forcer

(Mot repris de forcions)

forcer

v.t.
1. Faire céder par force, enfoncer ; détériorer en exerçant une force excessive : La police a forcé la porte fracturer crocheter fausser
2. Obliger qqn à faire qqch : Elle l'a forcé à mentir. Il était bien forcé d'accepter contraindre, obliger
3. Susciter de manière irrésistible ou obtenir par la contrainte : Il force l'admiration de tous gagner arracher
4. Pousser à un effort, à un rendement excessif, au-delà des limites normales : Il a forcé le moteur. Forcer le pas accélérer ; hâter, presser hâter leur maturation chanter plus haut ou plus fort qu'on ne le peut naturellement
Forcer la main à qqn,
obliger qqn à faire qqch contre sa volonté.
Forcer la porte de qqn,
entrer chez qqn contre sa volonté.
Forcer le sens d'un mot, d'un texte,
lui faire dire autre chose que ce qu'il signifie altérer ; respecter
v.i.
1. Fournir un effort intense : Elle court sans forcer.
2. Agir avec trop de force : Ne force pas, tu vas tout casser !

se forcer

v.pr.
S'imposer une obligation plus ou moins pénible : Ne te force pas à manger, si tu n'es pas bien.

forcer


Participe passé: forcé
Gérondif: forçant

Indicatif présent
je force
tu forces
il/elle force
nous forçons
vous forcez
ils/elles forcent
Passé simple
je forçai
tu forças
il/elle força
nous forçâmes
vous forçâtes
ils/elles forcèrent
Imparfait
je forçais
tu forçais
il/elle forçait
nous forcions
vous forciez
ils/elles forçaient
Futur
je forcerai
tu forceras
il/elle forcera
nous forcerons
vous forcerez
ils/elles forceront
Conditionnel présent
je forcerais
tu forcerais
il/elle forcerait
nous forcerions
vous forceriez
ils/elles forceraient
Subjonctif imparfait
je forçasse
tu forçasses
il/elle forçât
nous forçassions
vous forçassiez
ils/elles forçassent
Subjonctif présent
je force
tu forces
il/elle force
nous forcions
vous forciez
ils/elles forcent
Impératif
force (tu)
forçons (nous)
forcez (vous)
Plus-que-parfait
j'avais forcé
tu avais forcé
il/elle avait forcé
nous avions forcé
vous aviez forcé
ils/elles avaient forcé
Futur antérieur
j'aurai forcé
tu auras forcé
il/elle aura forcé
nous aurons forcé
vous aurez forcé
ils/elles auront forcé
Passé composé
j'ai forcé
tu as forcé
il/elle a forcé
nous avons forcé
vous avez forcé
ils/elles ont forcé
Conditionnel passé
j'aurais forcé
tu aurais forcé
il/elle aurait forcé
nous aurions forcé
vous auriez forcé
ils/elles auraient forcé
Passé antérieur
j'eus forcé
tu eus forcé
il/elle eut forcé
nous eûmes forcé
vous eûtes forcé
ils/elles eurent forcé
Subjonctif passé
j'aie forcé
tu aies forcé
il/elle ait forcé
nous ayons forcé
vous ayez forcé
ils/elles aient forcé
Subjonctif plus-que-parfait
j'eusse forcé
tu eusses forcé
il/elle eût forcé
nous eussions forcé
vous eussiez forcé
ils/elles eussent forcé

