demeure

1. demeure

n.f. [ de demeurer ]
1. Litt. Lieu où l'on habite : Bienvenue dans mon humble demeure ! domicile, habitation, logis
2. Maison d'une certaine importance : Ces anciennes demeures font tout le charme de cette ville résidence
Dernière demeure,
Litt. tombeau.
Être quelque part à demeure,
y être installé d'une manière stable, définitive.

2. demeure

n.f. [ de demeurer, tarder ]
Il n'y a pas péril en la demeure,
Sout. on ne risque rien à attendre.
Mettre qqn en demeure de (+ inf.),
l'obliger à remplir son engagement : Nous l'avons mis en demeure de vider les lieux sommer de

DEMEURE

(de-meu-r') s. f.
Retard, délai.
Oui, sans plus de demeure, Pour l'intérêt des dieux je consens qu'elle meure [CORN., Théod. III, 6]
Le ciel ne veut point de demeure [LAMOTTE, dans DESFONTAINES]
Son temps venu, [il] ne fait longue demeure [LA FONT., Berc.]
Sans plus longue demeure, Il lui dit en deux mots.... [ID., Fianç.]
Vous êtes cause qu'en demeure Je me trouve présentement [ID., Cord.]
Être en demeure envers quelqu'un, être en retard de bons offices.
Je n'étais pas en demeure de ce côté-là [BOSSUET, Lett. quiét. 455]
Je me trompe en doutant de tout, et je suis en demeure à l'égard de la vérité qui se présente à moi [FÉN., Exist. 240]
Il y a péril en la demeure, le moindre retardement peut causer du préjudice.
Terme de procédure. Retardement, le temps qui court au delà du terme où l'on est tenu de faire quelque chose. Mettre quelqu'un en demeure de, le sommer de remplir une obligation, un engagement. Mise en demeure, sommation de faire telle ou telle chose.
Durée de la résidence. Je ne ferai pas longue demeure en cette maison.
Par extension, habitation, domicile.
Mais qu'eussent-ils gagné par un siècle d'années, Ou que leur avint-il en ce vite départ, Que laisser promptement une basse demeure Qui n'a rien que du mal, pour avoir de bonne heure Aux plaisirs éternels une éternelle part ? [MALH., I, 4]
Ce que je trouve admirable, c'est qu'un homme qui s'est passé, durant sa vie, d'une assez simple demeure, en veuille avoir une si magnifique pour quand il n'en a plus que faire [MOL., D. Juan, III, 7]
Tant que nous sommes détenus dans cette demeure mortelle, nous demeurons assujettis au changement, parce que, si vous me permettez de parler ainsi, c'est la loi du pays que nous habitons [BOSSUET, Duch. d'Orl.]
Elle va descendre à ces sombres lieux, à ces demeures souterraines, pour y dormir dans la poussière avec les grands de la terre [ID., ib.]
Il y a plusieurs demeures dans la maison de mon Père [SACI, Bible, Év. St Jean, XIV, 2]
Il y a dans les sciences plusieurs places honorables, comme il y a, si l'on en croit l'Évangile, plusieurs demeures dans la maison du Père céleste [D'ALEMBERT, Lettre au roi de Prusse, 1er mars 1765]
Ils pénètrent en foule à la demeure auguste.... [VOLT., Orphel. I, 2]
Lieu de résidence. Samos est leur patrie et Rhodes leur demeure.
Loin du monde elle fait sa demeure et son gîte [RÉGNIER, Sat. XII]
Où la cour faisait sa demeure ordinaire [BOSSUET, Hist. III, 5]
Au delà de ces lieux gardez-vous d'avancer ; C'est des ministres saints la demeure sacrée [RAC., Athal. III, 2]
Tivoli, qui fut la demeure de tant d'hommes célèbres, de Brutus, d'Auguste, de Mécène, de Catulle, mais surtout la demeure d'Horace [STAËL, Corinne, VIII, 4]
Fig.
Dieu y avait établi sa demeure [BOSSUET, Hist. II, 8]
En ce temple où tu fais ta demeure sacrée [RAC., Athal. III]
Cœur où Dieu seul avait fait sa demeure [MASS., Av. Jug.]
Terme de chasse. Endroit fourré de bois où se retirent les cerfs. Bonne demeure, demeure bien fourrée. Demeure douce, taillis de 5 ou 6 ans.
Terme de rhétorique. Sorte de figure appelée plus souvent commoration, épimone, insistance, qui consiste, comme l'indique ce dernier mot, à insister sur quelque raison.
À demeure, loc. adv. De manière à ne pas changer de résidence.
Que j'étais déjà assez dupe d'avoir si mal employé mes quarante écus, et que je ne le serais pas au point de lui céder à demeure la bonne place [MARMONTEL, Mém. X]
Par extension.
Quand je retrouvais dans la poussière des bibliothèques d'Italie les chefs-d'œuvre de l'antiquité grecque, je n'étais pas à demeure [domicilié] dans ces bibliothèques [P. L. COUR., I, 250]
En parlant des choses, de manière à n'être pas déplacé, ôté. Établir un châssis à demeure. Objets attachés à un fonds à perpétuelle demeure. Labourer à demeure, donner le dernier labour avant de semer. Semer à demeure, répandre la semence dans un lieu d'où la plante ne doit pas être transplantée.

