falloir

(Mot repris de fallut)

falloir

v. impers. [ lat. fallere ]
Être nécessaire, obligatoire ; être dicté par le devoir : Il faut les prévenir longtemps à l'avance. Il leur faudrait un appartement plus grand. J'ai trouvé ce qu'il faut. Il vous faut du calme pour faire ce travail. Il va falloir partir. Il est malheureusement intervenu quand il ne fallait pas au mauvais moment
Comme il faut,
convenablement : Mets ton manteau comme il faut correctement
Il faut que (+ subj.), il faut (+ inf.),
exprime une supposition, une hypothèse qui expliquerait un fait : Il faut qu'il soit vraiment malheureux pour se comporter ainsi. Il faut être fou pour rouler aussi vite.

s'en falloir

v.pr. impers.
Manquer, être en moins : Il s'en faut de vingt francs pour qu'il puisse acheter ce jeu vidéo.
Il s'en faut de beaucoup, de peu que...,
on est loin, près du résultat escompté : Il s'en faut de beaucoup qu'il ait fini il n'est pas près d'avoir terminé
Il s'en est fallu de peu,
cela a bien failli arriver : Il s'en est fallu de peu pour qu'elle se fasse renverser par le bus.
Tant s'en faut,
bien au contraire : Elle n'est pas bête, tant s'en faut.

falloir


Participe passé: fallu

Indicatif présent
il faut
Passé simple
il fallut
Imparfait
il fallait
Futur
il faudra
Conditionnel présent
il faudrait
Subjonctif imparfait
il fallût
Subjonctif présent
il faille
Impératif
Plus-que-parfait
il avait fallu
Futur antérieur
il aura fallu
Passé composé
il a fallu
Conditionnel passé
il aurait fallu
Passé antérieur
il eut fallu
Subjonctif passé
il ait fallu
Subjonctif plus-que-parfait
il eût fallu

