias
il/elle cria
nous criâmes
vous criâtes
ils/elles crièrent
Imparfait
je criais
tu criais
il/elle criait
nous criions
vous criiez
ils/elles criaient
Futur
je crierai
tu crieras
il/elle criera
nous crierons
vous crierez
ils/elles crieront
Conditionnel présent
je crierais
tu crierais
il/elle crierait
nous crierions
vous crieriez
ils/elles crieraient
Subjonctif imparfait
je criasse
tu criasses
il/elle criât
nous criassions
vous criassiez
ils/elles criassent
Subjonctif présent
je crie
tu cries
il/elle crie
nous criions
vous criiez
ils/elles crient
Impératif
crie (tu)
crions (nous)
criez (vous)
Plus-que-parfait
j'avais crié
tu avais crié
il/elle avait crié
nous avions crié
vous aviez crié
ils/elles avaient crié
Futur antérieur
j'aurai crié
tu auras crié
il/elle aura crié
nous aurons crié
vous aurez crié
ils/elles auront crié
Passé composé
j'ai crié
tu as crié
il/elle a crié
nous avons crié
vous avez crié
ils/elles ont crié
Conditionnel passé
j'aurais crié
tu aurais crié
il/elle aurait crié
nous aurions crié
vous auriez crié
ils/elles auraient crié
Passé antérieur
j'eus crié
tu eus crié
il/elle eut crié
nous eûmes crié
vous eûtes crié
ils/elles eurent crié
Subjonctif passé
j'aie crié
tu aies crié
il/elle ait crié
nous ayons crié
vous ayez crié
ils/elles aient crié
Subjonctif plus-que-parfait
j'eusse crié
tu eusses crié
il/elle eût crié
nous eussions crié
vous eussiez crié
ils/elles eussent crié

