estime

estime

n.f.
Bonne opinion que l'on a de qqn ou qqch : Je tiens cette femme en grande estime considération, respect ; mépris, mésestime [litt.] j'ai une meilleure opinion de lui
À l'estime,
selon une approximation sommaire : Donnez-moi un montant à l'estime approximativement, au juger
Succès d'estime,
demi-succès d'une œuvre, accueillie favorablement par la critique mais boudée par le grand public.

ESTIME

(è-sti-m') s. f.
Sentiment qui attache du prix à quelqu'un ou à quelque chose.
Nous avons une si grande idée de l'âme de l'homme que nous ne pouvons souffrir d'en être méprisés, et de n'être pas dans l'estime d'une âme ; et toute la félicité des hommes consiste dans cette estime [PASC., Pensées, t. I, p. 249, édit. LAHURE]
Il est important de se conserver dans l'estime de son confesseur [ID., Prov. 10]
Qu'un voisin malicieux à vous ruiner s'apprête, Ou menace votre tête Par des crimes supposés, L'estime a les bras croisés ; Qu'il vous faille pour ressource Un prompt secours de sa bourse Dans quelque péril urgent, L'estime n'a point d'argent [PELLISSON, Recueil de pièces galantes, dans RICHELET]
Elle n'en parle pas avec beaucoup d'estime [SÉV., 44]
Quel spectacle de voir et d'étudier ces deux hommes [Condé et Turenne], et d'apprendre de chacun d'eux l'estime que méritait l'autre ! [BOSSUET, Louis de Bourbon]
Tous les métiers étaient en estime [ID., Hist. III, 3]
Sait-il en sa faveur jusqu'où va votre estime ? [RAC., Mithr. II, 1]
Vous devez avoir une haute estime pour Idoménée [FÉN., Tél. XI]
La véritable estime est celle qui est distribuée par des hommes dignes d'être estimés eux-mêmes [D'ALEMB., Ess. sur la soc. des g. de lett. Œuvres, t. III, p. 102, dans POUGENS.]
L'estime est un sentiment tranquille et personnel [MARMONTEL, Fragm. philos. mor. gloire]
Estime de soi-même, la juste opinion de soi que donne une bonne conscience. La source de toutes ses consolations est dans l'estime de lui-même.
L'estime de soi-même est le plus grand mobile des âmes fières ; l'amour-propre fertile en illusions se déguise et se fait prendre pour cette estime [J. J. ROUSS., 8e promen.]
Faire estime, estimer, faire cas.
Et faire les choses sans art Est l'art dont ils font plus d'estime [MALH., VI, 10]
Vous méprisez trop Rome, et vous devriez faire Plus d'estime d'un roi qui vous tient lieu de père [CORN., Nicom. III, 1]
Et quelle estime, mon père, voulez-vous que nous fassions du procédé irrégulier de ces gens-là ? [MOL., Préc. sc. 5]
Certes de Spartacus c'est faire grande estime Que d'oser en mon camp vous commettre à ma foi [SAURIN, Spart. III, 4]
Voltaire a critiqué cette locution ; mais elle est suffisamment justifiée par l'usage et par l'analogie (comparez FAIRE CAS). Être perdu d'estime et de réputation, passer pour un homme sans probité et sans honneur. Être en grande estime, jouir d'une grande réputation.
Estime au sens passif, pour l'estime qu'on inspire, bonne réputation, gloire.
Mon estime ne dépend point de vous [VAUGEL., Observ.]
Ainsi vous me rendrez l'innocence et l'estime, Lorsque vous punirez la cause de mon crime [CORN., Rodog. II, 3]
Il faut le délivrer du péril et du crime, Assurer sa puissance et sauver son estime [ID., Pomp. I, 1]
....Pour éviter le crime D'employer à te peindre un pinceau sans estime [ID., Remerc.]
au roi, en 1663, La grande estime que vos bonnes qualités vous ont donnée a déjà fait le coup le plus important de cette affaire [RETZ, Conjur. de Fiesque.]
Et qu'il eût mieux valu pour moi, pour mon estime, Suivre les mouvements d'une peur légitime [MOL., Dép. am. III, 3]
L'estime de modération qu'il avait même parmi les nôtres [BOSSUET, Réfut. du cat. de Ferry.]
Son estime ne sait que trop bien éclater ; Sa gloire va si loin qu'elle est à redouter [QUINAULT, Bellér. I, 3]
Mettre en estime, mettre en réputation, rendre digne d'estime.
Par quels faits valeureux N'as-tu mis ta gloire en estime ? [MALH., IV, 5]
Et pense auprès de vous se mettre en haute estime [CORN., Pomp. III, 3]
J'y vois la haute estime où sont vos grands exploits [ID., D. Sanche, I, 3]
La guerre en quelque estime avait mis mon courage [MOL., l'Ét. v, 3]
Voltaire a critiqué cet emploi d'estime ; sa critique, qui n'est pas valable contre le XVIIe siècle, prouve facilement qu'au XVIIIe cet emploi était en désuétude. Mais, à présent, rien n'empêche d'utiliser cette acception, qui, du reste, appartient aussi au XVIe siècle.
Opinion, jugement, appréciation.
J'ai mal connu César ; mais puisqu'en son estime Un si rare service est un énorme crime.... [CORN., Pomp. IV, 1]
C'est de mon jugement avoir mauvaise estime, Que douter si j'approuve un choix si légitime [MOL., Éc. des f. v, 7]
Un médisant ne peut réussir, s'il n'est en estime d'abhorrer la médisance [PASC., Prov. 16]
En quelle estime est-il, mon frère, auprès de vous ? - D'homme d'honneur, d'esprit, de cœur et de conduite [MOL., Femm. sav. II, 2]
Voyons ce que c'est ; suivant l'espèce de la chose, je ferai l'estime de votre silence [MARIV., Surprise de l'am. II, 1]
Évaluation approximative, surtout en termes de mer.
Le tailleur [un homme dont on avait démoli la maison pendant son absence] les suit [les arbres] à l'estime, puis croise et ne trouve plus sa maison [SAINT-SIMON, 59, 237]
Les déterminations astronomiques de plusieurs points qui n'étaient connus auparavant que par des estimes [CONDORCET, Maurepas.]
La géographie est bien éloignée de ce degré de perfection : la position d'une grande partie des villes, le cours des fleuves, la forme des côtes, tous ces objets ne sont connus souvent que par des observations grossières, des estimes de voyageurs, des détails d'itinéraires, des comptes inexacts [ID., d'Anville.]

