faux, fausse


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FAUX, FAUSSE1

(fô, fô-s') adj.
Qui n'est pas vrai, qui est contraire à la réalité. Ce qu'il dit est faux. Il n'y a rien de plus faux. Un faux exposé. De faux rapports.
Crains-tu si peu le blâme et si peu les faux bruits ? [CORN., Cid, III, 4]
Par ce faux soupçon vous lui faites injure [ID., Rodog. I, 7]
[Le vulgaire] Mettant de faux milieux entre la chose et lui, Et mesurant par soi ce qu'il voit en autrui [LA FONT., Fabl. VIII, 26]
Cette fausse imagination [croire que Dieu ne gouverne pas les choses humaines] est détruite par la claire notion qu'on a de Dieu [BOSSUET, Lib. arb. 3]
Couvrant d'un zèle faux votre ressentiment [RAC., Athal. I, 5]
Il y a une fausse modestie qui est vanité ; une fausse gloire qui est légèreté ; une fausse grandeur qui est petitesse ; une fausse vertu qui est hypocrisie ; une fausse sagesse qui est pruderie [LA BRUY., III]
Ils regardent comme un mépris la sincérité qui n'ose leur donner de fausses louanges [MASS., Carême, Passion.]
Sous l'horrible appareil de sa fausse justice Un tribunal de sang te condamne au supplice [VOLT., Alz. v, 4]
Et la fausse pitié, pire que le mépris [ID., Tancr. I, 4]
De ses miracles faux soutient l'illusion [ID., Fanat. I, 1]
L'honnête intérêt de l'humanité, l'épanchement simple et touchant d'une âme franche ont un langage bien différent des fausses démonstrations de la politesse [J. J. ROUSS., Hél. II, 14]
Faux témoin, voy. TÉMOIN. Faux emploi, voy. EMPLOI. Avoir faux air ou un faux air de quelqu'un, avoir avec lui une certaine ressemblance. Il est faux que.... avec le subjonctif. Il est faux qu'il ait tenu ce langage.
Cela est faux, mes pères, que, la défense étant permise, le meurtre soit aussi permis [PASC., Prov. 14]
Il est faux d'abord qu'un soldat chrétien soit coupable de la mort de Julien ; aucun historien ni païen, ni chrétien, ne le dit [BOSSUET, Var. 1er disc. § 7]
Vain, mal fondé. Fausse joie. Fausses craintes. Fausse honte. Faux point d'honneur.
On fuit de fausses misères, on court après de fausses félicités [FLÉCH., Panég. t. I, p. 385]
Ne m'as-tu pas flatté d'une fausse espérance ? [RAC., Brit. III, 6]
Cette grandeur Qu'on nomme si souvent du faux nom de bonheur [VOLT., Zaïre, I, 1]
Morte à de faux plaisirs, cachée à tous les yeux [C. DELAV., Vêpres sicil. I, 4]
Qui s'écarte du naturel, du vrai, en parlant d'ouvrages d'esprit et des compositions des artistes. Genre faux. Coloris faux. Ce tableau est faux de couleur. Fausse éloquence. Couleur fausse, couleur qui ne se range pas nettement dans une couleur déterminée.
La couleur du cuivre pur est d'un rouge orangé, et cette couleur, quoique fausse, est plus éclatante que le beau jaune de l'or pur [BUFF., Min. t. v, p. 93, dans POUGENS]
Faux teint, voy. TEINT.
Qui manque de justesse, d'exactitude, de rectitude. Calcul, argument, raisonnement faux.
L'esprit n'est jamais faux que parce qu'il n'est pas assez étendu, au moins sur le sujet dont il s'agit, quelque étendue qu'il pût avoir d'ailleurs sur d'autres matières [DUCLOS, Mœurs, 14]
Les esprits faux sont insupportables, les cœurs faux sont en horreur [VOLT., Dict. phil. Fausseté.]
Les plus grands génies peuvent avoir l'esprit faux sur un principe qu'ils ont reçu sans examen [ID., ib. Esprit.]
Et moi qui, soixante ans après lui [Corneille], viens faire parler une vieille Jocaste d'un vieil amour, et tout cela pour complaire au goût le plus fade et le plus faux qui ait jamais corrompu la littérature [ID., Oreste, Épître.]
