force

force

n.f. [ bas lat. fortia, pl. neutre de fortis, courageux ]
1. Capacité de faire un effort physique important ; capacité de résister à des épreuves morales : Elle a assez de force pour soulever ce carton puissance, vigueur ; faiblesse énergie fermeté ; indolence fermeté ; apathie
2. Degré d'aptitude dans le domaine intellectuel ; habileté : Ils sont de la même force en mathématiques niveau
3. Caractère de ce qui est fort, intense, et capable de produire un effet ; degré de puissance, d'intensité : La force du vent. La force d'un argument solidité ; fragilité
4. Ce qui incite ou oblige à se comporter d'une certaine façon : La force de l'habitude. Par la force des choses. Un cas de force majeure.
5. Pouvoir, capacité de s'imposer aux autres ; autorité, puissance : Elle est en position de force faiblesse impuissance
6. Usage de moyens violents pour contraindre une ou plusieurs personnes : Son père n'emploie jamais la force contrainte ; douceur
7. Ensemble de personnes armées et organisées, chargées d'une tâche de protection, de défense ou d'attaque ; ensemble de moyens militaires : La force d'intervention de l'O.N.U. La force publique les formations de police, de gendarmerie
8. Toute cause capable de déformer un corps, d'en modifier l'état de repos ou de mouvement : La force centrifuge.
9. Résistance d'un matériau : La force d'un filin solidité ; fragilité
À force de (+ n. ou + inf.),
par le fait répété ou intensif de : Apprivoiser un animal à force de patience par beaucoup de
De force ou de vive force,
en employant la violence, la contrainte.
En force,
en grand nombre : La police arrive en force.
Épreuve de force,
situation résultant de l'échec des négociations entre deux personnes, deux groupes antagonistes et où la solution ne dépend plus que de la supériorité éventuelle de l'un sur l'autre.
Être dans la force de l'âge,
à un moment de la vie où l'énergie atteint son point culminant.
Force de frappe ou force de dissuasion ou, en France, force nucléaire stratégique,
force militaire aux ordres directs de la plus haute instance politique d'un État, rassemblant la totalité de ses armements nucléaires stratégiques.
Force de la nature,
personne d'une grande vigueur physique.
Force de vente,
ensemble des vendeurs d'une entreprise.
Par force,
sous l'effet de la contrainte ; par nécessité.
adv.
Litt. Beaucoup de : Elle nous a accueillis avec force sourires.

forces

n.f. pl.
1. Capacités, ressources physiques ou intellectuelles : Elle reprend des forces vigueur, vitalité épuisé
2. Ensemble des formations militaires d'un État (on dit aussi forces armées) : Les forces aériennes l'aviation militaire de guerre
3. Ensemble des personnes unies par une même volonté et œuvrant à la réalisation d'une idée : Les forces de progrès.
Forces vives,
puissance physique, intellectuelle et morale : Un homme atteint dans ses forces vives.
Les forces de la nature,
les phénomènes naturels.

FORCE

(for-s') s. f.