HISTORIQUE

  • XVe s.
    Et y mourut trente ou quarante gentilshommes d'estime [COMM., VIII, 16]
  • XVIe s.
    On ne fait pas moins de tort à l'homme en lui ostant sa bonne estime [réputation] qu'en le despouillant de sa substance [CALV., Instit. 308]
    Tout ce que les œuvres ont de valeur et estime, elles l'ont au regard de l'obeissance que nous rendons à Dieu, laquelle seule il regarde [ID., ib. 957]
    Nous devons avoir en estime leur exemple [ID., ib. 1006]
    L'ouvraige, par estime de tous, excedoyt en prix la matiere [RAB., Garg. I, 51]
    Xenagoras ne prit pas ceste mesure à la volée, ny par estime seulement, ains seion les regles de l'art [AMYOT, P. AEM. 25]
    Desquels fonds ils font quatre ou cinq prix appellés estimes ; mettans les plus fertiles et gras à la premiere [O. DE SERRES, 12]

ÉTYMOLOGIE

  • Voy. ESTIMER ; wallon, astème, astome, supputation ; provenç. et espagn. estima ; italien, stima.

estime

ESTIME. n. f. Opinion favorable que l'on a de quelqu'un, fondée sur la connaissance de son mérite, de ses bonnes qualités, de ses vertus. Avoir, sentir, concevoir, prendre de l'estime, beaucoup d'estime, bien de l'estime pour quelqu'un. Il a l'estime de ses confrères, l'estime générale. J'ai pour lui une estime particulière, la plus haute estime. Je l'ai en grande estime. Honorer quelqu'un de son estime. Acquérir l'estime publique. Il a l'estime et l'affection de tous les gens de bien. Estime de soi- même. On dit de même J'ai beaucoup d'estime pour son mérite, sa conduite inspire beaucoup d'estime.