Qui n'est pas conforme aux exigences de la règle. Vers faux. Faux pli, voy. PLI. Terme de blason. Fausses armes, fausses armoiries, celles qui ne sont pas suivant les règles, et ont par exemple couleur sur couleur, ou métal sur métal. Terme de vétérinaire. L'allure d'un cheval est dite fausse quand les diverses actions qui la composent ne se succèdent pas régulièrement ou selon le rhythme normal.
Terme de musique. Qui n'est pas dans le ton, qui n'est pas juste. Intonation fausse. Accord faux.
J'ai remarqué sur plusieurs personnes qui avaient l'oreille et la voix fausses, qu'elles entendaient mieux d'une oreille que d'une autre [BUFF., De l'ouïe.]
Fausse quarte, fausse quinte, voy. QUARTE et QUINTE. Fausse corde, corde qui n'est pas montée au ton juste ; corde fausse, corde qui ne peut jamais s'accorder avec une autre. Fausse note, note jouée ou chantée à la place de la note véritable, et dont cependant l'intonation n'est pas altérée. Note fausse, note qui n'est pas dans le ton, qui n'est pas juste.
Se dit de tout ce qui n'est pas tel qu'il doit être ou qu'il a coutume d'être. Fausses démarches. Fausses mesures. Un faux mouvement. Une fausse position.
Un même jour t'a vu par une fausse adresse Trahir ton souverain, ton ami, ta maîtresse [CORN., Cinna, IV, 7]
Et combien nous égare une fausse prudence ! [VOLT., Tancr. IV, 6]
Faux bond, voy. BOND. Faux feu, voy. FEU. Faux jour, voy. JOUR. Terme de vénerie. Faux marcher, voy. MARCHER. Faire un faux pas, trébucher ; et fig. commettre quelque faute.
La plus haute vertu peut faire de faux pas [CORN., Suréna, III, 2]
Terme d'arithmétique. Règle de fausse position, voy. RÈGLE. Terme de danse. Fausse position, voy. POSITION. En termes de marine et de chirurgie, fausse route, voy. ROUTE. Terme de marine. Fausse manœuvre, voy. MANŒUVRE.
Terme de jeu. Fausse carte, carte marquée avec laquelle on triche au jeu. Fausse carte, se dit aussi d'une carte entrée seule dans un jeu et qui est désavantageuse. Fausses cartes, au quadrille, à l'hombre et aux autres jeux où il y a une triomphe, cartes qui ne sont pas triomphe. Faux jeu, voy. JEU.
En termes de médecine, fausse couche, voy. COUCHE. Fausses eaux, voy. EAU. Faux germe, voy. GERME. Fausse grossesse, voy. GROSSESSE. Fausse pleurésie, voy. PLEURÉSIE. Fausse pneumonie, voy. PNEUMONIE. Fausse variole, synonyme de varicelle. Terme de vétérinaire. Faux nez, faux museau, voy. BOUQUET.
10° Terme de jurisprudence. Supposé, altéré. Avoir un titre faux. Signature fausse. Se présenter sous un faux nom. Vendre à faux poids. Payer en fausse monnaie. Fig. C'est une fausse pièce, une fausse lame, c'est une personne à qui il ne faut pas se fier. À fausses enseignes, en se servant de marques supposées (locution qui a vieilli). Fausse clef, clef qui ouvre la porte d'autrui, et que l'on fait ou garde le plus souvent pour un usage illicite. Clef fausse, clef qui n'est pas propre à la serrure pour laquelle on veut s'en servir. Faux-monnayeur voy. MONNAYEUR. Faux-saunage, voy. SAUNAGE. Faux-saunier, voy. SAUNIER. Faux sel, voy. SEL.
11° Fait à l'imitation d'une chose vraie. Faux cheveux. Diamants faux. Fausse barbe. Fausses dents.
Quelquefois du bon or je sépare le faux [BOILEAU, Art p. IV]
Fig. Faux brillants, voy. BRILLANT. Simulé, contrefait.
C'est un prétexte faux dont l'amour est la cause [CORN., Poly. I, 4]
Et ce masque trompeur de fausse hardiesse [ID., Nicom. III, 4]
S'il a cru m'éblouir par de fausses caresses [CORN., Œdipe, II, 2]
Et sa fausse bonté se trahit elle-même [ID., Sophon. II, 5]
J'affectais à tes yeux une fausse fierté [RAC., Bajaz. II, 1]
Faux semblant, voy. SEMBLANT. Terme de théâtre. Fausse sortie, voy. SORTIE.
