fier

(Mot repris de fières)

fier, fière

[ fjɛr] adj. [ lat. ferus, sauvage ]
1. Qui a de la dignité, des sentiments nobles, élevés : Elle est trop fière pour accepter qu'on l'aide digne ; abject, méprisable
2. Qui s'estime supérieur aux autres ; hautain, méprisant par son attitude, ses paroles, etc. : Sa réussite l'a rendu fier arrogant, prétentieux ; humble, modeste, simple
3. Fam. Remarquable en son genre : C'est un fier menteur fameux
Être fier de,
tirer un légitime orgueil, une vive satisfaction de : Il est fier de ses enfants et de leur succès il est comblé
Fier comme Artaban,
qui manifeste un orgueil, une vanité ridicules : Elle est passée fière comme Artaban, sans me saluer.

se fier

v.pr. [ lat. pop. fidare, confier ] (à)
Mettre sa confiance en qqch, qqn : Vous pouvez vous fier à sa mémoire. Ne te fie pas à lui compter sur, se reposer sur ; se défier de, se méfier de

FIER1

(fi-é) , je fiais, nous fiions, vous fiiez ; que je fie, que nous fiions, que vous fiiez v. a.
Commettre à la foi de quelqu'un. Je lui fierais tout ce que j'ai au monde.
Ciel ! à qui voulez-vous désormais que je fie Les secrets de mon âme et le soin de ma vie ? [CORN., Cinna, IV, 3]
Je vous fie son salut en toute assurance [SCARR., Rom. com. II, 19]
Fig.
Cher prince, dont je n'ose en mes plus doux souhaits Fier encor le nom aux murs de ce palais [CORN., Rodog. III, 3]
Se fier, v. réfl. Mettre sa confiance.
Souvent qui trop se fie aussi trop se hasarde [ROTR., Antig. II, 4]
Se fier à quelqu'un ou à quelque chose, s'assurer sur quelqu'un ou sur quelque chose.
Le plus sûr est, ma foi, de se fier à nous [MOL., Éc. des mar. I, 1]
Il me semble qu'on peut se fier à vos paroles [SÉV., 42]
Je jurai de ne me plus fier aux physionomies [ID., 233]
Osée, roi d'Israël, s'était fié au secours de Sabacon [BOSSUET, Hist. I, 7]
Quoi ! Narcisse, tandis qu'il n'est point de Romaine.... Qui, dès qu'à ses regards elle ose se fier, Sur le cœur de César ne les vienne essayer [RAC., Brit. II, 2]
Vous fiez-vous encore à de si faibles armes ? [ID., Iphig. V, 2]
Ne pas se fier à ses oreilles, ne pas croire ce qu'on entend.
À peine je me fie encore à mes oreilles [CORN., Poly. IV, 5]
Ne pas se fier à ses yeux, ne pas croire ce qu'on voit. Se fier à quelqu'un de quelque chose, avoir confiance en quelqu'un pour cette chose.
Il y a d'autres esprits d'une plus haute élévation, à qui il [le prince] peut se fier de plus importants emplois et donner une plus noble part en ses desseins [BALZ., De la cour, 1er disc.]
Personne À qui de mon secret je m'osasse fier [RÉGNIER, Élég. v.]
Harpalus à qui le roi s'était fié de la garde des trésors [VAUGELAS, Q. C. 554]
Seigneur, voulez-vous bien vous en fier à moi ? [CORN., Nicom. IV, 3]
S'ils voulaient se fier à la compagnie [au sénat de Rome] de la réparation [BOSSUET, Hist. III, 6]
Fiez-vous aux Romains du soin de son supplice [RAC., Mithr. v, 5]
Ce n'eût pas été au comte de Melford qu'on se fût fié d'un dessein de cette importance [SAINT-SIMON, 87, 137]
Se fier en, mettre sa confiance.
Ma volonté ne se fie pas en ma mémoire des choses de cette importance-là, et elle me représente à toute heure que j'ai cela à faire, jusqu'à ce qu'il soit fait [VOIT., Lett. 111]
Qu'ils [les lecteurs] repassent si longtemps et si souvent cette considération [l'incertitude des sens] en leur esprit, qu'enfin ils acquièrent l'habitude de ne plus se fier si fort en leurs sens [DESC., Rép. aux secondes object. 67]
Je vous manderai toujours sincèrement comme je suis ; fiez-vous en moi [SÉV., 10 juil. 1675]
Se fier sur, compter sur.
Il se fiait assez sur la modération de ce prince et sur sa propre grandeur pour ne rien craindre de sa part [PERROT D'ABLANCOURT, Tacite, 174]
Ma foi, sur l'avenir bien fou qui se fiera [RAC., Plaid. I, 1]
Et lorsque avec frayeur je parais à vos yeux, Que sur mon innocence à peine je me fie [ID., Brit. II, 3]
Sur l'avenir insensé qui se fie [ID., Athal. II, 9]
Je sais vous estimer autant que je vous aime, Et sur votre vertu me fier à vous-même [VOLT., Zaïre, I, 2]
Se fier de quelqu'un, compter sur lui (tournure qui a vieilli).
Aspathine et Gobrias, les premiers des Perses et de qui plus il se fiait [Otanès] [P. L. COUR., II, 185]
On ne dit plus aujourd'hui celui dont ou duquel je me fie, ni la personne de laquelle je me fie, il faut dire : celui en qui ou à qui je me fie [, Acad. Observ. sur Vaugelas, p. 556, dans POUGENS]
Fiez-vous-y, se dit par antiphrase pour avertir quelqu'un de ne pas se fier à une personne ou à une chose.
Oui, fiez-vous-y, à cette physionomie si prévenante, qui disparaît un quart d'heure après, pour faire place à un visage sombre [MARIVAUX, Jeux de l'amour et du has. I, 1]
Fig. Nage toujours et ne t'y fie pas, se dit pour faire entendre qu'il faut s'aider soi-même, sans trop compter sur autrui.

