gêner

(Mot repris de gênerai)

gêner

v.t.
1. Causer à qqn une gêne physique ou morale : Le brouillard le gêne beaucoup pour conduire incommoder, indisposer ; aider embarrasser, encombrer déranger, importuner ; amuser
2. Entraver, mettre des obstacles à l'action de qqn ; perturber le fonctionnement, le déroulement de qqch : Pousse-toi, tu vois bien que tu me gênes ! Ce véhicule gêne le passage bloquer, entraver ; dégager, libérer
3. Mettre à court d'argent : Cet achat l'a gêné ce mois-ci.

se gêner

v.pr.
1. S'imposer une contrainte par discrétion ou timidité : Que les invités ne se gênent surtout pas pour se servir !
2. Au Québec et en Suisse, être timide.

GÊNER

(jê-né) v. a.
Faire souffrir la torture (sens qui a vieilli).
Celle que dans les fers elle aimait à gêner [CORN., Rodog. I, 1]
Fig. Faire souffrir, infliger une torture morale.
Ah ! que vous me gênez Par cette retenue où vous vous obstinez ! [CORN., Rodog. III, 5]
Puis-je d'un tel chagrin savoir quel est l'objet ? - Cinna : Émilie et César ; l'un et l'autre me gêne, L'un me semble trop bon, l'autre trop inhumaine [ID., Cinna, III, 2]
Ne vous obstinez point à gêner une vie, Que de tant de malheurs vous voyez poursuivie [ID., Toison d'or, III, 2]
Lui-même a quelque chose en l'âme qui le gêne [ID., Sertor. IV, 3]
Pourvu qu'à te gêner le remords s'étudie [TH. CORN., Ariane, V, 6]
Et le puis-je, madame ? Ah ! que vous me gênez ! [RAC., Andr. 1, 4]
Vous savez, grand Dieu, que le commerce des méchants me déplaît et me gêne [MASS., Paraph. Psaume XV, 2]
Absolument.
Agis de ton côté ; je la laisse avec toi, Gêne, flatte, surprends [CORN., Héracl. IV, 5]
Causer de la gêne, incommoder les mouvements du corps. Sa cuirasse le gêne beaucoup. Nous étions très gênés dans la voiture. Empêcher le libre mouvement de quelque chose que ce soit. Ligatures qui gênent la circulation du sang. Gêner la circulation des voitures, la navigation. Terme de marine. Gêner une pièce de bois, des bordages, des boucauts, les assujettir parfaitement.
Par extension, causer de l'embarras chez quelqu'un. Cette visite imprévue nous gêne beaucoup. Je craindrais de le gêner.
Être un embarras pour quelqu'un. Ces témoins me gênent.
Britannicus le gêne, Albine ; et chaque jour Je sens que je deviens importune à mon tour [RAC., Brit. I, 1]
Mettre obstacle, empêcher, contraindre. La rime gêne souvent les poëtes. Gêner le commerce, l'industrie par des prohibitions.
Les femmes n'aiment pas qu'on les gêne ; et c'est beaucoup risquer que de leur montrer des soupçons, et de les tenir renfermées [MOL., le Sicil. 7]
Est-ce aux rois à garder cette lente justice ?... N'allons point les gêner d'un soin embarrassant [RAC., Athal. II, 5]
Un prince sage, quand il propose une affaire dans son conseil, et qu'il désire sincèrement qu'on lui dise la vérité, a une extrême attention à cacher ses propres sentiments pour ne point gêner ceux des autres [ROLLIN, Hist. anc. Œuv. t. III, p. 172, dans POUGENS]
Je gêne de vos feux l'ambitieuse ardeur [LAMOTTE, Inès, III, 3]
Le sérail d'un soudan, sa triste austérité, Ce nom d'esclave enfin, n'ont-ils rien qui vous gêne ? [VOLT., Zaïre, I, 1]
Ces soins cruels, à mon sort attachés, Gênent trop mes esprits d'un autre soin touchés [ID., Orphel. IV, 1]
Je ne la gêne point sous la loi paternelle [ID., Scythes, I, 2]
Pourquoi gêner la conscience du meilleur des hommes et du plus brave des princes [Henri IV], qui ne gênait la conscience de personne ? [ID., Hist. parlem. 34]
La vie la plus pénitente cesse de gêner les hommes, dès qu'elle est glorieuse [DUCLOS, Consid. sur les mœurs, ch. 10]
Tu n'auras pas l'ennui de traîner à ta suite Un vieillard chancelant qui gênerait ta fuite [C. DELAV., Paria, V, 3]
Causer une pénurie d'argent. Cette dépense me gênera un peu.
Se gêner, V. réfl. Se causer à soi-même une vive affliction.
Cessons de nous gêner d'une crainte inutile [CORN., Œd. V, 12]
Quoi ! ne vous plaisez-vous qu'à vous gêner sans cesse ? [RAC., Bérén. III, 2]
Se serrer soit les uns contre les autres, soit contre quelque chose. En vous gênant un peu, vous pourrez tous vous asseoir sur cette banquette.
10° Se causer de l'embarras réciproquement l'un à l'autre.
Adieu, nous ne faisons tous deux que nous gêner [RAC., Théb. V, 3]
S'imposer à soi-même une gêne, une contrainte.
Il est vrai que je n'aimais pas à rester longtemps avec elle ; et il n'est guère en moi de savoir me gêner [J. J. ROUSS., Confess. IX]
Ne vous gênez pas, se dit par politesse, par indulgence ou par amitié à quelqu'un qu'on veut mettre à son aise.
Mademoiselle, approchez ; ne vous gênez pas ; vous entendrez mieux [DIDEROT, Père de famille, V, 9]
Allez donc vous promener ; Mon cher, ne vous gênez pas, Mon équipage est là-bas [BÉR., Sénat.]
Ironiquement. Ne vous gênez pas, se dit à qui prend trop ses aises. On dit dans le même sens ironique : il ne se gêne pas. Si cela ne vous gêne pas, est aussi une formule de politesse très usitée.
11° S'imposer une pénurie d'argent.
Vous avez eu trop de bonté de vous arranger si vite avec ma famille ; vous savez que j'étais bien éloigné de demander pour elle un paiement si prompt ; je serais extrêmement affligé que vous vous fussiez gêné [VOLT., Lett. Richelieu, 20 avr. 1770]