Il se dit aussi du Cas que l'on fait de certaines choses. Les sciences étaient en grande estime chez ce peuple. On dit ironiquement Un succès d'estime.

En termes de Marine, il se dit du Calcul approximatif que le pilote fait tous les jours de la distance parcourue par le navire, afin de juger à peu près du lieu où l'on est et du chemin qu'on a fait. Ce pilote s'est trompe dans son estime. L'estime qu'il avait faite ne s'est pas trouvée juste. Naviguer à l'estime. On dit aussi ESTIMATION. Il se dit dans ce sens dans le langage courant. À mon estime.

estime

L'estime qu'on a de vertu, Virtutis opinio.

Qui l'a eu en grande estime et authorité, Qui illum secum habuerit magno numero ac loco.

Homme de grand'estime, Pretij magni homo.

Populaire de nulle estime, Vulgus ignobile.

Homme de nulle estime, Leuis homo, Plebeius.

Estre de fort peu d'estime, Minimam authoritatem habere.

Estre en peu d'estime entre les gentils-hommes, Inter nobiles nihili haberi.

Un homme de peu d'estime ou de nulle valeur, Nebulo.

Recouvrer la bonne estime qu'on avoit de nous, Existimationem reconciliare.

Faire estime de quelqu'un, In aliquo numero ponere. Budaeus. ex Cicerone.

Tu ne fais estime que de cestuy-la, Omnia in hoc reponis. B. ex Valer. Maxim.

Dequoy on doit faire estime, Praedicabilis.

Il me sembloit à voir que je cognoissoy en quel estime il estoit envers toy, Nosse locum mihi videbar quem apud te is teneret.