Résumé

Propriété qui fait que le corps d'un homme ou d'un animal a une grande puissance d'action.
La force de l'âge.
Puissance, supériorité.
Se dit des États, que l'on compare à un corps vivant.
Ce qui rend une armée considérable, redoutable.
Supériorité physique de force, pouvoir de contraindre.
Violence.
Maison de force.
Il est bien force.
10° Aptitude à concevoir, à combiner, à réfléchir, à imaginer.
11° Habileté, talent, expérience.
12° Énergie morale.
13° Puissance d'action et d'impulsion des agents physiques.
14° Impétuosité.
15° Puissance de résistance.
16° Toute cause de mouvement.
17° Forces au sens métaphysique.
18° Forces de la nature.
19° Intensité, énergie, efficacité des choses.
20° Il se dit des choses intellectuelles et morales.
21° Action exercée sur l'esprit par le discours, le style, les expressions.
22° Il se dit du raisonnement et des preuves.
23° La force d'un sujet, qualités solides qu'il renferme.
24° Caractère et vigueur, en parlant de peinture et de sculpture.
25° Ce qu'il y a de fort, de contraignant dans les choses.
26° Grande quantité.
27° Mofette.
28° À force.
29° À force de.
30° À toute force.
31° De force.
32° Par force, à force ouverte, de vive force.
La propriété qui fait que le corps d'un homme ou d'un animal a une grande puissance d'action. Être doué d'une grande force de corps. Avoir de la force. Une force d'Hercule. Un cheval d'une grande force. Je n'ai pas la force de travailler.
Les deux extrémités [du muscle] ont plus de force, parce que l'une soutient le muscle, et que par l'autre, c'est-à-dire par le tendon, qui est aussi le plus fort, s'exerce immédiatement le mouvement [BOSSUET, Connaiss. II, 2]
Je ne me soutiens plus, ma force m'abandonne [RAC., Phèdre, I, 3]
Réparez promptement votre force abattue [ID., ib.]
Il donnera la force à vos bras languissants [VOLT., Zaïre, IV, 1]
La force des hommes n'est estimée que vingt-cinq livres et celle des chevaux de cent soixante et quinze [ID., Dict. phil. Force physique.]
La force de tout animal a reçu son plus haut degré quand l'animal a pris toute sa croissance ; elle décroît quand les muscles ne reçoivent plus une nourriture égale [ID., ib. Force.]
Des hommes qui avaient employé toute la force de leur corps, qui en avaient même abusé, s'il est possible d'en abuser autrement que par l'oisiveté et la débauche [BUFF., Hist. nat. hom. t. IV, p. 357, dans POUGENS]
Hercule eut en partage la force à qui rien ne résiste ; Hélène, la beauté qui triomphe de la force même [P. L. COUR., Éloge d'Hélène.]
De toute sa force, autant que l'on peut, aussi bien que l'on peut.
Criant de toute sa force [BOSSUET, Hist. II, 8]
La Senantes était à sa toilette, qui se coiffait de toute sa force en faveur de Matta [HAMILT., Gram. 4]
À forces égales, à force égale, à égalité de force ou de forces, en supposant que des deux côtés les forces sont égales. Être de force à, être assez fort pour. Il est de force à lutter contre trois hommes. Par extension. Être assez habile pour, ou, ironiquement, assez niais pour, et, généralement, être capable de. Il est de force à vous convaincre. Il est bien de force à faire cette bévue. Tour de force, action qui demande beaucoup de force ou d'adresse ; et fig. solution heureuse d'une grande difficulté. Tour de force, dans les beaux-arts, se dit, en mauvaise part, des effets plus difficiles qu'agréables. N'avoir ni force ni vertu, être d'une complexion délicate ; et fig. n'être bon à rien, capable de rien. C'est le soleil de janvier, il n'a ni force ni vertu. Dans les métiers, manœuvres ou opérations de force, celles qui exigent des efforts considérables et des appareils puissants. Travaux de force, travaux qui exigent l'emploi des forces musculaires. Au plur. Les forces du corps. Ce malade sent ses forces augmenter. Il fait plus que ses forces ne permettent.
C'était [se retirer] la résolution qu'il avait prise dans sa dernière maladie ; et, plutôt que de voir languir les affaires avec lui, si ses forces ne lui revenaient, il se condamnait, en rendant les sceaux, à rentrer dans la vie privée [BOSSUET, Letellier.]
Peu à peu ils [Mentor et Télémaque] reprirent leurs forces [FÉN., Tél. VIII]
Céson tomba aussitôt sur lui, et, se prévalant de ses forces, lui donna tant de coups de poings et de pieds... [VERTOT, Révol. rom. IV, p. 309]
La force de l'âge, l'époque de la vie où l'on a le plus de force.
Racine, dans la force de son âge, né avec un cœur tendre, un esprit flexible, une oreille harmonieuse, donnait à la langue française un charme qu'elle n'avait point eu jusqu'alors [VOLT., Comm. Corn. Attila, préface.]
La force du tempérament, ce qui, dans le tempérament, rend l'individu capable de résister à de grandes fatigues, d'exécuter de grands travaux. Être dans toute sa force, avoir la plénitude de sa vigueur. Être dans toute sa force, se dit des affaires politiques, judiciaires ou autres qui sont au plus haut point du débat, et qui préoccupent l'attention publique.
L'affaire contre M. de la Chalotais, aussi odieuse et aussi absurde que celle d'Urbain Grandier, était dans toute sa force [DUCLOS, Voy. Ital. Œuv. t. VII, p. 5, dans POUGENS]
Puissance, supériorité.
Pour te récompenser, ma force est trop petite [CORN., Cid, IV, 3]
Il leur a paru [aux libertins] que c'était une contrainte importune de reconnaître qu'il y eût au ciel une force supérieure qui gouvernât tous nos mouvements et châtiât nos actions déréglées avec une autorité souveraine [BOSSUET, Sermons, 3e dim. après Pâq. préambule.]
Quelle force vous peut arracher des mains toutes-puissantes de Dieu, que vous irritez par vos crimes, et dont vous attirez sur vous les vengeances ? [ID., IV, Vêture, 1]
Souvenez-vous comment Moïse, ce serviteur de Dieu, brisa autrefois la force d'Amalec [MASS., Car. Motifs de conv.]
Le grand vizir crut que son expédition était assez heureuse.... s'il ne mettait pas des avantages certains au risque d'une nouvelle bataille, qu'après tout le désespoir pouvait gagner contre la force [VOLT., Russie, II, 1]
Cette soumission [du roi de Prusse] n'a point encore rassuré Napoléon ; à sa force, il ajoute la feinte, les forteresses que, par pudeur, il laisse à Frédéric, sa défiance en convoite encore l'occupation [SÉGUR, Hist. de Nap. I, 2]
La force la plus forte C'est un cœur innocent [V. HUGO, F. d'aut. 37]
Avoir force, avoir une influence active.
Son exemple aurait force, et ferait qu'à l'envi Tous voudraient imiter le chef qu'ils ont suivi [CORN., Toison d'or, I, 2]
Ressources que procurent le bien, le crédit, le pouvoir, le talent, la position, etc. Ce personnage prend tous les jours une nouvelle force. Les forces d'un parti.
Je suis toujours étonné que vous ne sentiez pas votre force et que vous ne traitiez pas tous les polissons qui vous attaquent comme vous avez fait Aliboron [D'ALEMB., Lett. à Voltaire, 4 août 1767]
Les forces humaines, ce que l'homme en général est en état de faire ou de supporter. Les forces humaines ne vont pas jusque-là. Cela est au-dessus des forces humaines.
Il [Davoust] s'écriait que des hommes de fer pouvaient seuls supporter de pareilles épreuves ; qu'il y avait impossibilité matérielle d'y résister ; que les forces humaines avaient des bornes, qu'elles étaient toutes dépassées [SÉGUR, Hist. de Napol. X, 6]
Force se dit des États que l'on compare à un corps vivant.
Le royaume d'Israël reprenait ses forces [BOSSUET, Hist. I, 6]
L'empire reprend quelque force sous Justinien [ID., ib. III, 7]
Les grands hommes font la force d'un empire [ID., III, 6]
Dans sa force première Athènes se relève ; Ses braves sont armés de leurs longs javelots [MILLEV., Élég. II]
Il se dit aussi de la puissance d'un peuple, d'un État, de ses ressources, de ce qui le rend florissant. Les forces comparées de la France et de l'Angleterre. La force militaire d'un empire.
La force d'une armée, ce qui la rend considérable, redoutable.
Vitellius avance avec sa force unie [CORN., Othon, I, 3]
La force d'un régiment, d'un bataillon, le nombre effectif d'hommes qui s'y trouvent. La force d'une place de guerre, ses moyens de défense, ses fortifications, sa garnison. Être en force, être en état de se défendre ou d'attaquer. L'ennemi se montre en force sur notre flanc gauche. Au plur. Les forces, les troupes d'un État, d'un souverain.
Je me vis en déroute avec toutes mes forces [CORN., Attila, I, 1]
J'ai des forces assez pour tenir la campagne [RAC., Théb. I, 3]
Ses vœux tardifs n'étant pas exaucés, il envisage l'énormité de ses forces, il revient sur les souvenirs de Tilsitt et d'Erfurt, il accueille des renseignements inexacts sur le caractère de son rival [SÉGUR, Hist. de Nap. I, 5]
Alexandre et, sous lui, Barclay de Tolly, son ministre de la guerre, dirigeaient toutes ces forces ; elles étaient partagées en trois armées [ID., ib. IV, 1]
Terme de marine. Force ou forces navales, réunion indéterminée de bâtiments de guerre. La flotte d'un pays. Ligne de force, la ligne dans laquelle les plus forts vaisseaux sont placés en tête de la ligne, en tactique navale. La ligne de contre-force se forme, au contraire, en plaçant les plus forts vaisseaux à la queue de la ligne.
Supériorité physique de force ; pouvoir de contraindre. Repousser la force par la force. L'empire de la force. On a nommé la guerre le jeu de la force et du hasard.
Parlez, la force en main et hors de leur atteinte [CORN., Nicom. I, 1]
Patience et longueur de temps Font plus que force ni que rage [LA FONT., Fabl. II, 11]
Je sais.... Que jamais par la force on n'entra dans un cœur [MOL., Mis. IV, 3]
À quoi la force doit-elle servir qu'à défendre la raison ? [BOSSUET, Reine d'Angl.]
La force tenait lieu de droit et d'équité [BOILEAU, Art p. IV]
La force fonde, étend et maintient un empire [SAURIN, Spart. III, 4]
