gâté, ée


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GÂTÉ, ÉE

(gâ-té, tée) part. passé de gâter
Qui est ravagé. Le pays gâté par l'armée qui l'envahit.
Par extension, mis en mauvais état, détérioré. Les chemins gâtés par l'ennemi qui se retirait.
Je veux leur ôter la peine de venir à Livry, dont les chemins sont déjà gâtés [SÉV., 13 oct. 1679]
Comme si l'on pouvait obtenir un travail quelconque d'ouvriers exténués par la faim, par les marches ; de malheureux à qui le jour entier ne suffit pas pour trouver des vivres, pour les préparer, dont les forges sont abandonnées ou gâtées [SÉGUR, Hist. de Nap. X, 2]
Fig.
Ma résolution, madame, est qu'on les marie, et tout au plus vite, ils seront fort bien ensemble ; il n'y aura du moins qu'un ménage de gâté [DANCOURT, la Parisienne, sc. dern.]
Vous voyez bien qu'il n'y a là qu'un ménage de gâté [il s'agit d'un homme marié qu'on voulait enfermer] [VOLT., Lett. Élie de Beaumont, 24 janv. 1770]
Je viens de lire Manlius ; il y a de grandes beautés, mais elles sont plus historiques que tragiques, et, à tout prendre, cette pièce ne me paraît que la conjuration de Venise de l'abbé de Saint-Réal gâtée [ID., Lett. d'Argental, juill. 1751]
Fig. Il n'y a rien de gâté, l'affaire n'est pas perdue, les choses peuvent se raccommoder.
Laissez-moi faire, il n'y a encore rien de gâté [MARIVAUX, Serm. indisc. v, 2]
En sens contraire, tout est gâté, tout est perdu.
Faites des vers comme Racine, Passez les dieux en bonne mine, Et Myrtil en fidélité ; Soyez absent, tout est gâté [MALÉZIEU, dans Trévoux.]
Blessé, meurtri.
Et vraisemblablement La Rappinière était gâté sans le vaillant défenseur que Dieu lui suscita [SCARR., Rom. com I, 3]
....Voilà mon loup par terre, Mal en point, sanglant et gâté [LA FONT., Fabl. XII, 17]
Sali, couvert d'ordure.
Mais, pour vous régaler Du souci qui pour elle ici vous inquiète, Elle vous fait présent de cette cassolette. - Fi ! cela sent mauvais et je suis tout gâté [MOL., l'Ét. III, 13]
Altéré par la putréfaction. Viande gâtée. Fruits gâtés. S. m. Le gâté, la partie gâtée. Ôtez le gâté de cette pomme, le reste est bon. Fig.
Si mon livre vous avait généralement déplu, je l'aurais entièrement effacé ; mais, puisqu'il a quelques parties saines, j'ai cru qu'il me suffisait de retrancher le gâté pour vous obliger de souffrir le reste [BALZAC, lett. 10, liv. VI]
Affecté d'une maladie qui vicie le sang, et, particulièrement, d'une maladie syphilitique.
Il vaut mieux que l'enfant suce le lait d'une nourrice en santé que d'une mère gâtée [J. J. ROUSS., Ém. I]
J'achète cher un œuf frais, il est vieux ; un beau fruit, il est vert ; une fille, elle est gâtée [ID., Conf. I]
M. le maire prit à Christophe sa fille unique, et au bout de huit jours la lui rendit gâtée [P. L. COUR., Gazette du village.]
Atteint de quelque altération morale.
Un homme qui n'a pas l'esprit gâté n'a pas besoin qu'on lui prouve son franc-arbitre ; car il le sent [BOSSUET, Connaiss. I, 18]
Il n'est point gâté de dix ans d'ambassade [SÉV., 10 janv. 1689]
Les princes gâtés par la flatterie trouvent sec et austère tout ce qui est libre et ingénu [FÉN., Tél. XI]
Tu aurais fait quelque autre faute ; car il fallait que tu en fisses, étant aussi gâté que tu l'étais par la mollesse, par l'orgueil, et par la haine des conseils sincères [ID., Dial. des morts anc. (Xercès et Léonidas).]
À la nouvelle du départ de Napoléon, gâtés par l'habitude de n'être commandés que par le conquérant de l'Europe, n'étant plus soutenus par l'honneur de le servir, et dédaignant d'en garder un autre, ces vétérans [la vieille garde] s'ébranlèrent à leur tour et tombèrent dans le désordre [SÉGUR, Hist. de Nap. XII, 1]
Il se dit dans un sens analogue d'un siècle, d'une littérature, d'une langue. Un siècle malade et généralement gâté.
Et cependant, par l'influence d'une langue gâtée comme la littérature de leur temps, Augustin et Tertullien ne paraissent souvent que des génies sans goût et d'éloquents barbares [VILLEMAIN, Dict. de l'Acad. préface, p. X]
Qui est en butte à des complaisances excessives, à des flatteries, etc. Une femme gâtée par son mari. Enfant gâté, enfant que ses parents gâtent par une trop grande indulgence.
C'est une fille unique.... fille gâtée [MAINTENON, Lett. à M. d'Aubigné, 28 février 1678]
Gâté des hommes, de la fortune, se dit de celui qui a eu toutes sortes d'avantages.
C'était bien, comme on le disait, un vieil enfant gâté de la fortune [MARMONTEL, Mém. IV]
On dit aussi en parlant d'un homme : C'est l'enfant gâté des dames.