HISTORIQUE

  • XIIe s.
    [Il] saisi l'espié, puis monte sanz demor [, Ronc. p. 54]
    Comment que longue demeure [interruption] [j'] Aie faite de chanter, Ore est bien raison et heure Que [je] m'i doie retourner [, Couci, IV]
  • XIIIe s.
    Il avoient mandé [le marchis] par tant de messages que à paine que il ne diervoient [désespéraient] por sa demeure [retard] [H. DE VALENC., XX]
    La longueur de la demorre du terme ne tolt au seignor son poeir [, Ass. de Jér. 221]
    [Dieu] Qui Jonas garda en la mer Par grant amor, Les trois jors qu'il i fist demor [RUTEB., 203]
    Grans biens ne vient pas en poi d'hore ; Ains convient metre demore [, la Rose, 4196]
    Et un pou après mons. Jehan de Waleri revint, qui blasma le roy et son conseil de ce que il estoient en demeure [JOINV., 227]
  • XVe s.
    De Messine se partit le mareschal sans y faire longue demeure [, Bouciq. I, ch. 30]
  • XVIe s.
    En ses sommations, delay aulcun et demoure aulcune il n'admet [RABEL., Pant. IV, 57]
    Elle nous commenda de ce lierre chascun de nous se faire ung chappeau albanoys ; ce que fut faict sans demoure [ID., ib. V, 34]
    Ne pense pas, que l'amour et vrai zelle, Que te portons, jamais finisse et meure Pour ta trop longue et fascheuse demeure [MAROT, II, 28]
    Il est certain qu'au milieu d'elle Dieu fait sa demeure eternelle [ID., IV, 91]
    Icy je fais pour tousjours ma demeure [AMYOT, Ant. 91]
    Pompeius uy respondit avec quelque demeure [délai], et d'une parole mal asseurée, que.... [ID., Pomp. 86]
    Ils [les indigènes d'Amérique] ont je ne sçay quels prebstres et prophetes, qui se presentent bien rarement au peuple, ayants leur demeure aux montaignes [MONT., I, 238]

ÉTYMOLOGIE

  • Voy. DEMEURER ; provenç. demora, s. f. et demor, s. m. ; espagn. demora ; ital. dimora. L'ancien français, outre demore et demor, avait demorance ; Berry, demeurance, demourance.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

    DEMEURE.
    Ajoutez :
    Et que ceux qui seraient en demeure [retard] de payer dans lesdits délais, demeureraient déchus de ladite diminution et contraints au payement total... [, Arch. des financ. Arrêts du Cons. d'État du 9 mai 1702]
    Fig. La dernière demeure, la sépulture. Conduire quelqu'un à sa dernière demeure.

demeure

DEMEURE. n. f. Habitation. domicile. Choisir, établir sa demeure quelque part. Changer sa demeure. Changer de demeure.

Il se dit, en termes de Jurisprudence, du Retard, du temps qui court au-delà du terme où l'on est tenu de payer ou de faire quelque autre chose. Être en demeure de livrer une chose.

Mettre quelqu'un en demeure de, Faire, par sommation ou autrement, qu'une personne soit avertie que le terme où elle doit remplir une certaine obligation approche ou est passé, en sorte qu'elle ne puisse en alléguer l'oubli ou l'ignorance. On dit dans le même sens Mise en demeure. Il se dit aussi figurément, d'une façon plus générale, de Toute espèce de sommation. Il m'a mis en demeure d'exécuter ma promesse.

