forger

(Mot repris de forgerais)

forger

v.t. [ lat. fabricare, forger ]
1. Travailler un métal, un alliage, génér. à chaud, pour lui donner une forme, des dimensions et des caractéristiques définies ; fabriquer un objet : Il forge des chenets façonner
2. Créer par l'esprit, l'imagination : Elle a forgé une nouvelle expression. Il a forgé un prétexte pour ne pas venir imaginer, inventer
Forger un caractère,
le former par des épreuves.

se forger

v.pr.
Se forger qqch,
l'élaborer, le construire en soi-même, parfois en inventant : Elle s'est forgé un alibi.

forger


Participe passé: forgé
Gérondif: forgeant

Indicatif présent
je forge
tu forges
il/elle forge
nous forgeons
vous forgez
ils/elles forgent
Passé simple
je forgeai
tu forgeas
il/elle forgea
nous forgeâmes
vous forgeâtes
ils/elles forgèrent
Imparfait
je forgeais
tu forgeais
il/elle forgeait
nous forgions
vous forgiez
ils/elles forgeaient
Futur
je forgerai
tu forgeras
il/elle forgera
nous forgerons
vous forgerez
ils/elles forgeront
Conditionnel présent
je forgerais
tu forgerais
il/elle forgerait
nous forgerions
vous forgeriez
ils/elles forgeraient
Subjonctif imparfait
je forgeasse
tu forgeasses
il/elle forgeât
nous forgeassions
vous forgeassiez
ils/elles forgeassent
Subjonctif présent
je forge
tu forges
il/elle forge
nous forgions
vous forgiez
ils/elles forgent
Impératif
forge (tu)
forgeons (nous)
forgez (vous)
Plus-que-parfait
j'avais forgé
tu avais forgé
il/elle avait forgé
nous avions forgé
vous aviez forgé
ils/elles avaient forgé
Futur antérieur
j'aurai forgé
tu auras forgé
il/elle aura forgé
nous aurons forgé
vous aurez forgé
ils/elles auront forgé
Passé composé
j'ai forgé
tu as forgé
il/elle a forgé
nous avons forgé
vous avez forgé
ils/elles ont forgé
Conditionnel passé
j'aurais forgé
tu aurais forgé
il/elle aurait forgé
nous aurions forgé
vous auriez forgé
ils/elles auraient forgé
Passé antérieur
j'eus forgé
tu eus forgé
il/elle eut forgé
nous eûmes forgé
vous eûtes forgé
ils/elles eurent forgé
Subjonctif passé
j'aie forgé
tu aies forgé
il/elle ait forgé
nous ayons forgé
vous ayez forgé
ils/elles aient forgé
Subjonctif plus-que-parfait
j'eusse forgé
tu eusses forgé
il/elle eût forgé
nous eussions forgé
vous eussiez forgé
ils/elles eussent forgé

FORGER

(for-jé. Le g prend un e devant a et o : je forgeais, nous forgeons) v. a.
Travailler le fer, l'argent, etc. au feu et au marteau. Forger un fer de cheval, une épée, des cuillers d'argent.
Où Vulcain forge des foudres pour le père des dieux [FÉN., Tél. XI]
Se forger, forger pour soi.
Chacun de ces peuples ensuite se forgea son Dieu [SACI, Bible, Rois, IV, 17, 29]
Absolument. Apprendre à forger. Forger à froid, travailler un métal au marteau sans le faire chauffer, par opposition à forger à chaud, qui est la manière ordinaire de forger. Forger le plomb, le frapper avec des masses. Fig. Forger ses fers, se forger des fers, être cause de sa propre servitude.
[Le mondain] qui s'imagine être vraiment libre, parce qu'il est en effet trop libre à pécher, c'est-à-dire libre à se perdre, et qui ne s'aperçoit qu'il forge ses fers par l'usage de sa liberté prétendue [BOSSUET, IV, Vêture, 1]
Fig. Forger des vers, les faire péniblement et comme avec le marteau.
Fig. Faire, produire.
Chacun à son gré forgeant des potentats [ROTR., Vencesl. I, 1]
Ah ! Scapin, si tu pouvais trouver quelque invention, forger quelque machine, pour me tirer de la peine où je suis [MOL., Fourber. I, 2]
Un dieu, sans doute, un dieu m'a forgé ces malheurs, Comme des instruments qui peuvent à ma vue Ouvrir du cœur humain les sombres profondeurs [GILB., le Poëte malheureux.]
Imaginer, inventer.
Et sur un incident fortuit et véritable En forger un exprès de nature semblable [MAIRET, Soliman, II, 6]
Un inconnu peut bien nous forger une histoire [SCARR., D. Japhet d'Arm. I, 4]
Ils dépeignent les académiciens comme des gens qui ne travaillent nuit et jour qu'à forger bizarrement des mots, ou bien à en supprimer d'autres plutôt par caprice que par raison [PELLISSON, Hist. de l'Acad. franç. I]
Votre feinte douceur forge un amusement Pour divertir l'effet de mon ressentiment [MOL., D. Garc. IV, 8]
Je forgerai des systèmes, c'est-à-dire des erreurs, pour expliquer leur nature [des animaux] [VOLT., Trait. métaph. chap. 7]
Se forger, forger à soi-même, s'imaginer, se figurer.
De femmes et d'enfants dont la crédulité S'est forgée à plaisir une divinité [forgée se rapporte ici, par archaïsme, à divinité ; on mettrait aujourd'hui forgé] [ROTROU, St Genest, V, 2]
Le loup déjà se forge une félicité.... [LA FONT., Fabl. I, 5]
Les images que l'imagination se forge au dedans [BOSSUET, Lett. abb. 64]
Se forger des chimères, s'imaginer des choses sans fondement.
Il n'y a point d'accident pour ou contre que l'on n'imagine, point de chimère agréable ou fâcheuse qu'on ne se forge [MARIV., Marianne, 6e part.]
Se forger des monstres pour les combattre, se former des difficultés soit par crainte et faiblesse d'esprit, soit par vanité et pour avoir l'air d'en triompher.
Supposer un écrit, l'attribuer à un auteur qui ne l'a pas écrit.
Le faux Énoch, que cite saint Jude, est reconnu pour être forgé par un Juif [VOLT., Mœurs, Introd.]
Il [ce peuple] se forgea une histoire.... [ID., Amabed, 2e lett. réponse.]
V. n.Terme d'hippiatrique. Frapper, dans les allures du pas et du trot, les pieds de devant avec la pince des fers des pieds postérieurs. Forger en voûte, atteindre la rive interne du fer fixé sous le pied antérieur ; on entend alors un bruit marqué résultant de la percussion.
Se forger, v. réfl. Être forgé. Du fer qui se forge facilement. Fig.
C'est là [dans les cours] que se forgent ces traits de feu, selon les termes de l'apôtre, dont l'ennemi se sert pour allumer les passions dans ces âmes vaines qui sont les idoles du monde et dont le monde est lui-même l'idole [FLÉCH., Marie-Thér.]