estime


ESTIME, s. f. ESTIMER, v. act. [1re è moy. 3e e muet au 1er, é fer. au 2d.] I. Estime est, 1°. le câs, l'état qu'on fait d'une persone, de son mérite, de sa vertu. "Avoir de l'estime pour quelqu'un. "Être en estime dans une Société: être dans l'estime de tout le monde, dans une estime générale. "Avoir l'estime des gens de bien. "Être perdu d'estime et de réputation. Acad.
   Rem. 1°. Ce mot n'a point de pluriel. On dit à plusieurs persones, comme à une seule, votre estime, et non pas vos estimes.
   2°. Vaugelas prétendait qu'estime avait le sens tantôt actif et tantôt passif, et que mon estime signifie également bien, que j'estime; et que je suis estimé. Th. Corn. n'est pas de ce sentiment, et avec raison. Estime, dit-il, est un mot qui aproche de considération; et comme on ne saurait dire, sa considération diminue, pour dire, la considération qu'on a pour lui, on ne peut pas dire non plus, son estime diminûe, dans le même sens qu'on dit, sa réputation diminûe. — On ne faisait pas aûtrefois cette distinction, et l'on employait estime dans le sens de gloire, honneur. "Non content de l'estime d'être un des plus brâves hommes de France, il a voulu avoir encôre celle d'écrire et de parler mieux que persone. Voiture. — Mallebranche dit, dans le même sens, de Sénèque, que: "Cet Auteur a beaucoup d' estime dans le monde, pour dire qu'il est beaucoup estimé. — Et P. Corneille.
   Et vous ne deviez pas enveloper d'un crime
   Ce que votre victoire ajoute à votre estime.
       Nicom.
C. à. d. à l'estime qu'on fait de vous, à votre réputation. — Pluche a encôre dit, dans ce siècle: "La haute estime où nous les plaçons ne nous ôte pas la liberté d'apercevoir leurs méprises. — Tout cela est contre l'usage actuel, et même contre le génie et l'analogie de la langue. = On dit pourtant, être en estime, pour, être estimé. Et nous en avons donné un exemple. "Tous les métiers, jusqu'aux moindres, étaient en estime chez les Êgyptiens. Mais, dans cette phrâse, estime a le sens actif, et se raporte aux Égyptiens qui estimaient tous les métiers, et non pas aux métiers qui étaient estimés par les Égyptiens. C'est comme si l'on disait: étaient dans l'estime des Égyptiens.
   3°. Faire estime de, pour estimer, est une expression surannée. Voltaire a critiqué, avec raison ce vers de Corneille dans Nicomède.
   Et vous offenseriez l'estime qu'elle en fait.
   On trouve fréquemment cette expression dans nos anciens Auteurs, mais elle n'est plus d'usage.
   4°. Quand on écrit à des persones au-dessus de soi, on ne doit point se servir du mot d'estime tout seul, dit le P. Bouhours; mais quand il est joint à d'aûtres termes, il peut être employé, même à l'égard des Princes et des Rois. — L'usage a bien changé sur cet article. Aujourd'hui il n'est aucun terme qui pût faire passer le mot d' estime, quand on écrit à ses supérieurs. Il est aussi surané que celui de vénération.
   Estime, en termes de Marine, se dit du calcul que l'on fait tous les jours du sillage du vaisseau, afin de juger à peu près du lieu où l'on est, et du chemin qu'on a fait.
   II. Estimer est 1°. priser quelque chôse en déterminer la valeur. Estimer des meubles, une terre, une maison. "Cette Charge a été estimée tant, ou à tant. = 2°. Faire câs de... "On estime beaucoup cet homme. "Il se fait estimer par-tout, de tout le monde. "Il est généralement estimé. "On estime son mérite:~ sa vertu, etc. = 3°. Croire, penser, présumer. Il régit que et l'Indicatif, et quand la phrâse est négative avec le Subjonctif~. "J'estime que cela est; j'estime qu'il pourrait le faire: je n'estime pas qu'il le puisse. — Avec ce régime il est neutre, mais avec le régime des noms il est actif. "On estime cette place imprenable. Alors il régit toujours un Adjectif.
   Rem. Du temps de Bouhours, il y avait des personnes, qui ne pouvaient soufrir, estimer, dans le sens de croire. Cependant les meilleurs Auteurs s'en étaient servi, et depuis lors on s'en sert encôre sans dificulté. Cet illustre critique remarque fort bien qu'il ne parait pas tout à fait aussi afirmatif et aussi fort que croire.
   Quand on emploie estimer en ce sens, il ne faut pas trop l'éloigner de son régime.
   Estime, qui voudra la mort épouvantable,
dit Matthieu dans un quatrain. On est arrêté en lisant ce vers, et l'on ne sait si le sens est, qui voudra estime la mort, qui est épouvantable; ou bien, estime, croie que la mort est épouvantable. Ce dernier sens est celui de l'Auteur. On le devine bien: mais il ne faut rien laisser à deviner.

Synonymes et Contraires

estime

nom féminin estime
Opinion très favorable.
dédain, défaveur, discrédit, mépris -littéraire: déconsidération, mésestime.
Traductions

estime

Achtung, Verehrung, Wertschätzungesteem, regard, estimation, standingachting, tel, respectאהדה (נ), הוקרה (נ), הערצה (נ), חיבה (נ), יקר (ז), הוֹקָרָה, יָקָר, אַהֲדָה, הַעֲרָצָהagtingagtelseestimoestima, estimaciónstima, considerazione, riguardo, rispettoapreciação, estima (ɛstim)
nom féminin
fait d'apprécier qqn avoir de l'estime pour qqn

estime

[ɛstim] nfesteem, regard
avoir de l'estime pour qn → to think a lot of sb, to think highly of sb
J'ai beaucoup d'estime pour elle → I think a lot of her.