CRIER

(kri é) , je criais, nous criions, vous criiez ; que je crie, que nous criions, que vous criiez ; je crierai ; je crierais ; on écrit aussi quelquefois crîrai, crîrais v. n.
Faire un ou plusieurs cris. Écoutez, l'enfant crie. Le chien battu criait. Les canards s'ébattent dans cette mare et crient.
La mort a des rigueurs à nulle autre pareilles ; On a beau la prier ; La cruelle qu'elle est se bouche les oreilles Et nous laisse crier [MALH., VI, 18]
S'il savait son affaire, Il crierait comme moi [LA FONT., Fabl. VIII, 12]
Dans les rues les petits enfants crient sur lui [SÉV., 145]
Aussitôt on accourt ; tout le peuple empressé Crie, pousse, se bat pour être bien placé [FÉN., XXI, 305]
D'autres veulent crier, et leurs voix défaillantes Expirent de frayeur sur leurs lèvres béantes [DELILLE, Énéide, VI]
Fig. Plumer ou tuer la poule sans la faire crier, exiger sans bruit et sans éclat des choses qui ne sont pas dues, rapiner tacitement. Familièrement. Il crie comme si on l'écorchait, ou comme un aveugle qui a perdu son bâton, il pousse de grands cris. Crier comme un perdu, comme un fou, comme un enragé, comme un beau diable, expressions familières qui signifient crier très fort. Crier à pleine tête, à tue-tête, du haut de sa tête, crier de toute sa force. Terme de chasse. Quand les chiens chassent, on ne dit pas les chiens aboient, mais les chiens crient.
Parler fort haut ou trop haut. Il est tellement sourd qu'il faut crier pour se faire entendre. Il ne saurait discuter sans crier. Cette femme-là ne chante pas, elle crie. Discuter avec aigreur. C'était à qui crierait le plus haut, le plus fort.
Dire en criant.
Se tournant de leur côté il leur cria : Ils ont vécu [VERTOT, Révol. rom. liv. XII, p. 211]
Elle crie au second qu'il secoure son frère [CORN., Hor.IV,2]
Et je pense avoir même entendu quelque voix Nous crier qu'on apprît à dédaigner les rois [ID., Suréna, V, 5]
Fig.
On rapporte qu'il [Alexandre blessé] dit : Tous jurent que je suis fils de Jupiter ; mais ma blessure me crie et me fait sentir que je suis homme [ROLLIN, Hist. anc. Œuvres, t. VI, p. 491]
Avertir avec instance. Il y a longtemps que je lui crie d'être sage, de prendre garde à lui.
Et que sert à Cotin la raison qui lui crie : N'écris plus, guéris-toi d'une vaine manie ? [BOILEAU, Sat. VIII]
Prononcer un ou plusieurs mots en criant.
Les sœurs crient miracle, et chacune ravie Conçoit pour son vieux père une pareille envie [CORN., Médée, I, 1]
J'entends crier au voleur, au feu [SÉV., 20]
M. de Cambrai et ses amis crient ici victoire [BOSSUET, Lett. quiét. 176]
Rendons grâce à lui seul [Dieu] du rayon qui nous luit, Sans nous enfler d'orgueil et sans crier ténèbres Aux enfants de la nuit [LAMART., Harm. I, 6]
Crier famine, crier misère, se plaindre hautement de la gêne où l'on se trouve.
Elle alla crier famine Chez la fourmi sa voisine [LA FONT., Fabl. I, 1]
Nous avons eu beau crier misère [SÉV., 288]
Crier famine sur un tas de blé, se plaindre de manquer des choses dont on est amplement pourvu. Crier vengeance, faire appel à la vengeance.
Il leur criait vengeance et changeait de pensée [VOLT., Orphel. V, 1]
En parlant des choses.
Son sang criera vengeance et je ne l'orrai pas ! [CORN., Cid, III, 3]
Voilà qui crie vengeance au ciel [MOL., l'Av. I, 5]
Anciennement. Crier haro (voy. HARO), arrêter un homme pour le conduire sur-le-champ devant le juge.
À ces mots on cria haro sur le baudet [LA FONT., Fabl. VII, 1]
Fig. Crier haro sur quelqu'un, appeler sur lui la haine, la colère des autres.
Intercéder.
Tous les trésors du ciel vont se répandre sur la terre ; la voix du sang de Jésus-Christ crie pour vous [MASS., Car. Motif de conv.]
Faire appel aux sentiments.
Le sang de nos rois crie et n'est point écouté [RAC., Athal. I, 1]
Que je découvre ce corps pâle et sanglant auprès duquel fume encore la foudre qui l'a frappé ; que je fasse crier son sang comme celui d'Abel, et que j'expose à vos yeux les tristes images de la religion et de la patrie éplorée [FLÉCH., Turenne.]
Être criant.
Malgré les cris de cette noblesse, malgré l'abus qui criait de lui-même [MONTESQ., Esp. XXVIII, 18]
Je ne vous ferai sur cela aucun commentaire, la chose crie ; vous en serez révolté [P. L. COUR., I, 109]
Répéter de tous côtés.
On criait de tous côtés que la république était rétablie [VERTOT, Révol. rom. liv. XIV, p. 316]
Réprimander d'une manière aigre et bruyante. Il ne fait que crier. Elle a bien crié après lui.
Faire entendre hautement le blâme, la plainte. Tout le monde crie de cela, crie contre ce ministre.
Mais entendez crier Rome à votre côté [CORN., Cinna, III, 2]
Ô temps ! ô mœurs ! j'ai beau crier ; Tout le monde se fait payer [LA FONT., Fabl. XII, 6]