Il y a péril en la demeure, Le moindre retard peut causer du préjudice. Ne vous hâtez pas trop, il n'y a pas péril en la demeure.

À DEMEURE, loc. adv. De manière à rester dans le même endroit, dans le même état, à demeurer stable, à n'être pas déplacé. Il n'avait fait jusqu'ici que des séjours dans notre ville : il y est maintenant à demeure. Un châssis, un vitrage à demeure. On dit aussi, en termes de Jurisprudence, À perpétuelle demeure.

En termes d'Agriculture, Labourer à demeure, Donner le dernier labour avant de semer. Semer à demeure, Répandre la semence dans un lieu d'où la plante ne doit pas être transplantée. On sème à demeure le persil, le cerfeuil.

demeure

Demeure, a verbo Demorari.

Lieu de demeure, Domicilium, Habitatio, Locus habitationis.

Demeure qu'on fait en quelque lieu, Mansio.

Prendre, eslire et establir sa demeure, Capere sedem.

Longue demeure, Lenta mora, Diuturna mora.

Faire longue demeure sur le rivage, Cunctari in ripis.

Il faisoit plus longue demeure qu'on n'eust pensé, Amplius opinione morabatur.

Mettant arriere toute demeure, sans targer, Omni cunctatione abiecta.

demeûre


DEMEûRE, s. f. DEMEURER, v. neut. [1re e muet 2e lon. au 1er, 3e e muet au 1er, é fer. au 2d.] I. Demeûre est, 1°. Habitation, domicile, lieu où l'on habite; belle, agréable ou triste, sombre demeûre. Choisir, établir, fixer, sa demeûre en tel endroit; changer de demeûre. = 2°. Le temps pendant lequel on habite en un lieu: "Il n'a pas fait longue demeûre en cette Ville. — En ce sens, son emploi n'est pas fort étendu. = 3°. État de consistance: "Cela n'est pas à demeûre, n'est pas fait à demeûre. — En style de Palais, être en demeûre avec ses créanciers, c'est, ne pas les satisfaire au temps qu'on a promis, être en retard. Mettre en demeûre, ôter toute excûse, en observant les formalités. "On recommande aux Evêques de ne retrancher aucun pécheur de la communion de l'Église, avant que de l'avoir mis en demeûre par des monitions canoniques. Moreau. — Dans le discours ordinaire, on dit de quelqu'un, qu'il est en demeûre envers un aûtre, quand il ne satisfait pas à ce qu'il lui doit, et qu'il ne rend pas les bienfaits, les plaisirs qu'il en a reçus.
   II. DEMEURER est, 1°. Faire sa demeûre. "Demeurer à la Ville, à la campagne, dans une telle rûe, à telle enseigne, etc. = 2°. Être permanent. "Il demeûre toujours dans le même état. Il est peu usité en ce sens. = 3°. Rester: "Il ne lui est rien demeuré de tant de biens. = 4°. Il se dit quelquefois pour le verbe être, et ne fait que renforcer l'expression. "Demeurer interdit, confus. Demeurer d'acord. Demeurer les brâs croisés. = 5°. Tarder. "Il demeûre longtemps à venir: "Sa plaie demeûre longtemps à guérir. = 6°. S'arrêter. Demeurer-là! "Le carrosse demeura au milieu du chemin, sans pouvoir avancer. = 7°. Demeurer dans une harangue, dans un sermon; manquer de mémoire au point de ne pouvoir plus continuer.
   8°. DEMEURER entre dans plusieurs expressions familières. — Demeurer en arrière; rester débiteur. — Demeurer sur la bone bouche, sur ce qui plait. — Demeurer sur son apétit, se retenir de manger quand on a encôre apétit. Figurément, quitter avec regret quelque chôse qui fait plaisir. — Demeurer en beau chemin, s'arrêter lorsque la chôse est plus agréable ou plus favorable. — Demeurons-en là, n'en parlons pas davantage. "Henri Morus récrivit à Descartes; celui-ci lui répondit: et la dispute en demeura-là. PAULIAN. — On dit d'une chôse qu'on a avalée, qu'elle est demeurée sur le coeur, sur l'estomac; qu'elle cause des soulevemens de coeur; qu'elle pèse sur l'estomac. On dit, figurément, de ce dont on conserve du ressentiment, que cela nous est demeuré sur le coeur. — La victoire nous est demeurée, l'afront leur est demeuré: nous avons eu la victoire, ils ont eu l'afront. — Cette afaire n'en demeurera pas là: elle aura des suites, bones ou mauvaises. = M. MARIN pense que dans toutes ces phrâses, rester vaut mieux, et qu'il est plus d'usage.