FALLOIR

(fa-loir) , il faut ; il fallait ; il fallut ; il faudra ; il faudrait ; qu'il faille ; qu'il fallût ; point de participe présent, voy. pourtant ce qui est dit au n° 14 pour ce participe ; fallu, invariable, v. n. impersonnel.
Faire besoin (le sens étymologique de falloir étant manquer). Il lui fallait cent francs. Que vous faut-il encore ? J'ai le cheval qu'il vous faut.
Il nous faudrait mille personnes Pour éplucher tout ce canton [LA FONT., Fabl. I, 8]
Il fallait un Aristote pour un Alexandre [ROLLIN, Hist. anc. Œuv. t. VI, p. 601, dans POUGENS]
Pour le petit nombre de ceux dont la tête est ferme, le goût délicat et le sens exquis, et qui comme vous, messieurs, comptent pour peu le ton, les gestes et le vain son des mots, il faut des choses, des pensées, des raisons [BUFF., Disc. de récep. à l'Acad.]
Il a fallu vingt mille ans pour la retraite des eaux, qui d'abord étaient élevées de deux mille toises au-dessus du niveau de nos mers actuelles [ID., 4e époque, Œuv. t. XII, p. 230, dans POUGENS]
Il me faut qui m'estime, il me faut des amis à qui dans mes secrets tout accès soit permis [A. CHÉN., Élég. XI]
....Dieu cruel, fallait-il nos supplices Pour ta félicité ? [LAMART., Méd. I, 7]
Il se dit de l'argent à donner pour achat d'une marchandise, pour prix d'un salaire. Combien vous faut-il pour votre marchandise, pour votre peine ?
Employé avec le pronom personnel se et précédé de la particule en, ce verbe indique une différence en moins. En cet emploi, c'est un verbe neutre réfléchi, comme s'enfuir, et il se conjugue comme les verbes réfléchis, c'est-à-dire avec le verbe être.
Vous dites qu'il s'en faut tant que la somme y soit ; il ne peut s'en falloir tant [, Dict. de l'Acad.]
La Valteline est toute à nous ; et, s'il s'en faut quelque chose, ce n'est qu'un fort qui n'est pas meilleur que les autres qui se sont rendus [MALH., Lett. à Racan, 18 janv. 1625]
La maîtresse du monde ! ah ! vous me feriez peur S'il ne s'en fallait pas l'Arménie et mon cœur [CORN., Nicom. III, 2]
Vous ne les auriez pas, s'il s'en fallait un double [MOL., Méd. m. lui, I, 6]
Pour moi, j'ai vu des moments où il ne s'en fallait rien que la fortune ne me mît dans la plus agréable situation du monde [SÉV., 430]
J'ai été sur le point, ces jours passés, de mourir ; il ne s'en est pas fallu l'épaisseur d'un cheveu [VOLT., Lett. Richelieu, 20 sept. 1773]
Le compte n'y est pas, il s'en faut cent sous, la différence en moins est de cent sous. On le dit aussi avec la préposition de.
Il ne s'en est fallu que d'un moment [VOLT., Princ. de Babyl. 7]
Cette construction, il ne s'en est pas fallu l'épaisseur d'un cheveu, s'explique ainsi : il, sujet indéterminé, c'est-à-dire l'épaisseur d'un cheveu, ne s'en est pas fallu. On dirait aussi : il ne s'en est pas fallu de l'épaisseur d'un cheveu ; mais alors l'explication grammaticale est différente : il s'en faut se dit absolument pour signifier il y a une différence en moins ; et de l'épaisseur d'un cheveu devient une locution adverbiale qui modifie il s'en faut. Il se construit avec que et le subjonctif.
Il s'en fallait qu'il n'eût achevé [, Dict. de l'Acad.]
Il s'en faut peu de chose que cela n'aille [, ib.]
Il s'en faut beaucoup, il s'en faut bien, la différence en moins est grande.
Il s'en faut beaucoup qu'il ait satisfait l'attente du public [, Dict. de l'Acad.]
Il s'en faut beaucoup que l'un ait autant de mérite que l'autre. Il ne s'en est pas beaucoup fallu qu'il fût tué.
Je puis vous assurer qu'il s'en faut bien qu'on y meure de faim [RAC., Lett. 16 à Boileau.]
Cet homme paraît faire tout ce qu'il veut, mais il s'en faut bien qu'il le fasse [FÉN., Tél. III]
Tous les hôtes d'Ibrahim n'étaient pas riches ; il s'en fallait beaucoup [CHATEAUBR., Itin. 1re part.]
On dit aussi : beaucoup s'en faut.
L'abbaye.... ne vaut pas beaucoup s'en faut Les deux mille francs qu'il me faut [RÉGNIER, Épit. III]
Il s'en faut de beaucoup (voy. c1-dessus l'explication de cette construction), se dit surtout pour exprimer une différence en moins de quantité.
S'en faut-il de beaucoup que la somme soit complète ? Il s'en faut de beaucoup que leur nombre soit complet [, Dict. de l'Acad.]
Vous voilà bien arriéré, il s'en faut de beaucoup que votre tâche soit aussi avancée qu'elle devrait l'être [, ib.]
Ce prince, comme on l'a dit, n'avait pas regagné tout son royaume par l'épée ; il s'en fallait de beaucoup [VOLT., Hist. du parl. ch. XXXVIII]
Avec ne surabondant.
Il s'en faut beaucoup qu'elle ne soit aussi merveilleuse qu'on se l'imagine [HAMILT., Gram. 8]
Il s'en fallait beaucoup que tout ne fût fait [FONTEN., Littre.]
Il n'a rien mis du sien dans sa réputation que son mérite, et communément il s'en faut beaucoup que ce ne soit assez [ID., Méry.]
Il s'en faut bien qu'ils ne fussent tous agréables à Dieu [MASS., Profess. relig. Serm. 2]
Dans cette construction le mieux est de ne pas mettre ne.
Il ne s'en faut guère, la différence n'est pas grande. Il ne s'en est guère fallu que je ne fusse trompé par son air de candeur.
Pour les moines, je ne pensais pas tout à fait comme eux ; mais il ne s'en fallait guère ; vous m'avez fait plaisir de me désabuser [SÉV., 22 juil. 1672]
On le dit aussi avec de.
Il ne s'en faut de guère que ce vase ne soit plein [, Dict. de l'Acad.]
Il s'en faut peu, peu s'en faut, la différence en moins est petite, locution qui a pris le sens de presque. Peu s'en est fallu que je ne vinsse.
Peu s'en faut que vous n'ayez engraissé un étique [BALZ., liv. VII, lett. 22]
Aussi le reçoit-il [le coup] peu s'en faut sans défense [CORN., Hor. IV, 2]
Peu s'en fallut que le soleil Ne rebroussât d'horreur vers le manoir liquide [LA FONT., Fabl. XI, 3]
Peu s'en faut que d'amour la pauvrette ne meure [MOL., l'Ét. I, 6]