Hélas ! j'ai beau crier et me rendre incommode, L'ingratitude et les abus N'en seront pas moins à la mode [ID., ib. XII, 16]
Je vous crois ; mais pourtant on crie, on vous menace [BOILEAU, Sat. IX]
De zélés indiscrets qui crieront en public contre eux, qui les accableront d'injures [MOL., D. Juan, V, 2]
Qui criaient après les vices de leur siècle [ID., Préf. de Tart.]
Il voulut les faire crier contre l'injustice du ciel [HAMILT., Gramm. 10]
D'où vient que Tertullien crie si souvent contre les philosophes et les nomme tantôt les patriarches des hérétiques, tantôt les cuisiniers de toutes les hérésies ? [PELLISS., Mém. pour les gens de lettres, p. 84]
Ceux qui criaient contre les abus [BOSSUET, Var. VI]
Il est le premier à crier contre les dépenses excessives [FÉN., Tél. XII]
Cet impôt fait beaucoup crier le peuple en France [J. J. ROUSS., Pol. 11]
La nation française qui crie si aisément et qui plus aisément encore se lasse de crier [D'ALEMB., Destruct. les jés. Œuvres, t. V, p. 71, dans POUGENS.]
Crier vers Dieu, élever la voix vers Dieu, l'implorer.
À qui crierai-je, Seigneur, si ce n'est à vous ? [PASC., Prière.]
Grand Dieu, vous refuserez-vous à la brebis qui revient ? Le sang de l'agneau qui crie vers vous et qui coule sur l'autel, ne se fera-t-il pas entendre ? [MASS., Or. fun. Conti.]
Dans le même sens, crier à quelqu'un.
Et ce peuple, en tout temps chargé de vos bienfaits, Crie encore à son père et demande la paix [VOLT., Fanat. I, 1]
10° Crier à, crier contre. Crier à l'injustice, à l'oppression.
S'il défend avec courage la souveraine puissance dont il est revêtu, on crie au tyran [VERTOT, Révol. rom. liv. III, p. 252]
Sans s'exposer à nous faire crier au blasphème [J. J. ROUSS., Ém. IV]
Jusqu'à ce qu'on en ait la preuve, ses confrères de l'Académie et du clergé ne sont-ils pas en droit de crier au mensonge ? [D'ALEMB., Apolog. de Clermont Tonn.]
Les bigots, par rancune, Au sorcier criaient tous [BÉRANG., Ménétr. de Meudon.]
Appeler à.
Mon amour et ma haine et la cause commune Crieront à la vengeance.... [CORN., Attila, II, 6]
Le clergé d'un côté, les pasteurs de l'autre criaient à la religion [VOLT., Mœurs, 171]
Se récrier à cause de quelque chose.
La santé dans ces murs tout d'un coup répandue Fait crier au miracle [CORN., Œdipe, V, 11]
Vous allez, monsieur, peut-être crier au paradoxe [DIDER., Lett. s. les sourds.]
11° Proférer un cri de ralliement, une acclamation.
Les Français criaient autrefois Montjoie ! On cria vivat ! Du haut de nos remparts j'ai vu descendre en larmes Le peuple qui courait et qui criait aux armes [RAC., Théb. V, 2]
12° Produire un bruit strident. Cette porte crie.
L'essieu crie et se rompt ; l'intrépide Hippolyte Voit voler en éclats son char tout fracassé [RAC., Phèd. V, 6]
C'est le vent, me dites-vous, Qui fait crier la serrure [BÉRANG., Mère av.]
Ses boyaux lui crient, se dit du bruit que font les entrailles.
13° Publier à cri, annoncer au nom de l'autorité. On a crié à son de trompe que chacun balayât le devant de sa porte. Impersonnellement et au passif. Il fut crié de par le maire que....
14° V. a. Crier les hauts cris, jeter de grands cris.
Je le trouvai criant les hauts cris [SÉV., 32]
Mme de Brissac de crier les hauts cris [SÉV., 117]
Crier un air, le chanter d'une manière criarde. Prononcer en criant. Debout sur le rivage, il lui cria ses adieux. Demander en criant.
Et ne point écouter le sang de mes parents Qui ne crie en mon cœur que la mort des tyrans [CORN., Héracl. III, 2]
15° Dire une chose hautement, proclamer. Il ira crier cela partout.
Qu'est-ce donc que nous crie cette avidité et cette impuissance ? [PASC., dans COUSIN]
16° Crier un objet perdu, annoncer qu'un objet a été perdu, afin qu'il soit rapporté. Crier une marchandise, annoncer le prix auquel elle se vend. On a crié du vin à quinze sous Crier des meubles, les mettre à l'enchère. Crier des pommes, de la salade, les vendre dans les rues en les annonçant par le cri Crier un bulletin, une ordonnance, la vendre dans les rues, en l'annonçant par un cri.
Je me contentais d'entendre ici, toutes les semaines, crier votre nom et vos victoires et de pouvoir apprendre de vos nouvelles en les achetant [VOIT., Lett. 82]
Autrefois, crier à son de trompe, crier à ban, crier à trois briefs jours, citer un criminel à comparaître dans un temps donné. Il fut crié à son de trompe.
17° Crier quelqu'un, le gronder.
Tu ne me diras plus, toi qui toujours me cries, Que je gâte, en brouillon, toutes tes fourberies [MOL., l'Étour. II, 14]
Pourquoi me criez-vous ? [ID., Éc. des f. V, 4]
Cette locution a vieilli ; mais elle reste en usage dans plusieurs provinces, particulièrement en Normandie.
18° Se crier, v. réfl. Être crié. Les marchandises qui se crient sur la voie publique.