REMARQUE

  • Voltaire, à propos de ce vers d'Héraclius, II, 6 : Comme sa cruauté pour mieux gêner Maurice..., et ailleurs, reprend Corneille d'avoir ainsi parlé, et dit que gêner ne signifie qu'embarrasser, inquiéter. Les exemples prouvent qu'il n'y a rien à reprendre dans Corneille : il ne faisait que suivre l'usage de son temps, qui n'avait pas encore amoindri le sens de gêner. Il est vrai qu'aujourd'hui gêner, comme le mot ennui, a perdu de sa force ; mais on peut l'employer encore dans la poésie au sens de torturer moralement ; et Voltaire a dit lui-même et bien dit en ce sens : D'où vient qu'on m'abandonne au trouble qui me gêne ? Mariane, V, 7.

HISTORIQUE

  • XVe s.
    Par avant la dicte sentence ilz les avoient fait gehenner sans nul ordre de justice [COMM., V, 17]
  • XVIe s.
    Et si nostre langue n'est si curieusement reiglée, ou plustost liée et geinée en ses autres parties... [DU BELLAY, I, 12, recto.]
    Celuy que le juge a gehenné, pour ne le faire mourir innocent [MONT., II, 48]
    Je me suis contrainct et gehenné pour maintenir ce vain masque [ID., VIII, 82]
    Les gens de Pluviaud battent ce trompette, et lui le gesna à coups de verre ; entre le vin et la fraieur, il leur apprit qu'ils avoient l'armée sur les bras [D'AUB., Hist. I, 330]
    Et tous les ans il voirra sur l'automne Bacchus luy rire, et plus que ses voisins Dans son pressoüer gennera de raisins [RONS., 704]
    Tu verras ces vaillans, en leurs vertus extresmes, Avoir vescu gehennez et estre morts de mesmes [D'AUB., Tragiq. II]

