errant, ante

ERRANT, ANTE1

(è-rran, rran-t') adj.
Qui erre, qui n'est pas fixé. Peuples errants. Hordes errantes.
La vie errante que je mène depuis quarante ans et plus, m'ayant donné occasion de voir et de visiter, plusieurs fois et de plusieurs façons, la plus grande partie des provinces de ce royaume.... [VAUBAN, Dîme, 3]
Dans maint auteur de science profonde, J'ai lu qu'on perd à trop courir le monde ; Très rarement en devient-on meilleur ; Un sort errant ne conduit qu'à l'erreur [GRESSET, Vert-vert, I]
Ces traits de sang, ce spectre et ces errantes ombres [VOLT., Fanat. IV, 4]
Lorsqu'on voit les peuplades qui erraient commencer à se fixer, ce changement doit être moins regardé comme les premiers temps des sociétés civiles que comme les derniers de la vie errante [CONDILLAC, Hist. anc. I, ch. 14]
Voir, c'est avoir, allons courir, Vie errante Est chose enivrante [BÉRANG., Bohémiens]
Fig. Mener une vie errante, vivre au hasard, sans but. Étoiles errantes, les planètes, par opposition aux étoiles fixes.
Poétiquement. Qui flotte.
Et mon âme déjà sur mes lèvres errante [RAC., Phèd. III, 1]
Par extension, qui ne se fixe pas. Imagination errante.
Et ainsi que mon corps, mon esprit est errant [RÉGNIER, Élég. II]
De nos désirs errants rien n'arrête le cours ; Ce qui plaît aujourd'hui déplaît en peu de jours [ST-ÉVREM., dans RICHELET]
Que je raffermirai votre fortune errante [TRISTAN, M. de Chrispe, II, 3]
Ses yeux creux sont pleins d'un feu âpre et farouche ; ils sont sans cesse errants de tous côtés [FÉN., Tél. III]
Qui se trompe, qui erre dans la doctrine, dans la religion.
Ceux qui se laisseraient tromper ne seraient qu'un troupeau errant [BOSSUET, Var. 1er avert. § 49]
Il [St Louis] tâcha de les ramener comme errants, il les dompta comme rebelles [FLÉCH., Panégyr. St Louis]
S. m. plur. Ceux qui errent dans la foi.
S'il arrivait miracle du côté des errants, on serait induit à erreur [PASC., Mir. 10]
Saint Augustin, que j'aime à citer comme celui dont le zèle pour le salut des errants a égalé les lumières qu'il avait reçues pour les combattre [BOSSUET, Var. 1re instr. pastor. § 49]
Les hommes ne peuvent donc se passer d'un culte extérieur qui les réunisse, qui les discerne des infidèles et des errants [MASS., Car. Vérit. culte.]
Cette multitude effroyable d'infidèles, d'errants, de pécheurs [ID., Prof. rel. Serm. 1]

HISTORIQUE

  • XVIe s.
    Les calamités des errants au desert [MAROT, Ps. CVII]

ÉTYMOLOGIE

  • Errer.

ERRANT, ANTE2

(è-rran, rran-t') adj.
Qui voyage au hasard. Usité seulement dans ces locutions-ci : Le Juif errant, personnage imaginaire que l'on suppose condamné à voyager incessamment jusqu'à la fin du monde, pour avoir outragé Jésus-Christ lors de la passion ; c'est la représentation légendaire du peuple hébreu depuis la dispersion ; Chevalier errant, chevalier qui courait le monde à la recherche d'aventures. Fig. et familièrement. C'est un chevalier errant, c'est un homme qui change souvent de demeure, qui voyage sans cesse.

HISTORIQUE

  • XIIe s.
    Moult se vont entresaluant Li remanant et li errant [, Roman du Brut, dans LACURNE]
  • XVIe s.
    Le chevalier errant [J. MAROT, v, 238]
    Quant aucune personne tient et occupe aucun chemin public et errant [par où l'on passe, passant], par sa coulpe empesché.... [, Coustum. génér. t. II, p. 281]

ÉTYMOLOGIE

  • Non pas le verbe actuel errer, qui vient du latin errare, mais l'ancien verbe errer, qui vient d'itinerare (voy. ERRE et aussi ERRER à l'étymologie). Voyager même au hasard n'est pas la même chose que errer ; et dans cet emploi d'errant l'idée de voyager existe.