Enfin, sans toutes ces causes de haine, la position de la Prusse entre la France et la Russie obligeait Napoléon à y être le maître, il ne pouvait y régner que par la force ; il ne pouvait y être fort qu'en l'affaiblissant [SÉGUR, Hist. de Nap. I, 2]
Force majeure, force à laquelle on ne peut résister. Cas, événement de force majeure. Céder à la force majeure. Il y eut force majeure.
Il est juste que l'homme ressente qu'il y a une force majeure à laquelle il faut céder [BOSSUET, 2e serm. Purification, 2]
Force publique, réunion des forces individuelles organisées par la constitution pour maintenir les droits de tous et assurer l'exécution de la volonté générale. Force armée, corps de troupe requis pour faire exécuter la loi, ou les mesures des agents de l'autorité, lorsqu'il y a résistance. La force armée dissipa les attroupements. Force est demeurée à la loi, les magistrats chargés de l'exécution de la loi ont triomphé de ceux qui voulaient l'enfreindre. Agir de force, agir par la force.
Voyez s'il faut agir de force ou d'industrie [CORN., Sophon. II, 2]
Il faut agir de force avec de tels esprits [ID., Héracl. I, 1]
Force ouverte, l'emploi patent de la force.
Oui, si sa cruauté s'obstine à votre perte, J'irai, pour l'empêcher, jusqu'à la force ouverte [CORN., Héracl. I, 4]
Faire force à, contraindre, contenir.
Et parce que la force qu'elle se faisait en cela était très grande et qu'elle ne pouvait la supporter plus longtemps.... [D'URFÉ, Astrée, I, 1]
Faites un peu de force à votre impatience [CORN., Pomp. v, 4]
Venez, madame.... montrer.... La force qu'on vous fait pour me donner la main [ID., Sert. III, 3]
Je veux bien néanmoins, pour te plaire une fois, Faire force à l'amour qui m'impose ses lois [MOL., l'Ét. IV, 5]
Violence. Employer la force. Céder à la force.
.... Force n'a point de loi ; S'accommoder à tout est chose nécessaire [LA FONT., Fianç.]
J'essaierai tour à tour la force et la douceur [RAC., Brit. III, 5]
C'est lui, seigneur, c'est lui dont la coupable audace Veut la force à la main m'attacher à son sort [ID., Mithr. I, 2]
À la force ! signifie à la violence !
On enlève madame ; ami, secourez-nous ; à la force ! aux brigands ! au meurtre ! accourez tous [CORN., la Veuve, III, 10]
Je sais qu'un vieux respect que la pudeur embrasse Veut qu'au seul nom d'amour nous fassions la grimace, Et que, lorsqu'un amant prétend nous en conter, Nous criions à la force avant que d'écouter [TH. CORN., le Berger extravag. IV, 3]
Maison de force, maison où l'on enferme les gens de mauvaises mœurs qu'on veut corriger. La Force, une des prisons de Paris où l'on enfermait les prévenus ; elle est démolie.
Il est bien force, force m'est, force lui est de, il est nécessaire, indispensable.
....Sans pouvoir attendre le reste de son armée, ce lui fut force de hasarder la bataille [MALH., le XXXIIIe liv. de T. Live, ch. 8]
Pour ingrat que soit un homme, c'est force que l'objet excite sa mémoire, et qu'en dépit de lui, quand il voit le présent, il se ressouvienne de l'auteur [ID., Traité des bienf. de Sénèque, I, 12]
Mais il me fut bien force.... Que ma discrétion expiât mon péché [RÉGNIER, Sat. VIII]
Il m'a été force de manquer aux principales obligations de la vie civile [BALZ., liv. VII, lett. 31]
Force lui fut de quitter la maison [LA FONT., Mazet.]
Il est donc force, en toute façon, que le peuple croisse ; ainsi fait-il, ayant repos, biens et chevances [P. L. COUR., Lett. VI]
10° Aptitude à concevoir, à combiner, à réfléchir, à imaginer. Avoir une grande force de tête, de conception.
Craignez d'un vain plaisir les trompeuses amorces, Et consultez longtemps votre esprit et vos forces [BOILEAU, Art p. I]
Ô si l'esprit divin, esprit de force et de vérité, avait enrichi mon discours de ces images vives et naturelles qui représentent la vertu et qui la persuadent tout ensemble [FLÉCH., Tur.]
Absolument. Ce penseur a de la force. La force de la mémoire, la ténacité de la mémoire. Il a une grande force de mémoire.
11° Habileté, talent, expérience qu'on a dans un art, dans un exercice, dans une science. Il est de première force sur le violon, au pistolet, aux échecs. Ces deux écoliers sont de la même force.
J'aurai la joie de pouvoir parler de vous avec l'honneur qui est dû à un homme de votre force [BOSSUET, Projet de réunion des prot. Lettre IX]
Ironiquement. De même force, se dit de gens ou de choses qui ne valent pas mieux les unes que les autres.
Venez, Pradon et Bonnecorse, Grands écrivains de même force, De vos vers recevoir le prix [BOILEAU, Épigr. XVII]
Tout ce que dit Diodore de Sicile, sept siècles après Hérodote, est de la même force dans tout ce qui regarde les antiquités et la physique [VOLT., Dict. phil. Diodore et Hérodote.]
Ironiquement. Un fou de sa force, un homme aussi fou que lui.
Dorante, sais-tu bien qu'il n'y a point de fol aux Petites-maisons de ta force ? [MARIV., Fausses confid. II, 3]
12° Il se dit de l'énergie morale. Il lui manque la force d'âme.
L'entretien.... où, m'ayant ouvert votre cœur, j'y vis tant de résolution, de force et de générosité que vous achevâtes de gagner le mien [VOIT., Lett. 34]
Il [Pierre le Grand] a eu cette force dans l'âme, qui met un homme au-dessus des préjugés de tout ce qui l'environne et de tout ce qui l'a précédé [VOLT., Russie, Anecdotes.]
Mais, me direz-vous, la force peut-elle se donner ? oui, sans doute, et plus facilement que toute autre vertu ; car elle ne tient qu'à l'habitude [GENLIS, Ad. et Théod. t. I, lett. 16, p. 117, dans POUGENS]
La véritable force, qui vient de la grandeur d'âme, est de savoir vaincre ses passions, et non de s'y livrer [ID., Théât. d'éduc. Ennemi génér. I, 5]
Dans ce désastre désormais irrémédiable, où il fallait à chacun toute sa force [SÉGUR, Hist. de Nap. IX, 12]
Avoir la force de, être assez ferme pour ; n'avoir pas la force de, n'être pas assez ferme pour.
Le roi n'a pas la force de lui rien refuser [MAINTEN., Lett. à Mme de St-Géran, 16 déc. 1697]
Je n'avais pas la force de reprendre l'autorité [FÉN., Tél. XII]
Je n'ai pu de ma main te conduire au supplice, Je n'en eus pas la force [VOLT., Orphel. II, 1]
13° Il se dit de la puissance d'action et d'impulsion des agents physiques. La force de la poudre à canon. La force d'une machine à vapeur. La force d'un ressort. La force d'une chute d'eau. Impulsion qu'a reçue le corps lancé, poussé. La force d'un boulet de canon. On dit de même : la force d'un coup.
De la force du coup pourtant il s'abattit [LA FONT., Fabl. VIII, 27]
Terme de marine. Faire force de rames, ramer à toutes forces. Faire force de voiles, augmenter la surface de la voilure déjà déployée pour donner plus de prise au vent, et, par là, plus de vitesse au navire.
Ruyter, se voyant en liberté d'agir parce que M. du Quesne ne l'occupait point, voulut décider de cette journée par la défaite de notre avant-garde ; il fit pour cela force de voiles pour nous envelopper, et courut jusques par mon travers, [, Mém. de Villette, p. 23, dans JAL]
Fig. Faire force de voiles, faire tous ses efforts pour réussir en quelque affaire. Faire force de vent, forcer de voiles.
Comme la barque longue faisait force de vent sur nous, et que même elle nous le gagnait, nous crûmes que nous ne ferions que mieux de nous jeter à terre dans l'île de Rais [RETZ, Mém. p. 312, éd. d'Amsterd. 1717, dans JAL]
14° Impétuosité. La force de l'eau, du courant.
[Par l'obéissance] vous trouverez de la consistance au milieu de l'inconstance des choses humaines ; les flots n'auront point de force pour vous abattre, ni les abîmes pour vous engloutir [BOSSUET, Panég. St Benoît, 2]
La force du pouls, le plus ou moins de force avec laquelle l'artère soulève le doigt qui la presse. Le cœur bat avec force, les pulsations en sont fortes et rapides.
15° Force se dit aussi de la puissance de résistance. La force d'une poutre, d'un drap, d'une toile. Terme d'architecture. Forces ou jambes de forces, pièces de bois qu'on met sur les tirants pour porter l'entrait et lui servir de jambes. Il se dit aussi des arcs-boutants et contre-forts en maçonnerie.
16° Terme de mécanique. Toute cause de mouvement. Force centripète. Force centrifuge. Deux forces appliquées en un même point. La résultante des forces. Force mouvante ou motrice, celle qui produit un mouvement.
S'il est bien prouvé que ce qu'on appelle force motrice est le produit de la simple vitesse par la masse, sera-t-il moins aisé de parvenir à connaître ce que c'est que cette force ? [VOLT., Physique, Mesure des forces, II, 1]
Force morte, celle qui est actuellement neutralisée. Autrefois force vive, action de forces combinées avec leur vitesse comme dans le choc.
Quoiqu'il parût s'être renfermé dans l'astronomie, il se mêla de la célèbre question des forces vives ; il fut le premier de l'académie qui osât se déclarer contre M. Leibnitz [FONTEN., Louville.]
Si la force n'est autre chose que le produit d'une masse par la vitesse, ce n'est donc précisément que le corps lui-même agissant ou prêt à agir avec vitesse [VOLT., Physique, Mesure des forces, II, 2]
Cette querelle était une suite de celle qui divisa si longtemps les mathématiciens sur les forces vives et sur les forces mortes [ID., Comment. hist. sur les œuvres de l'auteur de la Henriade]
Aujourd'hui force vive d'un corps, le produit de sa masse par le carré de sa vitesse. Fig. Les forces vives de la nation, la partie la plus vigoureuse et la plus saine de la nation. Force d'inertie, celle en vertu de laquelle un mobile tend à conserver l'impulsion reçue, et aussi la résistance qu'il oppose à ce qui doit le mettre en mouvement quand il est en repos.
Il faut considérer tout corps se mouvant dans une courbe comme mû par deux puissances, dont l'une est celle qui lui ferait parcourir des tangentes et qu'on nomme la force centrifuge ou plutôt la force d'inertie, d'inactivité, par laquelle un corps suit toujours une droite, s'il n'en est empêché ; et l'autre force qui retire les corps vers le centre, laquelle on nomme la force centripète, et qui est la véritable force [VOLT., Newton, III, 4]
