dépit

(Mot repris de depit)
Recherches associées à depit: amertume, consternation, dépité, rancune, repit

dépit

n.m. [ lat. despectus, mépris ]
Chagrin mêlé de ressentiment dû à une déception : Il a accepté ce poste par dépit amertume, rancœur, ressentiment
En dépit de,
malgré : En dépit de ses difficultés, elle a tenu à nous aider.
En dépit du bon sens,
n'importe comment : Il range ses affaires en dépit du bon sens.

DÉPIT1

(dé-pi ; le t se lie d'ordinaire : le dépi-t amoureux ; au pluriel, l's se lie : des dé-piz amoureux) s. m.
Chagrin mêlé d'un peu de colère.
M'ayant fait oublier tous les dépits qu'elle m'a faits, je ne me souviens plus que des excellentes qualités qui la rendent aimable et admirable [VOIT., Lett. 23]
Je crève de dépit [MOL., Préc. 17]
J'en ai dans le cœur davantage ; Et, pour exprimer tout, ce cœur a du dépit De ne point trouver de langage [ID., Amph. II, 6]
De grand dépit Richard elle interrompt [LA FONT., Rich.]
Les victoires de Maurice firent mourir de dépit Chosroès [BOSSUET, Hist. I, 11]
Tous ces présents, Albine, irritent mon dépit [RAC., Brit. I, 1]
Quoi qu'il en soit, Néron, d'aussi loin qu'il me vit, Laissa sur son visage éclater son dépit [ID., ib.]
Crois que dans son dépit mon cœur est endurci [ID., Androm. II, 1]
Que vous importe, ô dieux, sa joie ou son dépit ? [ID., ib. II, 5]
Entre amants tel dépit n'est qu'une bagatelle ; Je veux dès aujourd'hui vous remettre avec elle [REGNARD, Ménechmes, IV, 4]
Ces paroles le remplissaient de dépit contre Mentor [FÉN., Tél. VII]
Il laissa tomber sa lyre de dépit [ID., ib. VIII]
Les divisions, les dégoûts, les dépits ne peuvent y avoir aucune entrée [ID., ib. XI]
Pour faire dépit au maître des choses [VOLT., Taur. 3]
Croyez-moi, ces dépits que l'orgueil vous déguise, Sont partout dangereux et surtout à Venise [DUCIS, Othello, I, 6]
Se couper le nez pour faire dépit à son voisin, se nuire pour une vengeance qu'on n'obtient même pas. On dit qu'une chose croît par dépit, quand elle croît sans qu'on en prenne aucun soin.
En dépit de, loc. prép. Malgré.
Adieu ; fais lire au prince, en dépit de l'envie, Pour son instruction, l'histoire de ta vie [CORN., Cid, I, 3]
Mais lorsqu'en dépit d'eux on en a voulu d'autres.... [ID., Hor. III, 5]
Des cheveux assez, pour ne point porter perruque ; j'en ai beaucoup de blancs, en dépit du proverbe [SCARRON, Portrait de Scarron fait par lui-même]
Je vous l'avais prédit qu'en dépit de la Grèce De votre sort encor vous seriez la maîtresse [RAC., Androm. III, 8]
Fig. et familièrement. Faire une chose en dépit du sens commun, du bon sens, etc. la faire très mal.
Tes écrits, il est vrai, sans art et languissants Semblent être formés en dépit du bon sens [BOILEAU, Sat. II]
Ils ont l'air d'être faits en dépit de l'art [DIDEROT, Salon de 1767, Œuvres, t. XV, p. 5, dans POUGENS]
En dépit qu'on en ait, c'est-à-dire quoi qu'on fasse.
Quelquefois en dépit que j'en aie [DESC., Médit. 2]
J'ai caché si longtemps l'ennui qui me dévore Qu'en dépit que j'en aie enfin il s'évapore [CORN., Pulch. II, 1]
J'ai beau voir ses défauts et j'ai beau l'en blâmer, En dépit qu'on en ait, elle se fait aimer [MOL., Mis. I, 1]
Il faut que je lui sois fidèle en dépit que j'en aie [MOL., D. Juan, I, 1]
Je me sens pour vous de la tendresse en dépit que j'en aie [ID., l'Av. III, 5]
Ah ! vous y resterez, en dépit qu'on en ait [COLLIN D'HARLEV., Vieux célib. IV, 10]