   Rem. 1°. Demeurer prend, dans ses tems composés, tantôt être, tantôt avoir. Avec l'auxil. être, il marque qu'on est encôre dans un lieu: "Il est demeuré à Paris pour poursuivre un procès. Avec l'auxil. avoir, il marque qu'on n'est plus dans le lieu dont on parle: il a demeuré un an en Italie Restaut. — Racine dit (Bérénice, act. II. sc. II.)
   Ma langue embarrassée
   Dans ma bouche, vingt fois, a demeuré glacée.
Dans ce vers, dit D'OLIVET, démeurer ne saurait être pris que pour rester. Ainsi, ma langue est demeurée glacée, était la seule bonne manière de parler.
   2°. Demeurer difère de loger, en ce qu'il se dit par raport au lieu topographique qu'on habite (ville, village ou campagne); et loger, par raport à l'édifice où l'on se retire. "On demeure à Paris, en Province; à la campagne. On loge au Louvre, chez soi, en hôtel garni. GIR. Synon.
   Demeurer difère aussi de rester, en ce qu'il ne présente que cette idée simple et générale de ne pas quitter le lieu où l'on est, et que rester a de plus, une idée accessoire de laisser aller les aûtres. "Il demeure toujours chez soi: il est resté le dernier à l'Eglise. Il parait aussi que rester convient mieux dans les ocasions où il y a une nécessité indispensable de ne pas bouger de l' endroit, et que demeurer figûre bien où il y a pleine liberté. Ainsi, l'on dit que la sentinelle reste à son poste, et que le dévot demeûre long-temps à l'Eglise. Id. Ibid.
   3°. Demeurer, apliqué aux chôses, n'est pas du beau style. "Les soins publics seroient abandonnés, les afaires demeureroient, les subalternes abuseroient de leur autorité. Massill. J'ôse dire que cette expression n'est pas assez noble pour la chaire.
   4°. Demeurer d'acord régit de devant les noms et les verbes. "Il est demeuré d'acord de tout ce que nous avons dit. "Nous sommes demeurés d'acord de nous écrire. Sév.Demeurer pour certain est vieux: il régit la conjonct. que et l'indicatif. "Il demeûre pour certain et indubitable que vous vous êtes trompé. Voy. Acord.
   Demeurez-en là et demeurez-là sont bien diférens. L'un signifie, n'alez pas plus loin dans cette afaire; l'aûtre, ne bougez de cet endroit. En est nécessaire avec demeurer, dans le 1er sens.
   Dans demeurer court, court est indéclinable, et l'on doit dire d'une femme, elle est demeurée court, et non pas courte; et de plusieurs, ils sont demeurés court, et non pas courts. "Il congratule Théodème sur un discours qu'il n'a pas entendu.... Il lui parle sur-tout de la fidélité de sa mémoire, et il est vrai que Théodème est demeuré court. La Bruyère.

Synonymes et Contraires

demeure

nom féminin demeure
Littéraire. Lieu où l'on habite.
Traductions

demeure

Wohnung, Wohnhaus, Wohnsitzdwelling, residence, abode, accommodation, domicile, homekwartier, logies, onderkomen, woningבית (ז), בית-מגורים (ז), התגוררות (נ), זבול (ז), מגורים (ז״ר), מעון (ז), משכן (ז), נווה (ז), מָעוֹן, הִתְגּוֹרְרוּת, בִּיֵּתwoningboligloĝejobústaðurabitazione, alloggio, appartamento, mora (mettere in mora)atriumboligmieszkaniemorada, aposento, habitaçãoboning, bostadоставаzůstáváedelleen남아 (dəmœʀ)
nom féminin
1. grande maison avoir une belle demeure avec un grand jardin
2. de manière définitive s'installer à demeure dans un pays

demeure

[d(ə)mœʀ] nf
(= résidence) → residence
dernière demeure (fig)last resting place
(autres locutions) mettre qn en demeure de faire → to enjoin sb to do, to order sb to do
à demeure → permanently