Un discours que rien ne lie et n'embarrasse, marche et coule de soi-même, et il s'en faut peu qu'il n'aille quelquefois plus vite que la pensée même de l'orateur [BOILEAU, Traité du subl. ch. 16]
Avec quels yeux cruels sa rigueur obstinée Vous laissait à ses pieds peu s'en faut prosternée ! [RAC., Phèd. III, 1]
Peu s'en faut que Mathan ne m'ait nommé son père [ID., Athal. III, 6]
Peu s'en fallut qu'il n'interrompît Mentor [FÉN., Tél. XI]
Il s'en faut de peu, s'emploie quand il s'agit d'une différence en quantité.
Il s'en faut de peu que ce vase ne soit plein [, Dict. de l'Acad.]
Être de nécessité, de devoir, d'obligation (parce que avoir ce qui manque devient une nécessité). Il ne faut pas croire tout ce qu'on dit. Il vous faudra faire ce voyage.
Eh bien ! vous le voulez, il faut vous satisfaire, Il faut affranchir Rome, il faut venger un père, Il faut sur un tyran porter de justes coups [CORN., Cinna, III, 4]
Et pour la voir tomber [l'âme tiède], il ne faut pas même la voir attaquée [MASS., Carême, Tiédeur, 2]
Il faut être utile aux hommes pour être grand dans l'opinion des hommes [ID., Petit car. Grand. de J. C.]
Avec que il veut le subjonctif.
Il faut bien que je pleure ; Mon insensible amant ordonne que je meure [CORN., Hor. II, 5]
Faut-il que je dérobe avec mille détours Un bonheur que vos yeux m'accordaient tous les jours ? [RAC., Brit. II, 6]
En ce sens il est peu usité, non inusité, à l'infinitif. Il va falloir partir.
Mais sentir dans son sein que le fer veut ouvrir, Une âme ardente à vivre, et puis falloir mourir ! [AL. DUMAS, Christine, v, 2]
Il, dans le langage familier, peut se supprimer.
Allons, mon fils, marchons : fallut se rendre, Fallut partir.... [VOLT., Bastille.]
Faut-il ? fallait-il ? etc. s'emploie pour exprimer un regret.
Fallait-il qu'il entreprît ce fatal voyage ? Faut-il m'être engagé dans cette affaire ? Faut-il voir tant de misère ? Faut-il que sur le front d'un profane adultère Brille de la vertu le sacré caractère ! [RAC., Phèdre, IV, 2]
Faut-il que de tes mains le plus parfait ouvrage à son Dieu qu'il adore offre un coupable hommage ! [VOLT., Henr. X]
Il faut voir, il est nécessaire de voir, il faut examiner. Avant de se prononcer il faut voir. Familièrement. Il faut voir, il est curieux, intéressant de voir. Il faut voir ce que cela deviendra. Il faut voir se rejette quelquefois à la fin du membre de phrase, en forme d'exclamation. On les battit, il faut voir ! On dit dans un sens analogue : aussi faut-il voir. Il a fait l'insolent, aussi faut-il voir comme on l'a traité. C'est ce qu'il faudra voir, se dit pour répondre à une folle menace. Il dit qu'il m'empêchera de passer, c'est ce qu'il faudra voir. Dans le XVIIe siècle, quand falloir était suivi d'un verbe réfléchi, on mettait le pronom avant falloir, et alors falloir aux temps composés prenait la conjugaison des verbes réfléchis.
Il s'est fallu passer à cette bagatelle ; Alors que le temps presse, on n'a pas à choisir [CORN., Ment. I, 5]
Cette construction pourrait très bien s'employer encore. Un faire le faut, voy. ce mot composé à son rang alphabétique.
Il s'emploie avec ellipse du verbe qui précède. Parler plus qu'il ne faut.
Ne dire que ce qu'il faut, et de la manière dont il le faut est, ce me semble, un mérite dont les Français, si vous m'en exceptez, ont plus approché que les écrivains des autres pays [VOLT., Lett. sur Zaïre.]
Il le faut, cela est nécessaire.
D'éveiller ces amants, il ne le fallait pas [LA FONT., Joc.]
Il faut avoir pitié de l'amour que vous m'avez inspiré ; il le faut [STAËL, Corinne, XVI, 3]
Comme il faut, comme il convient.
Pour aimer comme il faut, il faut pour ce qu'on aime Embrasser l'amertume et la dureté même [CORN., Imit. III, 5]
Rien ne la contentait, rien n'était comme il faut [LA FONT., Fabl. VII, 2]
Quand on prend comme il faut cet accident fatal [ID., Coupe.]
Je suis de retour dans un moment ; que l'on ait bien soin du logis, et que tout aille comme il faut [MOL., Mar. f. 1]
10° Un homme comme il faut (on prononce ko-mi-fô), homme de bon ton, de bonne compagnie. Les gens comme il faut. C'est une femme tout à fait comme il faut.
C'est un homme très comme il faut [, Dict. de l'Acad.]
Elle a l'air très comme il faut, elle n'a rien marchandé [PICARD, Trois quartiers, I, 4]
Dans le langage des tailleurs et des modistes, un vêtement comme il faut, un vêtement de bon ton, bien porté. Il ne faut pas confondre comme il faut, avec comme il en faut, qui signifie, en parlant de personnes ou de choses, comme la personne ou la chose est nécessaire. Voilà un homme comme il en faut [pour tel ou tel emploi]. Et par plaisanterie : Ce n'est pas une femme comme il faut, c'est une femme comme il en faut.
11° Si faut-il que, encore faut-il que, loc. conj. signifiant il est nécessaire, malgré tout, que.... Je veux bien le croire innocent, si faut-il qu'il s'explique. Encore faut-il que je sache à quoi m'en tenir.
12° Tant s'en faut que, loc. conj. Bien loin que. Tant s'en faut qu'il consente, qu'au contraire il fera tout pour l'empêcher.
Et tant s'en faut que les vents aient emporté ma promesse, ils m'ont donné lieu de la tenir [VOIT., Lett. 49]
Familièrement. Tant s'en faut qu'au contraire, s'emploie quelquefois par plaisanterie pour dire simplement au contraire.
Vous demandez si cette femme est jolie, tant s'en faut qu'au contraire [, Dict. de l'Acad.]
C'est une phrase elliptique : Tant s'en faut qu'elle soit jolie, qu'au contraire elle est laide.
13° C'est pour son nez, il lui en faut, se dit par ironie pour marquer qu'il ne mérite pas d'avoir ce qu'il demande.
14° Molière a employé le participe présent fallant : Mais lui fallant un pic, je sortis hors d'effroi, les Fâch. II, 2 ; ce qui pourrait très bien être imité à l'occasion.

