dériver

(Mot repris de dérivâmes)

1. dériver

v.t. [ lat. derivare, détourner un cours d'eau ]
Détourner de son cours : Dériver un fleuve.
v.t. ind. (de)
1. Être issu de : L'augmentation du prix des fruits dérive de la sécheresse découler, émaner, résulter de
2. En linguistique, tirer son origine ; provenir de : « Pelage » dérive de « poil ».

2. dériver

v.i. [ de l'angl. to drive, pousser ]
1. S'écarter de sa direction, sous l'effet du vent, d'un courant, en parlant d'un navire, d'un avion : L'avion a dérivé vers l'Espagne dévier
2. Pour une personne, se laisser aller, aller à la dérive.

DÉRIVER1

(dé-ri-vé) v. n.
Quitter le rivage. Il est temps de partir, dérive ! Terme de flottage. Écarter des bords d'un ruisseau les bûches qui s'y sont jetées et leur faire enfiler le canal ou la goulette.

HISTORIQUE

  • XIIIe s.
    El [elles] font les flueves deriver [déborder] [, la Rose, 18134]
    La Seine si se deriva [déborda] [, Chr. fr. mss. de Nangis, sous l'an 1280, dans LACURNE]

ÉTYMOLOGIE

  • Dé.... préfixe, et rive ; Berry, dériper, dériber, déborder. Ce dériver-ci est composé comme arriver ; le sens êt la forme du Berry témoignent qu'il ne faut pas le confondre avec dériver 2, qui vient de rivus.

DÉRIVER2

(dé-ri-vé) v. a.
Faire sortir les eaux du fil de leur courant, les détourner de leur cours au moyen d'un canal de dérivation. Par extension, en termes de médecine, dériver les humeurs, les faire couler d'un côté différent de celui où elles se portaient.
Fig. Terme de grammaire. Faire provenir. D'où dérivez-vous ce mot-là, c'est-à-dire quelle racine lui donnez-vous ?
V. n. Être détourné de son lit, en parlant des cours d'eaux. On a pratiqué des rigoles par lesquelles les eaux du fleuve dérivent dans ce canal.
Fig. Avoir sa cause, prendre son origine. C'est de là que dérivent tous nos malheurs.
Et maintenant ces deux âmes pieuses, touchées sur la terre du même désir de faire régner les lois, contemplent ensemble à découvert les lois éternelles d'où les nôtres sont dérivées [BOSSUET, le Tellier.]
Les rapports nécessaires qui dérivent de la nature des choses [MONTESQ., Espr. I, 1]
Terme de grammaire. Tirer sa formation d'après certaines règles. Le plus grand nombre des mots français dérivent du latin.
Se dériver, v. réfl. Être dérivé. Ces eaux se dérivent d'une rivière. Ces mots se dérivent aisément les uns des autres.

HISTORIQUE

  • XIIe s.
    Cant il font paroles d'exhortation, soi ellievent par dedens, de ce ke la grasce de predication est parmi eaz [eux] derivée [, Job, 492]
  • XIIIe s.
    Car Diex li biaus outre mesure, Quant il biauté mist en nature, Il en i fist une fontaine Tousjors corant et tousjors plaine, De qui toute biauté desrive [, la Rose, 16439]
  • XIVe s.
    Se le non de desattrempance est dit et derive de l'autre ou au contraire [ORESME, Eth. 99]
    Et pour ce son nom est derivé de meur et en differe peu [ID., ib. 33]
    Accident est derivé et despent de substance [ID., ib. VI (10).]
  • XVIe s.
    Ils avoient bien accoustumé de tout temps de prendre soigneusement la protection des villes extraittes et derivées de la leur [AMYOT, Timol. 3]
    Pour deriver toute la suspicion du faict sur Agesilaus [ID., Agésil. 38]
    Sur luy se deriva partie de la haine que l'on portoit à ce Fulvius [ID., Gracques, 44]
    Tout ainsi comme du chef sourdent et se derivent les nerfs, instruments du sentiment et du mouvement [ID., Moral. Epît. p. 7]
    La matiere sera derivée en ouvrant les veines proches de la playe [PARÉ, VIII, 14]
    Souhaitant que cette esmotion chaleureuse [des guerres civiles] qui est parmy nous se peust deriver à quelque guerre voisine [MONT., III, 99]

