en

1. en

prép. [ lat. in, dans, sur, en ]
1. Introduit certains noms de lieux : Ils habitent en banlieue. Elle est en pension. Il part en Allemagne, en Afrique.
2. Introduit une date, une période : Il est né en 1950. Les vendanges ont lieu en septembre. En hiver, elle mange moins de fruits. En cette saison, il pleut souvent
3. Introduit certains compléments d'objet indirect : Croire en Dieu. J'espère en la génération future. Le groupe s'est divisé en deux parties.
4. Introduit le gérondif en -ant : Il partit en courant. Elle a trouvé son travail en écrivant à droite et à gauche.
5. Indique la durée d'une période nécessaire à l'accomplissement d'une action ou au cours de laquelle il se produit certains événements : Elle a écrit son livre en deux mois. En dix ans, ils ne se sont vus qu'une fois
6. Indique la manière d'être, l'état : Elle reste en survêtement pour faire le ménage. Il est en noir
habillé de noir : Des fraises en barquette. Son supérieur est en colère.
7. Indique la matière, la structure : Une veste en jean. Un meuble en chêne. Une dissertation en trois parties.
8. Indique la transformation : La chenille s'est transformée en papillon. Convertir des euros en yens.
9. Sert à former de nombreuses locutions adverbiales ou prépositives : En définitive. En fait. En dedans.

2. en

adv. [ lat. inde, de là ]
Indique le lieu d'où l'on vient : Peux-tu aller à la boulangerie ? J'en reviens
de là : Va-t'en. Allez-vous-en.

3. en

pron. pers. [ lat. inde, de là ]
1. Remplace un pronom (représentant le plus souvent une chose) qui serait précédé de la préposition de : Tu ne peux pas avoir les ciseaux, il s'en sert. Elle s'en souvient. Qu'en dites-vous ? J'en ai parlé avec un conseiller
j'ai parlé de cela
2. Remplace un nom de chose qui serait précédé des articles partitifs de la ou du : As-tu acheté du vin ? Oui, j'en ai pris chez l'épicier.
3. Remplace le complément partitif de certains mots indiquant une quantité : J'en vois un. Il m'en a donné plusieurs.
Je n'en peux rien,
en Belgique, je n'y peux rien.
ENEngin Nucléaire

EN1

(an ; suivi d'une voyelle ou d'une h muette se prononce comme le substantif an ; mais, ce qui n'a pas lieu pour le substantif an, l'n s'appuie sur la voyelle qui suit : en avant, dites : an-na-van) prép.Préposition qui signifie à l'intérieur de, avec deux sens principaux desquels tous les autres dérivent, l'un exprimant le repos (renfermant les nos 1° à 7°), l'autre le mouvement (renfermant les nos 8° à 13°), en se prêtant également, suivant le mot qui le précède, au sens de repos et à celui de mouvement.
À l'intérieur de, avec l'idée de repos. Être en France. En la ville de Paris. Renfermés en une place forte. En ces lieux agréables. Nous nous tenons en une chambre bien close.
Je serai marié, si l'on veut, en Turquie [CORN., Ment. III, 5]
Ces règles du raisonnement subsistent-elles aussi en quelque part, d'où elles me communiquent leur vérité immuable ? [BOSSUET, Connaiss. IV, 9]
C'est par leur paresse qu'ils laissent croître les ronces et les épines en la place des vendanges et des moissons [FÉN., Exist. de Dieu, 11]
Un cuistre en son taudis compose une satire [VOLT., Ép. c.]
Dans la personne de.
Pour faire dire encore aux peuples pleins d'effroi Que venir, voir et vaincre est même chose en moi [CORN., Pomp. IV, 3]
J'aperçois Vinius, qu'on m'amène sa fille ; J'en punirai le crime en toute la famille [CORN., Oth. V, 1]
Jésus-Christ en qui Adam n'avait point péché [BOSSUET, Hist. II, 1]
Vous n'êtes frappé que de ce qui brille au dehors, et vous comptez pour peu ce qui fait véritablement l'homme, c'est-à-dire ce qui est en lui et par conséquent à lui [ROLLIN, Hist. anc. Œuvres, t. II, p. 622, dans POUGENS]
Si toutes les nations ont péché en Adam [VOLT., Philos. II, 191]
Il est en moi, en lui, c'est-à-dire je possède, il possède la faculté de, le pouvoir de.
Il est en toi de perdre ou de sauver ton frère [CORN., Héracl. V, 5]
S'il a fait tout ce qui est en lui pour.... [PASC., Prov. 8]
Alexandre et Mahomet éteignirent autant qu'il était en eux le feu sacré des Guèbres [RAYNAL, Hist. phil. V, 17]
Par extension, en parlant du temps, en l'espace de. En un an. En deux ans. En si peu de temps. En moins d'un mois. Pendant. En hiver. En été. En l'an 300 de l'ère chrétienne.
Dans ces temps bienheureux du monde en son enfance [BOILEAU, Sat. v.]
Peut-être il se souvient qu'en un temps plus heureux.... [RAC., Brit. II, 3]
Il exprime la situation. En plaine. Je me trouvais en forêt, en plein champ. Il était en tête de la bande. Fig. Avoir quelqu'un en tête, l'avoir pour adversaire. Avoir quelque chose en tête, en être occupé.
Sert à exprimer l'état, la manière d'être, la disposition, l'occupation. Être en affaires, en prière. Un portrait en pied. Être en guerre, en paix. Des cheveux en désordre. être en bonne santé, en appétit. Fenêtre en ogive. Fruits disposés en pyramide. S'habiller en turc. Se coiffer en cheveux. Regarder en pitié.
De rage en leur trépas maudire la patrie [CORN., Hor. V, 3]
Il n'y a rien qu'on ne fasse avaler, lorsqu'on l'assaisonne en louanges [MOL., l'Av. I, 1]
Les autres religions sont plus populaires, car elles sont en extérieur [PASC., Rel. 2]
[Le jeune homme] Est vain dans ses discours, volage en ses désirs [BOILEAU, Art p. III]
Mes révérends pères en Dieu, Et mes confrères en satire [ID., Épigr. 35]
En ce calme trompeur j'arrivai dans la Grèce [RAC., Andr. I, 1]
Et peut-être, après tout, en l'état où je suis [ID., Andr. I, 4]
Traître, tu prétendais qu'en un lâche silence Phèdre ensevelirait ta brutale insolence [ID., Phèd. IV, 2]
En habit d'amazone, au fond de mes déserts Je te vois arriver plus belle et plus brillante Que la divinité qui naquit sur les mers [VOLT., Ép. CVI]
Vous ne donnez point au génie le temps de se développer, de s'élever insensiblement, et d'aller en son vol toucher la voûte du ciel [GILB., Préf.]
Rois, colosses d'orgueil en délices noyés [A. CHÉN., 258]
En hommes, en femmes, etc. se dit pour spécifier la qualité des personnes dans une assemblée. La réunion était nombreuse, mais, en ouvriers, il n'y avait que des menuisiers.
Il n'y avait en femmes que Mme de Limours, Mme de Valée et la comtesse de Germeuil [Mme DE GENLIS, Ad. et Théod. t. I, p. 439, dans POUGENS]
Comme, de même que, en qualité de.
Vous parlez en soldat, je dois agir en roi [CORN., Cid, II, 7]
Qu'il triomphe en vainqueur et périsse en coupable [ID., Hor. V, 2]
Qu'il me faut craindre en maître, ou me chérir en père [ID., Héracl. I, 2]
Maurice ne l'obtint qu'en gendre de Tibère [ID., Héracl. I, 2]
Si vous m'aimez en sœur, faites-le-moi paraître [ID., ib. V, 6]
Mais si je lui dois tant en fils de souverain, Permettez qu'une fois je vous parle en Romain [ID., Nicom. I, 2]
Je veux parler en fille et je m'explique en reine [ID., Œdipe, III, 2]
Autrement qu'en tuteur sa personne me touche [MOL., Éc. des mar. II, 3]
Je la regarde en femme aux termes qu'elle en est [ID., Éc. des f. III, 1]
Touchez à monsieur dans la main, Et le considérez désormais, dans votre âme, En homme dont je veux que vous soyez la femme [ID., Femmes savantes, III, 3]
Pharnace croit peut-être Commander dans Nymphée et me parler en maître [RAC., Mithr. I, 1]
Je puis, quand je voudrai, parler en souveraine [ID., Athal. II, 5]
Et périssez du moins en roi s'il faut périr [ID., ib. IV, 5]
Gouverner en monarque et combattre en héros [VOLT., Sémir. II, 4]
Si vous avez voulu me parler en ami [ID., Catil. I, 5]
Mes ennemis riant ont dit dans leur colère : Qu'il meure et sa gloire avec lui ! Mais à mon cœur calmé le Seigneur dit en père : Leur haine sera ton appui [GILB., Imit. des psaumes.]
Elle s'était fait peindre en Madeleine [Mme DE GENLIS, Mme de Maintenon, t. I, p. 49, dans POUGENS,]
En tant que, selon que, autant que, En tant que besoin sera. En tant que, comme. En tant qu'ennemis, il les combattit ; en tant que blessés, il veilla à leur salut.
À l'intérieur de, vers l'intérieur de, avec mouvement. Mettre quelqu'un en prison. Monter en voiture. Aller en ville.
Acheter sourdement l'esclave idolâtrée, Et la faire passer en une autre contrée [MOL., l'Étour. I, 9]
Elle paraît simple à nos yeux ; Mais elle est fine, elle se cache ; Elle va souvent en des lieux Qu'elle ne veut pas que l'on sache [GOMBAUT, Épigr. liv. III, dans RICHELET]
Il court de mer en mer, aborde en lieu sauvage [LA FONT, Filles de Minée.]
Il nous envoie son fils du ciel en la terre [BOSSUET, Soumiss. 3]
Le sort dont les arrêts furent alors suivis Fit tomber en mes mains Andromaque et son fils [RAC., Andr. I, 2]
Allez en Albion, que votre renommée Y parle en ma défense [VOLT., Henr. I]
En marque la direction.
Elles avaient les yeux baissés en terre et le visage couvert d'un voile qui n'empêchait pas qu'on n'entrevît la rougeur que répandait sur leurs joues une pudeur virginale [ROLLIN, Traité des Ét. liv. VI, 2e part. ch. 5]
10° Indique un rapport de succession. D'aujourd'hui en huit. De point en point. Voltiger de fleur en fleur. De pis en pis.
11° Marque la division, la distribution, la forme. Un poëme en quatre chants. Diviser une pomme en deux. Roulé en cercle.
12° Fig. S'en aller en fumée. Éclater en pleurs. La chrysalide se change en papillon.
Tu ne veux pas, grand roi, dans ta juste indulgence, Que cette liberté dégénère en licence [VOLT., Ép. c.]
En coupables propos si l'on peut s'exhaler, Doit-on faire une loi de ne jamais parler ? [VOLT., ib.]
13° Indique la destination, le motif, le but. Mettre en vente, en gage. Un temple changé en mosquée. En vue de plaire. En haine de. En considération de.
Le peuple se soulève ou s'arme en ma défense [VOLT., Fanat. V, 2]
Et aussi l'état avec mouvement, c'est-à-dire l'état dans lequel on entre. Se mettre en colère. Entrer en admiration. Être ravi en extase.
14° En précède fort souvent le participe présent, et désigne alors le temps, l'époque, la manière. On apprend en vieillissant. Il dit en partant. Le mal va en augmentant.
La tragédie, informe et grossière en naissant, N'était qu'un simple chœur.... [BOILEAU, Art p. III]
De nos cailloux frottés il sort des étincelles, La lumière en peut naître ; et nos grands érudits Ne nous ont éclairés qu'en étant contredits [VOLT., Ép. c.]
Dans cette construction, pour qu'elle soit régulière et claire, il faut que en et le participe se rapportent au sujet de la phrase. Cependant, quand le sens ne souffre aucune ambiguïté, on peut ne pas l'y faire rapporter. L'appétit vient en mangeant.
Mes crimes, en vivant, me la pourraient ôter [la vie céleste] [CORN., Poly. II, 6]
Tout en parlant de la sorte, Un limier le fit partir [le cerf] [LA FONT., Fabl. VI, 5]
Mes soins, en apparence épargnant ses douleurs, De son fils, en mourant, lui cachèrent les pleurs [RAC., Brit. IV, 2]
15° En sert à former une foule de locutions adverbiales, comme : en avant, en dessus, en bas, en haut, en travers, en outre (voy. ces différents mots).
16° En- préfixe, représente la préposition latine in, et donne au verbe le sens de aller dans, comme dans enfoncer ; ou un sens augmentatif, comme dans enchérir.
17° En devient em en composition devant un p ou un b : embellir, empâter.