REMARQUE

  • 1. Il s'en faut exprime dans toute sa conjugaison une absence, une privation dont le sens négatif se porte sur la proposition subordonnée. Alors, quand ce verbe n'est accompagné ni d'une négation, ni de quelque mot qui ait un sens négatif, tel que peu, presque, rien, etc. la proposition subordonnée ne prend pas la négative ne : Il s'en faut de beaucoup que la somme y soit ; Il s'en faut bien que tous les hommes soient de ce caractère. Mais, lorsque il s'en faut est accompagné d'une négation ou de quelqu'un des mots qui ont un sens négatif, ou bien encore si la phrase marque interrogation ou doute, la proposition subordonnée prend la négative ne : Il ne s'en faut pas de beaucoup que la somme n'y soit ; Il s'en faut peu que l'un n'ait autant de mérite que l'autre ; Peu s'en fallait qu'on ne m'abandonnât ; Il s'en faut peu qu'il ne soit le dernier ; Combien s'en faut-il que la somme n'y soit ? S'en faut-il beaucoup que la somme n'y soit ? GIRAULT-DUVIVIER.
  • 2. Que de travaux il a fallu pour l'achever, et non fallus ! Il a fallu des travaux équivaut à : des travaux ont fallu, c'est-à-dire ont fait besoin. Mais comme falloir, en vertu de l'usage, n'est susceptible que de la construction impersonnelle, l'explication est : il (c'est-à-dire les travaux) a fallu, c'est-à-dire a fait besoin. Voilà pourquoi, dans la phrase citée, fallu reste invariable.
  • 3. S'en falloir est un de ces verbes neutres construits avec le pronom personnel et ayant même forme que les verbes réfléchis, construction qui était familière à l'ancienne langue. Voyez pour cela le pronom SE, SOI.