HISTORIQUE

  • XIe s.
    Et Olivier en qui il tant se fiet [, Ch. de Rol. XLIII]
  • XIIe s.
    Fiez la moi [, ronc. p. 31]
    Dame, fait-il, ce vous puet moult grever, Que [vous] vous fiés en vostre seigneurage [QUESNES, Romancero, p. 109]
  • XIIIe s.
    Tant je me fie à sa grant loiauté, Jà pour autre [elle] ne me devra guerpir [LE COMTE D'ANJOU, Romanc. p. 124]
    Car trop en sa biauté se fie Qui atent que fame le prie [, la Rose, 7689]
  • XVe s.
    Les compaignons de qui il se fioit le plus [FROISS., I, I, 16]
    Mais jà pour ce trop ne vous y fiez ; C'est tout neant des choses de ce monde [EUSTACHE DESCHAMPS, Néant du monde]
    ... tel court est ; foulz s'i fie ; ... C'est la destruction D'ame et de corps ; adieu, court, je te lesse [ID., De l'intérieur des cours]
    Je laisse faire à mon conseil, je me fie en eulx [COMM., II, 6]
    Pour ce que de tous points ne se fyoit point de ses gens d'armes [ID., IV, 4]
  • XVIe s.
    Je me fie ayséement à la foy d'aultruy [MONT., I, 26]
    Fier une chose à quelqu'un [ID., I, 27]
    Je me feusse plus volontiers fié à luy de moy, qu'à moy [ID., I, 214]
    Le duc se fiant [comptant] qu'on n'auroit pas touché à sa bouteille [ID., I, 253]
    Et duquel il s'estoit toujours fié [ID., III, 304]
    En trop se fier a danger [GÉNIN, Récréat. t. II, p. 238]
    Qui ne se fie n'est pas trompé [LEROUX DE LINCY, Prov. t. II, p. 399]
    De qui je me fie, Dieu me garde [COTGRAVE, ]
    Souvent femme varie, Est bien fou qui s'y fie [FRANÇOIS I, ]
    La nef qui disjoint nos amours N'aura de moi que la moitié ; Une part te reste, elle est tienne ; Je la fie à ton amitié, Pour que de l'autre il te souvienne [MARIE STUART, Adieux à la France.]

ÉTYMOLOGIE

  • Provenç. fiar, fizar ; espagn. et portug fiar ; ital. fidare ; verbe roman formé du latin fidus, qui se fie (voy. FOI).

fier

FIER. v. tr. Remettre à la fidélité de quelqu'un. Fier son bien. Fier sa vie. Fier son honneur à son ami.

SE FIER À, ou EN, ou SUR signifie Mettre sa confiance en quelqu'un ou en quelque chose; compter, faire fond sur quelqu'un ou sur quelque chose. Se fier aveuglément à quelqu'un. On ne sait plus à qui se fier. Je me fie à votre discrétion. Je ne m'y fie pas. Fiez- vous à lui du soin de vos affaires. Fiez-vous-en à moi. Je ne m'en fie qu'à mes propres yeux. Se fier à la fortune, à son crédit. Il se fie trop sur l'avenir. Se fier trop sur ses propres forces.