Fig. Force d'inertie, résistance passive qui consiste surtout à ne pas obéir. Ils opposèrent la force d'inertie aux mesures de l'autorité.
17° Au sens métaphysique, les forces, les substances qui sont causes ; ce qui est à la fois substance et cause des phénomènes. L'esprit est une force. L'âme, la monade sont des forces.
18° Forces de la nature, nom que l'on donne aux diverses propriétés de la matière telles que la gravitation, la chaleur, l'électricité, le magnétisme, l'affinité chimique, la vie.
L'on ne connaît les forces qui animent l'univers, que par le mouvement et par ses effets ; ce mot même de forces ne signifie rien de matériel, et n'indique rien de ce qui peut affecter nos organes, qui cependant sont nos seuls moyens de communication avec la nature [BUFF., Min. t. IX, p. 5, dans POUGENS]
La force n'est autre chose que le principe des changements [BONNET, Œuv. mél. t. XVIII, p. 86, note 5, dans POUGENS]
Leibnitz définit la force, le principe qui a en soi la raison suffisante de l'actualité de l'action [ID., ib. p. 77]
Équivalence des forces, voy. ÉQUIVALENCE.
19° Par extension, en parlant des choses, intensité, énergie, efficacité. La force de la chaleur. La force d'un acide, d'un poison. Ce vin a beaucoup de force, c'est-à-dire il est très tonique. Cette eau-de-vie a beaucoup de force, c'est-à-dire elle est très spiritueuse.
Si ce charme a force contre nous [RÉGNIER, Élég. IV]
Cela est si vrai, qu'ayant fait cet hiver un effort pour en échapper avant ce terme, la force du charme me ramena de quarante lieues loin [VOIT., Lett. 34]
Que de ses mots savants les forces inconnues Transportent les rochers, font descendre les nues [CORN., l'Illus. comique, I, 1]
Le printemps par malheur était lors en sa force [LA FONT., Fiancée]
La force de la séve, l'abondance et la vigueur de la séve. Fig. et familièrement. C'est la force du bois, se dit quand quelque chose se fait par la seule impétuosité de la nature. Qualité du son appelée aussi intensité.
20° En parlant des choses intellectuelles et morales.
Mais, au lieu de goûter ces grossières amorces, Sa vertu combattue a redoublé ses forces [CORN., Cinna, V, 3]
Je sais quelle est ta flamme et quelles sont ses forces [ID., Pomp. V, 4]
L'esprit le mieux fondé n'a jamais trop de forces [ID., Sert. II, 2]
Je tâche avec respect à vous faire connaître Les forces d'un amour que vous avez fait naître [ID., Rod. IV, 3]
Il me faut essayer la force de mes pleurs [ID., Poly. III, 2]
Les lois de l'Église perdent leur force [PASC., Prov. 6]
Saint Ascole, qui en était évêque [de Thessalonique], la défendit par la seule force de ses prières [FLÉCH., Hist. de Théod. I, 78]
Seconde mes soupirs, donne force à mes pleurs [RAC., Théb. I, 6]
J'ai vu vos sentiments, j'en ai connu la force [VOLT., Tancr. I, 6]
La force du sang, mouvements secrets de la nature entre personnes unies par les liens du sang.
21° Il se dit du discours, du style, des expressions, pour signifier l'action puissante exercée sur l'esprit. La force du style.
La force de l'éloquence n'est pas seulement une suite de raisonnements justes et vigoureux, qui subsisteraient avec la sécheresse ; cette force demande de l'embonpoint, des images frappantes, des termes énergiques [VOLT., Dict. phil. Force.]
On a dit que les sermons de Bourdaloue avaient plus de force, ceux de Massillon plus de grâce [ID., ib.]
Dans la force, dans toute la force du mot, complétement, sans réserve.
Êtes-vous voyageur dans la force du mot ? [COLLIN D'HARLEV., Chât. en Esp. II, 4]
22° Il se dit du raisonnement, des preuves pour exprimer l'action par laquelle ils s'imposent à l'esprit.
J'en ai [de vos raisons] senti la force et connu l'équité [RAC., Andr. II, 4]
La force du raisonnement consiste dans une exposition claire des preuves exposées dans leur jour, et une conclusion juste [VOLT., Dict. phil. Force.]
23° La force d'un sujet, les qualités solides que renferme le sujet sur lequel on travaille.
Corneille, qui ne produisait ses beautés que quand il était animé par la force de son sujet [VOLT., Comm. Corn. Rem. Hor.]
En un sens analogue, la force de la situation, en parlant d'une situation dramatique.
La force de la situation a fait apparemment passer tous ces défauts, qui aujourd'hui seraient relevés sévèrement dans une pièce nouvelle [VOLT., Comm. Corn. Rem. Rodogune]
24° Force se dit, en peinture et en sculpture, du caractère et de la vigueur manifestés dans les formes ; en parlant du coloris, de l'emploi intelligent de couleurs vigoureuses ; en parlant d'un tableau entier, de l'effet vigoureux que produit l'opposition habile des ombres et des lumières.
25° Ce qu'il y a de fort, de contraignant dans les choses, et quelquefois de nécessaire ou d'inévitable. La force des choses. La force de l'habitude. La force de l'évidence. La force de la vérité, le pouvoir que la vérité a sur l'esprit des hommes. Terme de législation. Force de chose jugée, autorité d'une décision administrative ou judiciaire rendue en dernier ressort, et contre laquelle il ne reste aucun moyen ordinaire de se pourvoir.
Combien de fois s'est-on plaint que les affaires n'avaient ni de règle ni de fin ; que la force des choses jugées n'était presque plus connue.... [BOSSUET, Letellier.]
Force de loi, autorité équivalente à celle d'une loi.
Il s'introduisit une coutume ayant force de loi en France, en Allemagne, en Angleterre, de faire grâce de la corde à tout criminel condamné qui savait lire ; tant un homme de cette érudition était nécessaire à l'État [VOLT., Dict. phil. Clerc.]
Un long usage donne force de loi [DIDER., Opin. des anc. phil. Hobbisme]
26° Il s'emploie pour exprimer une forte quantité.
Il faut mêler pour un guerrier à peu de myrte et peu de roses Force palme et force laurier [MALH., IV, 5]
Force gens croient être plaisants qui ne sont que ridicules [BALZ., liv. VI, lett. 4]
Peu de jasmin d'Espagne et force serpolet [LA FONT., Fabl. IV, 4]
Pour moi, satisfaisant mes appétits gloutons, J'ai dévoré force moutons [ID., Fabl. VII, 1]
Je mets aussi sur la scène Des trompeurs, des scélérats, Des tyrans et des ingrats, Mainte imprudente pécore, Force sots, force flatteurs [ID., ib. IX, 1]
Ainsi que force monde accourus d'aventure [MOL., l'Ét. V, 14]
Voir cajoler sa femme et n'en témoigner rien Se pratique aujourd'hui par force gens de bien [ID., Sgan. 17]
La renommée n'en dit pas force bien [ID., D. Juan, III, 5]
Voilà monsieur le marquis qui en dit force mal [de l'École des femmes] [ID., Critique, 6]
27° Nom que les mineurs de la Loire donnent à la mofette.
28° À force, loc. adv. Beaucoup, extrêmement. Travailler à force. Étudier à force.
29° À force de, loc. prép. Par beaucoup de.
Auguste chaque jour, à force de bienfaits, Semble assez réparer les maux qu'il vous a faits [CORN., Cinna, I, 2]
À force de se faire admirer, on deviendrait insupportable [MÉRÉ, dans BOUHOURS Nouv. rem.]
À force de façons il assomme le monde [MOL., Mis. II, 5]
À force de sagesse on peut être blâmable [ID., ib. I, 1]
Il ne se conserve qu'à force de verser le sang [FÉN., Tél. III]
À force de médecins et de saignées la maladie de Candide devint sérieuse [VOLT., Candide, 22]
Il semble qu'à force de livres on est devenu ignorant [ID., Lett. Mme du Deffant, 8 août 1770]
Il obligea à force de mérite le roi, qui ne l'aimait pas, à l'employer [ID., Louis XIV, 9]
À force de bras, sans autre aide que les bras. Ils montèrent le canon à force de bras. À force de rames, en forçant de rames. À force de reins, par la force des reins.
Neptune frappait la terre et on en voyait sortir un cheval fougueux ; il ne marchait point, il sautait à force de reins [FÉN., Tél. XVII]
On dit de même : à la force du poignet.
30° À toute force, loc. adv. Par toute sorte de moyens.
Un pâtre, à ses brebis trouvant quelque mécompte, Voulut à toute force attraper le larron [LA FONT., Fabl. VI, 1]
Il veut à toute force être au nombre des sots [maris trompés] [ID., Coupe.]
Il veut rentrer à toute force dans la conversation [SÉV., 511]
Ils voulaient m'emmener à toute force [ID., 577]
À toute extrémité.
À toute force enfin elle se résolut [LA FONT., Fabl. IV, 22]
À tout prendre, absolument parlant. On pourrait à toute force lui accorder ce qu'il demande.
Il se pourrait à toute force que Pépin eût donné aux papes l'exarchat de Ravenne [VOLT., Mœurs, 12]
N'est-ce pas que les Anglais ont besoin de la mer, dont les Français peuvent à toute force se passer ? [ID., Louis XV, 35]
31° De force, loc. adv. Avec effort. Faire entrer de force une chose dans une autre.
On attache les membres du martyr à deux arbres rapprochés de force [CHATEAUB., Mart. XVIII]
Par la contrainte. Il lui fit signer de force cet acte.
Il ne faut rien de force et cependant il ne faut rien de lenteur [PASC., dans COUSIN]
Et tâchons d'ébranler, de force ou d'industrie, Ce malheureux dessein qui nous a tous troublés [MOL., Tart. IV, 2]
Prendre une ville de force, s'en emparer par une attaque. Prendre une femme de force, la violer. De gré ou de force, soit qu'on veuille ou qu'on ne veuille pas. Il faudra bien de gré ou de force qu'il paye le dommage.
32° Par force, à force ouverte, de vive force, loc. adv. En employant la force, la violence, par une violence manifeste.
Il [l'amour] entre avec douceur, mais il règne par force [CORN., Hor. III, 4]
Contre un si grand rival j'agis à force ouverte [ID., Nicom. III, 8]
Trop heureux si bientôt la faveur d'un divorce Me soulageait d'un joug qu'on m'imposa par force [RAC., Brit. II, 2]
Malgré qu'on en ait.
Les Maures ont appris par force à vous connaître [CORN., Cid, II, 7]
Et, vertueux par force, espèrent par envie ôter aux jeunes gens les plaisirs de la vie [MOL., l'Ét. I, 2]
Emporter une place de vive force, l'emporter par une attaque brusque. Fig. Attaquer de vive force les préjugés.