12° Terme de guerre. Fausse attaque, attaque faite pour détourner l'attention de l'ennemi du point où la véritable attaque se fait. Fausse alarme, alarme donnée pour inquiéter l'ennemi. On dit de même fausse alerte. Dans le langage général, fausse alarme se dit aussi, ainsi que fausse alerte, d'une alarme vaine et sans sujet, d'une frayeur sans fondement. Terme de fortification. Fausse braie, seconde enceinte terrassée comme la première, et qui n'en est pas séparée par un fossé, mais dont le terre-plein joint l'escarpe de la première enceinte.
Ils vous étourdissent de flancs, de fausses braies, de courtines.... [LA BRUY., XII]
13° Qui n'est pas, en parlant des personnes, ce qu'il semble ou ce qu'il dit être. Un faux ami. Un faux brave. Un faux Louis XVII. Un faux prophète. Un faux frère.
J'ai vu de ces faux justes deçà et delà les monts ; j'en ai vu qui, pour faire admirer leur intégrité, prenaient l'intérêt d'un étranger contre celui d'un parent ou d'un ami, encore que la raison fût du côté du parent ou de l'ami [BALZ., De la cour, 6e disc.]
Avec les faux Romains elle a fait plein divorce [CORN., Sertor. III, 3]
Trois autres faux Démétrius s'élevèrent l'un après l'autre ; cette suite d'impostures supposait un pays tout en désordre [VOLT., Russie, I, 3]
C'est un faux bon peintre comme c'est un faux bel esprit [DIDER., Salon de 1765, Œuvres, t. XIII, p. 46, dans POUGENS.]
Un faux bonhomme, un homme qui paraît bonhomme et qui ne l'est pas.
14° Qui affecte, pour tromper, des sentiments qu'il n'a pas ; à qui il ne faut pas se fier. Un cœur faux.
À mon mari, dit la fausse femelle [LA FONT., Mari conf.]
Il n'est esprit si droit Qui ne soit imposteur et faux par quelque endroit [BOILEAU, Épît. IX]
Que l'on est faux en ce pays, en disant la vérité ! [MAINTENON, Lett. au duc de Noailles, 1er sept. 1711]
Tranquille dans le crime et fausse avec douceur [VOLT., Zaïre, IV, 7]
Ils sont [les hommes] faux ou méchants, ils sont faibles, cruels [ID., Tancr. IV, 5]
Que les hommes sont faux, et qu'ils savent, hélas ! Trop bien persuader ce qu'ils ne sentent pas ! [GRESSET, Méchant, IV, 1]
Familièrement. Être faux comme un jeton, ne mériter aucune espèce de confiance. Il se dit aussi de l'air, du regard, etc. Un air faux. Cet homme a la mine fausse.
Il y avait dans son ton, dans son air, je ne sais quoi de faux, de malin, d'ironique qui ne me donnait pas de confiance [J. J. ROUSS., Confess. Il.]
15° Méchant.
Je vis dans le temple de Veste Des Troyens la fatale peste.... Qui se cachait sans dire mot, Je veux dire la fausse Hélène Si funeste à la gent troyenne [SCARR., Virg. II]
Mais le faux animal, sans en prendre d'alarmes, Est venu droit à moi qui ne lui disais mot [MOL., Princ. d'Él. I, 2]
C'est un archaïsme, voy. à l'historique le faux enfes, le méchant enfant.
16° Terme d'histoire naturelle. Faux s'ajoute aux noms de végétaux ou de minéraux ayant quelque ressemblance avec les végétaux ou minéraux que ces noms désignent. Faux acacia, voy. ACACIA. Faux baguenaudier, coronille ou séné bâtard. Faux ébénier, voy. ÉBÉNIER. Faux jalap, voy. JALAP. Fausse orange ou coloquinte, nom du cucurbita aurantia, Willdenow, cucurbitacée grimpante. Faux grenat, voy. GRENAT. Faux argent, mica. Faux diamant, zircone. Faux charbon, charbon qui est presque toujours en poussier, et qui se trouve en masse, dans les houillères faibles. Fausse chenille, toute chenille ayant 8, 18 ou 22 pattes.
17° Il se joint à beaucoup de noms d'objets qui ont certaines ressemblances avec d'autres. Faux fourreau, voy. FOURREAU. Fausses manches, voy. MANCHE. Fausse équerre, voy. ÉQUERRE. Terme de jardinage. Faux bois, branches qui ne peuvent donner de fruit, ni servir à l'ornement. Fausses côtes, voy. CÔTES. Faux-bourdon, voy. BOURDON 2.
