fait, aite

FAIT, AITE1

(fè, fè-t') part. passé de faire
Formé, exécuté. L'homme fait à l'image de Dieu. Un tertre fait de main d'homme. Ce tailleur vend des habits tout faits. Familièrement. Ce n'est ni fait ni à faire, se dit d'un travail mal fait, et, particulièrement, d'un travail littéraire, d'une rédaction, etc. Fig.
Suivez le roi, seigneur, votre ambassade est faite [CORN., Nicom. III, 2]
Je pourrais décider, car ce droit m'appartient ; Mais rapportons-nous-en. - Soit fait, dit le reptile [LA FONT., Fabl. X, 2]
C'est une nouvelle, une histoire, un conte fait à plaisir, la nouvelle, l'histoire est controuvée, le conte n'a rien de vrai. C'est un grand pas de fait, on a beaucoup avancé ce dont il s'agit. C'est judicieusement fait à lui, il a agi judicieusement.
C'est fort bien fait à vous [MOL., le Fest. I, 2]
Tout est fait, rien autre n'est nécessaire.
Dans toutes les assemblées qui s'étaient tenues jusqu'alors dans le parti, dès que Luther y était et qu'il avait parlé, Mélanchthon nous apprend lui-même que les autres n'avaient qu'à se taire, et tout était fait [BOSSUET, Var. IV, § 33]
On croit que tout est fait quand on a rempli ce devoir [MASS., Carême, Culte.]
Voilà qui est fait, la chose est décidée.
Voilà qui est fait, votre frère va nous quitter [SÉV., 63]
Oh ! voilà qui est fait ; je renonce à toutes les femmes et à tous les trésors du monde [MARIVAUX, Surpr. de l'amour, I, 2]
Voilà qui est fait, je n'aimerai plus d'impératrice de ma vie [VOLT., Lett. à Catherine, 138]
Cela vaut fait, c'est comme si la chose était faite.
Il suffit que le mort soit venu m'en instruire ; Cela vaut fait.... [HAUTEROCHE, le Deuil, sc. 5]
On dit de même. Tenez cela pour fait. Aussitôt dit, aussitôt fait, se dit pour exprimer que l'action suit aussitôt la parole. Familièrement. C'est fait pour moi, cela semble fait pour moi, n'est fait que pour moi, cela n'arrive qu'à moi, en parlant de désagréments, de malheurs. On dit de même : C'est un fait exprès, c'est comme un fait exprès.
Se pourrait-il.... elle aussi.... c'est donc un fait exprès [PICARD, Trois quartiers, II, 13]
C'est une affaire faite, exprime que la chose est terminée, et aussi qu'il n'y a plus à revenir là-dessus. Est-ce fait ? se dit communément pour demander si une chose est achevée. C'est fait, se dit pour avertir que la chose est achevée. Est-ce fait ? se dit dans les jeux des enfants pour demander si celui qui doit chercher peut commencer ; en cas d'affirmation, on répond : fait.
Bien fait, mal fait, ayant le corps bien ou mal proportionné.
Si pour toucher son cœur j'étais assez bien faite [CORN., Agésil. II, 7]
Il est noble chez lui, bien fait de sa personne [MOL., Tart. II, 3]
Bien fait de corps [LA FONT., Mandr.]
Cela serait plaisant que votre fille ne fût pas bien faite [SÉV., 19]
Fait à peindre, dont le corps est tellement bien fait qu'il mériterait de servir de modèle à un peintre.
C'était une grande fille faite à peindre, qui se mettait bien, qui marchait comme une déesse [HAMILT., Gramm. ch. 9]
On dit dans le même sens : fait à plaisir, fait à ravir, fait au tour ou au moule. Avoir la taille bien faite, mal faite, avoir une belle taille, une vilaine taille. Avoir la jambe bien faite, mal faite, bien, mal conformée. Ironiquement. Cela lui rend la jambe bien faite, se dit de quelque chose dont on tire avantage, mais qui ne peut être d'aucune utilité.
Constitué, disposé.
Je ne sais pas comme sont faites vos beautés d'Asie, mais je vous assure que cinq ou six des plus belles personnes de l'Europe sont devenues amoureuses de vous [VOIT., Lett. 121]
Des Parthes le mieux fait d'esprit et de courage [CORN., Suréna, I, 1]
Le sort avait raison, tous gens sont ainsi faits ; Notre condition jamais ne nous contente [LA FONT., Fabl. VI, 11]
Dire d'un, puis d'un autre, est-ce ainsi que l'on traite Les gens faits comme moi ? me prend-on pour un sot ? [ID., ib. IV, 16]
On est faite d'un air, je pense, à pouvoir dire Qu'on n'a pas pour un cœur soumis à son empire [MOL., Femmes sav. II, 3]
Il ajoute qu'il est fait ainsi et qu'il dit ce qu'il pense [LA BRUY., V]
Voyez, mon cher Télémaque, comme les hommes sont faits ! vous voilà tout désolé parce que vous avez vu votre père sans le reconnaître [FÉN., Tél. XXIV]
Les hommes sont faits de façon qu'ils veulent bien commettre le mal, mais ils ne veulent pas qu'on le leur prêche [VOLT., Dict. phil. Fraude.]