HISTORIQUE

  • XIe s.
    Ki abat femme à terre pur faire lui force [, Lois de Guill. 19]
    Il va ferir Gerin par sa grant force [, Ch. de Rol. CXXI]
    Par vive force les en chasserent Franc [, ib. CXXIII]
    Com decherat ma force et ma baudur [hardiesse] ! [, ib. CCIV]
  • XIIe s.
    Mais estez vous à force et à vigor [, Ronc. p. 25]
    [Ils] Sont en Espagne, par force l'ont saisie [, ib. p. 116]
    Ains [j'] ai mis en lui [elle] servir Cuer et cors, force et pooir [, Couci, X]
    Li cuens de Blois devroit bien mercier Force d'amors qui lui dona amie [, ib. XX]
    Nos forces, nos aïes [aides] lui metons en defois [refus] [, Sax. XVIII]
    Mais tenons nos honors à force et à vertu [, ib. XXVIII]
    Des mains la [la croix] li voleit par vive force oster [, Th. le mart. 38]
    .... Quant il murdrist la gent, E emble altrui aveir, e à force le prent [, ib. 31]
  • XIIIe s.
    Ensi nagierent à force de rames toute la vesprée [VILLEH., CLXX.]
    Si cuidierent que jamais li Frnc n'eussent force [ID., CLIV]
    À force [ils] lui ouvrirent la bouche outre son gré [, Berte, X]
    Li Barrois le saisit par le col et feri le cheval des esporons et le traïst par force de bras des archons [arçons] [, Chr. de Rains, p. 40]
    D'autre part covient il à fine force que li orbis [la terre ronde] soit touz pleins dedenz soi, si que l'une chose sostiegne l'autre [BRUN. LATINI, Trésor, p. 111]
    Il dist k'à parfurnir n'apent, K'est à force fait, serement [qu'on n'est point obligé de tenir un serment fait par force] [, Édouard le conf. v. 4319]
    Si cum el le [Sanson] tenoit forment Soef en son giron dormant, Copa les cheveux o ses forces [ciseaux], Dont il perdit toutes ses forces [, la Rose, 16885]
    Et François sont laiens remès à sauveté, Por çou [ce] dist-on sovent : la force paist le pré [, Ch. d'Ant. III, 366]
    Godefrois de Bouillon a la crois atacie [attachée] ; Or se croisent à force, Diex lor soit en aïe ! [, ib. I, 920]
    Ne me semble il pas que l'on puisse saveir toz les plais ne totes les forces et les soutillances qui sont en plait [, Ass. de Jér. I, 51]
    Et se il en est ataint ou prové, il sera encheu en la main dou seignor, come ataint de force [violence] [, ib. 104]
    Sire, vés là Jehan qui à tort et sans reson, il ou ses commans, vint en tel liu et m'a fet tele forche [force, violence] [BEAUMANOIR, VI, 9]
    Et pour ce ne font force [résistence] li assacis [assassins], se l'en les occist, quant il font le commandement du vieil de la montaigne [JOINV., 230]
    Et me dit que c'estoit force [lui faire violence], et m'otroia ma requeste [ID., 267]
    En ceste presente charte metons nostres saelz en la force et el tesmoignage de verité [DUCHESNE, Généal. de Coligny, p. 58, dans LACURNE]
  • XVe s.
    Tant fut cil assaut continué et pourmené, que les Anglois entrerent de force et de fait dedans le chastel [FROISS., II, II, 15]
    Là furent [les chevaliers gardiens d'Ypre] assaillis roidement et reculés contreval la rue, car la force n'estoit pas la leur [ils n'étaient pas en force] [ID., II, II, 57]
    Le comte de Flandre manda ouvriers à force [ID., II, II, 63]
    En toute Gascogne on ne trouveroit pas son pareil de force de membres [ID., II, III, 10]
    Se vostre bonté n'y pourvoye, Force sera que par eux voye Finer ma vie maleurée [CH. D'ORL., Fredet au duc d'Orl.]
    Il y prenoit grant peine [à la chasse] pourtant qu'il couroit les cerfs à force [COMM., VI, 13]
    Tous deux [Alphonse de Naples et son fils] ont pris à force plusieurs femmes [ID., VII, 11]
    Grant force d'archiers, gens de sa maison pensionnaires et autres gens de bien.... [ID., I, 8]
    Ledit seigneur d'Aubigny estoit en force de cent cinquante, ou de deux cens hommes d'armes françois [ID., VII, 6]
    Veci telle femme, qui de vous se complaint très fort de force : est-il ainsi ? l'avez-vous efforcée ? [LOUIS XI, Nouv. XX]
    Ne dormoit ne nuit ne jour, de force de penser à sa dame [ID., ib. XLVIII]
    Un peu de belle force vaut moult [LEROUX DE LINCY, Prov. t. II, p. 432]
    Item il convenroit passer par la force [lieux fortifiés] de plusieurs seigneurs, qui ne sont pas si entiers ne si loiaus aus chrestiens comme il deussent [DU CANGE, força.]
  • XVIe s.
    Il mourut de force de rire [RAB., Garg. I, 20]
    Il s'escria on meurtre et à la force, tant qu'il peut [ID., ib. I, 25]
    Mais, puysque.... force me est te rappeller on subside de.... [ID., ib. I, 29]
    Ils molestent tout leur voisinage à force de trinqueballer leurs cloches [ID., ib. I, 40]
    Le jugement de Pantagruel feut incontinent sceu et entendu de tout le monde, et imprimé à force [en quantité] [ID., Pant. II, 14]
    Force attractive [MONT., I, 102]
    La force de l'imagination [ID., ib. I, 93]
    Pour gaigner cet advantage d'avoir faict force à [vaincre] leur constance [ID., I, 242]
    À toute force [de toutes ses forces] [ID., I, 367]
    Un enfant, arrivé à la force de se nourrir [ID., II, 163]
    La dame print patience moitié par force et moitié par ciseaux [jeu de mots sur force et forces] [DESPER., Contes, XXXIV]
    Ses mariniers firent telle diligence de lever l'ancre, et faire, comme dit est, force et volte, que.... [CARLOIX, I, 37]
    ... Non force [qu'importe], dist M. de Vieilleville, nous avons du temps assez [ID., V, 5]
    Le dit seigneur de Brissac, voyant la force n'estre sienne, delibera sa retraitte [M. DU BELLAY, 582]
    Ayans vescu longuement, il est force qu'ils ayent beaucoup veu [AMYOT, Préf. VII, 32]
    Juba veult à toute force que ce mot Ancylia ait esté tiré de la langue grecque [AMYOT, Numa, 23]
    Où force est, raison n'a lieu [LEROUX DE LINCY, Prov. t. II, p. 365]
    Meurtres, larcins, force de femme ou autres cas enormes [, Coust. génér. t. II, p. 863]
    Tellement que, par force forcée, il faut que ce traité soit publié [, Mém. de Bellièvre et de Sillery, p. 340, dans LACURNE]
    Estant mon intention qu'il ne soit faict aucune force ny violence aux consciences de mes subjets [HENRI IV, Lettres missives, t. IV, p. 824]

ÉTYMOLOGIE

  • Provenç. forsa, forza ; espagn. fuerza ; portug. força ; ital. forza ; du bas-latin forcia, fortia, dérivé du latin fortis, fort. Ce qui empêche d'y voir le pluriel neutre fortia, c'est que les noms ainsi dérivés de pluriels neutres ont un sens collectif qui manque ici : biblia, bible, mirabilia, merveille, etc.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

    FORCE.
    24° Ajoutez :
  • En force, se dit d'une figure où la vigueur se manifeste.
    Il [l'Amour, de Bouchardon] allonge sa main gauche, autant qu'il est possible à une figure debout, en force, et qui n'est, par conséquent, que médiocrement inclinée [J. DUMESNIL, Hist. des amat. français, I, 283]
  • 33° Force employé pour unité de force, cheval de vapeur.
    On lit dans le Messager de Cronstadt... Cette machine, qui est de 1400 forces nominales, est le moteur le plus puissant.... [, Journ. offic. 10 oct. 1874, p. 6938, 2e col.]
    On lit dans l'Invalide russe :....Par le peu de puissance de la machine du Pérovsky (40 forces seulement), qui rend ce vapeur peu propre à remonter un fleuve aussi rapide que l'Amou-Daria [, Journ. offic. 11 oct. 1874, p. 6956, 1re col.]

force

FORCE. n. f. Faculté naturelle d'agir vigoureusement. Il se dit proprement en parlant de l'Homme et des animaux. Force physique. Force musculaire. Une force d'Hercule. Frapper de toute sa force. Manquer de force. Lancer une chose avec force. Crier de toute la force de ses poumons. Perdre de sa force. Reprendre quelque force. Être sans force. On dit aussi Forces au pluriel quand il s'agit de l'Ensemble ou du concours de plusieurs énergies spéciales. Les forces du corps. Réparer ses forces. Recouvrer ses forces. Reprendre ses forces. Perdre ses forces. Prendre de nouvelles forces. Ses forces diminuent, reviennent. Vouloir faire plus que les forces ne permettent.