REMARQUE

  • 1. Voltaire remarque au sujet de ces vers de Corneille : Et je m'ose assurer qu'en dépit de mon crime, Mon sang leur servira d'assez pure victime, Cinna, IV, 7 : " On ne peut pas dire en dépit de mon crime, comme on dit malgré mon crime, parce qu'un crime n'a point de dépit. On dit bien en dépit de ma haine, de mon amour, parce que les passions se personnifient. " Cette remarque n'est pas fondée ; car elle atteindrait aussi malgré, attendu qu'un crime n'a ni gré ni mauvais gré.
  • 2. Il faut appeler l'attention sur la locution : en dépit qu'il en ait. La construction ne peut s'en faire ; seulement on comprend comment elle est née ; la locution correcte serait : dépit qu'il en ait, comme malgré qu'il en ait ; c'est-à-dire : quelque mal gré qu'il en ait ; tandis qu'il est impossible de dire : quelque en dépit qu'il en ait. Mais là il y a eu confusion et fusion avec la locution en dépit ; d'où est résultée la locution en dépit qu'il en ait. Toutefois, venant du XVIe siècle, comme on peut voir par l'historique, elle a été consacrée par les meilleurs écrivains du XVIIe siècle.

HISTORIQUE

  • XIIe s.
    Et si unt Adonie sun fil à rei eslit ; Abiathar le volt [voulut] sacrer al Deu despit [, Th. le mart. 27]
  • XIIIe s.
    Or ne pui je pas dire que m'eüst en despit Li bons preudoms hermites... [, Berte, LIII]
    Si ne tenez pas en despit Les genz por lor petit d'avoir [, Lai du conseil]
    Li fes [le fait] touquoit [touchait] à despit au segneur [BEAUMANOIR, XXX, 20]
    Il me demanda se je lavoie les piés aus poures le jeudy absolu ; et je li respondi que nanin, que il ne me sembloit pas bien ; et il me dit que je ne le devoie avoir en despit ; car Dieu l'avoit fait [JOINV., 293]
  • XVe s.
    Et tantost messire Robert Canolle fit ouvrir une poterne hors du chastel, et sur les fossés il fit descoler, au despit des François, tous les prisonniers qu'il tenoit [FROISS., II, III, 8]
    Et trouverent cinq povres prisonniers anglois que les Escots avoient liés tous nuds aux arbres, par despit, et deux qui avoient les jambes brisées [ID., I, I, 44]
    Messire Jean de Hainaut, qui lui avoit fait, si comme il estoit informê, plusieurs despits [FROISS., I, I, 98]
  • XVIe s.
    Je la cognois, c'est une noire, Noire faite en despit des cieux [MAROT, III, 94]
    En despit qu'ils en ayent, il faudra qu'ils confessent.... [CALV., Instit. 1131]
    Ils se tuerent, en despit de son humanité [MONT., II, 37]
    Dedans peu de jours il eust contrainct les Lacedaemoniens de venir à la bataille contre eulx, en despit qu'ils en eussent [AMYOT, Alc. 76]
    Et sembloit qu'ils le feist par despit d'eulx tant seulement, et pour leur desplaire expressement [ID., Alcib. et Cor. comp. 5]
    Son cheval se tourna et l'emporta en arriere en despit qu'il en eust [ID., Marcell. 8]
    Ter. Culeo, pour leur faire despit, persuada au peuple de le commander ainsi [ID., Flamin. 35]

ÉTYMOLOGIE

  • Bourguig. dépey ; norm. dépit, mépris ; provenç. despieg, despieyt ; anc. catal. despeit ; espagn. despecho ; ital. dispetto ; du latin despectus, de despicere, regarder de haut en bas, mépriser, de la préposition de, et spicere, regarder (voy. SPECTRE).