HISTORIQUE

  • XIIIe s.
    Petit s'en faut que mes cuers [mon cœur] ne se desment [déconcerte] de corroux [, Psautier, f° 171]
    Li mien pié sunt meü, ne s'en falut guieres, à pechié faire [, ib. f° 86]
    Noz avons parlé de le [la] division des quemins, parce que noz regardons qu'il sont, ne s'en faut gaires, tout corrumpu par le [la] convoitise de cix [ceux qui y marcissent [qui y sont limitrophes] [BEAUMANOIR, XXV, 3]
  • XVe s.
    Il ne faut pas demander si Saintré fut du roy et de la royne très grandement loué [, Jeh. de Saintré, ch. 38]
    À bien peu s'en faillit qu'elle ne se pasma ; et fust à l'envers tombée, se elle ne se feust bientost levée [, ib.]
    Un coq d'Inde sa gorge à toi semblable porte ; Combien de riches gens N'ont pas si riche nez ! pour te peindre en la sorte, Il faut beaucoup de temps [BASSELIN, VI]
  • XVIe s.
    Et ne se fauldra plus doresnavant trouver en place ny en compaignye qui ne sera bien expoly en l'officine de Minerve [RABEL., Pant. II, 8]
    ....Tant s'en fault que il les voulsist assaillir, ou leurs estudes distraire [ID., ib. III, 32]
    Dont il appert qu'en ce temps là ceste opinion a esté rejettée : de dire qu'il fausist [fallût] par satisfaction recompenser les fautes passées [CALV., Instit. 521]
    Il me faust adjouster cet aultre exemple [MONT., I, 16]
    Il s'en fault tant que je sois arrivé à ce degré d'excellence, que... [ID., II, 122]
    Le temps qu'il lui falloit à.... [ID., I, 23]

ÉTYMOLOGIE

  • Falloir est le même que faillir (voy. ce mot), n'en différant que par la conjugaison.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

    FALLOIR.
    Ajoutez :
  • Absolument.
    Tout le mal vient d'avoir pris la plume quand il ne fallait pas [J. J. ROUSS., Lett. à M. D.... 6 mars 1763]

falloir

FALLOIR. (Il faut, il fallait, il fallut, il a fallu, il faudra, qu'il faille, qu'il fallût.) v. impersonnel. Être de nécessité, de devoir, d'obligation, de bienséance. Il faut faire telle chose. Il faut que je parte demain. Il fallut en passer par là. Il faudrait s'en informer. Pensez- vous qu'il faille croire tout ce qu'il dit? Je ne croyais pas qu'il fallût faire ce voyage. Elle parle plus qu'il ne faut. Il va falloir s'occuper de cette affaire.

Fam., Un homme, une personne comme il faut, Un homme, une personne d'un rang distingué, de bonne éducation, de bonnes manières. C'est un homme très comme il faut. Ne fréquenter que des gens comme il faut.

Encore faut-il que... Il est du moins nécessaire, malgré tout, que...

Fam., Il faut voir, Il est curieux, intéressant de voir. Il faut voir ce que cela deviendra. On le rejette quelquefois à la fin de la phrase, en manière d'exclamation. On les bat, il faut voir! Ces gens nous reçoivent, il faut voir! On dit, dans un sens analogue, Aussi faut-il voir. Il a fait l'insolent; aussi faut-il voir comme on l'a traité!