HISTORIQUE

  • XIIe s.
    Dist li paiens : mauvesement vos va ; Qui fist t'espée, mauvese la forga [, Bat. d'Aleschans, v. 1480]
    Tuens est li jurz, e tue est la nuiz ; tu forjas l'albe e le soleil [, Liber psalm. p. 99]
    Car li fol conseil furent en Bretaigne forgié [, Th. le mart. 165]
    Chascune des genz forjad et furmad sun Deu et sun ydle [idole] [, Rois, p. 404]
  • XIIIe s.
    Voire, sire ! car vous la feistes forgier [faire cette femme exprès pour vous] [, Berte, XXXVIII]
    ....Diex qui de ses biens reput Le monde, quant il l'ot forgié [, la Rose, 5263]
    [Venus] prise provée Es laz qu'il [Vulcain] ot d'airain forgiés [, ib. 14049]
    Comme li martiaus est faiz por le fevre, quiore forge une espée, or un hiaume.... [BRUN. LATINI, Trésor, p. 104]
    Pren ton tresor et ton avoir, Forge ton sens et ton savoir ; Là le tramet et là l'envoie ù [où] tu tous jors ieres [seras] en joie [GUI DE CAMBRAI, Barl. et Jos. p. 86]
  • XIVe s.
    Un anel d'or, à un saphir, lequel seint Dunstan forga de ses mayns [DE LABORDE, Émaux, p. 479]
  • XVe s.
    Taisez-vous ; on forge en France les florins de quoi vous serez payés [FROISS., II, III, 36]
    Et se trouva un cordelier forgé, qui de luy mesme prit debat audit frere Hieronime [COMM., VIII, 19]
    Notre bonne mere avoit, le jour de devant, forgé [stylé] le medecin qui estoit tres bien averti de la reponse qu'il devoit faire [LOUIS XI, Nouv. X]
    Tout en forgeant devient on fevre [, Perceforest, t. II, f° 71]
  • XVIe s.
    Elle se forge ainsin une prinse frivole [MONT., I, 21]
    Forger un conte [ID., I, 205]
    J'aime mieulx forger mon ame que la meubler [ID., III, 276]
    Alcibiades se forgeoit desja en son entendement les conquestes de Libye et de Carthage [AMYOT, Alc. 30]

ÉTYMOLOGIE

  • Wallon, fôrgî ; provenç. fargar ; espagn. et portug. forjar ; du latin fabricare, fabriquer (voy. FORGE).

forger

FORGER. v. tr. Façonner le fer, ou quelque autre métal, par le moyen du feu et du marteau. Forger un fer de cheval. Forger une barre de fer. Forger une épée. Forger des armes. Fer forgé. Absolument, Apprendre à forger.

Forger à froid, Travailler un métal avec le marteau, sur une enclume, sur un tas, etc., sans le faire chauffer. On dit, par opposition, Forger à chaud, lorsqu'on veut parler de la manière ordinaire de forger.

En termes de Manège, Ce cheval forge, se dit d'un Cheval, qui, en marchant, touche les fers des pieds de devant avec les fers des pieds de derrière.

Il signifie figurément Inventer, controuver. Forger un mensonge. Forger une calomnie. Forger une histoire. Forger des nouvelles.

Se forger des chimères, S'imaginer des choses sans fondement.

Un mot forgé, Un mot inventé, nouvellement formé. Il se prend souvent en mauvaise part.

forger

Forger et marteler, Cudere, Accudere, Fabricare, Conflare.

Forger et composer quelque ouvrage, Excudere aliquod opus.

Forger quelque tromperie, Procudere dolos.

Forger des procez, Texere plagas litigiorum. B.

Estre forgé, Conflari.

Ils sont tous forgez en une enclume, ou bien à une forge, Iisdem initiati sunt sacris. Liu. lib. 22. metaphorice, Pour dire ils sont tous d'une mesme humeur et conspirez ensemble.

Synonymes et Contraires

forger

verbe forger
1.  Créer par l'imagination.
2.  Former quelqu'un.
Traductions

forger

schmieden, prägenforge, formsmeden, fabricerenבידה (פיעל), חרש (פ')forjarforĝiforjartakoasmidaковатьconiare, forgiareизградят (fɔʀʒe)
verbe transitif
1. travailler des métaux forger le fer
2. figuré créer, imaginer forger une stratégie

forger

[fɔʀʒe] vt (artisanat) → to forge (fig) [+ personnalité] → to form; [+ prétexte] → to contrive, to make up