excellent, ente

EXCELLENT, ENTE

(è-ksè-lan, lan-t') adj.
Qui est à un degré éminent, qui l'emporte.
Il fut appelé à cette excellente fonction de ministre du Dieu vivant pour la défense de l'Église et pour le salut des peuples [BOURDAL., Panég. de S. Ignace, II]
Elle avait deux frères d'une excellente beauté [LA BRUY., III]
Titre qui se donne dans certaines formules nobiliaires. Très haut et très excellent prince.
Qui est très bon en son genre. Excellent vin. Chère excellente. Musique excellente. Un excellent livre.
Certes il écrit bien, sa lettre est excellente [CORN., Suite du Ment. II, 1]
J'aurais voulu faire voir que les plus excellentes choses sont sujettes à être copiées par de mauvais singes [MOL., Préf. des Préc.]
Il se dit aussi en ce sens des personnes. Un excellent prince. D'excellents généraux. Telle est l'opinion de beaucoup d'excellents personnages.
La nature, fertile en esprits excellents, Sait entre les auteurs partager les talents [BOILEAU, Art. p. I]
On le dit des animaux. Un excellent cheval. Des chiens excellents. Un excellent homme, ou un homme excellent, un homme doué d'une grande bonté de cœur. Être excellent sur quelqu'un, sur quelque chose, en bien parler, et, quelquefois ironiquement, s'en moquer.
Sur madame des Ursins, le cardinal [d'Estrées] était excellent ; il ne finissait point sur elle et avec une liberté qui ne se refusait rien [SAINT-SIMON, 370, 156]
Familièrement. Je vous trouve excellent, se dit de quelque acte, de quelque parole qu'on juge déplacée. Je vous trouve excellent de me parler ainsi.
Mais, mais, je vous trouve excellent ! Et de vos volontés voilà donc le ministre ? [FAVART, Soliman II, I, 10]
On dit dans le même sens. Il est excellent avec ses propositions. Il se dit des choses en ce même sens ironique. Cela est excellent ! Voilà qui est excellent !
S. m. Ce qui excelle.
Se consoler du grand et de l'excellent par le médiocre [LA BRUY., IX.]

REMARQUE

  • À cause du haut degré d'éminence qui est dans excellent, des grammairiens ont dit que ce mot ne comportait pas de degrés de comparaison. Il y a là-dessus à consulter l'usage ; car le mot n'exclut pas, de soi, la comparaison. Le comparatif est très peu usité ; pourtant on le trouve, et il ne paraît pas qu'on puisse condamner absolument ces emplois, bien que rares.
    Il n'est dans tous les arts secret plus excellent Que de savoir connaître et choisir son talent [CORN., Remerc. au roi.]
    Nous prenons plaisir de nous comparer aux autres, et nous sommes bien aises d'avoir sujet de croire que nous sommes plus excellents [BOSSUET, dans le Dict. de BESCHERELLE.]
    Quant au superlatif relatif, il est pleinement en usage : Les termes de cette lettre où M. de Saint-Cyran parle du sacrifice de la messe comme du plus excellent de tous [PASC., Prov. 16]
    Employez-y l'or et tout l'art des plus excellents ouvriers [LA BRUY., VI]

HISTORIQUE

  • XIVe s.
    [Toi] Qui veulx de cinquante hommes si faire chaplement [combat] Contre trois cens ou plus en armes excellent [, Guesclin. 19098]
  • XVe s.
    Nostre prince digne de très excellente memoire [COMM., Prol.]
  • XVIe s.
    Ce voyage fut mieux consulté et digeré que les precedens, et y eut de plus excellens chefs qui s'y trouverent [LANOUE, 408]
    Dame de beauté excellente et très renommée [AMYOT, Démétr. 11]
    Xenophantus le plus excellent musicien qui fust de ce temps là [ID., ib. 75]

ÉTYMOLOGIE

  • Provenç. excellent ; espagn. excelente ; du lat. excellentem, de excellere, exceller. D'après Palsgrave, p. 56, au XVIe siècle, on prononçait euzellant. Le fait est que, longtemps auparavant, on trouve eucellence dans Rutebeuf ; voy. l'historique d'EXCELLENCE.