garant, ante

GARANT, ANTE

(ga-ran, ran-t') s. m. et f.
Celui, celle qui répond de son propre fait, ou du fait d'autrui. Tout homme est garant de ses faits et promesses.
Mais n'étant point garant des sottises d'autrui [RÉGNIER, Sat. x.]
Vous me serez garant des hasards de la guerre [CORN., Héracl. v, 3]
Me seras-tu garant de ce qu'il pourra faire ? [ID., Nicom. II, 1]
Madame, vous voyez, je ne puis davantage ; Et qui fait ce qu'il peut n'est plus garant de rien [ID., Agésilas, IV, 1]
Des moyens dont ils se rendront les garants [PASC., Prov. 5]
Mais, puisque sans vouloir que je le justifie, Vous me rendez garant du reste de sa vie [RAC., Brit. I, 2]
Pour garants de la vérité Comptons les raisons, non les hommes [LA MOTTE, Fabl. v, 15]
Permettez-moi de penser que, si la fortune vous était entièrement contraire, vous trouveriez une ressource dans la France, garante de tant de traités [VOLT., Lett. roi de Prusse, octob. 1757]
Messène en est témoin, les dieux en sont garants [ID., Mérope, IV, 5]
Adj.
Lorsque Philippe Auguste conclut la paix en 1200 avec Jean, roi d'Angleterre, les principaux barons de France et ceux de Normandie en jurèrent l'observation comme cautions, comme parties garantes [VOLT., Dict. phil. Garant.]
Fig. et familièrement. Je vous suis garant, je vous suis garante que cela est vrai, je vous l'assure, je vous en réponds.
Moi, je lui couperais sur-le-champ les oreilles, S'il n'était pas garant de tout ce qu'il m'a dit [MOL., l'Ét. III, 3]
Terme de jurisprudence. Celui, celle qui est caution d'un autre, qui répond de sa dette. Être garant d'une dette, d'une obligation. Cette marchande s'est rendue garante. On dit d'un créancier qu'il a un bon, un mauvais garant. Prendre pour garant.
Celui, celle qui est obligée de faire jouir un autre de la chose qu'il lui a vendue ou transportée. Le vendeur est garant, envers l'acquéreur, de la propriété de la chose vendue. Garant formel, celui qui, en matière réelle et hypothécaire, est obligé de faire jouir le garanti.
Fig. Auteur dont on a tiré un fait, un principe. Il cite pour garante Mme de Sévigné.
Les seuls garants que nous ayons ici de l'histoire de la philosophie, les Arabes et les Grecs, ne sont pas d'une autorité aussi solide et aussi pure qu'une critique sévère le désirerait [DIDEROT, Opin. des anc. philos. (Perses).]
Personne de qui on tient une nouvelle. Cette nouvelle paraît étrange, mais j'ai de bons garants. Cette dame est ma garante.
En parlant des choses, sûreté, garantie.
De ce titre odieux mes droits me sont garants [RAC., Théb. II, 3]
Il est mort ; et j'en ai pour garants trop certains Son courage et son nom trop suspects aux Romains [ID., Mithr. v, 1]
Les ouvrages bien écrits seront les seuls qui passeront à la postérité ; la quantité des connaissances, la singularité des faits, la nouveauté même des découvertes ne sont pas de sûrs garants de l'immortalité [BUFF., Disc. de réception.]
Il éprouva que la cruauté n'est pas le meilleur garant de la domination [RAYNAL, Hist. phil. XIII, 34]
En cet emploi, garant est toujours masculin, et ne se met pas au féminin.
Terme de marine. Bout d'un cordage passé par une poulie pour servir à quelque amarrage. Mollir, filer en garant, lâcher un cordage doucement.
À garant, loc. adv. En garantie.
Sans prendre ni Phébus, ni la muse à garant [RÉGNIER, Sat. VI]
Elle [la fortune] est prise à garant de toutes aventures [LA FONT., Fabl. v, 11]
Dans cette locution, à garant est toujours masculin, et ordinairement invariable. Cependant quelques auteurs le mettent au pluriel, et en effet rien ne s'y oppose :
Dès qu'il [Jurieu] a ouï parler des Variations, il a cru tout perdu pour la réforme ; il a appelé tous les Pères à garants.... [BOSSUET, 6e avert. 1]

