feindre

(Mot repris de feignants)

feindre

v.t. [ lat. fingere, façonner ]
Simuler pour tromper : Elle feint la tristesse affecter
Feindre de,
faire semblant de : Il feint de s'être blessé.

feindre


Participe passé: feint
Gérondif: feignant

Indicatif présent
je feins
tu feins
il/elle feint
nous feignons
vous feignez
ils/elles feignent
Passé simple
je feignis
tu feignis
il/elle feignit
nous feignîmes
vous feignîtes
ils/elles feignirent
Imparfait
je feignais
tu feignais
il/elle feignait
nous feignions
vous feigniez
ils/elles feignaient
Futur
je feindrai
tu feindras
il/elle feindra
nous feindrons
vous feindrez
ils/elles feindront
Conditionnel présent
je feindrais
tu feindrais
il/elle feindrait
nous feindrions
vous feindriez
ils/elles feindraient
Subjonctif imparfait
je feignisse
tu feignisses
il/elle feignît
nous feignissions
vous feignissiez
ils/elles feignissent
Subjonctif présent
je feigne
tu feignes
il/elle feigne
nous feignions
vous feigniez
ils/elles feignent
Impératif
feins (tu)
feignons (nous)
feignez (vous)
Plus-que-parfait
j'avais feint
tu avais feint
il/elle avait feint
nous avions feint
vous aviez feint
ils/elles avaient feint
Futur antérieur
j'aurai feint
tu auras feint
il/elle aura feint
nous aurons feint
vous aurez feint
ils/elles auront feint
Passé composé
j'ai feint
tu as feint
il/elle a feint
nous avons feint
vous avez feint
ils/elles ont feint
Conditionnel passé
j'aurais feint
tu aurais feint
il/elle aurait feint
nous aurions feint
vous auriez feint
ils/elles auraient feint
Passé antérieur
j'eus feint
tu eus feint
il/elle eut feint
nous eûmes feint
vous eûtes feint
ils/elles eurent feint
Subjonctif passé
j'aie feint
tu aies feint
il/elle ait feint
nous ayons feint
vous ayez feint
ils/elles aient feint
Subjonctif plus-que-parfait
j'eusse feint
tu eusses feint
il/elle eût feint
nous eussions feint
vous eussiez feint
ils/elles eussent feint