ÉTYMOLOGIE

  • Provenç. deribar, derivar, derrivar ; espagn. derivar ; ital. derivare ; du latin derivare, de de, et rivus, ruisseau.

DÉRIVER3

(dé-ri-vé) v. n.
Terme de navigation. Suivre le courant, aller à la dérive, en parlant d'un bateau.
Terme de marine. S'écarter plus ou moins de sa route par l'effet des vents ou des courants. Un vaisseau se laisse dériver, lorsqu'il s'abandonne aux vents et aux flots.
J'avais un vaisseau dont je me défiais, parce qu'il dérivait beaucoup ; cela m'obligeait à ne rien négliger pour me tenir au vent des autres vaisseaux de la division dont j'avais la tête, [, Mémoires de Villette, 1678, dans JAL]
Prends garde, jeune pilote, que le vaisseau ne dérive [J. J. ROUSS., Ém. I]
Je ne tardai pas à juger que nous dérivions à l'ouest [ID., ib. V]
Sur les mers irritées, Dérivent, démâtées, Nefs par les nefs heurtées [V. HUGO, Orient. 5]

HISTORIQUE

  • XVIe s.
    Est deffendu à tous batteliers de laisser driver leurs bateaux [, Nouv. coutum. génér. t. I, p. 313]
    Nous le voyons n'avoir eu affaire qu'à se laisser deriver au courant et à la favorable marée de sa prosperité [D'AUB., Hist. Préf. 6]
    Enfin, les Turcs estans sortis du destroit, Hali qui engageoit tousjours Pertan, derive l'armée ennemie un peu au large [ID., ib. II, 80]
    Il y vouloit faire driver par la riviere quelques bateaux [ID., ib. III, 30]

ÉTYMOLOGIE

  • Dérive.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

    3. DÉRIVER. Ajoutez :
    Terme d'artillerie. Se dit de l'action d'un projectile qui s'écarte du plan de tir en cédant aux causes qui produisent la dérivation.

DÉRIVER4

(dé-ri-vé) v. a.
Limer la rivure d'un clou pour le faire sortir de son trou. Se dériver, perdre sa rivure. Terme d'horlogerie. Dériver une roue, la chasser de son pivot.

ÉTYMOLOGIE

  • Dé.... préfixe, et river.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

  • 4. DÉRIVER. Ajoutez : - HIST. XIIIe s.
    Les dens [une femme défigurée par le feu ardent] avoit si desrivez, Les gencives si decharnées Et les narines si chevées [creusées], Que tant par est espoantable Qu'ele sembloit un vif deable [GAUTIER DE COINSY, les Miracles de la Sainte Vierge, p. 165, publiés par l'abbé Poquet]

dériver

DÉRIVER. v. tr. Faire sortir des eaux, une source, de leur lit pour leur donner une autre direction. On a dû plusieurs fois dériver la Bièvre. On a dérivé les eaux des sources voisines pour les amener dans ce canal.

Il signifie aussi en termes de Médecine, Détourner une cause morbide, l'attirer d'une partie dans une autre.

Il signifie encore, en termes de Grammaire, Faire sortir un mot d'un autre par dérivation propre ou impropre. Dans cette acception, le participe passé est employé comme nom masculin. Condamnable, buvable sont des dérivés.

Il signifie en termes d'Algèbre, à propos des fonctions, Trouver le rapport de l'accroissement d'une fonction à celui de la variable, quand la variable s'accroît d'une quantité de plus en plus petite. Dans cette acception aussi, le participe passé s'emploie comme nom masculin. Les dérivés d'une fonction.