C'est ce qu'il faut voir, se dit pour faire entendre que l'on saura mettre des empêchements à ce qu'une personne projette de faire. Il veut me faire ôter mon emploi : c'est ce qu'il faudra voir.

FALLOIR se dit aussi de Ce dont on a besoin. Il lui fallait cent francs. Il lui faut un habit. Que lui faut-il encore? il n'est jamais satisfait, il ne sait ce qu'il lui faut. J'ai l'homme qu'il vous faut, ce qu'il vous faut. Ce sont de ces gens comme il en faut dans une réunion.

Il se dit particulièrement, dans une administration, de Ce qu'on doit donner d'argent à quelqu'un pour un prix, pour un salaire. Combien vous faut-il pour votre journée? Que vous faut-il pour votre peine? Il dit qu'il lui faut tant. Il demande plus qu'il ne lui faut.

S'EN FALLOIR signifie Manquer. Il se conjugue avec l'auxiliaire Être. Il s'en faut de beaucoup que leur nombre soit complet. Il s'en faut beaucoup que l'un ait le mérite de l'autre. Il s'en faut de moitié que ce vase ne soit plein. Il s'en fallait peu qu'il n'eût achevé. Il s'en est peu fallu qu'il n'ait été tué. Il ne s'en est presque rien fallu. Peu s'en est fallu que je ne vinsse. Il a fini son travail ou peu s'en faut. Il s'en faut de dix francs que la somme entière n'y soit.

TANT S'EN FAUT QUE, loc. conj. Bien loin que. Tant s'en faut qu'il y consente, au contraire il fera tout pour l'empêcher. Elliptiquement, Je ne suis pas de votre avis, tant s'en faut.

falloir

Falloir, Il falloit user de plus longs exemples, Decuit grandioribus exemplis vti.

Il le falloit faire, Faciundum fuit.

Il falloit qu'il cogneust, Debuit nosse.

Il falloit que le souper fust desja cuict, Coenam iam esse coctam oportuit.

Il ne falloit pas irriter Antoine, Irritari Antonium non oportuit.

Il faut bien dire que tu és mauvais, Seruum te esse oportet et nequam et malum.

Il ne s'en falloit presque rien qu'ils ne fussent environnez du costé dextre, Tantum non circuibantur a dextro cornu.

Ne falloit-il pas que je le sceusse premier? Nonne oportuit praescisse me ante?

Ne falloit-il pas premier me le communiquer? Nonne prius communicatum oportuit?

Il ne s'en est fallu pas un, qui n'ait esté de son opinion, Illi assensi sunt omnes ad vnum.

Il ne s'en est rien fallu qu'il n'ait esté tué, Propius nihil est factum quam vt occideretur.

Il ne m'a point fallu rendre mot pour mot, Non necesse habui reddere verbum pro verbo.

Il ne s'en est gueres fallu que, etc. Prope est factum vt in iussu, etc.

Il ne s'en fallut gueres que, etc. Haud procul abfuit quin, etc.

O que peu s'en est fallu que, etc. Quam pene tua me perdidit proteruitas!

Il s'en fauldra dix mines, Abscedent decem minae.

Ils pensent qu'il ne s'en faudra rien, Nihil abfore credunt.

Que faudroit il autre chose, sinon vous remonstrer, etc. Quid enim aliud quam admonendi effetis, vt, etc.

Il faut, Oportet, Operae est.

Il faut que soyez bons, Expedit bonos esse vobis.

Il s'en faut un, Vnus abest.

Il s'en faut deux pieces de monnoye, Duobus nummis minus est.

Il ne s'en faut point un qu'ils ne soient tous d'une opinion, Ad vnum idem sentiunt.

Il ne faut point que tu craignes, Non est quod metuas.

Il ne faut point qu'il s'en faille un tournois, Nummus abesse hinc non potest.

Tant s'en faut, Tantum abest.

Qui a tout ce qui luy faut, Diues.