Je suivis des processions, j'aimais le faux-bourdon des prêtres [J. J. ROUSS., Conf. II]
Terme d'imprimerie. Faux titre, voy. TITRE. Faux frais, voy. FRAIS.
18° Terme d'architecture. Fausse aire, matériaux grossiers dont on remplit l'intervalle entre les solives et sur lesquelles on forme l'aire. Fausse alette, pied droit en arrière-corps, portant une arcade ou une plate-bande. Faux attique, amortissement ayant à peu près les proportions de l'attique, mais sans fenêtres, dont on couronne un grand ordre d'architecture, et que souvent on orne d'un bas-relief ou d'une inscription. Terme de charpente. Faux chevêtre, pièce de bois plus faible que le chevêtre. Faux comble, la partie supérieure d'un comble brisé. Faux plancher, faux plafond, voy. PLANCHER, PLAFOND. Fausse porte, voy. PORTE.
19° Terme de marine. Ce mot faux donne ordinairement au mot qui le suit la signification de supplémentaire, de simulé, de fautif, de momentané, d'à peu près semblable à l'objet exprimé par ce même mot. Faux bau, se dit des baux qui portent les planches du faux-pont. Fausse amure, manœuvre qui sert à renforcer les amures des basses voiles. Fausse arcade, renfoncement cintré, arcade feinte, de laquelle il ne résulte pas de percée. Fausse balancine, cordage supplémentaire pour soutenir une vergue. Fausse batterie, canons postiches de bois peint que l'on place sur quelques bâtiments marchands pour imposer à l'ennemi. Fausse bouteille, ornement extérieur d'un vaisseau ; la partie la plus élevée des bouteilles d'un grand bâtiment ; placard posé sur l'extrémité du bordé de l'arrière, sur les bâtiments qui n'ont pas de bouteilles percées intérieurement. Fausse braye, cordage qui sert à l'amarrage d'un canon. Faux bras, se dit des manœuvres courantes qu'on capèle sur l'extrémité d'une vergue, pour aider aux bras ou les remplacer provisoirement. Fausse cargue, addition aux cargues naturelles des voiles majeures. Fausse carlingue, renfort sur la carlingue. Faux point, ralingue jointe à une autre pour fortifier les points d'écoute des basses voiles. Faux pont, voy. PONT.
20° S. m. Ce qui n'est pas vrai. Discerner le faux d'avec le vrai.
Notre esprit est souvent troublé par la défiance et l'incertitude ; et le faux lui paraît revêtu de couleurs si semblables à celle du vrai, qu'il ne sait où il en est [NICOLE, Ess. de mor. 1er traité, ch. 8]
Tant le faux s'attire d'égards par cette ancienne possession où il se trouve toujours ! [FONTEN., Delisle.]
Enfin, il a fallu que M. Spallanzani, le meilleur observateur de l'Europe, ait démontré aux yeux le faux des expériences de cet imbécile Needham [VOLT., Lett. Villevieille, 26 août 1768]
Fig. Plaider le faux pour savoir le vrai, dire des choses fausses, pour ne pas laisser pénétrer sa pensée et amener ainsi les autres à dire la leur. Être dans le faux, se tromper, être dans l'erreur.
Le monde qui est toujours dans le faux [MASS., Avent, Épiph. Vanité.]
Terme de chasse. Appeler en faux, se dit du chien qui aboie en quelque endroit d'où le gibier est délogé.
21° Terme de littérature. Ce qui n'est pas naturel.
Le faux est toujours fade, ennuyeux, languissant [BOILEAU, Ép. IX]
Ces comparaisons peuvent éblouir d'abord, et elles étaient fort vantées du temps de Quintilien ; mais, quand on les examine de près, on en reconnaît le faux [ROLLIN, Traité des Ét. III, 3]
Cet éclat de coloris qui fait que le faux même de Voltaire a sa vérité poétique [VILLEMAIN, Litt. Tabl. du XVIIIe siècle, 2e part. 2e leç.]
Il se dit en un sens analogue pour les choses morales.
Il ne considéra ni la fausse gloire ni le faux des honneurs [FLÉCH., Lamoignon.]
Dieu vous rappelle à lui par le frivole et le faux de toutes les choses humaines [MASS., Carême, Motifs de conv.]
C'est [ne pas croire à l'honnêteté] le malheur des cours surtout ; comme on y est né et qu'on y vit dans le faux, on croit le voir dans la vertu aussi bien que dans le vice [ID., Pensées, Des jugem. des hommes.]
