fâcher

(Mot repris de fâche)

fâcher

v.t. [ lat. fastidiare, éprouver du dégoût ]
Mettre en colère ; mécontenter : Vous l'avez fâchée en ne venant pas courroucer [litt.], irriter
Qui fâche,
qui suscite des controverses ; conflictuel : Éviter les sujets qui fâchent.

se fâcher

v.pr.
1. Cesser les relations avec qqn : Je ne veux pas me fâcher avec lui se brouiller ; se réconcilier
2. Se mettre en colère : Il s'est fâché contre les retardataires s'emporter, s'irriter

FÂCHER

(fâ-ché) v. a.
Exciter un déplaisir permanent, indisposer fortement. Il ne faut fâcher personne.
.... Si vous me fâchiez, j'ajouterais peut-être.... [CORN., Nicom. III, 3]
Affable à tous avec dignité, elle savait estimer les uns sans fâcher les autres ; et, quoique le mérite fût distingué, la faiblesse ne se sentait pas dédaignée [BOSSUET, Duch. d'Orl.]
Familièrement. Soit dit sans vous fâcher, sorte d'excuse dont on se sert quand on veut faire entendre à quelqu'un que, si on lui dit quelque chose de peu flatteur, ce n'est pas pour le fâcher.
Causer du déplaisir, de la peine. Votre refus l'a fâché.
Les enfants n'ont l'âme occupée Que du continuel souci Qu'on ne fâche pas leur poupée [LA FONT., Fabl. IX, 6]
Il est vrai qu'il me fâcherait s'il parlait ; mais il serait à propos qu'il me fâchât [MARIV., Fausses confid. II, 13]
Il prend aussi pour sujet un nom de chose.
Une chose me fâche, c'est que le chevalier Folard, que je cite dans cette histoire, vient de devenir fou ; il a des convulsions au tombeau de saint Pâris [VOLT., Lett. Formont, 10 déc. 1731]
Dans le style élevé, causer de la douleur, de l'indignation.
Te dirai-je un penser indigne, bas et lâche ; Je l'étouffe, il renaît, il me flatte et me fâche [CORN., Poly. III, 5]
Des dieux qu'a pu fâcher sa vertu trop sévère [ID., Hor. v, 3]
Son retour me fâchait plus que son hyménée [ID., Rodog. II, 2]
Nicomède, en deux mots, ce désordre me fâche [ID., Nicom. IV, 3]
Pour moi, je l'avoûrai, sa trahison me fâche [TH. CORN., Ariane, v, 2]
Quoique j'attendisse il y a longtemps la nouvelle que vous m'avez mandée [la mort de Mme de Fontanges], elle n'a pas laissé de me surprendre et de me fâcher [LOUIS XIV, dans Extr. de la corresp. de la fam. de Noailles (GODEFROY, Lex. de Corneille).]
Fig.
Que faites-vous pour eux [les innocents tués par Hérode], si vous les regrettez ? Vous fâchez leur repos, et vous rendez coupables Ou de n'estimer pas leurs trépas honorables, Ou de porter envie à leurs félicités [MALH., I, 4]
Fâcher, s'emploie impersonnellement avec à, et signifie il est pénible à.
Il me fâche, et j'ai dépit que notre Démosthène ait été de ces gens-là [BALZ., 6e discours sur la cour.]
Il leur fâche d'avoir admiré sérieusement des ouvrages que mes satires exposent à la risée de tout le monde [BOILEAU, Disc. sur la satire.]
Il te fâche en ces lieux d'abandonner ta proie [RAC., Mithr. III, 1]
Avec ce surcroît de princes vrais et faux dont son fils [à Mme d'Espinoy] était environné de si près, bien leur fâchait de ne l'être pas aussi [SAINT-SIMON, 59, 246]
Les courtisans enlèvent du produit de nos champs le plus clair, le plus net, dont bien fâche audit seigneur roi [P. L. COUR., I, 326]
Avec que et le subjonctif. Il leur fâchait qu'il en fût ainsi. On trouve aussi l'indicatif.
Il leur fâchait qu'il ne déclarait pas sa toute-puissance [BOSSUET, Serm. quinq. 1]
On lit dans J. J. Rousseau cette phrase : Les Ximenès et les Voltaire peuvent critiquer la Julie [la Nouvelle Héloïse] à leur aise ; ce n'est pas à eux qu'elle est curieuse de plaire ; et tout ce qui fâche à l'éditeur de leurs critiques, c'est qu'ils les fassent de si loin, Lett. à Mme de Luxemb. 1766, t. XIX, p. 185, édit. 1824. Cette phrase est incorrecte ; c'est fâcher impersonnel qu'il faut ici.
Se fâcher, v. réfl. Prendre de l'humeur, témoigner un vif mécontentement.
Par adresse il se fâche, après s'être assuré [CORN., Pomp. IV, 1]
Je ne me fâche jamais que l'on m'écrive [BOSSUET, Lett. Corn. 16]
Mme de Maintenon, charmée du roi, ne pouvait se fâcher de rien [GENLIS, Mme de Maintenon, t. I, p. 204, dans POUGENS]
S'affliger.
Ne vous fâchez point tant, ma très chère madame [MOL., Sgan. 16]
S'irriter. Par extension.
Votre sang est trop bon, n'en craignez rien de lâche, Rien dont la fermeté de ces grands cœurs se fâche [CORN., Hor. II, 6]
Il [Claude] régna toutefois, bien qu il se fît haïr, Jusqu'à ce que Néron se fâcha d'obéir [CORN., Othon, III, 5]
Tu charmais trop ma peine ; et le ciel qui se fâche Me vend déjà bien cher ce moment de relâche [ID., Hor. III, 1]
Se brouiller. Se mettre mal avec quelqu'un. Ils se sont fâchés sans motif.