REMARQUE

  • 1. Les grammairiens disent que en ne peut être employé pour exprimer la matière et que ma tabatière est en écaille, cette étoffe est en soie sont des phrases vicieuses, en place desquelles il faut mettre : ma tabatière est d'écaille, cette étoffe est de soie. Le fait est que l'Académie, qui ne parle pas de la difficulté, n'a aucun exemple de en signifiant la matière. Mais il est vrai aussi que l'usage de cette signification est très fréquent, et qu'on entend dire tous les jours une statue en marbre, une table en chêne, un mur en moellons, un pilier en bois, etc. Et c'est d'après cet usage vulgaire qu'on lit dans Arago, Notice sur le tonnerre, cité par Legoarant : Faisons cette pointe en fer.... Cinq poteaux en bois.... puis les cinq poteaux en bois dont j'ai parlé. À ces phrases récentes on peut ajouter celle-ci, plus ancienne, de Voltaire : De l'auguste raison les sombres ennemis Se plaignent quelquefois de l'inventeur utile Qui fondit en métal un alphabet mobile, Ép. c. Enfin, remontant encore davantage on en trouvera un exemple de Montaigne (en marbre). Ces différentes autorités portent à croire que en, ainsi employé, ne doit pas être rejeté.
  • 2. En présente des difficultés pour les articles. Quand la locution où en figure est tout à fait générale, en se construit sans article : en paix, en guerre, en soi, en nous. En se construit aussi avec un nom pris partitivement : en des temps tels que.... ; avec l'article indéfini un, une : en un lieu agréable ; avec un mot quelconque qui supplée l'article : en telle année, en cette situation, en quel temps, en quelque sorte, en ma volonté. Mais avec l'article défini le, la, les, il faut distinguer : d'abord il ne s'emploie jamais avec l'article pluriel, on ne dit pas en les circonstances, en les temps ; c'est un simple usage ; car il n'y a rien dans la préposition en qui répugne à l'emploi de les après elle ; et dans la locution ès lettres, ès est pour en les. Avec l'article au singulier on peut s'en servir dans quelques cas exceptionnels : en l'honneur de, en l'absence d'un tel, en l'état où je suis, en la présence de Dieu, en la chambre du conseil.
    Ce que Jésus-Christ est venu chercher du ciel en la terre, n'est-ce qu'un rien.... ainsi tout est vain en l'homme, si nous regardons ce qu'il donne au monde [BOSSUET, Duch. d'Orléans.]
  • 3. Il est beaucoup de cas où l'on peut employer indifféremment en ou dans ; et c'est alors l'oreille et l'harmonie de la phrase qui décident du choix. Voici des exemples :
    Ce cher parent fut heureux dans sa naissance, dans son mariage, en ses enfants, en ses emplois [PATRU, ]
    [Le jeune homme] Est vain dans ses discours, volage en ses désirs [BOILEAU, Art p. III]
    Un danseur de corde ne fait que vouloir, et à l'instant les esprits coulent avec impétuosité tantôt dans certains nerfs, et tantôt en d'autres [FÉN., Exist. de Dieu.]
  • 4. Dans le siècle de Louis XIV, on a dit communément en avec un nom de ville.
    Un désir.... De Tauris en Alep a causé ma venue [MAIRET, Solim. I, 2]
    Il me prit envie d'aller en Babylone consulter quelque mage des disciples de Zoroastre [D'ABLANCOURT, Lucien, la Nécromancie.]
    Avant qu'avec toute autre on me puisse engager, Je serai marié, si l'on veut, en Alger [CORN., Ment. V, 6]
    Il va vous emmener votre fils en Alger [MOL., Scap. II, 11]
    Hélas ! mon pauvre maître.... on t'emmène esclave en Alger [ID., ib.]
    Irène se transporte en Épidaure [LA BRUY., XI]
    J'écrivis en Argos [RAC., Iphig. I, 1]
    Nous montons, leur dit-il, en Jérusalem [BOSSUET, Serm. Quinq. 1]
    Ce grand Dieu n'avait de culte qu'en Jérusalem [ID., Hist. II, 5]
    Aujourd'hui on met à ; mais, en poésie, on pourrait très bien se servir de la tournure archaïque. Corneille a dit en Belle-Cour pour à la place BelleCour [à Lyon] :
    Je loge en Belle-Cour, environ au milieu, Dans un grand pavillon.... [CORN., Suite du Ment. III, 3]
    Godefroy, Lex. de Corneille, remarque qu'à Lyon on dit encore en Belle-Cour pour à la place Belle-Cour.
  • 5. Dans le même XVIIe siècle, on a employé d'une autre façon en pour à moderne.
    Et leur dit en leur nez qu'ils n'ont rien fait qui vaille [RÉGNIER, Sat. IX]
    Elle mit en mon cou ses bras plus blancs que neige [ID., Élég. 4]
    Mettez-vous en ma place [MOL., le Dép. IV, 1]
    Si j'avais été en votre place.... [ID., Impromptu, 3]
  • 6. C'est encore en pour l'à moderne dans cet exemple-ci :
    J'ai vécu sans nul pensement, Me laissant aller doucement à la bonne loi naturelle ; Et je m'étonne fort pourquoi La mort osa songer à moi, Qui ne songeai jamais en elle [RÉGNIER, Épitaphe faite par lui-même]
    .... De penser si souvent en vous [MÉRÉ, Œuvres posth. t. I, p. 94]

SYNONYME

  • 1° EN, DANS. La différence essentielle que l'usage a mis entre ces deux mots, c'est que en ne se construit qu'exceptionnellement avec l'article défini le, la, les, tandis que dans exige ces articles dans sa construction. Cette condition fait que en donne aux mots une acception indéterminée que dans ne comporte pas.
  • 2° Je ferai cet ouvrage en deux jours, se dit par opposition à un temps plus ou moins long qu'on pourrait y employer. Je ferai cet ouvrage dans deux jours, se dit sans opposition, et seulement par rapport à l'espace de temps après lequel on commencera l'ouvrage.