FORCER

(for-sé. Le c prend une cédille devant a et o : je forçai, forçons) v. a.
Faire subir à une chose une violence, une effraction.
Mme Colbert ne voulait qu'il la vît [sa future] que le soir ; il força les portes et se jeta à ses pieds [SÉV., 394]
Du sérail, s'il le faut, venez forcer la porte [RAC., Bajaz. II, 3]
On força un coffre dont la reine avait emporté la clef, et l'on n'y trouva que des haires, des ceintures armées de pointes de fer [GENLIS, Mlle de la Fayette, p. 116, dans POUGENS]
Forcer une clef, forcer une serrure, tordre une clef, les ressorts d'une serrure, de manière que cette clef, ces ressorts ne peuvent plus jouer. Terme d'escrime. Forcer le fer, engager avec force l'épée de son adversaire. Terme de manége. Forcer la main, se dit en parlant d'un cheval qui refuse d'obéir, qui s'emporte. On dit aussi forcer à la main, gagner à la main. Fig. Forcer la main à quelqu'un, le contraindre à faire quelque chose. Avoir la main forcée, faire quelque chose malgré soi. Fig. Forcer le sens, y faire quelque violence qui le dénature.
En prenant naturellement la gnose pour la connaissance pratique de Dieu et de l'Évangile, vous parlez naturellement, et cela est vrai ; en forçant le sens et substituant à la gnose l'état passif, cela est absurde [BOSSUET, Nouv. myst. 15]
On dit de même : forcer l'analogie.
Ce n'est que dans une généralité scolastique et en forçant l'analogie que l'on peut, sur le rapport unique de la similitude d'une seule partie, appliquer le même nom à des espèces qui diffèrent autant entre elles que celle de l'oiseau du tropique, par exemple, et celle du véritable pélican [BUFF., Ois. t. XVI, p. 47, dans POUGENS]
Prendre, traverser de vive force.
Forçons, forçons enfin ces superbes murailles [DU RYER, Scévole, I, 1]
Montrez-lui comme il faut s'endurcir à la peine.... Reposer tout armé, forcer une muraille [CORN., Cid, I, 6]
Je tiens sa prison même assez mal assurée.... Je crains qu'on ne la force [ID., Poly. III, 5]
Est-ce là celui qui forçait les villes et qui gagnait les batailles ? [BOSSUET, Louis de Bourbon.]
On ne l'eut pas plus tôt vu, pied à terre, forcer le premier ces inaccessibles hauteurs, que son ardeur entraîna tout après elle [ID., ib.]
On dit de même : forcer le passage, l'entrée, etc.
Quand son bras força notre frontière [RAC., Alex. II, 1]
Ses criminels amis en ont forcé l'entrée [du sérail] [ID., Bajaz. V, 7]
Forcer le passage du Granique avec très peu de troupes contre une multitude infinie de soldats [FÉN., Dial. des morts, Pyrrhus, Démétrius.]
Par extension. Forcer la consigne, ne pas s'y conformer, l'enfreindre avec violence. Fig. Forcer la porte de quelqu'un, entrer chez quelqu'un malgré la défense qu'il a faite de laisser entrer.
Triompher de la résistance d'une troupe militaire.
Comme on les pensait forcer dans leur retranchement, on eut quelque désavantage [D'ABLANCOURT, Arrien, I, 7, dans RICHELET]
Pouvions-nous le surprendre, ou forcer les cohortes Qui de jour et de nuit tiennent toutes ses portes ? [CORN., Héracl. IV, 6]
Chacun se plaignait de leur brigandage [des bandes de pillards], sans que personne pût les forcer dans leur retraite [FLÉCH., Hist. de Théodose, IV, 20]
Força les plus mutins, et regagnant le reste.... [RAC., Mithr. v, 4]
Après qu'on fut entré dans la ville par les brèches, les assiégés se défendirent encore longtemps avec un courage incroyable, et il fallut les poursuivre et les forcer de maison en maison [ROLLIN, Hist. anc. Œuv. t. V, p. 197, dans POUGENS]
Fig. Forcer quelqu'un dans ses retranchements, voy. RETRANCHEMENT.
Faire violence à une femme.
Mme de Valentinois accusa son beau-père non-seulement de lui en avoir conté, mais de l'avoir voulu forcer [SAINT-SIMON, 44, 2]
Forcer un cheval, l'excéder de fatigue. Se dit aussi des hommes.
On les force de travail [les nègres], on leur épargne la nourriture, même la plus commune [BUFF., Hist. nat. hom. Œuv. t. v, p. 147, dans POUGENS]