PROVERBE

    S'il se fâche, il aura deux peines, c'est-à-dire il aura la peine de se fâcher et puis de se calmer, on se rit de sa colère.

SYNONYME

  • FÂCHER, METTRE EN COLÈRE. Mettre en colère, c'est exciter un accès de colère qui peut ne laisser aucune trace après soi ; au contraire, ce qui fâche laisse des traces qui durent, une impression lente à s'effacer.

HISTORIQUE

  • XIVe s.
    La femme et le suppliant se facherent [DU CANGE, Sangulatus.]
  • XVIe s.
    Il vous dira verité de plusieurs chouses dont je crains par lectre vous ennuyer, saichant bien les affaires que vous avez, qui ne sont pour estre faschés de petites chouses [MARG., Lett. CXIX.]
    Il nous fasche qu'ils nous marchent sur les talons [MONT., II, 71]
    Son valet estant surchargé d'argent, il luy ordonna qu'il versast là ce qui luy faschoit [ID., II, 124]
    L'estre mort ne les fasche point, mais oui bien le mourir [ID., II, 385]
    Je me desrobbe aux occasions de me fascher [ID., IV, 71]
    Les plus ambitieux d'entre les Spartiates commenceoient à se fascher de luy pour l'envie qu'ilz luy portoient [AMYOT, Alc. 46]
    Je ne le cognois point, mais il me fasche de l'ouir ainsi partout appeler le juste [ID., Arist. 20]
    Je luy ay trouvé un mary, qui ne sera pas mal à propos pour elle, si d'adventure l'aage ne luy fasche [ID., Caton, 50]

ÉTYMOLOGIE

  • Prov. fastigar, dégoûter, qui a donné fascher, comme masticare a donné mascher. Fastigar vient de fastic, fastig, qui représente le latin fastidium, dégoût, ennui (voy. FASTIDIEUX). Cette étymologie, donnée par Diez. paraît tout à fait véritable. Cependant il est étonnant que fâcher qui, s'il vient de fastigar, est certainement un mot ancien, ne se trouve pas dans les vieux textes ; mais, à cela, une lecture plus étendue peut remédier en le fournissant.

fâcher

FÂCHER. v. tr. Mettre en colère. Prenez garde de le fâcher. Il est bien fâché contre vous. Avoir l'air fâché. Écoutez-moi, je vous prie, sans vous fâcher. Parlons sans nous fâcher. C'est un homme qui se fâche de tout.