22° Terme de musique. Ce qui n'est pas dans le ton.
Nulle cadence, nul accent mélodieux dans les airs du peuple ; les instruments militaires, les fifres de l'infanterie, les trompettes de la cavalerie, tous les cors, tous les hautbois, les chanteurs des rues, les violons de guinguette, tout cela est d'un faux à choquer l'oreille la moins délicate [J. J. ROUSS., Hél. II, 23]
23° Altération, supposition d'actes, de pièces, de signatures. Commettre, faire un faux, se rendre coupable d'un faux en écriture privée ou publique.
Ceux qui font courir leurs ouvrages sous le nom d'autrui sont réellement coupables du crime de faux ; mais il s'agit de confronter les écritures [VOLT., Lett. Bordes, 30 oct. 1769]
Terme de jurisprudence. Altération frauduleuse de la vérité au préjudice d'autrui. Faux principal, se dit d'une procédure qui a pour objet la poursuite d'un faux, par opposition à faux incident, qui se dit d'une procédure faite incidemment durant le cours d'une autre affaire. Le faux incident est la voie que prend une partie pour faire rejeter d'un procès, comme fausse, une pièce produite ; on l'appelle ainsi parce que cette procédure n'est qu'un incident du procès engagé, lequel forme le principal. Faux incident civil, procédure ou faux incident dans une instance civile. S'inscrire en faux, attaquer en justice un acte, une pièce comme fausse. Inscription en faux.
J'obtiens lettres royaux et je m'inscris en faux [RAC., Plaid. I, 7]
Fig. S'inscrire en faux contre une allégation, la nier positivement.
Je m'inscris en faux contre vos paroles [MOL., les Préc. 10]
24° Ce qui n'a que l'apparence d'être précieux, en parlant de certains objets de parure ou d'utilité.
J'en fais voir le chaton [d'un jonc], C'est du faux, me dit-on [BÉRANG., Bonne fille.]
Fabricant en faux, celui qui fabrique des objets imitant l'or, l'argent ou autres matières précieuses, et qui les vend pour imités. Terme de tapisserie. Cuivre en fil ou en lame non doré, mais seulement mis en couleur ; on l'emploie à faire du galon et autres garnitures.
25° Faux, adv. D'une manière fausse. Raisonner faux. Dater faux.
Il chantait faux avec méthode [HAMILT., Gramm. 7]
On peint faux pour l'œil, comme l'on chante faux pour l'oreille [DIDER., Pensées sur la peint.]
Terme d'ancienne pratique. Un faux donné à entendre contre la vérité, chose donnée à entendre contre la vérité. Terme de vétérinaire. Faux marqué, voy. MARQUÉ.
26° À faux, loc. adv. À tort, d'une manière fautive. Accuser à faux.
L'expérience nous fait voir qu'ils ont triomphé à faux [BALZ., Socr. disc. 4]
[Un devin] Lui qu'Apollon jamais n'a fait parler à faux [CORN., Hor. I, 2]
Le nom de cavalier que tu portes à faux [MAIR., Sol. III, 2]
Il se vantait à faux et ne possédait rien [LA FONT., Gasc.]
Et tu as un billet de monsieur Matthieu, pour marque que tu ne viens pas à faux [REGNARD, Sérén. 10]
Aller à faux en quelque endroit, manquer d'y trouver ce qu'on cherche. Frapper à faux, se dit d'un coup de marteau qui ne frappe pas juste sur le clou ; et fig. mal appliquer un reproche, une punition. Terme d'architecture. Porter à faux, se dit des pièces mal posées qui ne portent pas directement sur leur point d'appui. Cette poutre porte à faux. Fig.
Il est difficile que de toutes les pièces que l'on emploie à l'édifice de sa fortune, il n'y en ait quelqu'une qui porte à faux [LA BRUY., VIII]
Substantivement. Un porte à faux. Il y a dans cette église des porte à faux. Ce mur est hors d'aplomb, il est en porte à faux. Les loges de ce théâtre sont en porte à faux. Fig. Porter à faux, se dit de ce qui n'est pas solidement prouvé, établi. Ce raisonnement porte à faux.
Une conspiration, une reine en danger d'être détrônée, une amante sacrifiée, sont assurément des sujets tragiques ; ils cessent de l'être dès que tout porte à faux [VOLT., Comm. Corn. Rem. comte d'Essex]
Il y a un autre fondement de son livre [Montesquieu, Espr. des lois] qui ne me paraît pas moins porter à faux [ID., Dial. XXIV, 1]

REMARQUE

  • 1. Faire de faux pas ou faire des faux pas. Les deux se disent : le premier est conforme à la règle stricte ; dans le second on prend faux pas pour un seul mot.