Les ennuyeux et les pervers Composent ce vaste univers ; Le monde est fait comme la France [ID., Épît. 92]
Messieurs les Parisiens s'imaginent toujours que le reste de la terre est fait comme le faubourg Saint-Germain et le quartier du Palais-Royal [ID., Lett. Thibouville, 11 janv. 1776]
Mon cher et respectable ami, comment donc sont faits les grands hommes, si celui-là [le roi de Prusse] n'en est pas un ? [ID., Lett. d'Argental, 1 sep. 1750]
Il faut avouer que, s'il y a eu de la raison dans sa conduite, cette raison n'était pas faite comme celle des autres hommes [ID., Russie, II, 1]
Esprit bien fait, mal fait, personne dont la raison est, n'est pas saine et droite.
C'est aux rois, c'est aux grands, c'est aux esprits bien faits.... [CORN., Hor. v, 3]
Les choses les plus simples ne se font pas d'elles-mêmes, et elles se font toujours mal par les esprits mal faits [FÉN., Éduc. des filles, 13]
Je sais que tous les lieux sont égaux pour les esprits bien faits, mais il n'en est pas de même quand les esprits bien faits ont des cœurs sensibles [VOLT., Lett. Chauvelin, 25 août 1763]
On dit dans un sens analogue, avoir le cœur bien fait.
Consultez-vous, et soyez mes témoins, Ô mes lecteurs ! ou consultez du moins Ces cœurs bien faits, où la vertu sincère Ne fut jamais une plante étrangère [MALFIL., Narcisse, ch. I]
Avoir la tête mal faite, être bizarre, déraisonnable.
Constitué en une certaine dignité.
Les princes à faire ne peuvent se passer de ces gens-là [les bons conseillers], et les princes faits en ont grand besoin [BALZ., De la cour, 1er disc.]
Habitué.
Mais votre bras au crime est plus fait que le mien [CORN., Rodog. V, 4]
Car les femmes y sont faites à coqueter [MOL., Éc. des f. I, 6]
Il y a soixante ans que j'y suis accoutumé [à la calomnie], mais je n'y suis pas encore entièrement fait [VOLT., Lett. à d'Alembert, 108]
Être fait pour, être propre à, capable de. Cet homme n'est pas fait pour un pareil emploi.
Une duchesse de Berry était faite pour lui céder ses dames [à la duchesse de Bourgogne], quand il lui plairait de les vouloir prendre [SAINT-SIMON, 269, 136]
Cette manière d'écrire n'est pas faite pour aller à la postérité [VOLT., Phil. III, 107]
Un homme que la perte trouble.... un homme avare ne sont pas plus faits pour jouer, que ceux qui ne peuvent atteindre à l'esprit de combinaison [VAUVENARGUES, Du jeu.]
Destiné.
Qui de l'âne ou du maître est fait pour se lasser [LA FONT., Fab. III, 1]
Ses maximes [du duc de Bourgogne] étaient que les rois sont faits pour les sujets, et non les sujets pour les rois [DUCLOS, Règne de Louis XIV, Œuvres, t. V, p. 51, dans POUGENS.]
Non, non le consulat n'est point fait pour son âge [VOLT., Brutus, II, 4]
De ce bonheur qui semblait fait pour tous, Le beau Narcisse, Écho, sa belle amante, Sont privés seuls par un pouvoir jaloux [MALFIL., Narcisse, ch. II]
N'être fait que pour, être destiné seulement à.
Ce que je vous dis là au reste n'est fait que pour vous, mademoiselle ; vous le sentez bien [MARIV., Marianne, IIe part.]
Habillé, arrangé.
Suis-je fait en voleur ou bien en assassin ? [CORN., Suite du Ment. 1, 1]
Je suis dehors, faite comme un loup-garou [SÉV., 231]
La véritable reine reprenait un teint frais et vermeil ; mais elle était crasseuse, court-vêtue et faite comme un petit torchon qu'on a traîné dans les cendres [FÉN., t. XIX, p. 5]
Comme le voilà fait ! se dit de quelqu'un plus mal vêtu, plus mal arrangé que d'ordinaire, et aussi de quelqu'un qui n'a pas aussi bon visage que d'habitude.