Si ainsi le faut, Si necessum est.

falloir


FALLOIR, v. n. Impers. [Fa-loar.] Il faut, il fallait, il fallut; il a fallu, il faudra, il faudrait, qu'il faille, qu'il fallut. On ne mouille point les ll. = L'infinitif n'est point usité. — Ce verbe régit le datif des noms, l'infinitif des aûtres verbes, ou que avec le subjonctif. "On ne sait ce qu'il lui faut. "Il nous faudra tous mourir: il faut qu'il me rende raison. = Il a quelque-fois pour second régime des noms le nominatif. "Il me faut un louis; il me faut de l' argent, du bois, de l'eau, etc. — J'en ai plus qu' il ne m'en faut~.
   Ne croyez point, Madame,
   Qu'un mari soit jamais prodigue envers sa femme.
   Il lui done à regret, toujours moins qu'il ne faut,
   Et lui fait tout valoir cent fois plus qu' il ne vaut.
       La Chaussée.
Il se dit aussi sans régime: "Dire tout ce qu'il faut, et le dire de la meilleur manière, c'est le caractère d' un bon esprit. Gaichiés. L'Ab. Girard marque la diférence entre il faut et il est nécessaire, on doit. La premiere de ces expressions dénote plus précisément une obligation de complaisance, de coutume, d'intérêt personel. "Il faut hurler avec les loups, il faut suivre la mode. — La seconde marque plus particuliérement une obligation essentielle et indispensable. "Il est nécessaire d'aimer Dieu, pour être sauvé. "Il est nécessaire d'être complaisant pour plaire. — La troisième, est plus propre à désigner une obligation de raison ou de bienséance. "On doit dans chaque chôse s'en raporter aux maîtres de l'art, etc. Synon. — On ne doit pas prendre cette distinction à la rigueur.
   Rem. Le peuple retranche assez volontiers le pron. il. Mde de Sévigné raportant les discours des goujats de l'armée dit: "Nous avons été joliment téméraires: nous n'étions que 7,000 hommes, et nous en avons ataqué 26,000. Aussi faut voir comme nous avons été frotés. "Elle est très posée pour son âge, faut lui rendre justice. Th. d'Éduc.. = Malherbe répétant ce verbe, retranche le pron. il la seconde fois.
   Il faut ou vous aimer, ou ne vous faut point voir.
Cette construction est vicieûse, dit Ménage. On peut bien dire, il faut ou vous aimer ou ne vous point voir: mais en répétant faut, on doit aussi répéter il, et dire, il faut vous aimer, ou il faut ne vous point voir Men. Malheureûsement la mesûre du vers ne le permettait pas, et elle a fait comettre cette faûte à Malherbe, comme elle en a fait comettre tant d'aûtres aux Poètes les plus exacts. — Anciènement cette supression du pron. il était comune.
   Il s'en faut, ainsi que, peu s'en faut, et il s'en faut de peu que, régissent le subjonctif, précédé de la particule ne: "Il s'en faut deux pouces que vos girandoles ne descendent assez bas. Coyer. "Peu s' en faut que son ouvrage ne soit achevé: "Peu s'en est fallu qu'il ne soit tombé. = Quand ce verbe n'est acompagné d'aucun adverbe, ou qu'il est acompagné d'un aûtre adverbe que peu, les uns retranchent, les aûtres emploient la négative ne: "Il s'en faut beaucoup que son Poème de Roland l'amoureux ait été aussi estimé. La Monn. "Il s'en faut beaucoup que je ne sois de son avis. Ménage. "Il s'en faut beaucoup que l' un soit du mérite de l'aûtre. Acad. S'il m' est permis de dire mon sentiment, dit M. de Wailly, il me semble qu'on doit toujours mettre ne, quand le verbe est acompagné d'une négation ou de peu. "Il s'en faut peu, ou il ne s'en faut pas beaucoup, ou, il ne s'en faut presque rien qu' il ne soit aussi grand que son frère. Au contraire, on retrancherait ne, quand le verbe il faut n'aurait ni peu, ni négation. — Ce sentiment est très-raisonable et très-conforme au goût et au génie de la Langue. — L'Acad. met la négation avec peu, et ne la met pas avec beaucoup. = On dit aussi il s'en faut bien, et quelques Auteurs y mettent la négative. "Il s'en faut bien que votre prédétermination... ne soit la Doctrine de St. Augustin. P. Daniel. * En Provence, on dit, il s'en faut de bien. C'est un provençalisme qui est échapé à l'Auteur d'un excellent Mémoire sur le charbon de pierre, couroné par l'Acad. de Mars. "Il s'en faut de bien que toutes les houilles se ressemblent. Bernard. * Les Gascons disent, bien s'en faut, pour, il s'en faut bien. Gasc. Corr. = Peu s'en faut, doit suivre le tems du verbe qu'il régit. Henri IV écrivait à sa soeur: "Peu s'en faut que vous n'ayez été mon héritière. On dirait aujourd'hui, peu s'en est fallu que, etc.
   Tant s'en faut... qu'au contraire, est un tour gaulois et suranné: mais tant s'en faut, tout seul et à la fin de la phrâse, se dit encôre dans le discours familier. "Je ne suis pas la plus méritante, tant s'en faut. Th. d'Educ. Il s'en faut bien, est plus noble et plus élégant.
   On dit familièrement, si faut-il que, pour, il faut que. "Vous avez beau dire, si faut-il que je vous dise que je suis très-aise, etc.~ = C'est un faire il le faut (l'Acad. retranche il.) C'est une nécessité. = Des gens comme il faut, ce qu'on apelle d'honêtes gens, gens au dessus du commun. "Hortence fit entendre à son Époux qu'on trouvoit mauvais que sa porte fût interdite, que des gens comme il faut s'en plaignoient. Marm. "Des gens comme il faut, c'est-à-dire, trop souvent des gens comme il ne faudrait pas. Linguet.