PROVERBES

  • On a tant crié Noël qu'à la fin il est venu, se dit d'une chose très désirée et qui s'accomplit à la fin.
  • Il est comme les anguilles de Melun, il crie avant qu'on l'écorche, il se plaint d'avance par peur et sans cause (voy. ANGUILLE).

HISTORIQUE

  • XIe s.
    Cel nen i a qui ne crie : Marsile ! [, Ch. de Rol. CXXIV]
    Adoubez vous, si criez vostre enseigne [, ib. CXXXIII]
    Li chrestien te reclaiment et crient [, ib. CCXCIII]
  • XIIe s.
    Plorent et crient chascuns de ses casez [vassaux] [, Ronc. p. 18]
    Au roi de gloire merci [il] prist à crier [, ib. p. 109]
    Baligans crie trois mos à un tenant [d'une seule teneur] [, ib. p. 136]
    Devant lui vient, si lui crie à haut cri [, ib. p. 142]
    En sa grant ost [il] fait banir et crier [, ib. p. 177]
    Et quant je plus merci vous doi crier, Lors vous truis je [je vous trouve] cruel si durement [, Couci, X]
    Diex ! quant crieront outrée, Sire, aidez à pelerin, Pour qui [je] sui espouvantée ; Car feion sont Sarazin [, Dame de faiel, dans Couci]
    Empris [j'] ai greignor folie Que li faus enfes [enfant] qui crie Pour la bele estoile avoir [, ib. III]
    Merci [je] lui cri, qu'onc [je] ne fis vilenie ; Car vilain fait bone amour desevrer [séparer] [, ib. XXII]
    Quant vit que il n'aura l'amur al rei Henri, Az piez lui est chaü [tombé] ; si li cria merci [, Th. le mart. 33]
    Quant fui fait arcevesque e Deus m'i aleva, Tu diz que li regnez encontre ço cria, Et la mere le rei le desamonesta [, ib. 88]
  • XIIIe s.
    Leur cries merci que il aient de toi pitié et de ton pere [VILLEH., XLII]
    Li bien d'amours si doivent estre emblé, Que nus [nul] ne sache ; et quant il sont crié [devenus publics], Dame enquert [encourt] blasme, et joie en amenrie [diminue], Et sius amis i pert sa seignourie [, Anc. poésies fr. Vatican, dans LACURNE]
    Lors crierez haro, qu'ele vous veut meurdrir [, Berte, XII]
    Quant il venoit en sa meson [de la dame], Li sejors n'i ert pas criez ; Mais si comme il estoit montez, Aloit coiement à s'amie [, Lai du conseil]
    Cil qui crient par la vile la cote et la chape ont achaté le mestier de freperie en la maniere desus devisée [, Liv. des mét 200]
    Li rois a fait son ban crier, Par tot plevir et afier, Que qui porra Renart tenir.... [, Ren. 11959]
    Nos avons plusors fois commandé en assises, que cascuns ait pooir de penre toz tex qui s'enfuient, sor qui on crie hareu ! tant qu'on sace por quoi li hareus fu criés [BEAUMANOIR, LII, 16]
    Le legat me crut et fist crier les trois processions en l'ost par trois samedis [JOINV., 218]
    Pluseurs des marcheans de Babiloinne [le Caire] crioient après le soudanc, que il leur feist droit du conte Gautier [ID., 271]
    Le sire du Chastel estoit criez [accusé par le cri public] de desrober les pelerins et les marchans [ID., 210]
    Conscience ne lesse cuer pecheour durer ; Ja pechié si très pou n'i venra pasturer, Qu'elle ne crie hareu sanz soi asseürer [J. DE MEUNG, Test. 1567]
  • XIVe s.
    Atant se partit le parlement ; et ung autre fut crié à Compiengne ou mois de septembre [, Chron. de St-Denis, t. I, f° 165, dans LACURNE]
  • XVe s.
    Pour estre à Condé sur Escaut, à un tournoi qui là estoit crié [FROISS., I, I, 27]
    Et avoit fait crier [Mgr de Charolois] que chascun portast crochetz pour attacher ses chevaulx [COMM., I, 6]
    Supplyerent au roy qu'elle ne fust point encores cryée [la trêve] [ID., IV, 11]
  • XVIe s.
    Les paroles mesmes crient qu'on leur fait violence, en sorte qu'il n'est ja mestier de refuter cette belle subtilité [CALV., 43]
    Le sang d'Abel crioit à Dieu... L'effusion du sang crie vengeance [ID., 60]
    Elle commença à crier au larron, tant que sa teste le pou voit porter [MARG., Nouv. LVIII]
    Ce n'a pas esté vous qui m'avez decelé, mais celui qui a la voix plus criante que le chien, et le cœur plusingrat que nulle beste [MARG., Nouv. LXX.]
    La reserve de ce peu de solde ne suffiroit pas pour faire seulement un jour bonne chere et crier ripaille [LANOUE, 279]
    C'estoit pour contenter les estrangers, qui crioient incessamment à l'argent [ID., 678]
    Romulus vouloit retourner au combat, criant tant qu'il pouvoit à ses gens, qu'ilz monstrassent visage à l'ennemi ; mais ilz ne laissoient point pour son hault crier, de fouir tousjours aval de roupte [AMYOT, Rom. 28]
    Le roy de Perse avoit fait crier à son de trompe qu'il donneroit deux cents talents à celuy qui le luy ameneroit [ID., Thém. 48]
    L'un de ses tuteurs fut d'advis de le faire crier par la ville [ID., Alc. 5]
    Si lancea son cheval droit à luy, en luy criant un cri de desfiance [ID., Marcel. 8]
    Crier à pleine teste [ID., Nicias, 14]
    Crier aux voleurs [D'AUB., Faen. II, 14]
    La terre trembla à St-Maixent en 1512 tellement que les soleaux et autres bois des maisons crioient en leurs mortaises, Not. du roman d'Alexandre en prose [, Ms. de St-Germain, dans LACURNE]
    Crier le loup plus grand qu'il n'est [COTGRAVE, ]
    Tandis que le chien crie, le loup s'enfuit [ID., ib.]