Ironiq., Fiez-vous-y, fiez-vous à cela, On ne doit pas compter là-dessus. Oui, oui, fiez-vous à ces belles promesses. On dit dans le même sens Bien fou qui s'y fie.

fier

FIER, ÈRE. (L'R se prononce.) adj. Qui affecte un air hautain, méprisant. C'est un homme fier. Une femme très fière. Depuis qu'il est arrivé à cette situation, il se montre ridiculement fier. Fig., Être fier comme Artaban, fier comme un paon.

Il signifie aussi Qui a un sentiment vif de sa dignité. Âme fière. Caractère fier.

Être fier, se tenir, se montrer fier de quelqu'un, de quelque chose, En concevoir, en montrer de l'orgueil, en tirer vanité. Elle est fière de sa fille. Il se montre fier de ses amis, de ses richesses. Il est tout fier d'avoir réussi.

Il signifie quelquefois, surtout dans le style élevé, Qui est audacieux, intrépide, qui méprise les périls. De fiers combattants. Courage fier. De fiers coursiers. En ce sens il vieillit.

Il se dit encore, dans les divers sens qui précèdent, de la Contenance, du ton, des actions, des discours. Attitude fière. Ton fier et menaçant. Mine fière. OEil, regard fier. De fiers mépris. Une réponse fière et hardie.

Il signifie familièrement Qui est grand, fort, remarquable en son genre. C'est une fière imprudence, une fière étourderie. Il faut avoir un fier courage pour cela. Ironiquement, Voilà un fier marcheur, il ne peut faire une lieue sans être fatigué. C'est un fier imbécile.

Il signifiait aussi autrefois Sauvage, farouche, en parlant des Bêtes. Il n'a plus ce sens qu'en termes de Chasse. Perdrix fière, Qui ne se laisse guère approcher.

En termes de Blason, Lion fier, Lion à la crinière hérissée.

fier

Fier, dissyll. acut. Est l'infinitif de ce verbe neutre Fie, qui vient du Latin, Fido. Par syncope de la lettre. d. et signifie avoir foy, et mettre en la foy d'aucun, Fidere.

Soy fier à quelqu'un de quelque secret, Credere aliquid alicui.

Se fier fort, Praefidere.

Se fier fort à aucun, Ponere multum in fide alicuius.

Se fier du tout à quelqu'un, Omnia in aliquo reponere.

Se fier à aucun, Credere se alicui, Alicui confidere, Fidere, Fidem habere alicui.

Se fier trop, Prendre trop grande confiance, Securitati indormiscere. Budaeus.

Se fier à aucun de garder un autre, Credere alicui custodiam alicuius.

Homme à qui il ne se faut fier, Leuis author.

A qui il ne se fait pas bon fier, Infidus.

Tu ne te fie pas beaucoup en moy à ce que je voy, Paruam esse apud te mihi fidem ipse intelligo.

Il se fie bien en moy que je ne voudroy faire telle chose, Mihi fides apud hunc est, nihil me istius facturum.

On se fie point en moy Incredibilis sum, Mihi non fiditur.

Fiez vous à moy, Meae te committe fidei.

Je me fieray bien de vous en plus grandes choses, Ad maiora tibi fidam. Liu. lib. 23.

Je m'en fie bien à toy, Tuae fidei credo.

On s'est fié en luy, Habita huic fides.

Tant se fioient en la vertu et loyauté de Theodore, Tantum illis in virtute ac fide Theodori fiduciae fuit.

Ne se fiant ne d'un costé ne d'autre, Neque in hac, neque in illa parte fidem habens.

Se fians les uns aux autres d'un commun accord, Nitibundi.

Fier, monosyll. C'est arrogant, superbe, et qui a le regard, maintien, et contenance d'une beste sauvage, que le Latin appelle Fera. Aussi vient-il de Ferus, Et partant se prend aussi pour Cruel, Inhumain, és anciens Romans. Fiere fut la bataille, c'est à dire cruelle sanglante, et de grand carnage, et fierement le navra, c'est à dire d'une grande playe. L'Espagnol prend aussi son Feroz, qu'il emprunte de Ferox, Latin, et l'Italien son Fiere, qu'il tire de Ferus ainsi que nous. Le tout est ainsi prins dautant que ce qui suit l'orgueil et arrogance, c'est la cruauté, sauvageté, et inhumanité.

Fier et arrogant, Ferox, Praeferox.

Fier et arrogant jusques à battre l'un et frapper l'autre, et fouler aux pieds, Proteruus.

Qui se tient fier pour la victoire qu'il a eu, Subnixus victoria.

Qui estoient de telle sorte, que quelque cause qu'on leur apportast à plaider, s'en tenoient bien fiers et bien prisez, Homines eo animo, vt quaecunque dicendi potestas esset data, in honore atque beneficio ponerent.