FEINDRE

(fin-dr') , je feins, tu feins, il feint, nous feignons, vous feignez, ils feignent ; je feignais, nous feignions ; je feignis ; je feindral ; feins, feignez ; que je feigne, que nous feignions ; que je feignisse ; feignant, feint v. a.
Faire, produire, prendre une apparence fausse pour tromper ou, simplement, pour faire croire quelque chose.
Pour ne vous rien feindre, Je crois l'aimer assez pour ne pas la contraindre [CORN., Suréna, II, 1]
Et je feins hardiment d'avoir reçu de vous L'ordre qu'on me voit suivre et que je donne à tous [ID., Cid, IV, 3]
Il feignait de m'aimer, je l'aimais en effet [TH. CORN., Ariane, IV, 2]
Feignez, si vous voulez, de ne me pas entendre [MOL., l'Ét. III, 3]
Pourquoi feindre à nos yeux une fausse tristesse ? [RAC., Iphig. IV, 4]
Elle a feint de passer chez la triste Octavie [ID., Brit. v, 8]
Parce qu'elle feignait d'être bonne, elle croyait l'être en effet [MARIV., Pays. parv. 3e part.]
Il [Charles XII] resta dix mois couché, feignant d'être malade [VOLT., Charles XII, VII]
La Fontaine a employé feindre sans la préposition de : Lui [renard] qui n'était novice au métier d'assiégeant, Eut recours à son sac de ruses scélérates, Feignit vouloir gravir, se guinda sur ses pattes, Fabl. XII, 18. Absolument.
Il est honteux de feindre où l'on peut toutes choses [CORN., Perthar. III, 4]
C'est qu'ils ont l'art de feindre, et moi je ne l'ai pas [MOL., Mis. I, 2]
Je ne sais ni tromper, ni feindre, ni mentir ; Et, quand je le pourrais, je n'y puis consentir [BOILEAU, Sat. I]
Il feint, il me caresse et cache son dessein [RAC., Mithr. IV, 2]
Feignons, et de son cœur, d'un vain espoir flatté, Par un mensonge adroit tirons la vérité [ID., ib. III, 4]
J'ai feint quelques instants pour ne feindre jamais [DORAT, Feinte par amour, III, 6]
Un proverbe italien dit : Qui ne sait pas feindre, ne sait pas vivre [STAËL, Corinne, VI, 3]
Supposer.
Il est nécessaire de feindre qu'il [Dieu] soit trompeur, si nous voulons révoquer en doute les choses que nous concevons clairement [DESC., Rép. II, 29]
Controuver, imaginer.
Le roi pour vous tromper feignait cet hyménée [RAC., Iphig. III, 5]
Il ne vient qu'à la fin de la tragédie ; et c'est pour prononcer une loi telle que les anciens les feignaient dictées par les dieux [VOLT., Guèbres, Disc. hist. et crit.]
On trouve dans le code théodosien un édit de Constantin où il déclare qu'il a fondé Constantinople par ordre de Dieu ; il feignait ainsi une révélation pour imposer silence aux murmures [ID., Mœurs, 10]
Feindre à quelqu'un, rapporter faussement.
Pour perdre mon rival j'ai découvert sa trame, Euphorbe vous a feint que je m'étais noyé [CORN., Cinna, V, 3]
[Elle].... leur feint de ma part tant d'outrages reçus Que ces faibles esprits sont aisément déçus [ID., Médée, I, 1]
Il lui feint qu'en un lieu que vous seul connaissez, Vous cachez des trésors par David amassés [RAC., Athal. I, 1]
Se feindre quelque chose, feindre à soi quelque chose, supposer à soi quelque chose.
Ne voilà pas, dis-je, cette volage qui se feint de nouveaux prétextes de haine et de jalousie [D'URFÉ, Astrée, I, l.]
Mon esprit.... Se feignant, pour passer le temps, Avoir cent mille écus comptants [RÉGNIER, Ép. III]
Hésiter, faire difficulté. Il se construit avec la préposition à, quand il n'est pas accompagné d'une négation.
Feindre à s'ouvrir à moi dont vous avez connu Dans tous vos intérêts l'esprit si retenu [MOL., Dép. amour. II, 1]
Tu feignais à sortir de ton déguisement [ID., l'Ét. v, 9]
Vous ne devez point feindre à me le faire voir [ID., Mis. v, 2]
Nous feignions à vous aborder, de peur de vous interrompre [ID., l'Av. I, 5]
Il se construit avec la préposition de, quand il est accompagné d'une négation.
Ainsi, monsieur, je ne feindrai point de vous dire que l'offense que nous cherchons à venger.... [MOL., Fest. de P. III, 4]
Nous ne feignons point de mettre tout en usage [ID., Pourc. I, 3]
Monsieur et madame, ne feignez point de me mettre au nombre de ceux que vous aimez et qui vous aiment ; toute ma vie vous persuadera que je mérite d'y être [SÉV., Au comte de Guitaut, 23 nov. 1673]
Au lieu d'expédier sur-le-champ des marchands et des ouvriers, il [l'orgueilleux] ne feint point de les renvoyer au lendemain matin [LA BRUY., Théoph. XXIV]
Nesmond ne feignit pas de dire qu'il se croirait coupable de la prévarication la plus criminelle, s'il dissimulait que le pain de la parole manquait au peuple [SAINT-SIMON, 302, 205]
Quelquefois il tombe dans des difficultés où il ne feint point d'avoir recours soit à la volonté de Dieu qui opère sans mécanisme, soit au dessein qu'il a eu de nous cacher le mécanisme [FONTEN., Ruysch.]
Terme de manége. Feindre en marchant, se dit d'un cheval et aussi d'une personne qui boite légèrement ou d'une façon presque invisible à l'œil.
Se feindre, v. réfl. Se supposer. Se feindre coupable.
Dorise se feint être un jeune gentilhomme contraint pour quelque occasion de se retirer de la cour [CORN., Clit. préf.]
Absolument. Cacher ce qu'on sent, ce qu'on pense.
Et puis je ne saurais me forcer ni me feindre [RÉGNIER, Sat. III]
Être feint.
Et parce que cela ne se peut pas même feindre.... [DESC., Rép. II, 29]

REMARQUE

  • Voltaire condamne le régime indirect avec feindre ; mais les exemples de Corneille paraissent irréprochables.

SYNONYME

  • FEINDRE, DISSIMULER. Étymologiquement, feindre, c'est donner une forme comme l'artiste fait à la terre qu'il moule ; dissimuler, c'est rendre dissemblable. De là la distinction entre ces deux verbes : celui qui feint forme, présente, produit ce qui n'est pas ; celui qui dissimule cache ce qui est : on dissimule sa joie, sa haine ; on feint de la joie, de l'amitié.