Forcer sa main, se fatiguer la main par quelque effort.
Ma chère enfant, je ne veux pas forcer ma main ; c'est pourquoi voici le petit secrétaire [SÉV., 260]
Terme de chasse. Forcer une bête, la courre jusqu'aux abois. Forcer un cerf.
Il [le loup] est infatigable et c'est peut-être de tous les animaux le plus difficile à forcer à la course [BUFF., Quadrup. t. II, p. 197]
Tenez, tenez, le voilà qui court la plaine et force un lièvre qui n'en peut mais [BEAUMARCHAIS, Mar. de Figaro, II, 2]
Surmonter, vaincre.
Elle a forcé les vents et dompté leur furie [MALH., II, 8]
Mais enfin ton humeur force ma patience [RÉGNIER, Élég. II]
Forcez l'aveuglement dont vous êtes séduite [CORN., Médée, I, 5]
Si j'aimais assez mal pour essayer mes armes à forcer des périls qu'ont préparés vos charmes [ID., Tois. d'or, II, 2]
Forcez, rompez, brisez de si honteuses chaînes [ID., Nicom. I, 2]
Je cède à des raisons que je ne puis forcer [ID., ib. V, 1]
Notre amour à tous deux ne rencontre qu'obstacles Presque impossibles à forcer [ID., Agésil. IV, 3]
Forcerai-je moi seul tout l'empire romain ? [MAIRET, Sophon. v, 1]
Nous le vîmes partout ailleurs comme un de ces hommes extraordinaires qui forcent tous les obstacles [BOSSUET, Louis de Bourbon.]
Combien de fois tes yeux forçant ma résistance.... [RAC., Alex. IV, 1]
C'est en vain que forçant ses soupçons ordinaires [ID., Bajaz. I, 1]
Fig. Faire fléchir le courage.
Malgré le mauvais succès de ses armes infortunées, si on a pu le vaincre, on n'a pu le forcer [Charles I] [BOSSUET, Reine d'Anglet.]
Ne pas laisser la liberté de faire ou ne pas faire.
Force par ta vaillance Ce monarque au pardon et Chimène au silence [CORN., Cid, III, 6]
Mais l'empire inhumain qu'exercent vos beautés Force jusqu'aux esprits et jusqu'aux volontés [ID., Cinna, III, 4]
Enfin aux châtiments il se laisse forcer [ID., Inscr. mises sous des estampes, VII, Punition des villes rebelles]
Si ce fils.... à quelque amour encor avait pu vous forcer [RAC., Mithr. II, 4]
Mazarin voulut essayer de faire Louis XIV empereur ; le dessein était chimérique ; il eût fallu ou forcer les électeurs ou les séduire [VOLT., Louis XIV, 6]
Par extension. Forcer la terre à produire.
Qui force la nature a-t-il besoin qu'on l'aide ? [CORN., Médée, IV, 6]
Notre sort n'est pas tel qu'on le puisse forcer [ID., Sophon. V, 1]
L'autre [Condé], et par l'avantage d'une si haute naissance, et par ces grandes pensées que le ciel envoie, et par une espèce d'instinct admirable dont les hommes ne connaissent pas le secret, semble né pour entraîner la fortune dans ses desseins et forcer les destinées [BOSSUET, Louis de Bourbon.]
Assez d'autres viendront, à mes ordres soumis, Se couvrir des lauriers qui vous furent promis, Et, par d'heureux exploits forçant la destinée, Trouveront d'Ilion la fatale journée [RAC., Iphig. IV, 6]
Il se dit aussi des sentiments, des passions, etc.
Apprends d'elle à forcer ton propre sentiment [CORN., Poly. V, 3]
Forcez en ma faveur une trop juste haine [ID., Pomp. IV, 2]
Si ton cœur demeure insensible, je n'entreprendrai point de le forcer [MOL., Prince d'Él. II, 4]
Je ne veux point forcer ton inclination [ID., l'Avare, IV, 3]
Forcer le devoir de quelqu'un, contraindre moralement quelqu'un à manquer à son devoir.
.... Va, songe à ta défense, Pour forcer mon devoir, pour m'imposer silence [CORN., Cid, v, 1]
Elle cherche un combat qui force son devoir [ID., ib. V, 3]
Forcer, avec à suivi d'un infinitif.
J'ai forcé ma colère à le laisser parler [CORN., Nicom. I, 2]
Ceux-ci, après soixante et douze ans de guerre continuelle, furent forcés à subir le joug des Romains [BOSSUET, Hist. I, 8]
Nous sommes forcés à reconnaître nos misères [BOURD., Carême, I, Prière, 339]
Que si tous mes efforts ne peuvent réprimer Cet ascendant malin qui vous force à rimer [BOILEAU, Sat. IX]
À prendre ce détour qui l'aurait pu forcer ? [RAC., Mithr. IV, 1]
Forcer, avec de et un infinitif.
L'intempérance du malade force quelquefois le médecin d'être cruel [PATRU, Plaidoyer 9, dans RICHELET]