Je me tenoy plus fier d'estre avec toy, Quia tecum eram, propterea eram animo ferocior.

fier


FIER, v. act. [Fi-é: 2eé fer. Devant l'e muet, l'i est long, il fie: au futur et au conditionel, l'e muet ne se fait pas sentir, il fiera, fierait; pron. fira, firè.] Comettre à la fidélité de.. Il a pour 2d. régime, le datif. "Je lui fierais tout mon bien. = Il se dit plus souvent au réciproque: Se fier. Il a plusieurs régimes. 1°. Le datif: on ne sait à qui se fier. 2°. La prép. sur: "Il se fie sur son mérite. 3°. La prép. en; je me fie en vous. Enfin, suivant Vaugelas, il régit quelquefois l'ablatif. "C'est celui dont il croyait devoir le plus se fier. — Je crois que ce régime n'est pas de l'usage actuel. On dit, se défier de, et se fier à ou en quelqu'un: le premier est le plus sûr. Cependant avec à ou sur, l'ablatif est fort bon. "Il ne se fie de son salut qu'à son courage. Il étoit porté à se fier plutôt du succès de ses prétentions sur le tems et la politique, que sur des moyens sanguinaires. Hist. d'Angl. = En style proverbial, pour dire, ne vous y fiez pas, on dit: fiez-vous-y;fiez-vous à cela; bien fou qui s'y fie.

fier


FIER, IèRE, adj. [Fiêr, monos. ê ouv. fiè-re: 1re è moyen et long; 2e e muet.] 1°. Hautain, altier, audacieux. Il se dit des persones et des chôses qui y ont raport. "Homme fier et hautain. "Femme fière et impérieûse. — Courage fier. Esprit fier. Beauté fière, ou fière beauté. Mine fière. "Fier de son mérite, de ses richesses, de ses avantages.
   Rem. Fier, dans sa signification ordinaire, se prend en mauvaise part, et dénote l'orgueuil et la hauteur. Quelquefois pourtant il a un beau sens, un sens fin et délicat. "La vertu est fière sans orgueuil, quand on la sollicite, ou qu'on la calomnie. Mais quand on veut louer, on ne doit pas le dire tout seul. Bossuet, dans une de ses Oraisons Funèbres, parle de la riche et fière maison de Bourgogne. Je ne crois pas qu'on doive l'imiter en cela. {B243b~}
   Fier aime à précéder, mais sans choquer l'oreille.
   Au dixième croissant de la Lune nouvelle,
   On peut du fier taureau dompter le front rebelle.       De Lille.
  Vous auriez à rougir, si vos fiers ravisseurs,
  Voyant Alzonde en vous, voyoient tous vos malheurs.     Gresset.
  Chaste paix, c'est ainsi que le maitre du monde
  Du fier Mars et de toi sait distinguer le prix.
       Rousseau.
Ce fier Mars est fort dur. "Ce fier peuple ne se seroit pas contenté d'une subsistance si incertaine. Hist. d'Angl.Fier peuple et peuple fier choquent également l' oreille. Il faut dire alors, ce peuple si fier, ou bien, ce peuple fier et courageux, etc. — L'Abé Velly dit: ces fiers Princes: l'inversion est dûre. Je dirais, ces Princes si fiers, etc.
   Fier régit élégamment la prép. de. "Voilà cette superbe Babylone, si fière du contour immense de ses vastes remparts et des tours qui la défendent. L'Abé Massieu.
   Personages frivoles,
   Fiers d'avoir peut-étre eu le coeur de quelques folles.      La Chaussée.

Synonymes et Contraires

fier

adjectif fier
2.  Littéraire. Qui a des sentiments élevés.
3.  Qui tire orgueil de.

fier (se)

verbe pronominal fier (se)
Traductions

fier

(səfje)
verbe pronominal
avoir confiance en qqn ou qqch Ne te fie pas à lui. Je me fie à votre jugement.

fier


fière

stolz, hochfahrend, hochmütigproudtrots, fier, prat, rekenen (op), vertrouwen (op)גאה (ת), גבה אף/לב (ת), רהבתני (ת), רם לבב (ת), גֵּאֶה, רְהַבְתָּנִיtrotsorgullóshrdýfieraorgulloso, soberbio, ufanoylpeäbüszkebanggaorgoglioso, fiero, altiero자랑스럽다, 자랑스러워 하는altusdumnyorgulhosoгордыйstoltπερήφανος, υπερήφανοςفَخُورstoltponosan誇りに思うstoltภูมิใจgururlutự hào骄傲的 (fjɛʀ)
adjectif
1. qui se sent supérieur aux autres Il est un peu trop fier.
2. très satisfait Il est très fier de son travail.

fier

[fjɛʀ] adjproud
fier de → proud of
avoir fière allure → to cut a fine figure