essentiel, elle

ESSENTIEL, ELLE

(è-ssan-si-èl, è-l') adj.
Qui appartient à l'essence ou nature propre d'une chose. La rondeur est essentielle au cercle. La raison est essentielle à l'homme.
La sévérité du pécheur envers lui-même est une qualité essentielle à la pénitence [BOURDAL., Avent, Sur la pénitence, 184]
Ce philosophe païen [Porphyre] assure que les mauvais démons sont les auteurs des enchantements, des philtres et des maléfices ; qu'ils ne font que tromper nos yeux par des spectres et par des fantômes ; que le mensonge est essentiel à leur nature [FONTEN., Oracles, I, 3]
En distinguant ses idées, on considère quelquefois, comme entièrement séparées de leur sujet, les qualités qui lui sont le plus essentielles ; c'est ce qu'on appelle plus particulièrement abstraire [CONDILLAC, Conn. hum. sect. II, ch. 6]
Absolument. Nécessaire, indispensable, qu'on ne peut séparer. La justice est la vertu essentielle d'un roi. Les devoirs essentiels.
En cette paix donc, seigneur, Essentielle et suprême, En cet unique bonheur, Qui n'est autre que toi-même, Fais le repos de mon cœur [CORN., Imit. III, 15]
Chaque chose est vraie en partie et fausse en partie ; la vérité essentielle est toute pure et toute vraie [PASC., Pensées, I, 9]
Les soupçons d'infidélité dans le lien sacré du mariage ne sont plus un décri formel et une flétrissure essentielle [MASS., Car. Médis.]
Terme d'histoire naturelle. Caractères essentiels, ceux qui expriment les particularités les plus remarquables des espèces, des genres et de toutes les coupes systématiques. Terme de minéralogie. Parties constituantes essentielles d'une roche, celles dont la présence est nécessaire pour la constituer. Terme de médecine. Maladies essentielles, nom donné aux maladies qui ne dépendent d'aucune autre, pour les distinguer de celles qui ne sont que symptomatiques. Terme de musique. Cordes essentielles du ton, ou cordes modales, la médiante et la sous-sensible (le mi et le la dans le ton d'ut majeur ; l'ut et le fa dans le ton de la mineur).
Grave, important, sérieux.
Ces grandes sectes de philosophes contraires aux oracles durent leur faire un tort plus essentiel que celui de les réduire à la prose [FONTEN., Oracl. II, 6]
Ce défaut de connaissance de soi-même, qui met un obstacle si essentiel à l'utilité de nos confessions [MASS., Car. Conf.]
Tout est léger contre lui [le prochain] ; et sur ce qui vous touche, tout paraît essentiel à votre orgueil, et digne de vengeance [ID., Car. Médis.]
Elle [la personne dont vous médisez] est peut-être d'un sexe où, sur certains points principalement, les tâches les plus légères sont essentielles [ID., ib.]
Le relâchement, la recherche des commodités.... sont comme des transgressions essentielles de ce premier vœu de chasteté [ID., Profess. rel. Serm. 3]
En parlant des personnes, doué de qualités sur lesquelles on peut compter.
Ici vous êtes homme essentiel, ami généreux [ID., Car. Resp. hum.]
Essentiel sur la probité, réglé dans ses mœurs [ID., Car. Riche.]
Ami aussi essentiel qu'aimable [VOLT., Lett. Chabanon, 7 déc. 1767]
Vous aviez bien raison quand vous me disiez que le duc de Praslin était plus essentiel que bruyant [ID., Lett. d'Argental, 19 févr. 1770]
Sont-elles plus essentielles, plus sensibles, plus aimables que les Deshoulières, les Sévigné, les Grafigni ? [Mlle DE GENLIS, Ad. et Théod. t. I, lett 33, p. 277, dans POUGENS]
Terme de pharmacie. Principes essentiels, produits qui appartiennent en propre à chaque plante, et qu'on a cru contenir les vertus particulières de chacune d'elles ; tels sont les sels essentiels. Huiles essentielles, ancien synonyme d'essences (voy. ESSENCE).
S. m. Le point principal, important.
Tu n'as point d'ambition pour l'essentiel [HAMILT., Gramm. 4]
Je serais porté à croire que j'ai tort, si nous différions dans l'essentiel [D'ALEMB., Lett. au roi de Pr. 10 avril 1767]
L'essentiel est de faire bien [VAUVENARGUES, De l'activité.]

HISTORIQUE

  • XVIe s.
    Le Fils en autre sens s'appelle la Parole essentiele et eternelle du Pere [CALV., Instit. 76, 90]
    Il est possible qu'à ceulx qui employent bien le temps, la science et l'experience croissent avec la vie ; mais la vivacité, la promptitude, la fermeté et aultres parties bien plus nostres, plus importantes et essentielles, se fanissent et s'allanguissent [MONT., I, 408]
    Et ainsi sa preud'hommie luy sera propre, intime, essentielle, comme luy est son estre, et comme il est à soy-mesme [CHARRON, Sagesse, II, 3]

ÉTYMOLOGIE

  • Provenç. essencial ; espagn. esencial ; ital. essenziale ; du latin essentialis (voy. ESSENCE).