gaîne

GAÎNE

(ghê-n') s. f.
Étui de couteau ou d'un instrument tranchant ou aigu. Des ciseaux dans leur gaîne.
Cela me prouve que la nature a fait chaque épée pour sa gaîne, et qu'elle a mis des Samoïèdes au septentrion, comme des nègres au midi, sans que les uns soient venus des autres [VOLT., Lett. à Cath. 124]
Par extension.
Figurez-vous [à l'opéra] une gaîne d'une quinzaine de pieds et longue à proportion ; cette gaîne est le théâtre [J. J. ROUSS., Hél. II, 23]
Terme de marine. Ourlet large autour des voiles pour les fortifier avant de coudre la ralingue. Gaîne de girouette, bande de toile qui attache la girouette au fût. Gaîne de flamme, fourreau de toile, où l'on fait passer le bâton de la flamme. Gaîne de pavillon, bande de toile cousue dans toute la largeur du pavillon.
Terme d'architecture. Espèce de supports, plus larges du haut que du bas, sur lesquels on place un buste ; ainsi dits sans doute parce que la demi-figure paraît en sortir comme d'une gaîne ; on les nomme termes quand la gaîne et le buste sont d'une seule pièce. Placer des bustes sur des gaînes.
Terme de botanique. Partie inférieure de certaines feuilles embrassant la tige et remplaçant en quelque sorte le pétiole. Si les bords en sont soudés, la gaîne est entière ; sinon, elle est dite fendue.
Terme d'anatomie. Nom donné à certaines parties qui servent d'enveloppe à d'autres, cela se dit surtout des aponévroses qui enveloppent les masses charnues. Terme d'entomologie. Dans les insectes suceurs, le tube qui renferme l'appareil dont ces insectes se servent pour sucer. Dans les hyménoptères, le tube où sont renfermées la lèvre et la languette.
Gaîne de chauffe, se dit, dans les calorifères, dans les ventilations à chaud, de l'engin qui de la chambre de chauffe conduit l'air dans le local à échauffer.
Terme de pêche. Nom qu'on donne à Genève aux petites truites.

PROVERBE

    Qui frappera du couteau mourra de la gaîne, proverbe répondant à : qui frappera de l'épée mourra de l'épée.

REMARQUE

  • L'Académie, qui met un accent circonflexe à gaîne et à gaînier, n'en met pas aux composés dégainer, engainer, rengainer. C'est une irrégularité qui complique sans fruit l'orthographe.

HISTORIQUE

  • XIVe s.
    Vous avez bien trouvé costel pour vostre gaine [, Guesclin. 16678]
    Au grant mur du chastel [il] minoit à grant aleine, Non pas d'un coustelet tel qu'on met en sa gaine, Mais d'un pic acéré qu'on forgea en Touraine [, ib. 20337]
    Pour une gaine entaillée à ymages d'or [DE LABORDE, Émaux, p. 327]
  • XVIe s.
    Dans une gaine d'or un cousteau de plomb [dans un beau corps une vilaine âme] [COTGRAVE, ]
    Selon la gaine le cousteau [ID., ]
    C'est le prix de l'espée, que vous cherchez, non de la gaine [MONT., I, 325]

ÉTYMOLOGIE

  • Wallon, vaimm ; Hainaut, waine ; du lat. vagina, gaîne. Gaîne est un des exemples où le v latin se transforme en g. La forme ancienne a dû être gaaine, représentant vagina ( i avec un accent long) ; mais, si on trouvait gaine plus haut que le XIVe siècle, il faudrait penser qu'à l'origine l'accent latin avait été déplacé et qu'on avait dit vagîna.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

    GAÎNE. Ajoutez :
    La mère aux gaînes, surnom d'une magicienne, dont Hamilton, dans son conte du Bélier, place la résidence près de Moulins : le pays de la mère aux gaînes, Moulins.
    Il faut encore qu'un arrière-petit-fils de tous ces gens-là [les héros des tragédies de Corneille] vienne du pays de la mère aux gaînes me relancer aux Délices [VOLT., Lett. d'Argental, 9 mars 1763]