HISTORIQUE

  • IXe s.
    D'ist di [de ce jour] in avant [, Serment]
  • Xe s.
    Qu'elle Deo raneiet [renie], chi maent [demeure] sus en ciel [, Eulalie]
    In figure de colomb [elle] volat à ciel [, ib.]
    Postea en ceste causa ore potestis videre [, Fragm. de Valenc. p. 469]
    En tot [, ib.]
  • XIe s.
    De quel forfait que home out fait en cel tens.... [, Lois de Guill. 1]
    Set ans touz pleins ad ested en Espaigne [, Ch. de Rol. I]
    Conquis [il] l'aura d'hoi cest jour en deus meis [, ib. CXCIII]
    Ceste bataille seit jugée en son nom [de Dieu] [, ib. CCXXXVII]
  • XIIe s.
    E [en] tes oreilles receif [reçois], sire, la meie ureison [, Psautier de Corbie, dans RAYNOUARD, Gloss.]
    En autre sens le songe [il] trestourna [, Ronc. p. 198]
    An trestot vostre aez [âge] [, ib. p. 14]
    S'en ira Charles en France [, ib. p. 27]
    En Saragoze [il] fait soner graille et cor [, ib. p. 39]
    En dos lui vestent un haubert doplantin [, ib. p. 50]
    En chief lui lacent un haume poitevin [, ib. p. 50]
    L'uns [le va férir] en l'escu par delez le chantel [, ib. p. 67]
    Onque nul jor [il] n'en joï en sa vie [, ib. p. 127]
    Baron, dist Charles, traïez vous en ça [, ib. p. 178]
    Bien [je] sai qu'en vous amer [je] n'ai droit [, Couci, III]
    En amer gist hardemenz et paors [peur] [, ib. VII]
    La grant dolor que j'ai s'en chantant non [si ce n'est en chantant] [, ib. X]
    Ainz [je] sui touz tens en peine et en pourchas [, ib. X]
    Souvent [vous] me faites douloir En ce que trop [je] vous truis [trouve] lente [, ib. XI]
    Toute leur peine [ils] ont mise en moi trahir [, ib. XII]
    Et la guerre dura tante mainte saison, Li uns rois après l'autre la repreist en son nom [, Sax. III]
  • XIIIe s.
    En tout cel an ne passerent dui mois qu'il n'assemblassent à Compiegne pour tenir parlement [VILLEH., VIII]
    En l'an après que cis preudoms ot commencé à parler de Dieu, ot un tournoi en Champaigne [ID., II]
    Avoec cels alerent moult de sergens et de chevaliers dont li nom ne sont mis en escrit [ID., XXXIII]
    Et erra tant qu'il vint e [en] le [la] cambre ù li rois gisoit [, Aucassin, dans RAYNOUARD, Glossaire]
    Comment n'en quel maniere le lion [il] assailli [, Berte, I]
    Qui l'ont de lieus en lieus çà et là conqueilli [, ib. I]
    En larmes et en plors souvent le baiserai [, ib. VII]
    En Dieu croire et amer [elle] ot si mise sa cure [, ib. XLII]
    Et por ce qu'el fu esbahie, Commença à parler en bas [, la Rose, 3577]
    Car por ce sunt en haut levés, Que l'en les puist après veoir De plus haut trebuchier et choir [, ib. 6392]
    Amans n'aura jà ce qu'il quiert, Tous jors li faut, ja en paix n'iert [ne sera] [, ib. 2430]
    Et si te veil [je te veux] bien enseignier Que tu ne pues rien gaaignier En folie, ne en orgueil [, ib. 1902]
    Le roy sailli en la mer, dont il fu en yaue jusques aus esseles [JOINV., 215]
    Se Diex morut en la croiz, aussi fist-il [St Louis] [ID., 292]
    Se le roy ou les legaz vouloient envoier troiz cens chevaliers en Constantinoble [ID., 212]
  • XVe s.
    Et quel conseil, dit la duchesse, vous faut-il avoir pour bien faire ? Ma femme, respondit le duc ; car sans elle je n'en ferai rien ; autant a-t-elle en mes enfants comme j'en ai [FROISS., II, II, 222]
    Et depuis en ça nous avons esté bien informez de la verité [ID., I, I, 53]
    Messire Thomas de Felleton, qui se tenoit en Bordeaux [ID., II, II, 4]
    Assez tost après ce qu'ils furent venus en Avignon [ID., I, I, 145]
    Lors entrerent en ces Flamands qui furent tous esbahis quand si près ils les virent d'eux [ID., I, I, 141]
    Je le puisse continuer [ce livre] et perseverer en telle maniere que tous ceux qui le liront.... [ID., Prol.]
    Si lui veuilliez prier en pitié, qu'il veuille avoir merci de nous [ID., I, I, 320]
    Aimery de Pavie qui en genoux et en grand cremeur avoit esté [ID., I, I, 326]
    Le roi de France et son conseil prennent grand plaisance en ce que vous sejourniez ci à grands frais [ID., I, I, 119]
    Ils jettent de cette claire paste sur cette chaude pierre, et en font un petit tourtel, en maniere d'une oublie [ID., I, I, 34]
    En l'assemblée des dessusditz [COMM., I, 1]
    Et mistrent le feu en une maison [ID., IV, 3]
    Il faisoit mener sept ou huyt petis basteaux en intention de faire ung pont [ID., I, 6]
    En peu de jours après fut desconfit en bataille et mort [COMM., I, 7]
    Qui voudroit bien regarder aux rigoureuses et soudaines punitions que Dieu a faites sur les grands princes, depuis trente ans en ça, on y trouveroit plus qu'en deux cens ans auparavant [ID., VIII, 17]
  • XVIe s.
    Il falloit avoir les reins ceints, des pieds en ses souliers et une main en son baston. - Il se reprit incontinent : " Eh bien ! dit-il, des souliers en ses pieds, et un baston en sa main, " [MARG., Nouv.. X]
    Noyer en la mer [MONT., I, 4]
    En son dernier soupir [ID., I, 5]
    Consoler sa mort en la mort d'un ennemy [ID., ib.]
    En la guerre que Ferdinand feit contre.... [ID., I, 8]
    En public [MONT., I, 11]
    Ceulx qui entreprennent, vivants et respirants, jouyr de l'ordre et honneur de leur sepulture, et qui se plaisent de veoir en marbre leur morte contenance [ID., I, 18]
    Mettre en pièces [MONT., I, 27]
    En Sparte [ID., I, 379]
    Croire en Dieu [MONT., I, 22]
    En tant qu'il est en nous [ID., I, 78]
    Il alla jusqu'en Jerusalem pour.... [ID., I, 310]
    De pere en fils [MONT., II, 296]
    Porter en son doigt un anneau d'or [ID., I, 337]
    Ils prennent armes en dos [ils endossent] [ID., II, 275]
    L'histoire a je ne sçay quoy de venerable, en ce qu'elle fait profession de dire tousjours verité [AMYOT, Préf. IV, 28]
    Toutes ses statues presque ont l'armet en teste [ID., Péricl. 3]
    Estans en chemises tous desceints [ID., Lucull. 28]
    Mettre en nonchaloir [ID., ib. 30]
    Agesilaus fist response, que, quant à la paix, il n'estoit pas en luy de la faire [ID., Agésilas, 16]
    Demaratus se prit à plorer de joye, en bon vieillard comme il estoit [ID., Alex. 68]
    Je fremis toute et ne suis plus en moy ! [RONS., 641]
    M. d'Estrozze [Strozzi] attitra un courrier pour venir en poste porter les nouvelles de la mort de Brusquet, et prioit le roi de vouloir donner et continuer sa poste à sa femme, en ce que [à condition que] elle espousast ce courrier qui estoit à lui [BRANT., t. I, p. 448, édit. MONTMERQUÉ.]

ÉTYMOLOGIE

  • Picard, in ; wallon, in ; provenç. en ; espagn. en ; portug. em ; ital. in ; du latin in; allem. in. Le vieux français a dit quelquefois e pour en.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

    1. EN. - REM. Ajoutez :
  • 7. En rue, pour dans la rue. J. J. Rousseau écrit de Lyon :
    Je suis logé chez la veuve Petit, en rue Genti [J. J. ROUSS., Lett. à Mlle Serre, 1736]
    Chez M. Barcellon, huissier de la Bourse, en rue Basse [ID., Lett. à Mme de Warens, 23 oct. 1737]
  • 8. Mme de Sévigné emploie en avec un nom de personne pour signifier : avec, chez.
    J'allais me promener à Vincennes, en famille et en Troche [avec Mme de la Troche] [SÉV., 10 avril, 1671]
    J'ai été cette nuit aux Minimes ; je m'en vais en Bourdaloue [SÉV., 25 déc. 1671]
    Ce sont des tournures plaisantes.
  • 9. Régnier a dit : Qui vit naître et mourir les Muses en la France, Sonnet I. En la France, moins usité que en France, est bon néanmoins.
  • 10. J. J. Rousseau a dit en Deux-Cents pour : dans le conseil des Deux-Cents, à Genève. Je ne doute pas que le discours tenu par le procureur général en Deux-Cents ne soit sincère, Lett. à d'Ivernois, 24 mars 1768.

EN2

(an ; l'n se lie quand en précède le verbe ; et alors en se prononce exactement comme la préposition en : je n'en ai pas, il s'en amuse ; le succès en est douteux, dites : je nan-n ai pas ; il san-n amuse ; le succès an-n est douteux ; quelques personnes prononcent : je na-n ai pas, il s'a-n amuse, le succès a-n est douteux ; mais cette prononciation, peut-être plus conforme à d'autres analogies, est aujourd'hui provinciale ; en ne se lie pas quand il suit le verbe : donnez-en un ou deux, dites donnezan un ou deux) pron.Pronom relatif de la 3e personne, des deux genres et des deux nombres, disent la plupart des grammairiens, pronom relatif ou particule relative, dit l'Académie ; d'après Jullien, nom général de choses qu'on qualifie ordinairement de pronom, parce qu'il se met, comme les pronoms, devant les verbes dont il est le complément et, après eux, à l'impératif ; mais il n'indique aucunement la 1re, la 2e ou la 3e personne ; il ne remplace pas toujours un nom, mais bien souvent une proposition tout entière ; il ne s'accorde pas du tout avec les noms qu'il représente ; il est toujours, au cas indirect, marqué par de, et ne joue jamais le rôle de sujet. Ce fait est que en, venant du latin inde qui signifie de là, est d'abord et étymologiquement un adverbe de lieu, puis exprime par extension toute sorte d'autres rapports.
De ce lieu, de ces lieux. Vous allez à Lyon, j'en viens.
Dans le sein paternel je me vis rappelée, Un malheur inouï m'en avait exilée [VOLT., Tancr. I, 4]
D'adverbe de lieu, en passe au rôle de pronom (comme où, qui, du rôle d'adverbe de lieu, passe au rôle de pronom relatif dans : le bonheur où j'aspire), et signifie de ce, de ceci, de cela, de cette chose, de ces choses. Cette affaire est délicate, le succès en est douteux.
[Elle] Se saisit du poignard et de sa propre main à nos yeux, comme lui, s'en traverse le sein [CORN., Œdipe, V, 10]
Comme l'amour ici ne m'offre aucun plaisir, Je m'en veux faire au moins qui soient d'autre nature [MOL., Amph. III, 2]
Non, en conscience, vous en [des fagots] payerez cela [ID., Méd. m. lui, I, 6]
Qu'avez-vous fait pour être gentilhomme ? croyez-vous qu'il suffise d'en porter le nom et les armes ? [ID., Don Juan, IV, 6]
Vous voudriez bien aussi savoir qui est la personne qui en écrit de la sorte [dans les deux premières provinciales] [PASC., Rép. aux deux 1res lett.]
Votre père et les rois qui les ont devancés, Sitôt qu'ils y montaient [au trône], s'en sont vus renversés [RAC., Théb. IV, 5]
Cet illustre trépas ne peut-il vous calmer, Puisque même mes fils s'en laissent désarmer ? [ID., ib. III, 3]
Nourri dans le sérail, j'en connais les détours [ID., Bajaz. IV, 7]
La vie est un dépôt confié par le ciel ; Oser en disposer, c'est être criminel [GRESS., Édouard III, IV, 7]
Néron, bourreau de Rome, en était l'histrion [DELILLE, l'Homme des champs, I]
Hésiode a écrit sur l'agriculture ; Démocrite, Xénophon, Aristote, Théophraste en ont traité en prose [ID., Préf. aux Géorgiq.]
Il se dit aussi des personnes : de lui, d'elle, d'eux, d'elles.
Sans l'avoir jamais vu, je connais son courage ; Qu'importe après cela quel en soit le visage ? [CORN., Suite du Ment. IV, 2]
J'en ai fait un martyr [de Polyeucte], sa mort me fait chrétien ; J'ai fait tout son bonheur, il veut faire le mien [ID., Poly. V, 5]
C'est pourquoi, dépêchons, et cherche dans ta tête Les moyens les plus prompts d'en faire ma conquête [MOL., l'Étour. I, 2]
Le plus parfait objet dont je serais charmé N'aurait pas mon amour, n'en étant point aimé [ID., Dép. am. I, 3]
Le bon de cette profession [médecin], c'est qu'il y a parmi les morts une honnêteté, une discrétion la plus grande du monde, et jamais on n'en voit se plaindre du médecin qui l'a tué [ID., Méd. m. lui, III, 2]
J'espère retrouver mes parents ; j'en attends des nouvelles avec impatience [ID., l'Av. I, 1]
Multipliez les créatures, et en augmentez les perfections de plus en plus jusqu'à l'infini, ce ne sera toujours, à les regarder en elles-mêmes, qu'un non-être [BOSSUET, Concupisc. 12]
La crainte de faire des ingrats ou le déplaisir d'en avoir trouvé, ne l'ont jamais empêchée de faire du bien [FLÉCH., Or. fun. de Mme de Montaus.]
Quoi, vous en [de lui] attendez quelque injure nouvelle ? [RAC., Andr. II, 1]
Ses grâces, sa beauté, sa fière modestie, Tout m'en plaît [CRÉBILLON, Catilina, I, 1]
C'est sa tante ; pourquoi ne la verrait-il pas ? Il en doit recueillir un fort gros héritage [DESTOUCH., le Médis. II, 7]
J'adore Adélaïde, et j'en suis estimé [PIRON, G. Wasa, IV, 2]
Au roi que nous pleurons, il laissa la couronne ; Constance en est la sœur.... [SAURIN, Blanche et Guisc. I, 4]
Nos poëtes ont assez reposé leurs amants sur le bord des ruisseaux, j'en ai voulu asseoir sur le rivage de la mer [BERN. DE ST-P., Paul et Virginie.]
Par lui, par elle, par eux, par elles, en tant que, dans la phrase, le de qui est dans en peut être conçu comme remplacé par la préposition par.
Tout est au-dessous d'elle, à moins que de régner ; Et sans doute qu'Aemon s'en verra dédaigner [CORN., Œd. I, 3]
Sert à rappeler d'une manière plus ou moins régulière et précise l'idée énoncée dans une proposition.
Consultez-en, seigneur, la reine votre mère [CORN., Nicom. I, 2]
Allons en résoudre chez moi [ID., Sertor. IV, 4]
Et si la curiosité me prenait de savoir si ces propositions sont dans Jansénius, son livre n'est pas si rare ni si gros que je ne le puisse lire tout entier pour m'en éclaircir, sans en consulter la Sorbonne [PASC., Prov. 1]
La mort qui frappe tôt s'en fait moins ressentir [ROTR., Bélis. V, 5]
Mais je ne suis pas homme à gober le morceau, Et laisser le champ libre aux yeux d'un damoiseau ; J'en veux rompre le cours [MOL., Éc. des f. III, 1]
Ah ! ah ! tu t'en avises, Traître, de t'approcher de nous [ID., Amph. II, 3]
Il connaît et son crime et son ingratitude, Il s'en hait, il en sent la peine la plus rude [TH. CORN., Ariane, III, 2]
Le ciel, en le perdant, s'en est vengé sur vous [RAC., Théb. V, 3]
En t'avouant pour fils en est-il moins coupable ? En es-tu moins Brutus ? en es-tu moins romain ? [VOLT., Mort de Cés. III, 2]
Romains, j'aime la gloire et ne veux point m'en taire [ID., Rome sauvée, V, 2]
Je t'en aime encor plus, et je crains davantage [ID., Mér. V, 4]
Ma douleur s'en accroît, ma honte s'en augmente [ID., Tancr. III, 4]
Il entre dans un grand nombre de gallicismes, comme ceux-ci par exemple : il en veut à un tel ; il s'en donne ; je m'en promets ; en venir aux mains ; il s'en faut. Il en est de.... c'est-à-dire la chose se comporte comme. Il en sera de cette réclamation comme de celle de l'an passé.
Mais de vous, cher compère, il en est autrement [MOL., Éc. des f. I, 1]
Vaugelas condamnait cette locution, et voulait y supprimer en ; suivant lui il fallait dire : il est des hommes comme de.... et non il en est des hommes comme de.... On lui objectait que cette suppression faisait amphibologie, et que il est des hommes semblait d'abord signifier : il y a des hommes. Finalement en a triomphé, et à bon droit ; ce n'est pas la logique qui demandait ce pléonasme, mais la clarté du discours y a gagné. C'en est assez, c'est-à-dire cela suffit.
En est-ce assez, ô ciel ? [CORN., Cinna, V, 3]
C'en est trop, la chose dépasse la mesure.
Mais, c'en est trop, Cléone [RAC., Andr. II, 1]
En être, c'est-à-dire être d'un complot, d'un secret, d'une cabale, etc.
Quoi ! Néarque en est donc [de la secte des chrétiens] [CORN., Poly. III, 2]
En être à, n'être pas plus avancé que....
N'est-il pas singulier que, dans une ville aussi fameuse que Carthage, on en soit à chercher l'emplacement même de ses ports ? [CHATEAUBR., Itin. III, 185]
En être pour, perdre. J'en suis pour mon argent.
Où tout autre aurait trouvé du moins quelque honneur, j'en suis pour mon argent et ma réputation [P. L. COUR., I, 61]
C'en est fait, la chose est terminée, résolue.
Mes amis sont tous prêts, c'en est fait, il est mort [CORN., Héracl. IV, 6]
En est-ce fait, Arcas ? [RAC., Mithr. V, 2]
En tenir, être joué, trompé.
Hé ! bien, monsieur, Nous en tenons tous deux, si l'autre est véritable [MOL., Dépit. am. I, 5]
En donner d'une, tromper, abuser.
Bon, bon, tu voudrais bien ici m'en donner d'une [MOL., Dép. am. III, 7]
On dit aussi, en tenir, dans le sens d'être amoureux. En planter, faire porter des cornes à un mari.
Je sais les tours rusés et les subtiles trames Dont, pour nous en planter, savent user les femmes [MOL., Éc. des f. I, 1]
N'en pouvoir mais, n'être pas cause de....
... Ayant de la manière Sur ce qui n'en peut mais déchargé sa colère [MOL., Éc. des f. IV, 6]
N'en pas devoir, avoir autant qu'un autre la chose, la qualité dont il s'agit.
Il ne vous en doit rien, madame, en dureté de cœur [MOL., Princ. d'Él. III, 5]
En être jusqu'à, et, en supprimant jusque, en être à, être conduit au point de.
Pour moi, j'en suis souvent jusqu'à verser des larmes [MOL., Psych. I, 1]
S'en tenir à, n'aller pas plus loin que.
Napoléon ajouta quelques menaces déjà moins violentes, et il s'en tint aux paroles, soit qu'il eût jeté toute sa colère dans un premier mouvement, soit qu'il n'eût voulu qu'en effrayer tous les Allemands qui seraient tentés de l'abandonner [SÉGUR, Hist. de Nap. IX, 6]
S'en dire, se faire à soi-même des reproches, des remontrances.
Mon cœur s'en est plus dit que vous ne m'en direz [RAC., Brit. III, 1]
En croire quelqu'un, ajouter foi à ses dires.
Je ne vous en croirai qu'après l'expérience [CORN., Cid, II, 1]
À qui en a-t-il ? c'est-à-dire contre qui est-il en colère ?
Je suis pétrifié, dit-il ; à qui en a-t-il ? [Mme DE GENLIS, Veillées du chât. t. III, p. 136, dans POUGENS]
En- sert aussi de préfixe pour indiquer déplacement : emporter, porter-en, portare inde, emmener, mener-en, minare inde, s'enfuir, fuir-en, fugere inde, s'en aller, aller-en, aller de là, etc.