Dieu, comme êtes-vous fait ! [RÉGNIER, Sat. X]
Comme le voilà fait ! Débraillé, mal peigné, l'œil hagard.... [REGNARD, Joueur, I, 7]
On dit de même : être fait comme un voleur. Être fait comme il plaît à Dieu, se dit d'une personne dont les vêtements sont en désordre.
Accompli.
On n'a jamais pris le deuil des enfants de la reine quand ils n'avaient pas sept ans faits [SAINT-SIMON, 299, 73]
Homme fait, homme arrivé à la force de l'âge.
Il [le peuple] ne se perd que lorsque les hommes faits sont déjà corrompus [MONTESQ., Esp. IV, 5]
En vérité, je suis presque amoureux Non d'une jeune enfant, mais d'une femme faite [COLLIN D'HARL., Vieux célib. IV, 2]
C'est déjà un homme fait, en parlant d'un jeune garçon qui grandit, qui devient sage, capable.
Je me croyais déjà un homme fait [FÉN., Tél. III]
Terme de manége. Cheval fait, qui n'est plus jeune et qui est dressé. Il se dit aussi des choses qui ont atteint leur plus haut point.
Votre style est devenu comme on peut le souhaiter ; il est fait et parfait [SÉV., 145]
Quelques gens de lettres dont la réputation soit faite et dont le témoignage ait du poids [GENLIS, Veillées du château t. III, p. 105, dans POUGENS]
10° Qui est à point pour être mangé. De la viande faite. Le fromage est fait.
11° Terme de marine. Vent fait, vent qui a déjà soufflé quelque temps dans un certain rumb et qu'on croit devoir durer. On dit de même : temps fait. Le flot, le jusant sont faits, lorsque le courant en a atteint sa vitesse moyenne.
12° Phrase faite, phrase consacrée dans sa construction et dans laquelle on ne peut rien changer. Les idiotismes sont des phrases faites.
Il y a un certain nombre de phrases toutes faites que l'on prend comme dans un magasin et dont l'on se sert pour se féliciter les uns les autres sur les événements [LA BRUY., VIII]
Mot fait, mot autorisé par l'usage. Ce mot est fait, n'est pas fait.
13° À prix fait, à prix convenu.
Les impudicités les plus monstrueuses avaient leur prix fait [VOLT., Mœurs, 127]
14° Toutes charges faites, toutes charges payées.
La Silésie, laquelle vaut par an à son vainqueur quatre millions sept cent mille écus d'Allemagne, toutes charges faites [VOLT., Lett. Thiriot, 9 oct. 1742]
15° C'en est fait, la chose est accomplie.
Mais puisque c'en est fait, le mal est sans remède [CORN., Cid, II, 1]
C'en est fait : on dira que Phèdre trop coupable De son époux trahi fuit l'aspect redoutable [RAC., Phèd. III, 3]
C'en est fait, se dit aussi pour indiquer une résolution irrévocablement prise. C'en est fait, je m'expatrie.
16° C'est fait de moi, je suis perdu.
C'est fait de votre vie et je vous le promets [CORN., Nicom. v, 7]
S'il m'échappait un mot, c'est fait de votre vie [RAC., Bajaz. II, 1]
Mentor m'abandonne, c'est fait de moi [FÉN., Tél. VII]
On trouve aussi : C'en est fait de.
Nous sommes tous perdus, c'en est fait d'Israël [RAC., Esth. I, 3]
C'en était fait de lui et de son armée, si sa bonne fortune ne lui eût envoyé Varron [ROLLIN, Hist. anc. Œuv. t. I, p. 433, dans POUGENS]
La locution c'en est fait de.... n'est pas grammaticalement explicable ; on oublie le rapport exprimé par en, et on l'exprime de nouveau par de ; il y a pléonasme vicieux ; et, bien que Racine et Rollin s'en soient servis, il ne faut pas les imiter.
17° Terme de beaux-arts. Le bien fait, le mal fait, l'exécution bonne ou mauvaise d'un tableau, d'un dessin, particulièrement en ce qui concerne les détails et leur arrangement.

PROVERBES

  • Ce qui est fait est fait, quand une chose est accomplie, il faut en prendre son parti.
  • Ce qui est fait n'est pas à faire, quand on peut faire une chose, il ne faut pas la différer à un autre temps ; et aussi, il ne faut pas revenir sur ce qui est fait. Vous critiquez, vous dites qu'il fallait s'y prendre autrement, mais ce qui est fait n'est pas à faire.