HISTORIQUE

  • XIe s.
    Il se feint mort, si gist entre les altres [, Ch. de Rol. CLXVI]
  • XIIe s.
    Car il n'a home de li servir se faigne [, Roncis. p. 1]
    Jà fu tels jors que les dames amoient De leal cuer sans feindre et sans fausser [QUESNES, Romancero, p. 87]
    Quant veit li reis Henris qu'il nel purra aveir, Cuida qu'il se fainsist tut pur le deceveir [, Th. le mart. 34]
  • XIIIe s.
    Cil qui cuide gaaigner gloire par fause demonstrance ou par paroles faintes [BRUN. LATINI, Trésor, p. 451]
    La quinte color [de rhétorique] est apelée fainture, porce que on faint une chose qui n'a pooir ne nature de parler, aussi comme se ele parlast [ID., ib. p. 488]
    Ne te faindre pas d'estre ce que tu n'ies [ID., ib. p 384]
    Mais si malade vous faigniés, Tant soupirés, tant vous plaigniés [, la Rose, 9135]
  • XIVe s.
    C'est chose fainte et neant [ORESME, Eth. VI [10].]
  • XVe s.
    Cils [les barons] qui nullement pour leur honneur ne se fussent feints, eurent en convent à la bonne dame qu'ils s'en acquiteroient loyalement [de combattre] [FROISS., I, I, 306]
    Et Dieu sait si ceulx d'Orleans se faignoient à mener artillerie [, Bibl. des chartes, 2e série, t. III, p. 507]
    L'autre ne faignoit pas et recommençoit encores de bon cueur [COMM., IV, 8]
    Ledit duc de prime face faignit à la bailler [la sûreté demandée par le connétable], mais à la parfin la bailla [ID., IV, 12]
    Feignant [simulant] venir vers son oncle [ID., I, 2]
    Il faindit, comme bien le savoit faire, une matte chere, et montra semblant de courroux [LOUIS XI, Nouv. XXXIII]
  • XVIe s.
    Frappoit à grandz tours de bras sans se faindre ny espargner [RAB., Garg. I, 44]
    Les poetes feignent un grand tas de dieux mal faisans [ID., ib. I, 45]
    Elle va feindre d'estre malade [MARG., Nouv. LXI]
    Le seigneur de Bonnivet, pour lui arracher son secret, feignit lui dire le sien [ID., ib. IV]
    Pour revenir à sa clemence [de César], nous en avons plusieurs naïfs exemples au temps de sa domination, lorsque, toutes choses estant reduictes en sa main, il n'avoit plus à se feindre [MONT., II, 33]
    Les poëtes feignent Niobé avoir este transmuée en rochier [ID., I, 7]
    N'est-ce pas toy, dont la divine main De vil bourbier forma le corps humain, Pour y enter l'ame que tu as feinte Sur le portrait de ton image saincte ? [DU BELLAY, III, 92, recto.]
    Leonidas, entrant un jour audacieusement en grosses paroles contre luy, ne faignit pas de luy dire.... [AMYOT, Lyc. 3]
    Disant qu'il seroit bien beste, si pour crainte du nom seulement d'estre appelé tyran, il faignoit d'accepter la monarchie [ID., Solon, 22]
    Le messager faignit que l'issue en avoit esté doubteuse [ID., Fab. 7]
    Après avoir bien noté et remarqué l'endroit de la muraille que le brutien avoit à garder, lequel avoit promis de se faindre et de laisser entrer ceulx qui viendroient assaillir ce costé là [ID., ib. 44]
    Un homme feint [fourbe] [ID., Solon, 63]

ÉTYMOLOGIE

  • Bourg. foindre, il ne foint pas, il ne craint pas ; provenç. fenher, feigner, finher ; espagn. et portug. fingir ; ital. fingere ; du lat. fingere, feindre, supposer. Dans l'ancienne langue, se feindre signifie souvent ne pas vouloir, hésiter à. Selon Curtius, le sens primitif du radical fig, en grec, est toucher. Aussi le sens propre de fingere est façonner. Du sens de façonner on a passé à celui de feindre, c'est-à-dire façonner une apparence. De ce qui n'a qu'une apparence et qui est vide, faible, on en est venu au sens de hésiter, craindre.

feindre

FEINDRE. (Il se conjugue comme TEINDRE.) v. tr. Présenter une chose comme réelle en lui donnant une fausse apparence. Feindre une maladie. Feindre de la joie. Feindre d'être gai, d'être en colère. Absolument, Savoir feindre. Avoir l'art de feindre.

Le participe passé FEINT, EINTE, s'emploie adjectivement. Une amitié feinte. Une feinte réconciliation. De feintes caresses.