REMARQUE

  • 1. En se met toujours avant le verbe, et, si le verbe est composé, avant le verbe auxiliaire : il en parle, il en a parlé ; excepté à l'impératif (2e personne du singulier, 1re et 2e personnes du pluriel), où il se met après, s'y joignant par un trait d'union : prends-en, parlez-en, parlons-en.
  • 2. Avec les impératifs de la 1re conjugaison, à la 2e personne du singulier, on intercale pour l'euphonie une s, de cette façon : parles-en.
  • 3. Si le verbe à l'impératif est construit avec une négation, en se met avant le verbe : n'en parle pas ; ne vous en étonnez pas ; n'en disons rien ; ne nous en effrayons pas.
  • 4. En, construit avec des pronoms, se met toujours après ces pronoms : il vous en a parlé ; il s'en moque ; parlez-nous-en ; retirez-les-en ; nous vous en empêcherons ; nous ne vous en empêcherons pas ; il t'en enverra ; vous lui en adresserez.
  • 5. À l'impératif, quand en est joint avec moi, toi, on change moi, toi, en m', t' : va-t'en, donne-m'en, donne-t'en ; et, avec la négation : ne m'en veuille pas, ne t'en vante pas.
  • 6. En joint à y se met toujours après y : il s'y en donna.
    Il faut donc que, pour les ordures, vous ayez des lumières que les autres n'ont pas ; car, pour moi, je n'y en ai point vu [dans l'École des femmes]. - C'est que vous ne voulez pas y en avoir vu, assurément [MOL., Critique, sc. 3]
    J'y ai fait tant de corrections, j'y en ferai tant encore [VOLT., Lett. d'Argent. 18 avr. 1764]
    De même à l'impératif : mettez-y en. Lachaussée a eu tort de dire dans l'École des mères, IV, 4 : je m'en y vais ; il faut : je m'y en vais.
  • 7. En joue toujours le rôle de complément indirect, puisqu'il contient virtuellement la préposition de : voyez ces fleurs ; en avez-vous cueilli ? c'est-à-dire : avez-vous cueilli une part de ces fleurs ? En conséquence, le participe passé qui le suit reste invariable, parce que en auquel il se rapporte n'a par lui-même ni genre ni nombre.
    Il a lui seul fait plus d'exploits que les autres en ont lu [BOILEAU, Disc. à l'Acad.]
    Baléazar est aimé des peuples ; en possédant les cœurs, il possède plus de trésors que son père n'en avait amassé par son avarice cruelle [FÉN., Tél. VIII]
    Idoménée a fait de grandes fautes, mais cherchez dans tous les pays les mieux policés un roi qui n'en ait pas fait d'inexcusables [ID., ib. XI]
    Par son analyse, Descartes fit faire plus de progrès à la géométrie qu'elle n'en avait fait depuis la création du monde [THOMAS, Éloge de Desc.]
    Cependant des grammairiens, prêtant à en un sens qu'il n'a pas, disent que le participe peut s'accorder ; c'est une erreur ; mais l'accord est une licence qu'on peut passer à un poëte, sans devoir pour cela faire autorité :
    Des pleurs, ah ! ma faiblesse en a trop répandus [VOLT., Oreste, II, 2]
    Mais, dans ce vers de Racine :
    Et de ce peu de jours, si longtemps attendus, Ah ! malheureux, combien j'en ai déjà perdus ! [RAC., Bérén. IV, 4]
    il ne faudrait pas croire que c'est en qui détermine l'accord du participe ; c'est combien qui le détermine. Voy. COMBIEN, remarque 1 ; suivant la règle, on dira : combien de jours j'ai perdus, ou combien j'ai perdu de jours.
  • 8. Dans le XVIIe siècle, on employait volontiers en par pléonasme.
    Il y a, dans l'instruction, quelque chose qui ne dépend que de la conformation des organes, et de cela les animaux en sont capables comme nous [BOSSUET, Connaiss. V, 5]
    Dans la milice sacrée, c'est en être déserteur que de cesser de combattre [MASS., Profess. rel. 2]
    Des restes de sa droiture, il en fait les ébauches de ses passions [ID., Panég. St Thom.]
    Ce pléonasme n'est pas sans utilité, et pourrait, dans quelques cas, être imité.
  • 9. Les substantifs pris d'une façon partitive, sans article défini, en un sens général, ne peuvent guère être représentés consécutivement par les pronoms et en conséquence par en. Cependant cette phrase ne doit pas être condamnée :
    Pardonnez-moi si vous ne me trouvez que bon citoyen, et soyez sûr qu'il n'y en a point qui attende de vous de si grandes choses [VOLT., Corresp. génér. 18 déc. 1744]
  • 10. Avec faire on peut, dans s'en aller, supprimer le pronom personnel s' (voy. ALLER, S'EN ALLER).
    Il faut que ce soit elle avec une parole Qui trouve le moyen de les faire en aller [MOL., D. Garc. IV, 6]
    Vous ne voulez pas faire en aller cet homme-là [ID., Imprompt. 2]
  • 11. Molière a dit : en être de même, pour être de même.
    Il [cela] est très naturel, et j'en suis bien de même [MOL., Dép. am. I, 3]
    Cette tournure n'est plus usitée.
  • 12. Au XVIIe siècle, on se servait de en précédé de et pour joindre deux membres de phrase à peu près comme nous les joindrions par dont ; la tournure est commode, et mérite d'être regrettée.
    C'est un autre ennemi qu'il faut combattre, et en porter tout le poids et la violence [FOLARD, Traité de la colonne, V]