Et forçons-le de voir Qu'il peut en faisant grâce affermir son pouvoir [CORN., Cinna, IV, 4]
....Jusqu'à ce jour l'univers en alarmes Me forçait d'admirer le bonheur de vos armes [RAC., Alex. V, 3]
Et força le Jourdain de rebrousser son cours [ID., Athal. V, 1]
Nous ne réconcilierons jamais le monde avec elle [la vertu], il est vrai ; mais, du moins, nous le forcerons de la respecter [MASS., Panég. St Jean-Baptiste.]
Il force les Anglais de se rembarquer [VOLT., Louis XV, 35]
Terme de jeux. Contraindre à jeter une carte forte ou un atout, au whist et au boston. Obliger quelqu'un de jouer sans prendre, à l'hombre. Obliger un des joueurs à jouer un as ou le quinola, au reversis.
10° Obtenir par force, par importunité. Forcer le consentement, le vote de quelqu'un.
Votre tyrannie N'usa de son pouvoir sur la faible Amélie Que pour tromper mes vœux, que pour forcer son choix [C. DELAV., Vêp. sicil. II, 4]
Obtenir par la puissance d'un sentiment.
Une vertu qui devait forcer l'estime du monde [BOSSUET, Anne de Gonz.]
Ce n'est point par des paroles qu'on peut forcer l'hommage du monde, c'est par la vertu et l'audace [VAUVENARGUES, l'Orat. chagr.]
Il [Jupiter] voulait non que le ciel les reçût [ses enfants], mais qu'il les demandât, et qu'à leur égard l'admiration seule forçât les vœux de la terre [P. L. COUR., Éloge d'Hélène.]
Forcer les respects, l'admiration, les obtenir de ceux mêmes qui ne sont pas disposés à les accorder.
11° Terme de jardinage. Forcer une plante, l'obliger à fleurir ou à porter du fruit plus tôt qu'elle ne le ferait naturellement, au risque de la fatiguer. Forcer à fruit, tailler long pour avoir plus de fruits.
12° Exagérer, outrer.
Ne forçons point notre talent ; Nous ne ferions rien avec grâce [LA FONT., Fabl. IV, 5]
Ne forcez point la nature [SÉV., 135]
Dans son système il force un peu ses idées [BOSSUET, Var. 15]
L'homme impatient force toute chose pour se contenter [FÉN., Tél. XXIV]
Forcer sa voix, se dit d'un chanteur qui fait des efforts de voix. Forcer nature, faire plus qu'on ne doit ou qu'on ne peut.
On a un peu forcé nature pour mériter les bontés de Mlle Clairon, et cela est bien juste ; elle trouvera dans son rôle plusieurs changements [VOLT., Lett. Mlle Clairon, janv. 1750]
13° Terme de comptabilité. Forcer la recette, passer en recette plus qu'on n'a reçu. Forcer quelqu'un en recette, obliger un comptable à verser une recette qu'il a négligé de recevoir.
14° Hâter, précipiter. Forcer le pas, la marche.
15° V. n.Terme de marine.
Forcer de voiles, augmenter la voilure, de telle sorte que le vent, ayant action sur une plus grande surface de toile, fasse un plus grand effort qui pousse le navire dans la direction qu'on lui assigne [JAL, ]
Pour ne rien dérober à M. du Quesne, il faut observer qu'il fit le devoir d'un bon général en envoyant nous dire par le chevalier de Chaumont que nous devions forcer de voiles et aborder les vaisseaux de la tête ennemie, plutôt que de nous laisser gagner par le vent [VILLETTE-MURSAY, Combat du 10 février 1675, dans JAL]
Un mât force quand il supporte un trop grand effort. Forcer de rames, ramer aussi fort qu'il est possible.
16° Terme de jeux. Jeter une carte supérieure à celle qui a d'abord été jouée.
17° Se forcer, v. réfl. Faire trop d'efforts, mettre trop de véhémence à quelque chose. Ne vous forcez pas tant.
18° S'efforcer.
Seigneur, voyez César, forcez-vous à lui plaire [CORN., Pomp. II, 4]
19° Être surmonté.
Ô malheur qui ne se peut forcer ! [MOL., l'Ét. II, 14]
20° Faire effort sur soi-même. Forcez-vous, avalez cette médecine.
Sa colère, seigneur, s'est forcée un moment [MAIRET, Mort d'Asdrub. v, 3]
Ah ! forcez-vous, de grâce, à des termes plus doux [CORN., Perth. II, 5]
Je me force au respect.... [ID., Androm. V, 2]
Ainsi Néron commence à ne se plus forcer [RAC., Brit. III, 8]
....Et je ne puis penser Qu'à feindre si longtemps vous puissiez vous forcer [ID., Mithr. III, 5]