ÉTYMOLOGIE

  • Berry, querier ; provenç. et anc. espagn. cridar ; espagn. mod. et portug. gritar ; ital. gridare ; angl. to cry. On a indiqué l'allemand kryten, crier ; goth. grêtan, pleurer (sens que to cry a en anglais) ; et le celtique : cornw. ys-gre, du simple cre, cri. Mais Diez le rattache à l'ancienne étymologie latine quiritare ( le 1er i étant un i bref ; le 2nd un i long), appeler les quirites, les citoyens à son secours ; l'i bref a facilement disparu, comme dans St Cricq de Quiricus, dans triacle de theriaca ; il est resté kritare, qui a donné sans peine crier, cridar, gritare. Les formes parallèles dans les autres langues empêchent de rapporter cri ou crier à une onomatopée.

crier

CRIER. v. intr. Jeter un ou plusieurs cris. Ne faites pas crier cet enfant. Laissez-le crier. Il crie de toute sa force. Un chien qui crie parce qu'on le bat. On entendait crier les hiboux.

Fam., Crier comme un perdu, comme un fou, comme un enragé, comme un beau diable ; crier à pleine tête, à tue-tête, Jeter de grands cris, crier de toute sa force. On dit dans le même sens Il crie comme si on l'écorchait ; et Crier comme un aveugle qui a perdu son bâton.

Fig. et fam., Plumer la poule sans la faire crier, Faire des exactions si adroitement qu'il n'y ait point de plaintes.

Prov. et fig., Il ressemble aux anguilles de Melun, il crie avant qu'on l'écorche. Voyez ANGUILLE.

Il signifie encore Élever très haut la voix dans la conversation, dans une discussion, dans un blâme, dans une gronderie, etc. Il est tellement sourd qu'il faut crier pour se faire entendre de lui. Il crie comme un sourd. Il ne saurait discuter sans crier. Les prédicateurs crient contre le vice. C'est à qui criera le plus fort.

Fig., Crier au Seigneur, Crier vers Dieu, Faire appel à Dieu, l'implorer.