HISTORIQUE

  • IXe s.
    Si io [je] returner non l'int pois [si je ne l'en puis détourner] [, Serment]
  • Xe s.
    Ell' ent adunet [inde adonat, en abandonne] lo suon element [, Eulalie]
    Et celes elemosynas ent posciomes [puissions] facere, que lui ent possumus proferre [, Fragm. de Valenc. p. 469]
  • XIe s.
    Puisque serment li est jugied, ne l'en [de son bétail] pot pas puis lever per le jugement de Engleterre [, Lois de Guill. 25]
    Bien en [avec de l'argent] porrat louer ses soudoiers [, Ch. de Rol. III]
    Terres et fiés [fiefs] tant com vous en voldrez [, ib. v]
    Des Frans de France en i a plus de mil [, ib. XI]
    Livrez m'en [de cette commission] ore le gant et le baston [, ib. XVII]
    [Je] desfi les en, sire, vostre veiant [à vos yeux] [, ib. XXIV]
    En [pour servir son roi] doit on perdre et du cuir et du poil [, ib. LXXVII]
  • XIIe s.
    Quant Artus ot sa terre asise.... Genievre prist, s'in fist roïne [, Rom. de Brut, t. II, p. 69]
    S'en [pour cela] devroie estre occis [, Ronc. p. 24]
    Bien l'avez fait, mout [je] vous en doi amer [, ib. p. 33]
    Garés en vous, gentils fils à baron [, ib. p. 40]
    Des douze pers, li dis en sont ocis [, ib. p. 63]
    S'or [je] ne le venge, mout m'en doit on blasmer [, ib. p. 75]
    Là 'n est la joste de cent mille esgardée [, ib. p. 144]
    Et quant mes cuers s'est mis en li [elle] amer, Je ne m'en puis mie ariere retraire [, Couci, II]
    Onques vers li [elle] [je] n'oi [n'eus] faus cuer ne volage ; Si m'en devroit pour tant mieux avenir [, ib. XI]
    Il en reprist une autre [épouse] qui fu assez vaillans [, Sax. v]
  • XIIIe s.
    Nos avons paié nostre passage ; se il nos en vuellent mener, nous en irons volentiers [VILLEH., XXXVI]
    Celle dame mourut, l'ame en puist Diex garder [, Berte, III]
    Alez ent, orde garce, ma dame veut dormir [, ib. LXXXVII]
    Les autres [elle] end [de couteaux] a fait garnir [, Lai d'Ignaurès]
    Et je qui onques ne li menti, li respondi que je en ameroie miex avoir fait trente pechés, que estre mesiaus [lépreux] [JOINV., 194]
  • XVe s.
    Et en furent accusés de cette double trahison messire Pierre de Landuras et messire Bertran du Franc [FROISS., II, II, 2]
    Et encore detint le dit brigand le dit chastel et le garnit bien, et en guerroya le pays [ID., I, I, 324]
    Ce que j'en ay faict, sire, ce n'a esté que d'aventure, dont y devez bien penser [, Jehan de Saintré, ch. 42]
  • XVIe s.
    Je vous prye, n'en parlez plus, et m'en laissez faire [RABEL., Pant. II, 18]
    Va-t-en à ton roy en son camp, et luy dis nouvelles de ce que tu as veu [ID., ib. II, 28]
    Baille icy, villain, baille, et en va querir d'aultres [ID., ib. II, 30]
    Cerchons donc par conjecture, si nous en pouvons trouver, comment s'est ainsi si avant enracinée ceste opiniastre volonté de servir [LA BOÉT., 25]
    Par adventure en y a il bien aussi quelques uns de ceste sorte, mais d'eux ne parle-je pas maintenant, ainçois d'autres que j'en voy, qui.... [ID., 125]
    Phyton respondit qu'ils en [à cause de cela] estoient d'un jour plus heureux que luy [MONT., I, 3]
    Aulcuns en prinrent argument que.... [ID., I, 7]
    Allez vous y en [MONT., I, 296]
    Prens t'en ailleurs [ID., I, 22]
    Althacus ne s'en vouloit point aller [AMYOT, Lucull. 29]
    Elle s'arracha d'alentour de la teste son bandeau royal, et, se le nouant à l'entour du col, s'en pendit [ID., ib. 32]
    Cela fut decouvert à Tigranes qui l'en feit mourir [ID., ib. 58]
    Il lui demanda de combien il en avoit affaire, et l'autre luy respondit qu'il en auroit assez de cent [ID., ib. 79]
    Il escrivit en terre : fuy t'en, Mithridates [ID., Démétr. 5]

ÉTYMOLOGIE

  • Berry, in, allons-nous in ; provenç. ent et ne ; ital. ne ; anc. ital. ende, ensuite ; du latin inde, de là, d'ici, en.

en

EN. Préposition qui sert à marquer, soit au propre, soit au figuré, la Relation d'une chose avec le dedans, l'intérieur, le milieu d'une autre. Elle se prend dans une acception moins déterminée que Dans, et son complément ne s'emploie que très rarement avec l'article défini. Mettre quelqu'un en prison. Monter en voiture. Être en pleine mer. Chasser en plaine. Un ouvrier qui travaille en chambre. Avoir de l'argent en poche, en caisse. Être en lieu sûr. Être en France. Passer en Espagne. Voyager en Italie. En haut. En bas. En avant. En arrière. En dedans. En dehors. Dîner en ville. Se mettre en chemin. Rester en place. Être bien en selle. Avoir preuves en main. Se mettre martel en tête. Avoir un projet en tête. Ce mot ne s'emploie guère qu'en poésie. Exceller en quelque chose. On doit, en toute chose, se conduire prudemment. En cas de mort, en cas d'accident. En tous cas. Il n'est pas en mon pouvoir de faire cela. Descendre en soi-même. En l'honneur des saints. En l'absence d'un tel. En la présence de Dieu. Ce procès a été jugé en chambre du Conseil. Souvent l'idée de relation avec l'intérieur d'une chose s'affaiblit, ou même s'efface entièrement, et EN paraît alors équivaloir aux prépositions À, Vers ou Sur. Marcher en tête. Être en tête de sa classe. Suivre en queue. Mettre en ligne. Prendre en flanc. Donner du nez en terre. Voltiger de fleur en fleur. De fil en aiguille. De point en point. D'aujourd'hui en huit.

Cette préposition a divers emplois spéciaux. Ainsi très souvent elle précède un mot qui indique ou détermine l'État absolu ou relatif, la manière d'être, la disposition, la modification d'une personne ou d'une chose. Il a tant couru, qu'il est tout en eau, qu'il est tout en nage. Du blé en herbe. Une vigne en fleur. Teindre, colorer en bleu, en rouge. Mettre des vers en musique. Un portrait en pied. Mettre en pièces. Un habit en lambeaux. Une terre en friche. Un enfant en nourrice. Être en apprentissage. Un officier en activité, en retraite. Il n'est plus en fonction. Se mettre en mesure de... Être en possession d'un bien. Être en bonne posture. Être en guerre avec quelqu'un. Vivre en paix, en repos. Être en liberté. Les lois en vigueur. Ce mot n'est plus en usage. Un arrêt passé en force de chose jugée. Être en vogue, en réputation, en faveur, en disgrâce. Être en danger. Être en vie, en bonne santé, en appétit. Être en bonne humeur, en colère, en verve. Être en extase. Tomber en défaillance. Être en rapport avec quelqu'un. Mettre en doute. Être en rapport avec quelqu'un. Être en avance, en retard.

Elle introduit également le mot qui indique ou détermine :

1° À quoi une personne est occupée, appliquée. Être en affaire, en prières. C'est un homme tout en Dieu.

2° Le résultat d'un changement de nature. Narcisse fut métamorphosé en fleur. Se résoudre en pluie. S'en aller en fumée, en vapeur. Son amour se convertit en haine. Fig., Éclater en sanglots. Fondre en larmes.

3° La forme. Des arbres taillés en buisson. Des perles en poire. Une fenêtre en ogive. Mettre quelque chose en boule. S'élever en pyramide, en forme de pyramide. Se terminer en pointe.

4° Le genre de culture. Cet hectare est en vignes. Ce terrain a été mis en potager, est en potager.

5° Le mode de division. Diviser en deux, en trois, en quatre parties, ou, simplement, Diviser en deux, en trois, etc. Un poème en quatre chants. Une comédie en cinq actes. Un ouvrage en deux volumes.

6° L'espèce de vêtement qu'une personne a sur elle. Être en veste, en chemise, en manteau, en habit de chasse. Être en uniforme. Être en pantoufles. Elle était en blanc. Être en deuil.

Elle introduit aussi très fréquemment le mot qui détermine À quoi est relative, à quoi est restreinte, ou de quel point de vue est considérée la chose, la qualité, l'action, etc., dont il s'agit. La récolte en vin n'a pas été fort abondante. Une terre fertile en blé. Être riche en biens-fonds. Sa fortune consiste en rentes sur l'État. Il m'a payé moitié en espèces, moitié en billets. Il y a six mille francs en tout. Vendre son bien en tout ou en partie. Nous ne différons qu'en un seul point. Je n'ai fait en cela que me conformer à ses ordres. Ce qui est juste en soi. Il lui ressemble, mais en beau. Parler de quelqu'un en bien, en mal. En fait et en droit. On doit ranger ici les locutions telles que : Docteur en médecine. Peintre en bâtiments. Ouvrier en soie. Tourneur en bois, en ivoire. Peintre en miniature. Graveur en médailles.

Elle sert encore, particulièrement, à marquer Conformité. En bonne justice. En bonne règle. En conscience. Je vous le dis en vérité. On voit, en effet, que...

Elle sert à indiquer encore :

1° La manière dont se fait une action. Je vous expliquerai la chose en deux mots. Se ruiner en folles dépenses. S'épuiser en efforts inutiles. Réprimander en vain. Ils s'y rendirent en toute hâte. Se promener en long et en large. Voir quelqu'un en secret. Lui parler en cachette. À cet emploi se rapportent les phrases où EN peut ordinairement se résoudre par À la manière, à la façon de. Vivre en homme de bien, en bon chrétien, en libertin. Se conduire en bon frère. Agir en roi, en maître. Parler en étourdi, en écervelé. En homme prudent, je me retirai. Commander en chef, En qualité de chef. On dit de même Général en chef, etc.

2° Le langage ou le genre d'écriture qu'on emploie. Écrire un ouvrage en grec, en français, en latin, etc. Traduire en prose. Improviser en vers. Une comédie en vers, en prose. Ils s'entretenaient en anglais. Écrire en ronde, en bâtarde, en grosses lettres, etc. Une inscription en caractères grecs, en hiéroglyphes, etc.

3° La destination. Armer en course, en guerre. Mettre en vente. Mettre en gage, en dépôt. Donner en otage. Livrer en proie. Arborer un drapeau noir en signe de deuil. On peut rapporter à cet emploi les expressions, Poser en fait, établir en principe, mettre en question, etc., Présenter ou avancer quelque chose comme un fait, comme un principe, etc.

4° Le motif qui fait agir ou La fin qu'on se propose. Il l'a fait en haine d'un tel. En considération de ses services. En reconnaissance de vos bienfaits. En vue de lui plaire. En mémoire de moi. Payer une somme en déduction d'une autre Donner une chose en échange d'une autre. En foi de quoi je lui ai délivré le présent certificat.