REMARQUE

  • 1. Des grammairiens ont essayé d'indiquer une nuance de sens entre forcer à et forcer de suivis d'un infinitif. Mais l'usage des auteurs ne permet aucune distinction réelle.
  • 2. On trouve dans Saint-Simon : Forcer d'argent, payer une grosse somme :
    Dubois pensait déjà au cardinalat, et au besoin qu'il aurait de forcer d'argent à Rome [SAINT-SIMON, 480, 209]
    Il est probable que c'est une mauvaise lecture, et qu'il faut lire foncer, voy. FONCER 2.

HISTORIQUE

  • XIIIe s.
    Glorieus sire pere.... Aiés merci de m'ame, car li cors est forcés [, Ch. d'Ant. VIII, 1382]
  • XVe s.
    Par moy ton cueur jà forcéne sera [CH. D'ORL., 1]
  • XVIe s.
    Il est bon quelquefois de forcer sa complexion pour le plaisir de ses amis [MARG., Lett. 78]
    Alexandre, forceant la ville de Gaza [MONT., I, 4]
    Les mouvements forcez [involontaires] de nostre visage [ID., I, 97]
    On me faisoit gouster la science par une volonté non forcée, et de mon propre desir [ID., I, 195]
    La sagesse ne force pas nos conditions naturelles [elle ne nous empêche pas d'être hommes] [ID., II, 20]
    Le peuple alloit souvent forceant ou destournant les propositions du senat, en y ostant ou adjoustant quelque chose [AMYOT, Lyc. 10]
    Au demeurant, de forcer ses ennemis qui tenoient les cymes des cousteaux, et les en dechasser à force, il n'y voyoit point de moyen [ID., Fab. 16]
    Si l'on ne luy [à Annibal] baille point moyen de combattre, il est force forcée ou qu'il se ruine de soy mesme s'il demeure, ou.... [ID., ib. 30]
    Il veit forcer et violer ses filles estans encore à marier [ID., Timol. 19]
    Ces plantes, forcées par chaleur artificielle, se perdent à peu d'occasion en leur premier âge [O. DE SERRES, 545]

ÉTYMOLOGIE

  • Force ; provenç. forsar ; espagn. forzar ; portug. forcar ; ital. forzare.

forcer

FORCER. v. tr. Briser, rompre, ouvrir quelque chose avec violence. Forcer une porte, une serrure. Forcer un coffre.

Forcer une clef, forcer une serrure, Fausser, tordre, détériorer par une manoeuvre violente une clef, les ressorts d'une serrure, de manière qu'ils ne peuvent plus jouer. On dit aussi Forcer un muscle, une articulation.

Il signifie aussi Prendre par force, Forcer un retranchement. Forcer une ville. On dit dans un sens analogue Forcer un passage. Forcer tous les obstacles. etc.