REMARQUE

  • Ce mot présente quelques difficultés ; en effet il est d'une part primitivement substantif à deux genres et par suite adjectif ; d'autre part substantif à un seul genre, le genre masculin. Dans ces phrases de Marivaux et d'Imbert :
    Que vous importe ce que vous direz à la fille, dès que la mère sera votre garant ? [MARIVAUX, Fausse confid. I, 11]
    ;
    Le chevalier : Voilà tous mes succès. - La comtesse : Attendez jusqu'au bout ; D'avance je vous suis garant de sa tendresse, [IMBERT, Jaloux sans amour, I, 5]
    ; si l'on prend garant au sens de disposé à cautionner, il y a faute, et il faut dire : garante ; mais, si l'on prend garant au sens de garantie, sûreté, la locution est correcte. Les deux locutions ne sont pas tout à fait synonymes, et il y a une nuance. Inversement, dans cette phrase de Marivaux : Il n'y a pas jusqu'à leur physionomie qui ne soit garante de toutes les bonnes qualités qu'on leur trouve, Jeux de l'am. et du has. I, 1 ; si l'on prend ce mot dans le sens de garantie, il y a faute, et on mettra garant ; mais, si on le prend figurément pour capable de cautionner, le féminin deviendra acceptable.

HISTORIQUE

  • XIe s.
    J'i puis aler, mais n'a aurai guarant [, Ch. de Rol. XXIV]
    Se Mahomet me velt estre garant [, ib. LXVII]
    Mais d'une chose vous sui je bien guarant [, ib. CXIV]
    Dient Franceis : bien fiert nostre guarent [défenseur] [, ib. CXXIII]
  • XIIe s.
    Escu ne broigne [cuirasse] ne lui furent garant [, Ronc. p. 77]
    Qu'il [Dieu] gart les ames et qu'il lor soit garant [, ib. p. 112]
    Qui d'oïr et d'entendre a loisir et talent, Fasse pais, si escout bone chançon vaillant, Dont li livre d'istoire sont tesmoin et garant [, Sax. I]
    À guarant [pour se garantir] as cors sainz le voleient mener [, Th. le mart. 147]
  • XIIIe s.
    Et por chou [ce] vuet il dire et traitier aucune chose dont il ait garant et tesmoignage de verité [H. DE VALENC., 1]
    N'onque nule si plesant rien Qui fame fust, [il] n'avoit veüe, Ce dist et s'en trait sa veüe à garant qu'il dist verité [, Lai de l'ombre]
    Si en puis bien trere à garant Ung acteur [auteur] qui ot non Macrobes [, la Rose, 6]
    Se cil qui est pris à tout [avec] le larrecin pot trouver son garant qui li bailla, il est delivrés [BEAUMANOIR, XXXI, 4]
    Et se tex [telles] crois portoient garant, aussi bien porroit porter garant une crois que aucuns porteroit sur li [ID., XXV, 24]
  • XVe s.
    Si tost que le plat pays fust informé de leur venue, tous se retrairent à garant [FROISS., II, III, 113]
  • XVIe s.
    Nous pouvons appeler à garant cette mesme nature, pour nous avoir laissez en telle imperfection [MONT., I, 55]
    Pour que son innocence luy servist de garant et de recommandation envers la faveur divine [ID., I, 274]
    Plusieurs appellerent la mort à garant contre les oultrages des tyrans [ID., II, 34]
    Qui tire à garant [oppose recours ou garantie sur un tiers], et garant n'a, sa cause perdue a [LOYSEL, 699]
    En crime n'y a point de garant [celui qui a commis un crime à la suggestion d'autrui n'en est pas moins punissable] [ID., 797]
    Montesquiou vint au derriere du prince de Condé et le tua d'un coup de pistolet entre ses deux garants [D'AUB., Hist. I, 280]
    Le sang est le garant de l'homme qui se plaint d'avoir esté navré à tort [LAURIÈRE, Gloss. de droit fr.]

ÉTYMOLOGIE

  • Prov. garen, guaren, guiren ; espagn. et portug. garente ; anc. ital. guarento ; angl. warrant ; bas-lat. warens ; du germanique : anc. frison, werand, warend ; de l'anc. haut-allem. werên, fournir, cautionner.