EN sert encore à former plusieurs autres locutions, pour l'explication desquelles nous renvoyons aux différents articles des mots qu'il régit. Prendre son mal en patience. Avoir en horreur. Prendre quelqu'un en amitié, en grippe, en haine. Prendre quelque chose en bonne, en mauvaise part. En revanche. En tiers. En comparaison. En définitive. En conséquence. En outre, etc. Voyez PATIENCE, HORREUR, etc.; REVANCHE, TIERS, etc.

Il sert de plus à marquer le Rapport au temps et signifie Durant, pendant. En hiver. En été. En tout temps. En temps de paix. En temps de guerre. En ces temps de calamité. En votre absence. En plein jour. En 1830. En l'an 700 de l'hégire. En l'an 500 de la fondation de Rome. Il arrivera en trois heures.

Suivi d'une forme verbale en ANT, EN forme le gérondif qui marque le Temps, l'époque, comme dans ces phrases : On apprend en vieillissant. Il donna ses ordres en partant. Il leur dit, en les recevant, que... Il l'a déclaré en mourant; ou la Manière : Parler en tremblant. Un mal qui va en augmentant. Un ruisseau qui va en serpentant; ou la Cause : Il s'est blessé en tombant; ou la Condition : Vous trouverez en cherchant, etc.

EN sert encore à former des mots, et surtout des verbes, qui signifient Garnir de, mettre dans, etc. Cette préposition, lorsqu'elle fait ainsi partie d'un mot composé, s'écrit avec une m, toutes les fois qu'elle est suivie d'un b, d'un p ou d'une m. Ainsi on écrit, Embarquer, empenner, emmailloter, au lieu de Enbarquer, enpenner, enmailloter.

en

EN. Pronom personnel relatif invariable. Il établit une relation de possession, de provenance, de cause avec un nom de chose qui précède, et qui équivaut à De lui, d'elle, d'eux, d'elles. J'aime beaucoup Paris et j'en admire les monuments. Cette maladie est dangereuse, il peut en mourir. C'est un événement triste, j'en suis tout affligé. On a voulu lui donner une mission officielle, il s'en est dispensé.

Il se dit quelquefois des Personnes. C'est un véritable ami, je ne pourrai jamais oublier les services que j'en ai reçus.

Il peut avoir aussi une signification partitive. A-t-il des amis? Il n'en a qu'un seul. Oh! les beaux fruits que vous avez, donnez-m'en quelques-uns.

Dans cette acception, si, après EN, le nom qu'il représente est qualifié par un adjectif, cet adjectif est précédé de la préposition de. A-t-il des protecteurs? Il en a de très puissants. C'est la seule récompense qu'il ambitionne, il n'en désire pas d'autre.

EN, dans cette acception, forme quelquefois une sorte de pléonasme. En est-il un seul parmi vous qui consentît?

Il peut arriver que EN représentant une idée qui n'a pas encore été exprimée soit placé en tête de la proposition. N'en doutez pas, ils céderont si vous montrez de la fermeté, c'est-à-dire Ne doutez pas de cela, de ce que je vais dire, etc. C'est là, soyez-en certain, la cause de son refus, c'est-à-dire C'est là (soyez certain de ce que je dis) la cause, etc.

EN a une valeur adverbiale quand il signifie De là, de l'endroit dont il est question. Vient-il de la ville? Oui, il en vient.

Dans cette acception, il entre en composition avec un certain nombre de verbes de mouvement à forme pronominale : S'en aller, s'en venir, s'en revenir, s'en retourner, s'enfuir, etc. Adieu, je m'en vais. Si vous avez à faire, je m'en irai. Allons-nous-en. Voulez-vous vous en retourner?

EN, adverbe relatif signifie aussi, souvent par extension, À cause de, par suite de cela, de la chose dont il est question. Le chagrin le mina si bien qu'il en mourut.

Dans cette acception, mais très affaiblie, il entre en composition avec certains verbes pour leur donner une signification spéciale. N'en pas croire ses yeux. En vouloir à quelqu'un. S'en prendre à autrui. Je n'en reviens pas. Il en est venu à ses fins. En venir aux mains, aux coups. Il ne sait plus où il en est. N'en pouvoir mais. Il s'en faut de beaucoup. Il ne peut en être ainsi. En imposer. N'en pouvoir plus.

en

En apres, Tum én praepositio idem valet quod In, Per, Inter.

En apres fay qu'il te souvienne, etc. Simul in mentem tibi veniat facito, etc.

En bas, voyez Embas.

En chemin, Per viam, In via, Inter eundum.

En delayant, Per dilationes.

En ce, In hoc, In hac parte.

En ce disant, Cum dicto.

N'en choses publiques ne privées, Neque publicis, neque priuatis rebus.

Pere qui m'a adopté en fils, Per adoptionem pater.

En fin finale, Aliquando tandem, vel Tandem aliquando.

En haut, In excelsum emicant rami.

En joüant, Per ludum.

En quelque maniere que les choses soient faites, Vt vt haec sunt facta.

En aussi grand nombre, Quamuis multos nominatim proferre.

En outre, Adhaec.

En paix, Per pacem.

En partie, Quadantenus.

En quelque autre chose je te rendray le plaisir, Referam gratiam in aliquo.

En quoy ay-je offensé? Quid offendi?

Cueillir en temps les saulsayes, Per tempus salices legere.

En peu de temps, Intra paucos dies.

En quatre ans, Intra quatuor annos.

En tout advenement, Vt vt res cadat.

Ils ont defailly en toutes choses, Circa omnia defecerunt.

En toutes autres choses, Ad omnia alia.

En tout et par tout, Per omnia.

En vision d'esprit, Per visum.

en


EN, au milieu du mot, alonge la syllabe, quand il est suivi d'une consone, autre que l'n: il a le son d' an: "Prendre, décadence, évidence, tenter, cimenter. Prononcez, Prandre, décadance, tanté, etc. Mais si l'n est redoublée, il suit la règle générale, et la voyelle précédente est brève. = En n'a le son d'an que devant les consones; devant les voyelles, et l'e et l'n ont leur son propre: énemi, énergie. Pron. é-nemi, énergie, etc. Voyez ENN.

en


EN final a le son d'an, quand il est suivi d'une consone, expédient, moment: pron. expédi-an, moman; mais s'il n'y a pas de consone, il conserve le son qui lui est propre: moyen, citoyen, etc. — Exceptez de cette règle les temps des verbes en ent, où l'e est muet, où l'n ne se prononce pas, et où le t ne ne se prononce que devant une voyelle. Ils aiment, ils aimèrent; prononcez éme, émère. — Exceptez aussi les verbes en enir, qui font iens et ient, au présent: tenir, je tiens, il tient. Dans ces verbes, quoique en soit suivi d'une consone, il n'a pas le son d'an. = Rouen et Caen se prononcent Rouan et Can.
   On dit, dans le Dict. Gram. que nous terminons par la voyelle nazale en les mots latins terminés en anus. "Tertullien, Cyprien, etc. qu'on écrivait autrefois Tertullian, Cyprian, etc. Le P. Rapin dit Claudian; M. Coeffeteau, les Prétorians, etc. — Il manque quelque chôse à cette règle: c'est d'y ajouter, lorsqu'en est précédé d'une voyelle, comme e ou i; lernéen, néméen, et non pas lernéan, néméan, etc. Quintilien, et non pas Quintilian; car hors delà on dit an; Trajan, Séjan, Titan, etc. Vaugelas n'excepte qu' Arrian: Ménage y ajoute Ammian, Appian, Elian, Oppian, Corneille dit que quelques-uns pensent qu'on peut dire Élien: Je crois que l'usage d'aujourd'hui est de dire aussi Arrien, Appien, Oppien, et qu'on n'excepte qu'Ammian Marcellin. = Cette règle, au reste, ne regarde pas seulement les mots latins; elle s'étend encôre aux noms propres des Langues modernes. Par exemple, on dit, le Titien, fameux Peintre Italien, et non pas le Titian, comme on le disait autrefois.