À forces égales, à force égale, à égalité de force, de forces, Les forces étant supposées égales de part et d'autre.

La force de l'âge, L'âge où un être organisé est dans toute sa force. Il se dit surtout en parlant de l'Homme. Être dans la force de l'âge.

La force du tempérament, La résistance à la fatigue et à la maladie. C'est à la force de son tempérament qu'il doit de n'avoir pas succombé à cette maladie.

Tour de force. Voyez TOUR.

Fig., À la force du poignet, En y employant beaucoup de vigueur, de ténacité.

Il se dit figurément en parlant de la Volonté, du caractère, de la sensibilité et désigne la Fermeté d'âme, le courage qui font braver les obstacles ou supporter le malheur, les maux, les tourments. Il a montré dans cette épreuve une grande force de volonté. Il lui a fallu beaucoup de force pour dompter cette émotion. Quelle force morale il faut pour accepter une telle existence, pour accomplir une telle mission! Elle a une force de caractère, une force d'âme digne d'admiration. N'avoir pas la force de faire une chose, Ne pouvoir pas se déterminer à la faire. Je n'eus pas, je ne me sentis pas la force de lui en dire davantage. Il n'eut pas la force de refuser.

Il se dit aussi figurément de l'Esprit, de l'imagination, du génie, etc., et signifie Aptitude à réfléchir, à concevoir, à produire. La force, les forces de l'intelligence. Par la force de son génie. L'esprit humain n'a pas assez de force pour pénétrer tous les secrets de la nature.

Il se dit également de l'Habileté, du talent, de l'expérience qu'on a dans un art, dans un exercice, etc.; et, en général, des Ressources dont on peut disposer, des facultés, du bien, du crédit, du pouvoir, etc., dont on jouit. Ces deux joueurs, ces deux écoliers, sont d'égale force. Ses adversaires ne sont pas de sa force. Cet écrivain n'est pas de force à traiter un pareil sujet. Il est de première force au pistolet, aux échecs. S'opposer de toutes ses forces à l'adoption d'une mesure dangereuse. Les forces d'un parti. Ce serait ôter au gouvernement ce qui fait sa force. On l'emploie quelquefois ironiquement. Tous écrivains de même force.

Être de force à, Être assez fort pour. Il est de force à lutter contre deux hommes. Par extension, il signifie Être assez habile pour. Il est de force à persuader les plus incrédules. Ironiquement, Il est de force à faire cette sottise, Il est capable de la faire.

Il se dit aussi de la Puissance d'un peuple, d'un État, de tout ce qui contribue à le rendre ou à le maintenir puissant. Le pays réparait lentement ses forces. Les forces comparées de la France et de l'Angleterre. La force militaire d'un empire.

La force d'une armée, Ce qui la rend redoutable. La discipline est ce qui fait la principale force des armées.

Être en force. Être en nombre pour défendre et attaquer. On dit de même Venir en force, se présenter en force.

La force d'une place, Ses moyens de défense, ses fortifications, sa garnison, etc.

Au pluriel, il se dit particulièrement des Troupes d'un État. Concentrer ses forces. Combattre à forces égales. Joindre ses forces. Les forces de terre et de mer. Les forces navales.

Il signifie encore Contrainte ou Pouvoir de contraindre. User de force. Employer la force. Régner par la force. Céder à la force. Opposer la force à la force. Avoir la force en main. La force publique. Les agents de la force publique.

Force armée, Tout corps de troupes, en tant qu'il peut être requis pour faire exécuter la loi ou les mesures des agents de l'autorité, lorsqu'il y a résistance de la part des citoyens. La foule ayant refusé de se disperser, on dut recourir à la force armée.

Force majeure. Voyez MAJEUR.

Force est demeurée à la loi, Les magistrats chargés de l'exécution de la loi l'ont emporté sur toutes les résistances.

Fam., Force est, force m'est, etc., s'emploient pour marquer la Nécessité absolue de faire quelque chose. Je voudrais bien demeurer, mais force m'est de partir. Force lui fut de se taire.

Maison de force, s'est dit d'une Maison de correction.

Camisole de force, Camisole qui sert à maîtriser les aliénés dangereux.

DE FORCE, loc. adv. qui sert à marquer Diverses sortes d'efforts ou de violences. Faire entrer de force une chose dans une autre, L'y faire entrer en frappant ou en poussant fortement. Prendre une fille de force, La violer. Prendre une ville de force. L'emporter d'assaut. Il lui fit signer cet acte de force, Il le lui fit signer par contrainte.

DE GRÉ OU DE FORCE, loc. adv. Volontairement ou par contrainte. Il faudra bien, de gré ou de force, qu'il paie le dommage.

PAR FORCE, À FORCE OUVERTE, DE VIVE FORCE, loc. adv. En employant la force, la violence. On le fit entrer par force dans la prison. Ils résolurent de prendre cette place de vive force.

FORCE, en parlant des Choses, signifie Solidité, pouvoir de résister. La force d'une poutre. La force d'un mur, d'une digue. La force d'une toile.

En termes de Charpenterie, Jambes de force. Voyez JAMBE.

Il se dit également de la Propriété qu'ont certaines choses d'imprimer à d'autres une impulsion plus ou moins grande, de les mettre en mouvement. La force d'un levier, d'un ressort, d'un moteur.

Il se dit, quelquefois, de l'Impulsion qu'a reçue le corps poussé, lancé, jeté. La force d'une balle, d'un obus.

Il signifie particulièrement Impétuosité. La force de l'eau, du courant. Le sang, l'eau jaillissait avec force. La force du vent.

La force du pouls, Le plus ou le moins de vitesse et d'élévation du pouls. On dit de même que Le coeur bat avec force quand les pulsations en sont rapides et violentes.

En termes de Marine, Faire force de rames, Ramer de toute sa force, ou Faire ramer les gens d'une barque, d'un bateau, etc., de toute leur force. Faire force de voiles, Se servir de toutes les voiles, afin de prendre plus de vent et d'aller plus vite; ou, figurément, Faire tous ses efforts pour réussir en quelque affaire.

Il signifie aussi Énergie, activité, intensité d'action. La force d'un poison, d'un remède. La force d'un acide. Ce vinaigre a beaucoup de force. La force de la chaleur. La force d'un coup. La force de la sève, L'abondance et la vigueur de la sève. Par extension, La force d'une passion, d'un sentiment. Son amour sembla renaître avec plus de force. S'élever avec force contre les abus. Cet homme semblait entraîné à sa perte par une force irrésistible.

Dans le sens qui précède, il s'applique particulièrement à l'Énergie du style, des expressions, etc. La force du style. Des vers pleins de force et d'éclat. Sentez-vous toute la force de ce mot, de cette expression? C'est un honnête homme, c'est un criminel dans toute la force du terme.

FORCE se dit encore particulièrement de la Valeur d'un raisonnement, d'une preuve, d'une raison, etc. La force d'un argument, d'une preuve, d'une objection. L'accusation tirait de ce fait une nouvelle force. Il fallut céder à la force de ces raisons.

Il se dit en outre, figurément, de l'Autorité, de l'influence d'une chose. Les lois étaient sans force. Cette coutume avait force de loi. Décision passée en force de chose jugée. La force des événements. La force de l'évidence. La force de l'exemple, de l'habitude, du préjugé.

La force des choses, La nécessité qui résulte logiquement d'une situation. On ne peut lutter contre la force des choses. Cela se fera par la force des choses.

La force de la vérité, Le pouvoir que la vérité a sur l'esprit des hommes.

La force du sang se dit des Mouvements secrets de la nature entre les personnes les plus proches.

Il se dit en général, surtout dans le langage didactique, de Toute cause ou puissance à laquelle on attribue la propriété de produire ou de déterminer certains effets, certains phénomènes. Les diverses forces répandues dans la nature. La force centripète. La force centrifuge. La force d'attraction. Force vitale.

En termes de Mécanique, Force motrice, Force qui produit un mouvement actuel; Force morte, Celle qui, étant développée ou employée, peut produire un tel mouvement, mais dont l'effet est actuellement neutralisé. Le parallélogramme des forces. Une force qui s'applique en un point. On disait aussi autrefois Force vive, par opposition à Force morte, pour exprimer l'Action de forces combinées avec leur vitesse comme dans le choc. Aujourd'hui cette locution n'est plus employée que pour désigner le Produit de la force motrice par le carré de la vitesse du point matériel auquel elle est appliquée.

Fig., Les forces vives de la nation, La partie la plus vigoureuse et la plus saine de la nation.

Force d'inertie, La résistance qu'oppose un mobile à ce qui doit le mettre en mouvement quand il est au repos. Il signifie figurément Résistance passive, qui consiste principalement à ne pas obéir. Ils opposèrent la force d'inertie aux mesures de l'autorité.

FORCE est aussi un Nom de quantité indéfinie s'ajoutant à la façon d'un adjectif invariable et qui signifie Grand nombre de, beaucoup de. Il a reçu force compliments. Il m'a fait force politesses.