Synonymes et Contraires

falloir

verbe impersonnel falloir

Il faut.
Traductions

falloir

mogenmust, need, have tonecesiπρέπειbisognare, occorrere (falwaʀ)
verbe impersonnel
1. être nécessaire Il me faut un couteau. Il faut dormir. Il faut deux heures pour s'y rendre.
2. il est nécessaire que suivi du subj. Il faut qu'il vienne.
3. bien, correct installer qqch comme il faut
4. si cela est nécessaire Je viendrai s'il le faut.

falloir

[falwaʀ] vb impers
(avec infinitif, obligation, nécessité) il faut faire ... → you need to do ..., you have to do ...
C'est un excellent restaurant à la mode, il faut réserver à l'avance → It's a very good restaurant, you need to book.
Il vous faut tourner à gauche après l'église → You need to turn left past the church.
Nous n'avons pas le choix, il faut y aller → We have no choice, we have to go.
(avec 'que' et le subjonctif, obligation, nécessité) il faut que ...
Il faut que je fasse les lits → I have to make the beds, I must make the beds.
Il faut que je parte → I have to go.
Il a fallu qu'il parte → He had to leave.
il faudrait que qn fasse → sb ought to
Il faudrait qu'elle rentre → She ought to go home.
il faudrait faire quelque chose → something ought to be done
(en déplorant un fait) il faut que ...
Il a fallu qu'il l'apprenne → Inevitably, he heard about it.
Et maintenant il faut qu'il démissionne → And now he goes and resigns.; (obligation ou nécessité, suivi d'un nom objet) il faut qch
Il faut des clous, tu peux m'en passer? → I need some nails, can you give me some?
Pour que nous puissions participer au concours, il va falloir 100 euros → To be able to enter the contest, we'll need 100 euros.
Il doit falloir du temps → That must take time.
Il faut du courage pour faire ce métier → It takes courage to do that job.
Nous avons ce qu'il (nous) faut → We have what we need.; (autres locutions) faut le faire! → it takes some doing!
il ne fallait pas (pour remercier) → you shouldn't have
comme il faut [jeune homme, manières] → proper; [travailler, exécuter] → properly
(hypothèse) il faut que ...
Il faut qu'il ait oublié → He must have forgotten. [sɑ̃falwaʀ] vpr/pass
s'en falloir, il s'en est fallu de peu pour que (+ subjonctif)
Il s'en est fallu de peu que cela n'arrive → It came close to happening.
Ouf, il s'en est fallu de peu → Phew, it was a close thing.
il s'en faut de beaucoup qu'il soit ... → he is far from being ...
ou peu s'en faut → or just about, or as good as