  • 2. Faux, avec plusieurs noms, modifie leurs significations, suivant qu'il les précède ou qu'il les suit. On en peut voir ci-dessus des exemples avec carte, clef, note.

HISTORIQUE

  • XIe s.
    Qui faus jugement fait [, Lois de Guill. 15]
    De false lei [le mahométisme] que Deus nen amat onques [, Ch. de Rol. CCLXVI]
  • XIIe s.
    Li ors des tables ne sera mie faux [, Ronc. p. 149]
    Empris [j'] ai greignor folie Que li faus enfes [le méchant enfant] qui crie Por la bele estoile avoir [, Couci, III]
    Las ! pourquoi l'ai de mes ieuz regardée, La douce rien qui fausse amie a nom ? [, ib. VI]
    Onques vers li [elle] n'oi [je n'eus] faus cuer ne volage [, ib. XI]
    Quant la dame se cointoie et atourne, C'est pour faire son poure ami dolent ; La joie en a li riches faus qui ment [QUESNES, Romancero, p. 86]
    Peu aime son seigneur ... Qui par fause ochoison [occasion] de lui servir se part [, Saxons, XI]
  • XIIIe s.
    À la fausse royne [celle qui n'était pas reine] [ils] vont ensemble là sus [, Berte, XXIV]
    Et Tybers ses cousins, qui ert [était] faus et trichiere [, ib. X]
    Quant la serve l'entent, s' [si] en jeta un faus ris, Semblant fait qu'en fust lie [joyeuse].... [, ib. LXXV]
    Apius, Qui fist à son serjant emprendre Par faus tesmoings fauce querele Contre Virgine la pucele [, la Rose, 5614]
    Quant li corages est commeüz par aucun troblement, il pert les oils [yeux] et la connoissance entre voir [vrai] et faus [BRUN. LATINI, Trésor, p. 353]
  • XVe s.
    Et quant Girauldon en ouïst la voix, il n'ot plus de recours pour lui sauver que par une fausse voie que il savoit [FROISS., II, II, 214]
    Ha ! faulse envie ! que tu as basty de males œuvres et maints as livré à honte ! [, Boucic. II, 26]
    Et de faintises et faux semblans, pour elles decevoir, bien se savent aider [, ib. I, 8]
    Encontre ung faulx, un et demi [AL. CHARTIER, Œuvres, p. 719]
    Toutes fois n'estoient point bien asseur qu'on ne leur jouast à la faulce compagnie [MONSTREL., t. II, p. 122, dans LACURNE]
    Le duc de Bourbon fist tant que ses gens prinrent une fausse braye par devers une porte au dessoubz du chastel, où il logea cent hommes d'armes [, Hist. de Louis III de Bourbon, p. 79, dans LACURNE]
    Par ma foy, dist le chevalier, il n'y eut onques hommes qui s'en efforçast [de combattre pour une femme] ; car ilz ne s'en vouloient pas encoulper pour elle, pour ce qu'ilz sçavoient bien que elle avoit le chevalier occis ; si eussent esté desloyaux, se ils se fussent mis en faulx gaiges à leur escient [, Lancelot du Lac, t. III, f° 131]
  • XVIe s.
    Il se dépouilla de ses habillemens de palefrenier, osta son faux nez et sa fausse barbe [MARG., Nouv. XXVI]
    La gloire, vaine et faulse monnoye [MONT., I, 278]
    Le fauls pas d'un cheval suffit à le porter par terre [ID., II, 190]
    Une peincture entre-luisant d'une infinie varieté de fauls jours à exercer nos conjectures [ID., II, 280]
    Durant ces guerres de la ligue, plusieurs se sont aydez des places que le roy dernier leur avoit données en garde, et de ses moyens et finances, pour luy faire la guerre et jouer fausse compagnie [BRANT., Capit. franc. t. II, p. 359, dans LACURNE]
    Ha, faulse mort, tant tu m'es malivole de me tollir celle à laquelle immortalité appartenoit de droit [RAB., Pant. II, 3]

ÉTYMOLOGIE

  • Wall. fâs, fâse ; provenç. fals ; espagn. et ital. falso ; du lat. falsus, part. passé de fallere, tromper (voy. FAILLIR et FALLOIR).