À FORCE, loc. adv. et fam. Beaucoup, extrêmement. Travailler à force.

À FORCE DE, loc. prép. Par beaucoup de. À force de soins, de peines, de sollicitations. Au lieu d'être suivi d'un nom, il peut l'être d'un infinitif. À force de prier, d'agir; à force de pleurer, de crier, etc., En priant, en agissant beaucoup; en pleurant, en criant beaucoup, etc.

À force de bras, se dit en parlant de Travaux, de transports pour lesquels on n'emploie que la seule force des bras. Tirer, traîner à force de bras.

À force de rames, En ramant très vigoureusement.

À TOUTE FORCE, loc. adv. Par toutes sortes de moyens. Il veut, à toute force, venir à bout de son entreprise. Il signifie aussi À tout prendre, absolument parlant. On pourrait, à toute force, lui accorder ce qu'il demande.

force

Force, Vis, Neruositas, Fortitudo, Virtus. Il se prend quelquesfois pour le dessus d'une entreprinse ou affaire, comme, Il combatit si vaillamment que la force fut sienne, c'est à dire, que le dessus du combat et la victoire fut à luy. Item, faire de sorte que la force en demeure au Roy et à la justice, c'est à dire que le Roy et la justice soient les plus forts et ayent le dessus en ce qui est executé de leur part, il est ainsi prins, d'autant que le plus fort surmonte le plus foible.

Force et puissance, Firmamentum.

Force et vertu, Efficacitas, Neruus, Viriditas.

La force et vertu des arbres et herbes, Arborum atque erbarum natura, vis, facultas.

La force du procez, Causae robur. B.

Force et vigueur, Vigor.

Force de corps, ou force de courage par laquelle on endure toutes adversitez, Robur.

Force et longue haleine, Latus.

Force et vertu d'une personne malade, Facultas.

¶ Force et poincte comme d'oignon, moustarde, vinaigre, et semblables, Acrimonia.

Ceste herbe à force de refroidir, Vim refrigeratoriam habet haec herba.

Une force de retenir quelque chose, Tenacitas.

Force leur a esté de ce faire, Expressit hoc necessitas patribus.

C'est contraindre par force, Vis est haec quidem.

Faire faire à aucun quelque chose par force, Inuito alicui aliquid extundere, B.

Accroistre et augmenter la force d'aucun, Vires adiicere.

La force luy est accruë selon l'aage, Robur aetati accessit.

Avoir force et vertu, Vim habere.

Avoir assez de force et de vertu pour faire quelque labeur, Parem esse alicui rei faciendae.

Avoir grande force pour luicter, Viribus valere ad luctandum.

Ceste herbe a grande force et vertu contre le venim, Contra venenum efficacissime pollet haec herba.

Avoir plus de force et de puissance à faire croire, Plus pollere ad fidem faciendam.

Tant que j'auray force, Dum vires suppetant.

Qui a force et vertu de faire quelque chose, Efficax.

Suc qui n'a pas grande force ne vertu, Succus ignauus.

Qui n'a ne force ne vertu à faire quelque chose, Inefficax.

Il a force de glu, Vim glutini praebet.

Elle a la force de safran quand on la mange, Commanducata, croci vim reddit.

Qui n'a pas la force de faire l'office du corps à cause de sa vieillesse, Ad munera corporis senecta inualidus.

Cela a la force, et sert de medicament, Obtinet vim medicamenti ea res.

Bailler force aux vents, Vim ventis incutere.

Afin que par viandes nous leur baillons force, Vt cibo suffundamus vires.

Conquerir à force, Vrbes et agros manu capere.

Donner force et confermer, Vegetare.

Defaillir de force, Languere.

Je craindroy que la force ne me defaillist, Vererer ne mihi vox viresque deficerent.

La force defaut, ou diminue, Vires decedunt, Vires deficiunt, Concidunt venae.

La force defaillant pour faire l'office de Consul, Non sufficientibus iam viribus ad Consularia munera obeunda.

Grande defaillance de force, Languor.

Emmener par force, Vi, vel per vim abducere.

Estendre et employer toute sa force à faire quelque chose, Contendere, vel intendere omnes neruos in re aliqua.

Employer toute sa force, Omnibus neruis contendere.

Entrer par force dedans maison ou ville, Expugnare.

Entrer par force et violence en une troupe de gens, Prorumpere, Perrumpere per mediam hostium aciem.

Faire force, Adhibere vim.

Jetter hors par force, Proturbare, Exturbare, Expellere.

Mener à force, Redigere, Trahere.

Mettre hors par force, Depellere.

Oster la force, Eneruare, Exhaurire vires, Exarmare.

Qui oste par force, Praedator.

Quoy? qu'il me l'oste par force et violence? Per oppressionem vt hanc mihi eripere postulet?

Le vin perd sa force par la froideur, Stupet ad frigus natura vini.

Qui ont perdu force et entendement de force de dormir et de boire, Somno vinoque soluti.

Qui a perdu sa force naturelle, Vietus.

Prendre force, Accipere vires, Inualere, Irroborare, Sumere robur corporibus, Vires concipere.

Prendre une vierge par force, Vim virgini afferre.

Prendre quelque argent par force, Argentum inuadere.

Reprendre force, Colligere vires.

Reprendre force et roideur, comme celuy qui recule pour mieux saillir, Sumere impetum.

Reprendre force comme devant, Vires redintegrare.

Reprendre force apres la maladie, Confirmare se.

Resister par force à force, Vim vi repellere.

Rompre la force d'aucun et son courage, Aliquem infringere.

User de force, Adhibere vim.

¶ De toute ma force, Pro virili, Pro virili parte, Totis viribus, Obnixe.

De grande force et puissance, Valide.

De plus grande force et vigueur, Valentius.

De toute leur force et puissance, Toto corpore, atque omnibus vngulis.

Homme de petite force, Tenuis viribus.

Qui est sans force, Virium vacuus.

¶ Par force, Per vim.

C'estoit force de le faire, Faciundum fuit, Necesse fuit hoc facere.

A toute force, Equis et velis, Manibus et pedibus, toto conatu vel nisu.

¶ Vallée où il y a force arbres, Condensa arboribus vallis.

Force, id est, copia.

Il luy est allé force gens au devant, Frequentes ei obuiam ierunt, Liuius. lib. 23.

Lieux où il y a force arbres, Condensa arborum.

Qu'on ne sçauroit forcer ne prendre par force, Inexpugnabilis.

Ville prinse de force, Oppidum vi expugnatum, Liu. lib. 23.

forcé

Une opinion ou jugement forcé ou contraint, Iudicium obnoxium, Budaeus.