Fig., Crier à l'injustice, à l'oppression, Se plaindre hautement d'une injustice, d'un acte d'oppression, etc. On dit aussi Crier au scandale, à l'exagération. Accuser hautement quelqu'un de scandale, d'exagération, etc.

Il se dit quelquefois par dénigrement d'une Personne qui force trop sa voix en chantant. Cette femme ne chante pas, elle crie.

Il signifie, par analogie, Produire un bruit aigre, en se frottant rudement contre d'autres ou en se cassant, en parlant des Choses. Cette porte crie. L'essieu de cette charrette crie. Les roues crient. On dit plus souvent GRINCER.

Il s'emploie aussi transitivement et signifie Prononcer, à propos d'une personne ou d'une chose, un ou plusieurs mots d'un ton de voix très élevé avec le même effort que si l'on poussait un cri. J'ai beau lui crier de se détourner, il ne m'entend pas. Crier aux armes. Crier à l'aide, au secours, à la garde. Crier au meurtre, au voleur, au feu. Crier gare. Crier miséricorde. Crier merci. On criait par toutes les rues : " Vive le Roi! "

Il signifie en outre Proclamer, annoncer une chose au nom de l'autorité. On a crié à son de trompe que chacun eût à rendre ses armes.

Faire crier un objet perdu, Faire publier qu'on a perdu un objet, afin que la personne qui l'aurait trouvé sache à qui il appartient.

Crier des meubles, etc., Les mettre à l'enchère, inviter à les enchérir.

Il se dit aussi de Ceux qui courent habituellement les rues pour vendre ou acheter certaines choses. Crier de vieux chapeaux, de vieux habits. On dit aussi Crier un journal.

Il signifie aussi figurément Dire une chose hautement ou la Répéter avec importunité. Il ira crier cela partout. Il ne cesse de crier que tout est perdu. Il crie aux oreilles de tout le monde qu'on lui a fait une injustice. Ils m'ont trompé, je le crierai sur les toits.

Il signifie encore Avertir souvent quelqu'un d'une chose, la lui conseiller fortement. Il y a longtemps que je lui crie d'être sage, de prendre garde à lui. La conscience, une voix intérieure nous crie qu'une telle action ne saurait être juste.

Fig. et fam., Crier famine, Se plaindre hautement de la disette où l'on se trouve ou que l'on craint. On dit de même Crier misère. Il est toujours à crier misère.

Fig. et fam., Crier famine sur un tas de blé, Se plaindre comme si l'on manquait de tout, quoiqu'on soit dans l'abondance.

Fig., Crier vengeance, se dit à propos de Choses qui excitent à se venger ou dont on doit tirer vengeance. Cette injustice crie vengeance. Le sang du juste crie vengeance, ou simplement crie.

crier

Crier, actiu. acut. C'est eslever et poulser sa voix, Clamorem edere. Cic. 2. de diuin. In editum vocem mittere. Comme, Il crie de force du mal, Prae dolore clamat, Vocem querulam attollit. Crier aussi est publier et faire sçavoir le commandement et ordonnance du Prince, ou du magistrat, Edicere. Suivant ce on dit, On a crié que chacun s'armast Edictum fuit, vt quisque arma prehendat. Et cela se dit ainsi, parce que telles publications se font non seulement à son de trompettes et clairons, ains aussi à haute voix. De ce sont appelez les Crieurs de Paris, ceux qui font à sçavoir à haute voix le convoy d'un trespassé. Ainsi dit on Le ban et arrieban a esté crié, Nobilium conuentus fuit edictus. Liu. lib. 23. voyez Ban. L'Italien dit, Gridare. Mais il le prend aussi pour debatre, Contendere verbis elatis, altercari. Et l'Espagnol, Gritar, Les trois viennent du Latin, Quiritare, Qui signifie, comme Varro dit, appeler à haute voix l'aide, secours, et support des Quirites, c'est à dire des Romains, comme en Normandie, clamer, harol, Quiritum fidem implorare. D'où est procedé, comme dit Nonius Marcellus, que Quiritare, a esté usupé pour Clamare tractum ab iis qui Quirites inuocant. Ce qui est nostre crier, l'Espagnol et l'Italien ne font que syncoper ledit mot Latin usans de la consonante moyenne, loco tenuis. Tout ainsi que le Languedoc, qui dit, Grida, ac. Et pour estre le mot François plus esloigné dudit Latin Quiritare, Qui l'extrairoit du verbe Grec, kridzo, Qui signifie aussi crier, il ne seroit despourveu de raison. Car ni de kradzô, ni de kraugadzô ou de kraugê, dont est tiré ce verbe Rauge, usité en aucunes contrées de ce Royaume, Il n'y a propos aucun, et moins de ce verbe kara acut. Hebrieu, quoy que lesdits Grecs signifient crier et cri, Et cestuy appeler.