Fig., Forcer la porte de quelqu'un, Entrer chez quelqu'un, quoique sa porte soit défendue.

Forcer la consigne, Ne pas s'y conformer, l'enfreindre avec violence.

En termes de Chasse, Forcer une bête, La prendre avec des chiens de chasse, après l'avoir courue et réduite aux abois. Forcer un lièvre. Forcer un cerf, un chevreuil.

Il signifie en outre Contraindre, obliger à quelque chose, et il se dit tant au propre qu'au figuré. Forcer quelqu'un à faire quelque chose. Il fut forcé de partir. On voulait le forcer à partir. Forcer les consciences. Forcer les volontés. Forcer son inclination, son humeur. On dit aussi Forcer le consentement, le vote, etc., de quelqu'un, Obliger quelqu'un à donner son consentement.

Travaux forcés. Voyez TRAVAIL.

Cours forcé. Voyez COURS.

Fig. et fam., Forcer la main à quelqu'un. Voyez MAIN.

Forcer le sens d'un mot, Donner à un mot, à un texte un sens exagéré. Il a forcé le sens de ce passage.

Forcer le respect, l'admiration, etc., Les obtenir de ceux mêmes qui ne sont pas disposés à les accorder.

Forcer le succès, Vaincre la résistance ou les obstacles qui s'opposaient au succès.

Forcer la nature, Vouloir faire plus qu'on ne peut.

Forcer son talent, L'enfler pour en tirer plus qu'il ne peut produire.

Forcer sa voix, Faire des efforts de voix.

Forcer un cheval, Le pousser trop, le faire courir au-delà de ses forces.

Forcer le pas, la marche, Presser le pas, se mettre à marcher plus vite.

Forcer la dose, Augmenter la quantité prévue d'un médicament. Il se dit aussi figurément. Forcer un arbre fruitier, une vigne, Leur faire donner artificiellement plus qu'ils n'auraient donné naturellement.

En termes de Comptabilité, Forcer la recette, Porter en recette plus qu'on n'a reçu.

Intransitivement, Forcer en recette, Forcer un employé des finances à payer une somme qu'il devait percevoir et qu'il a négligé de toucher. En termes de Marine, Forcer de voiles, forcer de rames, forcer de vapeur, Faire force de voiles, de rames, de vapeur.

SE FORCER signifie Faire quelque chose avec trop de force et de véhémence. Ne vous forcez point, vous vous ferez mal. Ne vous forcez pas tant.

Il signifie aussi Se contraindre, faire effort sur soi-même. Je ne me décide pas à cette démarche sans me forcer un peu.

Le participe passé FORCÉ, ÉE, s'emploie adjectivement et signifie Qui manque de naturel, qui est contraint, affecté. Être forcé dans toutes ses manières. Elle n'a rien de gauche ni de forcé. Contenance forcée. Un rire, un sourire forcé.

Il s'emploie de même en parlant des Ouvrages de l'esprit et se dit de Ce qui s'éloigne du naturel, de la vérité, et de ce qui est mal amené, tiré de trop loin, etc. Style forcé. Il y a, dans cette pièce de théâtre, des situations forcées. Comparaison forcée. Rapprochement forcé. Donner à un passage, à une expression un sens forcé.

Il se dit pareillement des Figures d'un tableau, quand leur attitude est outrée; du Coloris quand il est excessif; de l'effet quand il est trop cherché.

forcer

Forcer, tantost est contraindre, comme, Je le forceray de venir, Cogere, tantost prendre à force, comme, Il a forcé une fille, Rapere, vi constuprare, Tantost reduire à l'extremité, comme, Voila un Cerf forcé des chiens, c'est à dire qui plus n'en peut et se veut rendre, Ad extrema adactus, Ad extremum spiritum compulsus, Tantost rompre, comme, Il a forcé la porte, Effringere, Tantost passer par force, comme, Il a forcé les gardes de la porte, Perrumpere.