force


FORCE, s. f. 1°. Vigueur, faculté naturelle d'agir vigoureûsement, (Acad.) de porter de grands fardeaux, d'abatre et renverser ce qui résiste. (Trév.) Cette dernière explication vaut mieux. "Force de corps, de brâs. "Y aler ou fraper de toute sa force. "Être sans force: manquer de force. "Il est dans sa force.
   Le courage, la peur, la force, la foiblesse,
   Et l'esprit de vertige et l'auguste sagesse,
   Sont les présens de Dieu propice ou couroucé.
       Le Franc.
= 2°. Au pluriel, il se dit proprement du corps, de la santé et par extention de l'esprit, du pouvoir, du crédit, etc. "Perdre, réparer, recouvrer ses forces. "Les forces lui manquent: ses forces s'épuisent, etc. = 3°. Les troupes d'un État. "Mettre des forces sur pied. Assembler ses forces. Les forces de terre; les forces navales, etc. 4°. Puissance, la force d'un état, d'un peuple, etc. Impétuosité: "La force de l'eau, du courant, du vent. — Solidité. "La force d'une poûtre, d'un bâtiment, d' une toile, d'une étofe. = 5°. Violence. "User de force; employer la force, etc. = 6°. Énergie. "Ce mot a beaucoup de force; la force de l'éloquence, du raisonement. = 7°. Grandeur et fermeté de courage. "Il faut une grande force d'esprit pour soutenir les adversités: il faut encôre plus de force pour soutenir la bonne fortune. = 8°. Ce mot entre dans plusieurs locutions. Faire force de rames; faire force de voiles. On comprend aisément ce qu' ils signifient au propre: au figuré (st. famil.) faire tous ses éforts. — Force majeure: Puissance à laquelle on est forcé de céder. — La force de la vérité, le pouvoir qu'elle a sur l'esprit des hommes. La force du sang, moûvement secret de la natûre entre les persones les plus proches. = Maison de force, où l'on enferme les gens de mauvaises moeurs, qu'on veut corriger. = 9°. Il fournit à plusieurs adverbes. — À~ force, il régit de devant les noms et les verbes. "À~ force de brâs; à force de pleurer. * Brebeuf dit à la force.
   On gagne le rivage à la force des brâs.
Peut-être le besoin d'une syllabe de plus a produit cette locution irrégulière. * Un Auteur moderne emploie singulièrement cet adverbe. "Nous avons, à force de siècles, perfectioné la science et la pratique de l'Economie rurale. * M. Linguet l' emploie sans régime. "On révoque à force les actes passés contre les Américains. — L'Acad. ne le dit point de la sorte; mais il ne déplait pas ainsi employé. = De force. "Prendre une ville de force, d'assaut. — De vive force, par une violence manifeste. = À~ toute force, absolument et sans en démordre, à quelque prix que ce soit. "Il veut, à toute force venir avec nous. Sév.
   Voulut, à toute force, atraper la lârron.
       La Font.
= À~ force ouverte. Il se dit toujours au singulier. Rollin le dit au pluriel. "Ataquer le Tyran à forces ouvertes. — Au contraire, on dit toujours au pluriel, à forces inégales. "Je me suis exposé dans un combat avec Hippias à forces inégales. TÉLÉM. = De ma force, de sa force. "Je me disois, en regardant mes convives; ce sont là de bonnes gens, qui ne sont pas de ma force. MARIV. = En force. "Alors les Rois ne marchoient qu'en force. MOREAU. Ailleurs cet illustre Écrivain met le pluriel, qui vaut mieux, et qui peut-être est le seul bon; car forces, signifie là troupes. "Il y vint en effet; mais il y vint en forces. "On s'y troûvera en forces.
   REM. 1°. Quand force est tout seul, et surtout au pluriel, il ne se dit que de la force du corps. Quand on veut exprimer celle de l'âme, il faut ajouter quelque terme qui le désigne. "C'est ainsi que meurent les Politiques par le secours de la Philosophie. C'est ainsi que meurent les Héros par l'excès de leurs forces. MASCARON. — Leurs forces, se dirait plutôt des Porte-faix que des Hérôs. = M. Moreau dit aussi. "Qui le croiroit? Il faut quelquefois plus de forces à un Roi pour régler sa Maison, qu'il ne lui en faudroit pour gouverner ses États.
   2°. Racine a dit, doner force sans article.
   Seconde mes soupirs, done force à mes pleurs.
Cela est bien dit en vers, dit M. Racine le Fils, (tout le monde n'en convient pas) et seroit mal dit en prôse. On doit dire, donne de la force à mes pleurs. — Bossuet a dit aussi, sans article; perdre force, pour, perdre ses forces, on dit: perdre haleine: on ne dit pas perdre force.
   3°. On dit faire violence à son inclination, à ses desirs, les surmonter. * Corneille dit, dans le même sens, faire force.
   Faites un peu de force à votre impatience.
       Pompée.
* Ce grand Poète dit âilleurs, à force pour à peine.
  On ne conçoit qu'à force une telle fureur.
      Cinna.
4°. Il y a bien de la diférence entre régner par force et régner par la force, et ainsi de plusieurs aûtres verbes. Le 1er signifie qu'on le fait malgré soi, l'autre qu'on le fait, qu'on en vient à bout par la violence volontairement employée. Corneille (dans Horace) dit de l' Amour.
   Il entre avec douceur, mais il règne par force.
Il s'est mal exprimé. Il devait dire.
   S'il entre avec douceur, il règne par la force.
   5°. L'infinitif régi par à force, doit se raporter au sujet de la phrâse (au nominatif) "À~ force de l'importuner, j'obtiendrai de lui ce que je souhaite, est bien. À~ force de l'importuner, il fera ce que je souhaite, est mal.
   6°. Il m'est force, régit aussi de et l'infinitif. "Ce m'eût été une extrême peine de ne pas aimer une persone qu'il m'est force d'estimer. Voit. C. à. d. que je suis forcé, obligé d'estimer. "Si on m'en empêche, il me sera bien force de la laisser là. Mariv. = Dans cette façon de parler, qui n'est que du style simple, force se place quelquefois à la tête du membre de la phrâse, et l'on retranche le pronom il. "Il ne restait plus que l'étain, (pour Jupiter) force lui fut de s'en contenter. Pluche.
   7°. On dit, par force, c. à. d. par violence. * Bossuet, par analogie, dit, une force, pour une violence. "Elle a souscrit par force à sa condamnation. Est-ce une force, de la souscrire dans un Monastère? L'usage n'admet point cette analogie. Il faudrait dire: est-ce la souscrire par force, que de la souscrire dans un Monastère? = Il dit âilleurs: "Les Romains afectoient de paroître impitoyables à qui attendoit la force; c. à. d. envers ceux qui attendaient qu'on les forçât. Le moins qu'on puisse dire de cette manière de parler, c'est qu'elle n'est pas de l'usage actuel.
   8°. Par force se dit, quand il se raporte au sujet de la phrâse; et de force, quand il se raporte au régime. "Il l'a fait par force: on le lui a fait faire de force. "Il ne paroit devant la Justice que quand on l'y traine de force. Ann. Litt. = On dit aussi, amener de force; mais un peu de force me parait un peu niais. "Dès qu'il a pu amener un peu de force l'éloge de François I. et de Louis XIV, il s'écrie, etc. Journ. de Mons.
   9°. Tours de force, se dit des Bateleurs et Danseurs de corde; et figurément, de certains Écrivains guindés et contraints dans leur style. "Éloges amenés par des tours de force. L'Abé Royou. = La force du bois, c'est, au propre, l'abondance et la vigueur de la sève. On dit, au figuré, quand il échape quelque chose à la vivacité de quelqu'un, c'est la force du bois.

force


FORCE, adv. Beaucoup. "Il a force argent, force amis, etc. Il ne se dit plus que dans le st. fam.

Synonymes et Contraires

force

adverbe force
Littéraire. Un grand nombre de.
beaucoup, nombre de, quantité de -familier: plein de -littéraire: maint.

force

nom féminin force
2.  Recours à la violence.
3.  Capacité de résister aux épreuves.
4.  Degré d'aptitude dans un domaine.
6.  Supériorité de quelqu'un.
Traductions

force

Kraft, Stärke, Gewalt, Impetusforce, strength, vigour, might, emphasis, agency, by force, forcibly, power, toughness, potencykracht, macht, sterkte, dwang, draaistroom, wilskracht, klemאדירות (נ), אייל (ז), ארי (ז), גברתנו (נ), חוזק (ז), חוסן (ז), כבירות (נ), כוח (ז), מאוד (ז), מאמץ (ז), מרץ (ז), עוז (ז), עוצם (ז), עוצמה (נ), עזוז (ז), תעצומה (נ), חֹזֶק, עֹז, עָצְמָה, כּוֹחַ, מְאוֹד, מַאֲמָץ, מֶרֶץ, חֹסֶן, אֱיָלkrag, magforçasílakraft, styrkeforteco, fortofuerzakrafturforza, gagliardia, vigorosamentesiła, mocforça, intensidade, vigorstyrka, kraftnguvukuvvet, güçσθένος, δύναμη, ρώμη, ισχύςсилаقُوَّةvahvuus, voimasila, snaga力, 強さstyrkeกำลัง, ความเข้มแข็งlực, sức lực力量, 实力сила (fɔʀs)
nom féminin
1. puissance physique Il a de la force. reprendre des forces
très fort pousser de toutes ses forces
2. degré d'intensité ou de puissance la force de son amour
3. violence employer la force
avec violence prendre qqch de force
4. grande capacité morale une grande force de caractère
5. les armées Les forces armées sont intervenues.
6. grâce aux efforts répétés À force de chanter, sa voix est plus belle.

force

[fɔʀs]
nf
[personne, membre] → strength
Je n'ai pas beaucoup de force dans les bras → I haven't got much strength in my arms.
avoir de la force → to be strong
être à bout de force → to have no strength left
à la force du poignet (fig) → by one's own efforts
s'élever à la force du poignet → to work one's up by one's own efforts
la force de volonté → will power
(pour résoudre un conflit)force
Ils ont eu recours à la force → They had to use force.
de force → forcibly, by force
Ils lui ont enlevé son pistolet de force → They took the gun from him by force.
par la force → using force
(PHYSIQUE, MÉCANIQUE)force
force d'inertie → force of inertia
(= puissance) (surnaturelle)power
les forces des ténèbres → the powers of darkness
(autres locutions) être de force à faire → to be up to doing
par la force des choses → by force of circumstances
c'est une force de la nature → he's larger than life
à force de faire → by doing, by dint of doing
Il a grossi à force de manger autant → He got fat by eating so much.
arriver en force (= nombreux) → to arrive in force
à toute force (= absolument) → at all costs
faire force de rames → to ply the oars
faire force de voiles → to pile on sail
de première force → first class
cas de force majeure → case of absolute necessity (ASSURANCES)act of God forces
nfpl
(physiques)strength sg
de toutes mes/ses forces → with all my/his strength
(MILITAIRE)forces
(= effectifs) d'importantes forces de police → large contingents of police