ÉTYMOLOGIE

  • Gêne ; le substantif a ici précédé le verbe, puisque gêne représente gehenne, nom duquel tout dérive.

gêner

GÊNER. v. tr. Incommoder quelqu'un ou quelque chose dont on empêche le libre mouvement. Ce soulier me gêne. Nous étions bien gênés dans cette voiture. En vous gênant un peu vous pourrez tous tenir sur cette banquette. Cette boucle est trop serrée : elle gêne la circulation du sang. Il y a dans cette machine quelque chose qui en gêne les mouvements. Gêner la circulation des voitures. Gêner la navigation.

Il signifie également Incommoder quelqu'un en lui causant quelque embarras. En restant quelques jours chez lui, je craindrais de le gêner.

Il signifie encore, figurément, Mettre quelqu'un dans un état pénible en l'obligeant de faire ce qu'il ne veut pas, ou en l'empêchant de faire ce qu'il veut. Gêner le commerce, l'industrie. Cet homme-là me gêne dans mes projets, me gêne. La présence de cette femme me gênait, m'embarrassait, et je perdais contenance. J'étais gêné par la crainte de lui déplaire. Je ne veux point gêner votre inclination, vos penchants. Cet architecte, cet ingénieur est gêné par le terrain, il ne pourra pas exécuter ce qu'il voudrait. Cet orateur a été gêné par les circonstances dans lesquelles il parlait.

SE GÊNER, se dit de Quelqu'un qui ne prend pas ses aises, qui se contraint par discrétion ou par timidité, Pourquoi vous gêner? faites ici comme si vous étiez chez vous. Je n'aime pas que l'on se gêne chez moi. On ne doit pas se gêner entre amis. Ne vous gênez point pour cela. Elle ne s'est point gênée pour lui dire tout ce qu'elle en pensait.

Ironiq., Ne vous gênez pas, se dit à une personne qui prend des libertés incommodes pour les autres.

Fam. et ironiq., Vous n'êtes pas gêné se dit à quelqu'un qui en use trop librement, d'une manière indiscrète.

Il signifie quelquefois Réduire à une certaine pénurie d'argent. Cette dépense me gênera beaucoup. Je suis fort gêné dans ce moment-ci. Elle s'est gênée pour vous obliger.

gêner


GêNER, Voy. GêNE.

Synonymes et Contraires
Traductions

gêner

behindern, beengen, belästigen, genieren, stören, lästig fallen, lästig werden, sekkierenbother, disturb, hinder, trouble, embarrass, annoy, hamper, encumber, hassle, inconvenience, irritate, crampbelemmeren, hinderen, storen, verstoren, in verlegenheid brengen, dwarszittenעיכב (פיעל)belemmeramoïnar, empipar, emprenyar, fer la guitza, importunarforstyrre, hindreĝenidificultar, estorbar, molestar, perturbarvaivatadisturbare, imbarazzare, impedire, ingombro (essere d'ingombro)krępować, przeszkadzaćimportunar, incomodar, molestarderanja, incomoda, indispuneaksatmakรบกวน (ʒene)
verbe transitif
1. créer un malaise physique La fumée de cigarette me gêne.
2. déranger qqn dans ses activités Tu peux rester, tu ne me gênes pas.
3. créer un trouble Son attitude me gêne.
4. rendre le déplacement difficile La neige gêne la circulation.

gêner

[ʒene] vt
(= incommoder) → to bother, to trouble
Je ne voudrais pas vous gêner → I don't want to bother you., I don't want to trouble you.
(= faire obstacle à) [+ déroulement, fonctionnement] → to hamper
(= bloquer le passage à) → to be in the way of
(= embarrasser) gêner qn → to make sb feel ill-at-ease, to make sb feel uncomfortable
Son regard la gênait → The way he was looking at her made her feel ill-at-ease. [ʒene] vpr/vi → to put o.s. out
ne vous gênez pas! (ironique) → go right ahead!, don't mind me!
je vais me gêner! (ironique)why should I care?