Crier ensemblément, Conclamare.

Souvent crier, ou dire, Clamitare.

Crier devant tous tant qu'on peut, Proclamare.

Crier à haute voix, Clamorem efferre, vel tollere, Proclamare, Vociferari.

Je crieray tant que je pourray, Quantum potero voce contendam.

Crier à aucun et le requerir à son secours, Quiritare et Quiritari.

Crier contre aucun, Aliquem inclamare, Occlamitare.

Crier à l'encontre, et ne vouloir consentir, Reclamare.

Crier apres aucun, Aliquem clamore pascere.

Crier au meurtre et à l'aide, Quiritare, vel Quiritari. B.

Crier apres aucun, et le menacer, Clamore ac minis aliquem insequi.

Crier quelque chose aux oreilles d'aucun, Personare aures alicuius voce aliqua.

A qui criera le plus fort, Certatim alter alteri obstrepunt.

Action où on crie bien haut, Clamosa actio.

Quand tout le monde crie à larme, Conclamare ad arma.

Qui ne fait que crier, Clamosus.

Crier largesse, Largiter inclamare. B.

Crier harol, Rollonem inclamare. B. voyez Clameur de Harò, Quiritare, Comme si vous disiez, Rollitare, ou Rollare, à l'imitation du Latin. Quiritare, voyez Crier.

Crier le Roy boit, Vitulari, id est voce laetari. B.

Se tuer de force de crier, Rumpere ramices.

Crier justice, ou à grande instance demander justice de quelque tort fait, Leges implorare, Curiae fidem, iustitiae nomen identidem ciere. B.

Crier et soubhaster, Crier et publier par attaches selon les uz et coustumes des lieux, Actionem pronuntiare, Proscribere moribus et peruulgare. B.

Crier par quatre quatorzaines, Actiones promulgare in quaternum nundinum, Trinundino quaterno indicere. B.

Crier par vertu de privilege aux bourgeois, Priuilegio municipali inclamare, et proscribere. B.

Adjourner un proprietaire pour venir interposer le decret de son heritage crié, Auctionis diem denuntiare ei cuia res est. B.

Il est ordonné que les heritages criez seront vendus et adjugez au plus offrant et dernier encherisseur, Auctio in iudicio constituta. B.

Crier haut à l'encontre d'aucun, ou s'exciter à plaider en causes faintes à plaisir, Declamare.

Crier et claqueter, Crepare.

Crier comme un huis duquel les gonds sont enroüillez, Concrepare.

Faire crier à son de trompe que, etc. Pronuntiare.

Crier ban et arriere-ban, Euocare ad arma.

Crier qu'on face feste, Ferias indicere.

Qui presche et crie par tout les loüanges d'autruy, Praedicator alienae laudis.

crier

Crier, Crieur, Criée, etc. voyez Cri.