en


EN, prép. [An.] Elle sert à marquer, 1°. le raport au lieu et au temps. "En haut, en bas, en arrière, en avant, en dedans, en dehors. Vivre en sa maison: aller de Ville en Ville. "En hiver, en été; en temps de peste, ou de guerre, etc. = 2°. L'état, la disposition d'une persone. "En bonne santé, en humeur, en colère, etc. = 3°. La manière: "Être en veste: agir en maître. = 4°. Le motif: "Il le fit en haine, ou en considération de, etc. = 5°. L'ocupation: "Il est en affaire, en oraison, etc. = 6°. Il a encôre un grand nombre d'usages, qu'on trouvera en cherchant les noms avec lesquels il s'associe.
   En et dans ont beaucoup de ressemblance, et il est dificile de dire précisément quand il faut préférer l'un à l'aûtre. Voici quelques règles générales. = I. on met toujours en devant les noms de Royaumes, ou de Provinces, lorsqu'on ne leur done point d'article: "En France, en Normandie, en Provence. Devant les noms de Villes, on met à: "À~ Paris, à Avignon. — Les noms de Royaumes qui prènent l'article, sont, la Chine, le Japon, le Pérou, le Mexique, le Canada, etc., et presque tous les pays du Nouveau-Monde. On dit, aller à la Chine, et non pas, en Chine; au Japon, au Pérou, etc. Le P. Bouhours excepte le Canada: l'on dit, aller en Canada: mais on dit certainement, au Maine, au Perche. = Il est des Villes, en parlant desquelles on se servait aûtrefois de la prép. en. On disait, en Jérusalem, en Arles, en Avignon; et plusieurs le disent encôre aujourd'hui: il faut dire, à Jérusalem, à Arles, à Avignon. Pour les lieux qui ont un article constant devant leur nom; au lieu d'à, on dit au, ou, à la: Au Caire, au Mans, à la Mecque, à la Flèche, etc. = II. On ne met jamais en aux aûtres noms, quand le nom est~ masculin, qu'il a son article, et que cet article ne s'élide point. Ainsi, on ne peut dire, en le repôs; mais il faut dire, dans le repôs. On dit, au contraire, en repôs, et on ne dirait pas, dans repôs. — Si le nom est féminin, ou si l'article du masculin est élidé, on se sert fort bien d'en, quoique dans soit meilleur d'ordinaire. "Dans la misère où je suis; ou bien, en la misère où je suis: "Dans l'état où je suis réduit; ou bien, en l'état où je suis réduit. — On dit cependant toujours, il est allé en l'aûtre monde, pour dire qu'il est mort; et ce serait mal dit, il est allé dans l'aûtre monde, quoiqu'on dise également bien: "Nos bonnes oeuvres nous suivent en l'aûtre monde, ou, dans l'aûtre monde. = M. L'Ab. Regnier done, sur ce point, cette règle, qu'en n'admet l'article après lui, que quand le nom qu'il régit est au singulier; qu'il commence par une voyelle, ou une h muette, et qu'il régit un autre nom, comme en l'absence d'un tel, en l'honneur des Saints. Il ajoute que cela s'étend même à si peu de phrâses, que les deux qu'il cite sont presque les seules que l'usage aproûve. — On a dit indiféremment, avoir part en l'amitié, ou, à l'amitié de quelqu'un. Le P. Bouhours et M. de Wailly, aiment mieux à l'honeur, qu'en l'honeur. L'Auteur des Réflexions, etc. préfère, en l'amitié et en l'honeur. On dit, mettons-nous en la présence de Dieu, ayons confiance en la miséricorde du Seigneur. Ce sont des expressions consacrées. On ne dit pas, en la louange, en la gloire, on dit, à la louange, à la gloire. "Un Poème composé à la louange, à la gloire du Roi. — On dit aussi à l'âge, plutôt qu'en l'âge. "M. de Voiture étoit d'Amiens; il mourut en l'âge de 50 ans. Pelisson. Peut-être, dit M. de Wailly, pourrait-on mettre en l'âge, pour éviter deux à de suite. "Un accident inopiné le déroba à la France en l'âge de 24 ans. En l'âge parait bien dur: pour éviter une cacophonie, il ne faut pas tomber dans une aûtre. — Hors de ces phrâses consacrées, qui sont en petit nombre, en la est dur à l'oreille, même devant une voyelle, ou une h muette, à plus forte raison, devant une consone. Rousseau dit en l'eau, mais c'est en style marotique.
   Freres, jetons en l'eau le Compagnon.
Racine a dit, en la richesse, dans le Cantique sur le bonheur des Justes.
   Heureux, qui de la sagesse
   Attendant tout son secours,
   N'a point mis en la richesse
   L'espoir de ses derniers jours.
En les, est encôre plus dur qu'en la. * BOSSUET emploie l'un et l'aûtre dans la même phrâse. "Ainsi qu'il arriva en les personnes de Libérius, d'Honorius, et en la personne des Papes schismatiques.
   III. Aûtrefois on mettait en devant beaucoup de noms employés sans article: "Marchez, dit BOSSUET, en foi, en humilité et en confiance. On dirait aujourd'hui, dans la foi, dans l'humilité et dans la confiance. — On disait aussi, en si, devant des adjectifs précédant des noms sans article, et sans le pronom un.
   Pour avoir part en si belle aventure...
   En si beau sujet de parler...
   En si juste douleur...
Malherbe aimait ces façons de parler. Il avait dit aussi:
   En si noble danger, moquons-nous de l'envie.
Mais depuis il les changea, et mit, par le conseil de M. de Bellegarde: En un si beau danger. MÉNAGE.
   IV. EN, marque un sens vague et indéterminé. "Il est en province; je l'ai mis en pension: on ne dit pas dans quelle Province, dans quelle Pension: et la preûve que le sens est indéterminé, c'est qu'on ne pourrait pas dire, il est en province de Normandie; je l'ai mis en Pension qui est très-belle. Il faut se servir alors de dans, qui marque un sens précis et déterminé; comme, par exemple: la politesse règne plus dans la Capitale que dans les Provinces. Wailly. — Les noms régis par en, s' emploient, le plus souvent, sans article: ceux que dans gouverne, prènent toujours l'article. Aussi, en réformant les phrâses citées plus haut, et substituant dans à en, il ne faut pas dire, il est dans province de Normandie; je l'ai mis dans Pension qui est fort belle. Il faut dire, dans la province de, etc.; dans une Pension qui, etc. Une, est l'équivalent de l'article.
   V. On met dans, ou en, avec tout, soit qu'il ait un article, soit qu'il n'en ait point. "Dans tous les lieux, dans tous les temps, ou bien, en tous les lieux, en tous les temps. — Quand il n'y a pas d'article, en vaut mieux que dans. "En tout tems, en tout lieu. On pourrait peut-être dire, dans tout tems, dans tout pays, et il y a des Gramairiens qui le disent; mais dans tout lieu choquerait l'oreille, qui n'y est pas acoutumée.
   VI. On met aussi en, ou dans, devant les adjectifs de nombre, et devant ceux qui y ont raport; comme, plusieurs, divers, chaque, quelque, etc. "J'ai lu cela en un bon livre, ou, dans un bon livre; en mille ocasions, ou, dans mille ocasions; en plusieurs endroits, ou, dans plusieurs endroits, etc.
   VII. Comme des, ou de, est le pluriel d' un, en notre Langue, on met en, ou dans devant de, ou des, comme devant un. "En un livre ancien; en des livres anciens; en de vieux livres, ou, dans un livre, dans des livres, etc.
   VIII. Quand on emploie les adjectifs de nombre avec les noms de temps, comme sont heure, jour, mois, année, etc. on doit toujours se servir d'en, quand on veut marquer le temps qui s'emploie à une chôse, et de dans, pour signifier le temps après lequel on veut faire quelque chôse. "J'ai lu ce livre en deux heures, et dans deux heures d' ici, je commencerai la lecture de cet autre. — Ainsi, dans répond à la question, quand? et en, à la question, en combien de temps? Le premier se met avec le futur, l'aûtre avec les aûtres temps des verbes, et avec le futur même, quelquefois. "Il le fera dans trois jours; il l'a fait en trois heures; il apprend son Sermon en trois, ou quatre heures; je le ferai, si je le veux, en deux heures de temps.
   IX. On peut mettre en et dans devant les pronoms démonstratifs, ou personels, ou possessifs, comme ce, ces, celui, soi, nous, etc.; son, nous, notre; quel, quelque, tel, etc. Il y a pourtant des endroits où dans ne vaut rien. Par exemple, quoiqu'on dise, rentrer en soi-même, ou, dans soi-même, on dit toujours, penser en soi-même. Il y en a d'aûtres où en ne serait pas si bien, comme quand il s'agit d'un lieu où l'on met quelque chôse. "Il a serré dans (plutôt que en) son cofre, sa cassette, son cabinet.
   X. Quand on parle de la matière des ouvrages des arts, en vaut mieux que dans. On dit, des ouvrages en or, en argent, en bois, en cuivre, etc. * Charlevoix dit: "Des ouvrages en or, et dans les autres métaux. Dans ne fait pas bien là. Dites, en or et en aûtres métaux. Voy. DANS.
   XI. Enfin, quoiqu'on puisse mettre quelquefois en et dans indiféremment devant un mot, cependant, s'il y a plusieurs mots semblables dans la période, et que ce soit le même sens, le même ordre et la même suite de discours, ayant mis dans au premier mot, il ne faut pas mettre en au second; l'uniformité demande que dans règne par-tout. "C'est un Dieu fidèle dans ses promesses, inépuisable dans ses bienfaits, juste dans ses jugemens, etc. — Que si ce n'est pas le même ordre et le même sens, on peut varier, et on doit le faire en certains endroits. "Socrate passa un jour et une nuit entière en une si profonde méditation, qu'il se tint toujours dans la même posture. Bouhours.
   XII. EN, placé devant des adjectifs et quelques substantifs employés adjectivement, a le sens de comme: "Agir en furieux, en insensé, parler en maitre, en Roi, etc., c. à. d., comme un furieux, un insensé, etc.; comme doit parler un maître, un Roi, etc.
   Sous l'or et sous la pourpre ils sont chargés d'entraves:
   On les adore en Dieux, ils souffrent en esclaves.
       Thomas.
Dans ce tour de phrâse, le mot régi par en doit se raporter au sujet (au nominatif): ils soufrent en esclaves, est bien; on les adôre en Dieux, ne vaut rien. = Remarquez encôre que en, dans cet emploi, a un sens actif. Aimer en Dieu, c'est aimer, non pas comme un Dieu doit être aimé, mais comme un Dieu aime. Ainsi, le Prédicateur qui a dit, qu'on doit aimer Dieu, parce qu'il est Dieu, et l'aimer en Dieu, s'est fort mal exprimé. Et c'est encore là une raison pourquoi on les adore en Dieux, de M. Thomas, n'est pas un tour de phrâse régulier.