En termes d'Architecture, Porte feinte, colonne feinte, fenêtre feinte, etc., Représentation d'une porte, d'une colonne, etc., que l'on fait pour la symétrie ou pour l'agrément.

feindre

Feindre, voyez Faindre.

feindre


FEINDRE, v. act. et neut. FEINTE, s. f. *FEINTISE, s. f. [Fein-dre, te, tize: 1re lon. 2e e muet aux deux premiers, lon. au 3e.] Feindre, c'est 1°. faire semblant. "Feindre une maladie; feindre de la joie. = Il régit de devant les verbes; alors il est neutre: il feignit d'être en colère. — Corneille retranche la préposition.
   César en fut épris: du moins il feignit l'être.
       Pompée.
Il faut dire, il feignit de l'être. = Il s'~ emploie~ aussi neutralement sans régime. "Posséder l'art de feindre.
   Avec moi, saint-Géran, à quoi bon vous contraindre?
   Je sais mieux deviner que vous ne savez feindre.
       Barthe.
  Reconoissez l'erreur qui vous prévenoit tous,
  En faveur d'une femme instruite en l'art de feindre.
       La Chaussée.
2°. Inventer. Il se dit sur-tout des Poètes. "Feindre des chôses, des caractères, qui n'ont point de vraisemblance. = 3°. Aûtrefois on en faisait un grand usage avec la négative, dans le sens de craindre. "St. Basile ne feignoit pas de toucher et d'embrasser les lépreux. Fleuri. "Je ne feignis point d'ajouter quelques nouvelles remarques. La Bruyère. "Caron ne feignit point de lui dire que, etc. Rollin. "Il ne feignoit pas de dire, etc. Boss. "Les anciens ne feignoient point de comparer les engagemens de la Chevalerie à ceux de l'ordre monastique, et même du Sacerdoce. Velly. Hist. de Fr. L'Acad. le met encôre à peu près dans le même sens, pour, ne pas hésiter, ne pas faire dificulté de... "Il n'a pas feint de lui déclarer, etc. = * Aûtrefois aussi, pour dire qu'un homme s'emploie à une chôse avec ardeur, on disait qu'il ne s'y feignoit pas, et cette expression est encôre aujourd'hui fort comune en Bourgogne. = 4°. Boîter. "Il est guéri de sa goutte, mais il feint encôre un peu du pied gauche. "Ce cheval feint d'un pied. Acad. — C'est un mot du style simple et de conversation. = 5°. Feint, feinte, adj. Simulé, inventé à plaisir. "Mal feint; histoire feinte, amitié feinte. = Représenté en peintûre ou autrement, pour la simétrie. "Porte, fenêtre, colone feinte.
   FEINTE aime à précéder: feinte douceur, feinte tendresse. Il peut aussi suivre, il le doit même quelquefois. Feinte histoire ferait une inversion dûre. — Le masculin est peu usité.
   FEINTE, subst. n'a que le premier sens de feindre. Dissimulation, déguisement, artifice. Faux semblant. "Toute sa dévotion n'est que feinte. "Ses feintes n'ont pas réussi. Parler sans feinte.
   À~ vous parler sans feinte;
   Je n'en suis pas très-sûr, mais j'en ai quelque crainte.
       Barthe.
= * Rousseau l'emploie au lieu de fiction, calomnie. Il dit de lui-même, en s'adressant à la postérité.
   Voilà quel fut celui qui t'adresse sa plainte,
   Victime abandonée à l'odieuse feinte,
   De sa seule innocence en vain acompagné.
La rime a produit cette impropriété de terme.
   La Fontaine a dit aussi, feinte pour fiction.
   La feinte est un pays plein de terres désertes.
   *FEINTISE, s'est dit aûtrefois pour, feinte, déguisement. — L'Acad. l'a encôre employé dans ses Sentimens sur le Cid. Cela se pourroit bien défendre par l'exemple de plusieurs Princes qui ont usé de feintise dans leurs jugemens. — Elle dit dans son Dictionaire, que ce mot vieillit; et comme elle le dit depuis longtems, il faut qu'il soit bien vieux.

Synonymes et Contraires

feindre

verbe feindre
Simuler pour tromper.
Traductions

feindre

affect, feign, pretend, counterfeit, attitudinize, pose, put on airs, shamהעמיד פנים, הֶעֱמִיד פָּנִיםveinzen, voorwenden, zich aanstellenafectaraffektieren, gespreitzt tun, sich den Anschein geben, sich geziert benehmen, sich unnatürlich benehmen, sich zieren, spielen, vorgeben, vortäuschen, fingierenafektidarse tono, ponerse, ser presuntuosoolla olevinaanaffektálposare, fingereafectar, fingirafekto假裝 (fɛ̃dʀ)
verbe transitif
faire semblant feindre la joie

feindre

[fɛ̃dʀ]
vt → to feign
feindre de faire → to pretend to do
vi → to dissemble