crier


CRIER, v. n. [Krié: l'i est bref devant la syll. masc.; il est long devant l'e muet. Il crie, ils crient. Au futur et au conditionel, il criera, il crierait, l'e est tellement muet, que le mot n'est que de deux syllabes: on suprime même cet e muet en vers.
   Mon amour et ma haine, et la cause commune,
   Crîront à la vengeance.       Corn.]
CRIER, est, 1°. Jeter un ou plusieurs cris. "Cet enfant crie sans cesse. — Laissez-le crier. Il crie de toute sa force. — Crier comme un perdu, comme un fou, ou un enragé. Crier à pleine tête, à tûe tête, comme un aveugle qui a perdu son bâton. Crier les hauts cris. Voy. CRI, Rem. n°. 2°. "Il crie comme si on l'écorchait. Toutes ces expressions sont du style familier.
   On dit proverbialement, plumer la poule sans la faire crier; exiger des chôses qui ne sont pas duês, faire des concussions, mais sans bruit et sans éclat.
   2°. Il se dit figurément, d'une chôse dûre, qui se frotant rudement contre d'aûtres, rend un son aigre. Cette porte crie, les roûes crient. "L'essieu crie et se rompt. Rac. = 3°. Prononcer quelques paroles d'un ton élevé. "Il ne peut disputer sans crier: c'est à qui criera le plus haut. — Crier à l'aide, au secours, au meurtre, au voleur, etc. Crier miséricorde, crier merci, etc. = 3°. Se plaindre haûtement et avec aigreur. En ce sens il régit la prép. contre, de la persone et de la chôse: "Pourquoi crie-t-il sans cesse contre moi? Les Prédicateurs ne cessent de crier contre le vice. * Bossuet lui fait régir la prép. de: "On cria de cette sacrilège déprédation des biens consacrés à Dieu. — On cria contre, est plus usité aujourd'hui. — On dit, en ce sens, crier vengeance contre, etc. = 4°. Proclamer par autorité de Justice, crier à son de trompe, de par le Roi, etc., ou simplement, proclamer en public: Cirer du vin à six sous; crier un enfant, une montre, un sac de papiers, qui sont perdus. = 5°. Crier sur, ou après quelqu'un. Le 1er se dit des persones, et se dit au propre; le 2d se dit des persones et des chôses, et signifie apeler, se plaindre, desirer. "Tout est à l'armée: quand on voit un homme avec une épée dans les rûes, les petits enfans crient sur lui. Sév. "Vous ne m'avez pas entendu; depuis un quart-d'heûre je cours, et je crie après vous. "Des créanciers qui crient après moi, depuis si long-temps. Mde de... "Le temps passe vîte, vous criez après lui. Sév.

Synonymes et Contraires

crier

verbe intransitif crier
1.  Pousser un cri.
hurler -littéraire: mugir, rugir.
3.  Produire un son aigre.

crier

verbe transitif crier
Traductions

crier

(kʀije)
verbe transitif
dire qqch en parlant fort crier des ordres à qqn crier au secours

crier

schreien, blöken, brüllen, gackern, iahen, quaken, wiehern, nörgeln, rufen, weinen, kreischenshout, scream, cry, cry out, holler, peep, bellow, bleat, bray, call, call out, growl, moo, neigh, roar, squeal, vociferate, whinny, yell, shriekschreeuwen, roepen, gieren, joelen, bij opbod verkopen, huilen, knarsen, kraaien, luidkeels protesteren (tegen), omroepen, piepen, roepen (om), rondvertellen, schelden (tegen), uitventen, vloeken [kleuren], gillen, balken, blaten, brullen, grommen, hinniken, loeienגעה (פ'), הזדעק (התפעל), הרים את קולו, זעק (פ'), נשא קולו, צווח (פ'), צעק (פ'), צרח (פ'), שאג (פ'), הִזְדַּעֵק, זָעַק, צָרַח, צָוַח, צָעַקskreeubramar, cridarskrige, hvine, råbebleki, kriigritar, balar, ladrar, rebuznar, chillarhuutaa, ammua, kirkaistabőkbentak, berteriak, membentakgridare, strillare, baccagliare, garrire, stridere, vociareboareskrike, hyle, ropegritar, balar, berrar, bradar, bramir, grunhir, mugir, ornear, uivarблеять, кричать, пронзительно кричатьböla, bräka, hojta, råma, skråla, skria, skrika, yla, gallskrika, ropabağırmak, feryat etmekτσιρίζω, σκούζω, φωνάζωيَصْرُخُ, يَصِيحkřičet, vřískatvikati, vrištati叫ぶ, 金切り声を出す비명을 지르다, 소리치다krzyknąć, wrzasnąćตะโกน, หวีดร้องhét, thét喊叫, 尖声叫喊
verbe intransitif
faire un son très fort avec sa voix crier de joie Ne crie pas, je t'entends.

crier

[kʀije]
vi
(pour appeler) → to shout, to cry
crier au secours → to shout for help
(de peur, de douleur) → to scream
crier de douleur → to scream with pain
(fig) (= grincer) → to squeal, to screech
vt [+ ordre, injure] → to shout
sans crier gare → without warning
crier grâce → to cry for mercy
crieur de journaux [kʀijœʀ, øz] nm/fnewspaper seller