forcer


FORCER, v. act. 1°. Contraindre, violenter. Il y a une gradation entre ces trois verbes; violenter, dit plus que forcer, et forcer, plus que contraindre. "forcer son humeur, son inclination. "L'art doit perfectioner la nature, et non pas la forcer. Gaichiés. = Il régit à ou de devant les verbes, mais au passif, on dit ordinairement forcé de, comme obligé et contraint de. Bouh. "On l' a forcé de partir, ou à partir. Le 1er vaut mieux dans cette phrâse, pour éviter l'hiatus de forcé à. Il a été forcé de partir.
   Le plus fin, tôt ou tard, forcé d'être sincère,
   À~ des yeux atentifs s'est en vain dérobé.
   Il se croit sous le masque, et le masque est tombé.
       Barthe.
— Il régit aussi à devant les noms. "Les énemis nous forcerent au combat. "Ils les ont forcés à cette démarche. = 2°. Prendre par force. "Forcer une place, une barricade, un passage. — Forcer une bête, un lièvre, un cerf, etc. les prendre avec des chiens de chasse, après les avoir courus. = 3°. Rompre avec violence. "Forcer les prisons, une porte, un cofre. — Forcer une clef, une serrure, les fausser. = Forcer un cheval, le faire trop courir, l'outrer. = Se forcer, faire de trop grands éforts. = Forcer de voiles, faire force de voiles. Il se dit au propre et au fig.
   FORCÉ, ÉE, adj. 1°. Contraint, qui n'a rien de naturel. "Cet homme est forcé dans toutes ses actions; style forcé, vers forcé. = 2°. Détourné du sens naturel et véritable. "Doner un sens forcé à un passage, à un Auteur.

Synonymes et Contraires

forcer

verbe transitif forcer
1.  Détériorer par la force.
3.  Faire naître un sentiment.
4.  Augmenter un rythme.
5.  Exagérer quelque chose.

forcer (se)

verbe pronominal forcer (se)
Traductions

forcer

(fɔʀse)
verbe transitif
1. casser forcer une porte
2. obliger qqn à faire qqch Ils l'ont forcé à parler.

forcer

force, soften up, pressurize, prise, strain, cultivate, force oneself, force open, grow, raisedwingen, openbreken, inkassenkweken, murwmaken, beschadigen, forceren, in kracht toenemen, klemmen, overdrijven, overtroeven [spel], verplichten, afdwingen, accelereren, bespoedigen, in kassen kweken, murw maken, verhaasten, versnellenאילץ (פיעל), כופף את היד של-, כפה (פ'), נגש (פ'), אִלֵּץ, כָּפָהzwingen, akzelerieren, beeilen, befördern, beschleunigen, fördern, schneller machen, zum Weichen bringen, zurückdrängen, forcierenakceli, cedigi, forciacelerar, activar, adelantar, apresurar, cultivar en invernáculo, forzar, obligarkiihdyttää, pakottaagyorsítforzare, accelerare, manomettere, scassinare, sforzareaccelerareacelerar, adiantar, apressar, atirar, aumentar a velocidade de, esforçar, forçarковырнуть, колупнуть, принуждатьيُجْبِرُnutittvingeεξαναγκάζωprisiliti強いる강요하다tvingezmusićtvingaบังคับzorlamakcưỡng ép强制сила
verbe intransitif
1. faire un gros effort Il a trop forcé.
2. faire qqch en utilisant la force Si tu forces, tu vas casser la clé.

forcer

[fɔʀse]
vt
(= contraindre) forcer qn à faire → to force sb to do
[+ porte, serrure] → to force
[+ plante] → to force
[+ moteur] → to strain
[+ voix] → to strain
(= augmenter) [+ allure] → to increase
(locutions) forcer la dose → to overdo it
forcer l'attention/le respect → to command attention/respect
forcer la consigne → to bypass orders
vi
(= fournir un effort) → to overdo it
sans forcer [gagner, se qualifier] → effortlessly
(exercer une force excessive) → to force it
forcer sur qch [+ objet] → to force sth
(= faire des excès) forcer sur l'alcool → to overdo the alcohol [fɔʀse] vpr/réfl
se forcer à faire qch → to force o.s. to do sth
forces armées nfplarmed forces
forces de l'ordre nfpl
les forces de l'ordre → the police
forces d'intervention nfpl (MILITAIRE, POLICE)peace-keeping force sg