en


EN, pronom, répond à de, et sert à désigner une chôse dont on a déjà parlé. "Il en est le père, l'auteur: le père de cet enfant, l'auteur de cet ouvrage. "Il est mon ami, mais je n' en suis pas content: je ne suis pas content de lui. Il est alors employé comme de, au génitif et à l' ablatif. "Quelquefois cependant il tient lieu de nominatif et d'acusatif, comme quand on dit, après avoir parlé de vertu: "C'en est une grande. "Vous parlez de belles actions; il en a fait une admirable. Dans le 1er exemple, en est au nominatif; dans le 2d, à l'accusatif. REGN.
   C'est une propriété d'en, pronom relatif, de changer les temps et les modes des verbes; de sorte que se raportant à un mode et à un temps, il suplée pour un mode et pour un temps diférent, et qui est sous-entendu. "Je l' aimerais, si son inconstance ne l'en rendoit indigne. En, se raporte au futur conditionel aimerais, et suplée pour l'infinitif d'être aimé; si son inconstance ne le rendait indigne d'être aimé. = En, est même quelquefois relatif d'une phrâse entière. "Quand il le vit dans un si déplorable état, il en fut touché.
   EN, comme pronom relatif, se raporte, et aux persones, et aux chôses, dans les deux nombres, et dans les deux genres. = 1°. Il ne faut pas l'éloigner de son antécédent, si l'on veut mettre de la netteté dans la phrâse. Isabelle dit, dans les Menechmes de Regnard:
   Il est vrai; mais enfin, l'esprit vient avec l'âge:
   J'en connois les dangers...
Les dangers de quoi? de l'esprit, ou de l'âge? Non; de l'hymen, dont il est parlé deux vers plus haut. 2°. En, ne suplée bien que pour la prép. de "Il avoit de bonnes troupes, et il en a gagné la bataille, pour dire, qu'il a vaincu avec ses troupes. C'est une façon de parler vicieûse. "Cléopatre va son train: le caractère m'en plaît beaucoup plus que le style... Voilà qui est bien, pourvu qu'on m'en garde le secret. Sév. Il y a du sous-entendu dans ce 2d en; pourvu qu'on ne dise pas que je fais une pareille lecture. "Ces bois étant fort légers, ils n'en étoient que plus propres à rendre légers les bâtimens qu' on en construisoit. Orig. des Lois. Soit que en suplée là pour avec, ou pour l'ablatif de bois, il ne fait pas un bon éfet. — Cependant, dans le discours familier on peut passer un en, ainsi employé. "Guérissez-vous avec votre bonne pervenche... Rafraîchissez-en cette poitrine enflamée. Sév. = 3°. Quoique ordinairement en et de ne doivent pas se trouver ensemble, apliqués au même nom, puisque le premier est le supléant du second, cependant cette espèce de pléonasme et de double emploi a souvent bone grâce, et favorise une transposition élégante. "J'estime, dit Saint-Evremont, le Précepteur de Néron; l'ambitieux, qui prétendoit à l' empire: du Philosophe et de l'Ecrivain, je n' en fais pas grand cas. Il aurait pu dire, je ne fais pas grand câs de l'Écrivain et du Philosophe; mais outre que le tour irrégulier est plus vif et plus harmonieux, Saint-Evremont troûve par-là le moyen de varier son style; secret si important, que quiconque l'ignôre ne sera jamais, quoiqu'il fasse, qu'un très-méchant Écrivain. Coste, Notes sur La Bruyère. "Au fond, qu'est-ce que la finance? C'est l'art de régir les impôts. Il en faut des impôts: c'est une vérité triste et démontrée. Linguet. L'Auteur aurait pu dire, il faut des impôts, ou, il en faut, et ne pas mettre tout-à-la-fois, et le substantif, et le pronom destiné à le remplacer; mais cette espèce de pléonasme done de la grâce et de la force au discours. = 4°. En ne peut précéder son régime, si c'est un nom, quand ce nom est aux câs obliques. On dit, j'en ai vu le portrait; mais on ne dit pas, j'en ai disposé de la valeur, j'en ai décidé de la justesse, etc. "Tout simoniaque ne peut être légitime titulaire du bénéfice qu'il a acquis par simonie... Il ne peut en jouir des fruits. HIST. du Dr. Ecl. Fr. Il falait dire, ne peut en percevoir les fruits. = 5°. En, précède régulièrement les verbes qui le régissent. "J'en ai eu l'âme troublée pendant long-tems. "Que mes yeux voient ton corps mangé par les vautours! Celle que tu aimes le verra aussi. Elle le verra: elle en aura le coeur déchiré, et son désespoir fera mon bonheur. Calypso, dans Télémaque. = 6°. En style de Palais, de Chancellerie et de Traités, le pronom en est régi par des participes employés adjectivement. "Que le Roi remettroit au Duc, Pignerol... la Pérouse, et les Forts en dépendans. D'AVR. En style ordinaire, on dit, qui en dépendent. = 7°. En, ne suplée pas pour toute sorte de noms et de verbes: l'usage y met des exceptions. On dira, par exemple: "Je ne veux pas le faire, mais j'en suis bien tenté: il suplée là pour un infinitif; mais on ne dira pas: si je veux faire cela, j'en suis libre. "On publia parmi les troupes, que quiconque voudroit se retirer, en étoit libre. HIST. d'Angl. Il falait dire, était libre de le faire. — En général, la correction et l'élégance du style demandent que le pronom en se raporte plutôt à un nom qu'à un verbe. On dit, je m'en suis dégoûté, en parlant de l'étude, plutôt que, j'avais comencé d' étudier, je m'en suis dégoûté. Dans l'Ann. Litt. on critique cette phrâse de M. d'Alembert, tirée de l'Éloge de La Motte: "Après ses Humanités, il étudia, comme beaucoup d'autres Hommes célèbres, pour être Avocat, et s'en dégoûta bientôt comme eux. = 8° On doit apliquer au pronom en, ce qu'on dit du pronom le, la, qu'on ne doit pas le faire raporter à des noms pris indéfiniment, comme dans cette phrâse: "Le Sénat, en permettant aux femmes les modes françoises, a semblé leur doner le droit d'en suivre les maximes de liberté. DESCRIPT. d'Italie. "Démonsthène étoit affirmatif à un point, qu'il vouloit qu'on crût qu'il avoit toujours raison. Cicéron se contentoit de le faire sentir, quand il croyoit en avoir. P. Rapin. En suplée en cet endroit pour de la; quand il croyait avoir de la raison. Or, avoir de la raison et avoir raison, sont deux chôses très-diférentes. Voy. RAISON. Voy. LE, Rem. 2e. = 9°. Ménage critique ces vers de Malherbe, dans son Sonet à Mgr. le Dauphin.
   J'ai prédit, en mes vers,
   Que le plus grand orgueil de tout cet Univers,
   Quelque jour, à vos pieds, doit abaisser la tête...
   Si vous ne vous hâtez d'en faire la conquête,
   Vous en serez frustré, par les yeux de vos Soeurs.
Dans la pensée du Poète, dit le Critique, en se raporte à Univers; et suivant les règles de la Grammaire, il se raporte à orgueil; la conquête de l'orgueil, ce qui serait ridicule, si l'observation de Ménage était juste. Mais c'est une chicane qu'il fait à Malherbe. Persone, en lisant ces vers, ne s'y méprendra, et ne sera tenté d' apliquer conquête à orgueil. Il est pourtant vrai de dire que la force du sens, toute seule, ôte l'équivoque, et qu'il faut ordinairement, pour l'éviter, faire raporter le pronom en au sujet de la phrâse, plutôt qu'au régime. Par exemple: "Cette méthode donne un grand prix à cet ouvrage. C'est un tel qui m'en a donné l'idée. Naturellement on est porté à raporter en à méthode, qui est le sujet, et non pas à ouvrage, qui est le régime; m'a doné l'idée de cette méthode. Si on voulait faire raporter en à ouvrage, m'a doné l'idée de cet ouvrage, il y aurait une équivoque dans la phrâse. = 10°. En, s'emploie encôre par une certaine redondance, que l'usage a autorisée et rendûe élégante. "Il ne faut en user mal avec personne: ils en sont venus aux mains: il s'en va partir, il s'en retourne à Paris, etc. Il en est de lui comme des autres. "Un Savant de ce siècle contient dix fois un Savant du siècle d'Auguste; mais il en a eu dix fois plus de commodité pour devenir savant. Fonten. "Il (M. Batteux) décompose les plus petits ouvrages, et les juge par les règles fondamentales d'une vérité si générale et si claire, qu'elles en sont triviales. Ann. Litt.
   Il faut éviter de mettre deux en de suite; dont l'un soit l'article du gérondif, et l'aûtre pronom, comme, en en faisant mention. = * En après pour après, est entièrement aboli, de même qu'en en faisant, qui ne se dit plus qu'au Palais.

Traductions

en

(ɑ̃)
préposition
1. indique l'intérieur d'un lieu aller vivre en Espagne
2. indique la matière un sac en cuir
3. indique un état être en colère être en congé
4. indique le moment, la durée en été en travaillant en trois heures
5. indique le moyen un voyage en avion
6. indique un domaine spécialiste en informatique
7. devant un verbe au participe présent en arrivant en parlant du temps

en

in, an, nach, pro, um, zu, auf, auf … zu, bei, betreffend, gegen, mit, nach … hin, über, von, vor, wegen, gegenüber, Inn, verstehen, ausin, by, into, to, a, at, inside, on, per, toward, towards, upon, of, within, aboard, about, after, an, concerning, for, over, regarding, as, fromin, aan, , naar, per, te, van, binnen, jegens, met, om, op, tegen, tot, voor, als, bij het, daarom, daarvan, eindpunt], erdoor, erom, erop, erover, eruit, ervan, ervandaan, etc., naar [landen], op [plaats, op weg, over [tijd], tijd], tijdens, tot [begin-, van [materiaal], -vormig [eigenschap], het, er, aangaande, betreffende, overבתוך (מ יחס)aan, binne, in, jeens, na, na … toe, om, oor, op, per, teen, toe, van, vira, cap a, dins de, en, quant a, sobre, versaf, i, for, om, over, på, til, ved, vidal, en, je, prien, a, acerca de, dentro de, en cuanto a, hacia, por lo tocante a, respecto de, sobre, a partir de, de-ssa, -lle, -sta, -sta, -stäu, na, odá, að, i, til, uma, di, in, dentro, da, nea, ab, abs, adi, om, over, , til, avw, do, ku, o, zem, a, a respeito de, acerca de, ao, com, dentro de, para, quanto a, deapropo, către, despre, în, la, prin, spreв, к, на, о, изразцовый, кожимитовый, через, изi, om, över, på, till, avkatika, ndani yaσε, απόفي, مِنْv, z・・・から, ・・・に~에, ~으로ใน, ทำจากdan, de, datừ, vào lúc, 由…而成в (ɑ̃)
pronom
1. remplace le lieu d'où l'on vient J'en viens.
2. remplace un objet, une chose J'en veux encore. J'en ai acheté deux. en parler

EN

abr nf (=Éducation nationale)
voir éducation

en

[ɑ̃]
prép
(situation) → in
en Nouvelle-Calédonie et au Vanuatu → in New Caledonia and Vanuatu
en prison → in prison
en mer → at sea
perdu en mer → lost at sea
habiter en France → to live in France
habiter en ville → to live in town
Il habite en France → He lives in France.
(direction) → to
aller en France → to go to France
aller en ville → to go to town
Je vais en France cet été → I'm going to France this summer.
Il est allé en France et au Canada → He went to France and Canada.
(temps) → in
Je le verrai en mai → I'll see him in May.
en été → in summer
en juin → in June
en 3 jours → in 3 days
en 20 ans → in 20 years
(moyen) → by
C'est plus rapide en voiture → It's quicker by car.
en avion → by plane
en taxi → by taxi
(composition)made of
C'est en verre → It's made of glass., It's glass
C'est en coton → It's made of cotton., It's cotton.
un collier en argent → a silver necklace
une chemise en coton → a cotton shirt
en 2 volumes → in 2 volumes
en une pièce → in one piece
(description) une femme en rouge → a woman in red
une femme habillée en rouge → a woman dressed in red
La mariée est en blanc → The bride is in white.
peindre qch en rouge → to paint sth red
en T → T-shaped
en étoile → star-shaped
en chemise → in one's shirt sleeves
en chaussettes → in one's socks
habillé en soldat → dressed as a soldier
en civil → in civilian clothes
en deuil → in mourning
cassé en plusieurs morceaux → broken into several pieces
en réparation → being repaired, under repair
en vacances → on holiday
en bonne santé → healthy, in good health
le même en plus grand → the same but bigger, the same only bigger
(avec participe présent, durant une action) → while; (au début d'une action) → when
Elle lisait en mangeant → She read while she ate.
Il s'est coupé le doigt en ouvrant une boîte de conserve → He cut his finger opening a tin.
Il a claqué la porte en sortant → He slammed the door as he went out.
En apprenant la nouvelle, il s'est évanoui → He fainted when he heard the news.
(avec participe présent, indiquant la manière) sortir en courant → to run out
Elle est sortie en courant → She ran out.
Elle m'a regardée en souriant → She smiled at me.
(sujet) fort en math → good at maths
expert en → expert in
(= en tant que) en bon politicien, il ... → good politician that he is, he ..., like a good politician, he ...
je te parle en ami → I'm talking to you as a friend
en tant que → as
pron
(indéfini) j'en ai → I have some
j'en veux → I want some
en as-tu? → have you got any?
je n'en veux pas → I don't want any
j'en ai 2 → I've got 2
Est-ce que tu as un dictionnaire? - Oui, j'en ai un → Have you got a dictionary? - Yes, I've got one.
j'en ai assez (= suffisamment) (de sucre) → I've got enough of it; (de pommes) → I've got enough of them (= j'en ai marre) → I've had enough
il y en a (sucre) → there is; (pommes) → there are
il n'y en a pas (de sucre) → there isn't any; (de pommes) → there aren't any
Combien d'élèves y a-t-il dans ta classe? - Il y en a trente → How many pupils are there in your class? - There are 30.
Combien y en a-t-il? → How many are there?
(provenance) → from there
j'en viens → I've come from there
(cause) il en est malade → he is ill because of it
il en perd le sommeil → he can't sleep because of it
(= de la part de) elle en est aimée (de son mari)she is loved by him; (de ses enfants)she is loved by them
(complément de nom, d'adjectif, de verbe) j'en suis fier → I am proud of it
j'en ai besoin → I need it
j'en connais les dangers → I know the dangers
Il a un beau jardin et il en est très fier → He's got a beautiful garden and is very proud of it.
Est-ce que tu peux me rendre ce livre? J'en ai besoin → Can you give me back that book? I need it.
il en est de même pour moi → it's the same for me
où en étais-je? → where was I?