fange

(Mot repris de fanges)

fange

n.f. [ germ. fanga ] Litt.
1. Boue épaisse ; bourbe, vase.
2. Ce qui souille moralement ; état d'avilissement ; déchéance.

fange

(fɑ̃ʒ)
nom féminin
1. boue la fange d'un étang
2. figuré déchéance morale vivre dans la fange

FANGE

(fan-j') s. f.
Boue, bourbe.
Mais je n'ai plus trouvé qu'un horrible mélange D'os et de chairs meurtris et traînés dans la fange [RAC., Athal. II, 5]
Il nous fallut repasser le Rhin sur le pont de Strasbourg à travers des eaux et des fanges inconcevables [SAINT-SIMON, 47, 55]
Arrachez-moi des fanges de Lutèce ; Sous un beau ciel mes yeux devaient s'ouvrir [BÉRANG., Voy. imag.]
Par extension et poétiquement, pays marécageux.
On a vu mille fois des fanges méotides, Sortir des conquérants [BOILEAU, Épît. I]
Fig. Ce qui souille comme fait la fange ; bassesse, abjection.
Elle a vu parmi la fange Fouler ce qu'elle adorait [MALH., II, 4]
Et qu'à moins d'être au rang d'Horace ou de Voiture, On rampe dans la fange avec l'abbé de Pure [BOILEAU, Sat. IX]
Les grandes âmes choisissent hardiment des favoris illustres, et des ministres approuvés ; Louis XI n'eut guère pour ses confidents et pour ses ministres que des hommes nés dans la fange, et dont le cœur était au-dessous de leur état [VOLT., Mœurs, 94]
Vous êtes depuis longtemps enfoncés dans la fange de notre antique barbarie ; il est triste d'être ignorants, mais il est affreux d'être lâches et corrompus [ID., Pol. et législ. Anne Dubourg à ses juges.]
Il y a eu toujours dans la fange de notre littérature plus d'un de ces misérables qui ont vendu leur plume et cabalé contre leurs bienfaiteurs mêmes [ID., Dict. phil. âme.]
S'élever jusqu'au faîte, ou ramper dans la fange [A. CHÉNIER, l'Invention.]
Couvrir de fange, insulter grossièrement, couvrir d'ignominie.
Une statue ne console pas, lorsque tant d'ennemis conspirent à la couvrir de fange [VOLT., Lett. d'Argental, 6 avril 1773]
Dans le langage ascétique, il se dit des voluptés du monde par opposition à la vie dévote. Plongé dans la fange des voluptés terrestres.
Il m'a tiré d'un abîme de fange et de boue [PORT-ROYAL, Psaume 39]

HISTORIQUE

  • XIIIe s.
    Si fort le hurte qu'il l'abat En une fange trestot plat [, Ren. 12350]
    Mult avoit en la rue fange, Si fu la voie mult estrange [RUTEB., II, 190]
    Tex [tel] est issuz et nez de fanc ; Tant par est fiers. bien le puis dire, Qu'il ne daigne chanter ne lire [, Hist. de Ste Léoc. ms. de St-Germ. f° 29, dans LACURNE]
  • XVIe s.
    Fange seche envy [difficilement] s'attache [LEROUX DE LINCY, Prov. t. I, p. 68]

ÉTYMOLOGIE

  • Norm. fangue ; wallon, fanië ; provenç. fanc, fanh, faing, s. m ; fanha, faigna, fangua, s. f. ; catal. fang ; espagn. et ital. fango. On a donné pour étymologie le goth. fani, génit. fanjis. Mais il y a un mot latin peu usité famicosus, fangeux, qui aura très bien donné fangeux ; et, comme le latin a aussi un substantif famix, famicis, signifiant abcès, bourbe, on trouvera là le radical de nos mots romans sans recourir à l'allemand. D'ailleurs il est possible, comme cela est arrivé pour d'autres, que le mot latin et le mot allemand se soient rencontrés et confondus.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

  • FANGE. Ajoutez :
  • Fange ou fagne, nom sous lequel on désigne, en Belgique et ailleurs, les marais tourbeux.
  • Hautes fanges ou hautes fagnes, marais tourbeux situés sur une colline ou une montagne, [, Bullet. de la Société botanique de France, 1873, Compte rendu de la session extraordinaire tenue à Bruxelles en 1873]
    D'après les renseignements que nous recevons du département des Ardennes,... on voit aussi des vols nombreux de grues ; une bande de ces oiseaux, qui s'était arrêtée sur les hautes fanges en pleine nuit, avait attiré quelques tireurs [, Journ. offic. 5 nov. 1874, p. 7393, 2e col.]

ÉTYMOLOGIE

  • Ajoutez : M. Ch. Grandgagnage, Dictionnaire wallon, I, p. 201, et II, p. 23, avait expliqué fange par fagne, dérivé fagne de fania, mot germanique latinisé, et en même temps identifié le terme allemand hohe Vehen avec celui des hauts fagnes. Il avait raison. M. Gaidoz (Mém. de la Soc. de linguistique de Paris, t. II, 2e fasc. p. 171) a confirmé cette étymologie, en remarquant que diverses localités dites fania dans les textes latins portent en français le nom de fange ; cela est péremptoire. Il faut encore ajouter, en renfort de cette étymologie, que l'Aunis a fagne, boue, et fagnou, boueux, Gloss. aunisien, p. 104.

fange

FANGE. n. f. Couche épaisse de boue. La fange d'une mare. Il est tombé dans la fange. Il est tout couvert de fange.

Il se dit figurément, par mépris, d'une Condition abjecte. Il est né dans la fange. Je l'ai tiré de la fange.

Il désigne aussi l'État d'avilissement d'une personne qui vit dans la débauche, qui mène une conduite honteuse et déréglée. Cet homme vit dans la fange, se traîne, croupit dans la fange des vices, du vice.

Il se dit quelquefois, dans le langage ascétique, des Voluptés du monde, par opposition à la Vie dévote. Être plongé dans la fange des plaisirs terrestres.

fange

Fange, Eluuies, Limus, Lutum, Coenum.

Qui s'est retiré de la fange, Emersus e coeno. B.

Tu t'es mis plus avant en la fange, Vide vt dum expedire te vis, induas. Bud. ex Cic.

fange


FANGE, s. fém. FANGEUX, EûSE, adj. [2e e muet au 1er, long. aux 2 aûtres: geû; geû-ze] Bouë, bourbe. Boueux. "Il est tombé dans la fange. "Couvert de fange. "Chemin fangeux. = Le subst. se dit élégamment au figuré. "Ton âme est toujours plongée dans la fange d'un monde corrompu. Jér. Dél.

Synonymes et Contraires

fange

nom féminin fange
Littéraire. Boue liquide.
boue, bourbe, vase -familier: gadoue.
Traductions

fange

יוון (ז), רפש (ז), רֶפֶשׁ, יָוֵן

fange

Schlamm

fange

fango

fange

fango, melma

fange

mud, filth

fange

[fɑ̃ʒ] nf (= boue) (littéraire)mire