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

    1. DÉPIT. - REM. Ajoutez :
  • 3. On a dit : en dépit que, pour : par dépit de ce que.
    Sa mère m'a autrefois dit pis que pendre de lui, en dépit qu'il traitait si mal sa jeune femme [GUI PATIN, Lettres, t. II, p. 291]

dépit

DÉPIT. n. m. Chagrin mêlé d'irritation. J'ai un vrai dépit de ce qu'il a fait. Il ne voit leur succès qu'avec dépit. Concevoir un dépit ou du dépit. Faire quelque chose par dépit ou de dépit. Faire éclater son dépit. Quand il en devrait crever de dépit.

Il signifiait autrefois Dédain, mépris. Il a gardé ce sens dans EN DÉPIT DE, loc. prép. Sans tenir compte de, malgré. J'en viendrai à bout en dépit de lui, en dépit de tout le monde. Fig., En dépit du sort, de la fortune. En dépit de toutes les résistances, de tous les obstacles.

Fig., Faire quelque chose en dépit du sens commun, du bon sens, Le faire très mal. Cela est fait en dépit du bon sens.

On dit encore, mais plus rarement, En dépit que quelqu'un en ait, Sans tenir compte de ce qu'il pourrait faire pour s'opposer à la réalisation d'une chose.

dépit


DÉPIT, s. m. SE DÉPITER, v. réc. [1re é fer. 3e é fer. au 2d.] Dépit est un chagrin mélé de colère. Se dépiter, c'est se fâcher, se mutiner, agir par dépit. "Concevoir un dépit, ou du dépit. Faire quelque chôse par dépit, ou de dépit. "J' ai grand dépit de ce qu'il a fait. "Il ne l'a fait que pour me faire dépit. "N'est-il pas vrai, Madame, que je vous aurois fait grand dépit, si j'avois mis encôre cinq ou six fois celles-ci et celles-là, et que vous vous seriez étonnée de la nouveauté du style. Voit. "Il s'est dépité de ce que vous lui avez dit: il se dépite contre le jeu.
   Rem. 1°. En dépit est une sorte de préposition qui régit de pour les noms, et la conjonct. que avec le subjonctif, pour les verbes: En dépit de vos éforts, en dépit que vous en ayiez. En dépit de lui, de tout le monde, en dépit qu' il en ait, malgré lui, malgré qu'il en ait. — Écrire en dépit du bon sens, faire des vers en dépit de Minerve, se disent d'un méchant Écrivain, d'un mauvais Poète. — On dit d'une chôse, qui réussit sans qu'on en prène soin, qu'elle croît par dépit.
   2°. DÉPITER, est quelquefois actif. "Cette perte l'a dépité; il n'a plus joué depuis. "Ne dépitez pas cet enfant, ne lui donez pas ocasion de se mutiner.
   Se dépiter contre son ventre, c'est, au propre, se priver de manger par chagrin, par dépit; au figuré (st. prov.,) agir par dépit contre ses intérêts.

Synonymes et Contraires
Traductions

dépit

pique, spite, vexationמרי לב (ז)teleurstellingMissstimmung, Miss-Stimmung, Unwille, Verdrussdespechodispetto, picca, ripicca, ripicco, stizzaВъпреки儘管HuolimattaTrots (depi)
nom masculin
chagrin et colère agir par dépit

dépit

[depi] nmpique
par dépit → in a fit of pique
par dépit amoureux [tuer, dénoncer] → in a fit of jealousy; [se marier] → on the rebound
en dépit de → in spite of
Il y est allé en dépit de mes conseils → He went in spite of my advice.
en dépit du bon sens → contrary to all good sense