En termes de Physique, Courants dérivés, Courants électriques qui se divisent entre deux points extrêmes.

En termes de Chimie, Corps dérivés ou, comme nom masculin, Dérivés d'un corps, Corps de nature différente que l'on extrait de ce corps. Les dérivés de la houille.

Il s'emploie aussi intransitivement et se dit, au propre, des Eaux qui sont forcées d'abandonner leur cours naturel. On a pratiqué des rigoles qui font dériver en partie les eaux du fleuve dans ce canal.

Il signifie encore figurément Venir de, tirer son origine de. Les conséquences qui en dérivent. C'est de là que dérivent tous nos malheurs. De là sont dérivées tant d'erreurs. Il faut remonter à la source d'où dérivent tant de préjugés.

Il se dit particulièrement, en termes de Grammaire, des Mots qui tirent leur origine de quelque autre. D'où faites-vous dériver ce mot? Ce mot dérive de l'arabe. Beaucoup de termes français dérivent de l'anglais. Un mot dérivé, ou, elliptiquement, Un dérivé.

dériver

DÉRIVER. v. intr. T. de Marine. S'éloigner de sa direction, en parlant d'un Bateau, sous la poussée du vent ou sous l'action d'un courant. Le pilote, pour ne pas donner sur un rocher, fut obligé de laisser dériver le bâtiment.

dériver

DÉRIVER. v. tr. Éloigner des rives du bois flottant pour qu'il ne heurte pas les bords.

dériver

DÉRIVER. v. tr. T. d'Arts. Défaire ce qui est rivé.

deriver

Deriver, Deriuare.

Deriver des ruisseaux.

Ce mot est derivé d'un autre, Verbum istud deriuatur ab alio.

deriver


DERIVER, v. n. [1re et dern. é fer.] En termes de Marine, c'est s'écarter de la route qu'on tient en mer. "Les courants nous firent dériver; nous dérivâmes de dix lieuës. = Dans le discours ordinaire, tirer son origine de... "C'est de là que dérivent tous ses malheurs; desont dérivées tant d'hérésies. — * Un Auteur moderne le supose actif, puisqu'il l'emploie au passif. "Le même éfet aura été ici dérivé de la même caûse. Croharé. Il faut: sera ici dérivé. Ce verbe prend l'auxil. être. = En Gramaire, il se dit des mots qui tirent leur origine d'un aûtre mot. "Aimable dérive d'aimer. "Beaucoup de mots Français dérivent du grec ou du latin. — On le fait aussi actif, en ce sens. "D'où dérivez-vous ce mot là? Je le dérive du grec.

Synonymes et Contraires

dériver

verbe dériver
Tirer son origine de quelque chose.
Traductions

dériver

ableiten, herleiten, treiben, abtreiben, abweichen, abzweigen, dahingetrieben werden, dahintreiben, derivieren, differentiieren, getrieben werden, shunten, abkommendrift, derive, be adrift, adrift, differentiate, divert, take the derivativeafdrijven, afleiden, aftappen, drijven, opdriftzijn, overdrijven, op drift zijnסטה (פ'), סָטָהaftap, dryfderivi, drividerivar, ir a la derivaderivál, származtatderivarderivare, scarrocciare, trascinarederivar, fazer vir de, ser levado pela corrente, ser levado pela correntezaيَنْجَرِفُbýt unášendriveπεριφέρομαιajelehtiabiti nošen漂流する떠돌다drivezanieść z prądemдрейфоватьdrivaลอยsürüklenmektrôi dạt漂流 (deʀive)
verbe intransitif
s'écarter de la direction prévue Le bateau dérive au large.

dériver

[deʀive]
vt
[+ cours d'eau, circulation] → to divert
(MATHÉMATIQUE) → to derive
vi
[bateau] → to drift
(fig) → to drift
(= provenir) dériver de → to derive from