Se fâcher avec quelqu'un, Se brouiller avec lui. Ces deux frères se sont fâchés.

Il signifie aussi Mettre dans le déplaisir, dans la peine. Cet événement me fâche beaucoup. Votre refus l'a un peu fâché. Je vous ai fait mal; j'en suis bien fâché. Je suis fâché que vous ne m'ayez pas prévenu. Il est fâché de ne vous avoir pas rencontré. On l'emploie quelquefois par une sorte d'ironie, dans certaines phrases familières. Cela ne vous contente pas : j'en suis bien fâché. Vous ne voulez pas venir : j'en suis fâché, j'irai sans vous.

Fam., Soit dit sans vous fâcher s'emploie lorsqu'on veut faire entendre à une personne que, si on lui dit quelque chose de peu flatteur, ce n'est cependant pas dans l'intention de la fâcher. Soit dit sans vous fâcher, vous êtes quelquefois un peu brusque.

Il s'emploie quelquefois impersonnellement. Il me fâche, il lui fâche de ou que, Je suis chagrin, je suis affligé, il est chagrin, il est affligé de. Il me fâche de vous quitter. Cet emploi tend à vieillir.

fâcher


FâCHER. v. act. FâCHERIE, s. f. FâCHEUX, EûSE, adj. [Fâché, cherie, cheû, cheûse: 1re lon. 2e é fer. au 1er, e muet au 2d. lon. aux 2 dern.] Mettre en colère, causer du déplaisir. Acad. Choquer, doner un sujet de chagrin ou de colère. Trév. "Il ne faut fâcher persone. "Prenez garde de le fâcher. "Cette mauvaise nouvelle m'a extrêmement fâché. = Se fâcher, se mettre en colere. "Ne vous fâchez pas. Il se fâche de tout. = Être fâché régit de devant les noms et les verbes. "Je suis bien fâché de ce qui est arrivé. "J'ai été bien fâché d'aprendre cette triste nouvelle. — Il régit aussi que et le subjonctif. "Je suis fâché que vous ne me l' ayiez pas dit plutôt. * Leibnitz se sert mal à propos de l'indicatif. "Je suis fâché qu'un aussi habile homme que M. Newton s'est attiré la censûre des personnes intelligentes. Il falait dire, se soit attiré. = Fâcher est quelquefois impersonel. "Il me fâche, il lui fâche que ou de. Le 1er s'emploie quand le verbe ne se raporte pas au pronom; le 2d quand il s'y raporte. "Il me fâche que vous ne veuilliez pas le faire. "Il me fâche de voir que vous n'en conveniez pas.
   FâCHERIE, déplaisir, chagrin. Il est vieux et n'est bon que pour le style plaisant, railleur ou comique, ou critique.
   FâCHEUX, en parlant des chôses; qui fâche, qui incomode, fâcheux accident, fâcheûse nouvelle, fâcheux état, fâcheûse condition. — Pénible, dificile. "Chemin fâcheux, montée fâcheûse. = En parlant des persones et de ce qui y a raport, mal aisé à contenter, peu traitable. "Cet homme là est fâcheux. Esprit, naturel, fâcheux, humeur fâcheûse. = S. m. "C'est un fâcheux, je hais les fâcheux. = Joint au v. être impersonel, il régit de et l'infifitif. "Il est fâcheux d'être si mal récompensé après avoir tant travaillé.

Traductions

fâcher

anger, fall out, get angry, irritate, upset, vexincitienfadar, enfadarseseccatosekkierenθυμώνωarrufarядосанvredvihainenכועסARGโกรธ (səfɑʃe)
verbe pronominal
1. se mettre en colère se fâcher contre qqn
2. ne plus être ami avec qqn se fâcher avec qqn Ils se sont encore fâchés.

fâcher

[fɑʃe]
vt → to anger
vi
les mots qui fâchent → annoying words [fɑʃe] vpr/réfl
(colère) → to get angry
se fâcher contre qn → to get angry with sb
(brouille) [amis] → to fall out
se fâcher avec → to fall out with
Il s'est fâché avec son frère → He's fallen out with his brother.