cru, crue


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CRU, CRUE2

(kru, krue) adj.
Qui n'est point cuit. De la viande crue. Des fruits crus.
Préparer les viandes qu'auparavant ils dévoraient crues [J. J. ROUSS., Inég. 2e part.]
Fig.
La sagesse toute sèche et toute crue fait mal au cœur [BALZ., liv. VI, lett. 5]
Ils n'en suivaient pas la doctrine toute crue [BOSSUET, Var. X]
Qui est d'une digestion difficile. Le concombre est très cru.
De l'eau crue, eau chargée de sels et qui ne peut dissoudre le savon ni cuire les légumes.
L'eau que je buvois était un peu crue et difficile à passer, comme sont la plupart des eaux des montagnes [J. J. ROUSS., Conf. VI]
Qui n'a pas encore subi de préparation. Cuir cru. Soie crue. Métaux crus, ceux qui sont tels qu'ils sortent de la mine. Chanvre cru, chanvre qui n'a pas été trempé dans l'eau.
Qui n'a pas encore subi une élaboration suffisante.
Ces semences, tant qu'elles sont vertes et crues, demeurent attachées à l'arbre pour prendre leur maturité [BOSSUET, Conn. V, 2]
Terme de médecine. Humeurs crues, matières crues, celles qui n'ont pas reçu le degré de coction nécessaire.
Qui est à l'état de simple ébauche, en parlant des choses de l'esprit. Ce n'est encore là que sa pensée toute crue.
Ronsard avait forcé notre langue par des inversions trop hardies et obscures ; c'était un langage cru et informe [FÉN., t. XXI, p. 191]
Terme de peinture. Un ton cru, ton qui ne se fond pas avec les autres. Couleur crue, couleur trop tranchante.
Ce ne sont point les feuilles d'un vert cru qui font les admirables paysages [CHATEAUB., Itin. 111]
Lumière, ombre crue, se dit quand les grands clairs ne sont pas séparés des grands bruns par des gradations de nuances.
Choquant, dur, en parlant des expressions, du langage. Cela est bien cru.
Je te vois accablé d'un chagrin si profond, Que j'excuse aisément ta réponse un peu crue [CORN., la Veuve, III, 3]
À cru, d'une façon crue.
Elle veut qu'en détours la chose s'enveloppe, Et ce mot dit à cru lui cause une syncope [REGNARD, le Joueur, II, 4]
Peu décent, trop libre. Ils ont tenu devant elle des discours un peu trop crus.
À cru, loc. adv. Sur la peau nue.
Bottés à cru les gros milours [milords], Armés d'épieux, en habits courts [SCARR., Virg. trav. IV]
Il prit les bottes qui étaient au pied du lit et les ayant chaussées à cru.... s'alla mettre auprès de l'Olive [ID., Rom. com. 2e part. ch. 2]
Leurs transparents seraient plus beaux, si elles voulaient les mettre à cru [SÉV., 324]
N'avoir de la dévotion que ce retranchement me paraît être bottée à cru [ID., 548]
Un surtout emprunté Vêtit à cru ma triste nudité [VOLT., P. diable.]
Monter à cru, monter un cheval sans selle ni couverture.
Il fut étonné de voir Massinissa, âgé pour lors de plus de quatre-vingts ans, monté à cru sur un cheval selon la coutume de son pays, donner partout les ordres comme un jeune officier et soutenir les fatigues les plus dures [ROLLIN, Hist. anc. Œuvres, t. I, p. 519, dans POUGENS]
Les barbares [Francs] montaient à cru des étalons sauvages [CHATEAUB., Mart. 190]
Terme d'architecture. Une construction porte à cru, quand elle repose sur le sol même, et non sur des fondements. Teindre sur le cru, ou teindre à demi-bain, mettre les soies à la teinture, sans qu'elles soient bien décreusées.

REMARQUE

  • Cet adjectif se met toujours après son substantif.

HISTORIQUE

  • XIIIe s.
    Riens qu'on peüst mangier [il] n'i ot ne cru ne cuit [, Berte, XXXVI]
    Et quanqu'il i aura de cuirier [cuir] cru es charretes [, Liv. des mét. 280]
  • XIVe s.
    Mais les autres plus impurs sont, Por ce que le vif argent ont Trop crud et leur soulphre terrestre Trop aduste.... [, Nat. à l'alch. err. 129]
  • XVe s.
    Au roy fut faicte la responce non point creue, mais la plus honneste qu'on l'eust peu entendre [COMM., II, 13]
  • XVIe s.
    Son herbe tant verde et crude que conficte et preparée [RABEL., III, 47]
    Ils trouvoient trop crud de dire qu'il n'estoit pas plus vraisemblable que la neige feust blanche que noire [MONT., II, 317]
    Ce fut aussi un estat nouveau quand la ligue formée monstra les cornes en desploiant ses tiltres et ses forces armées à cru de toutes les fonctions et authoritez d'un parti [D'AUB., Hist. II, 485]
    Un feuillant boiteux, qui armé tout à crud se faisoit faire place avec une espée à deux mains [, Sat. Mén. p. 13]
    Le labeur toutesfois ses membres ne consomme, Tant il est cru [verd] vieillard [RONS., 746]
    Aucuns font leur mere ou saloir, d'une peau de beuf crue, un peu salée [O. DE SERRES, 839]
    Armure à cru [MONET, Dict.]
    Un discours bien crud [OUDIN, Curios. fr.]
    Vous me la baillez crue [vous me la donnez belle] [, les Marguer. de la Marguerite, t. I, f° 90, dans LACURNE.]

ÉTYMOLOGIE

  • Liégeois, crou ; namurois, cru, froid et humide en parlant du temps ; provenç. cru ; espagn. et ital. crudo ; du latin crudus.

CRU, CRUE3

(kru, krue) part. passé du verbe croire
À quoi on donne croyance. Une nouvelle crue légèrement. Les miroirs trop peu crus par celles qui les consultent.
Quel plaisir d'aimer la religion, de la voir crue, soutenue, expliquée par de si beaux génies et par de si solides esprits ! [LA BRUY., XVI]
Il resta encore à la piété de la troisième race [les Capétiens] assez de fondations à faire et de terres à donner ; les opinions répandues et crues dans ces temps-là auraient privé les laïques de tout leur bien, s'ils avaient été honnêtes gens [MONTESQ., Esp. XXXI, 10]
À qui on donne croyance. Un sage ami cru trop tard. Les dieux crus par les païens.
Regardé comme, tenu pour. Hercule cru fils de Jupiter.