gens

1. gens

[ ʒɛ̃s] n.f. [ mot lat. signif. « race, famille, peuple » ] [gentes [ ʒɛ̃tɛs].
Dans la Rome antique, groupe de familles descendant d'un ancêtre commun et portant le même nom.

2. gens

[ ʒɑ̃] n.m. pl. [ ancien plur. de gent ]
1. Personnes en nombre indéterminé : Des gens se promenaient dans les rues.
2. Les hommes en général : Les gens ont peur qu'il y ait une guerre. Il ne faut pas juger les gens sur leur apparence.
Bonnes gens ou braves gens,
personnes simples, honnêtes.
Gens d'armes,
au Moyen Âge, soldats, cavaliers.
Gens de lettres,
personnes qui font profession d'écrire.
Gens de maison,
employés de maison, domestiques.
Gens de mer,
marins.
Jeunes gens,
jeunes filles et garçons.
Remarque: Le substantif gens, autrefois féminin, est devenu masculin. L'adjectif qualifiant gens se met au féminin s'il est placé avant : les bonnes gens, au masculin s'il est placé après : les gens sont inquiets ; les petites gens sont contents.

GENS1

(jan ; l's se lie : des jan-z aimables ; quelques personnes font sentir l's : des jans' ; mais c'est une mauvaise prononciation) s. pl.
Nom collectif signifiant en général un certain nombre de personnes ; dans ce sens, gens est, suivant l'emploi, tantôt masculin, tantôt féminin ; voy. les remarques. Tous les honnêtes gens. Les vieilles gens. Ce sont des gens résolus.
Quelles méchantes gens ! Achillas et Photin sont gens à dédaigner [CORN., Pomp. IV, 3]
Tandis que leurs soldats en des camps éloignés Prennent l'ordre sous lui de gens qu'il a gagnés [ID., Attila, II, 1]
Les Germains comme eux deviendront Gens de rapine et d'avarice [LA FONT., Fabl. XI, 7]
Plus telles gens sont pleins, moins ils sont importuns [ID., Fabl. XII, 13]
Telles gens n'ont pas fait la moitié de leur course [ID., ib. III, 6]
Elle ne manque incontinent de dire à son mari l'amour des deux bourgeois, Tous deux gens sots, tous deux gens à sornettes [ID., Remois.]
Ma langue est impuissante, et je voudrais avoir Celles de tous les gens du plus exquis savoir [MOL., l'Ét. II, 14]
Il y a de sottes gens qui me veulent dire qu'il a été marchand [ID., Bourg. gent. IV, 5]
Ce sont [les avocats] gens de difficultés [ID., Mal. im. I, 9]
Et je connais des gens dans Paris, plus de quatre, Qui, comme ils le font voir, aiment jusques à battre [ID., Fâch. II, 4]
La délicatesse est trop grande de ne pouvoir souffrir que des gens triés [ID., Critique, 1]
Toute mon ambition est de rendre service aux gens de nom et de mérite [ID., Sicil. 11]
Ces gens, dis-je, qu'on voit d'une ardeur non commune Par le chemin du ciel courir à leur fortune [ID., Tart. I, 6]
Pendant qu'avec un air assuré il s'avance pour recevoir la parole de ces braves gens [BOSSUET, Louis de Bourbon.]
Les trembleurs [les quackers], gens fanatiques qui croient que toutes leurs rêveries leur sont inspirées [ID., Reine d'Anglet.]
Il [celui qui ne croit pas] se met au rang des gens désabusés, il insulte en son cœur aux faibles esprits qui ne font que suivre les autres sans rien trouver par eux-mêmes [ID., Anne de Gonz.]
Car, grâce au droit reçu chez les Parisiens, Gens de douce nature et maris bons chrétiens [BOILEAU, Sat. X]
Quelles gens êtes-vous ? quelles sont vos affaires ? [RAC., Plaid. II, 8]
Il y a à la ville, comme ailleurs, de fort sottes gens, des gens fades, oisifs, désoccupés [LA BRUY., VII]
Certaines gens qui n'étaient tombés dans la pauvreté que par la paresse et l'intempérance [VERTOT, Rév. rom. I, p. 116]
Le tout exécuté par de belles femmes, par des jeunes gens bien faits qui ont de l'esprit, devant une assemblée qui a du goût [VOLT., Lett. Cideville, 3 mars 1758]
La plupart des gens en place n'aiment point les gens de lettres [DUCLOS, Mém. Rég. Œuv. t. VI, p. 159, dans POUGENS]
On demandera peut-être (car on devient curieux) combien de gens en France ont le droit ou le pouvoir d'emprisonner qui bon leur semble, sans être tenus de dire pourquoi [P. L. COUR., Lett. IV]
Les petites gens, les gens d'une condition inférieure.
Et puis, à dire vrai, les discours obligeants Touchent peu s'ils sont faits par de petites gens [HAUTEROCHE, Bourg. de qualité, v, 1]
C'est, lui dis-je, que le terme de mon père est trop ignoble, trop grossier ; il n'y a que les petites gens qui s'en servent [MARIVAUX, Paysan parv. 1re part.]
Ne sais-tu pas que les petits scrupules ne conviennent qu'aux petites gens ? [J. J. ROUSS., Hél. IV, 13]
J'ai su depuis que c'était le protocole de Monseigneur en parlant aux petites gens [MARMONTEL, Mém. VIII]
De bonnes gens, des personnes qui ont de la bonté, de la bonhomie. Vous croyez cela, bonnes gens.
Les autres animaux, créatures plus douces, Bonnes gens, s'étonnaient qu'il criât au secours [LA FONT., Fabl. VIII, 12]
Y a-t-il encore au monde des Voitures et des Malherbes ? bonnes gens, je ne vous puis voir, comme dit maître François dans son livre [ID., Lett. XXIV]
De bonnes gens, qui ne vivent que pour le plaisir et pour la joie, qui ne haïssent rien que ce qu'on leur fait haïr, ne sont que ce qu'on veut qu'ils soient [MARIVAUX, Paysan parv. 4e part.]
Bonnes gens, se dit quelquefois pour personnes d'un âge avancé.
Ne seraient-ce point mes parents ? .... si les bonnes gens vivent encore, ils ne sauraient être fort éloignés du dernier moment de leur course [LA FONT., Psyché, I, p. 63]
Dans le langage féodal, bonnes gens signifiait des hommes recommandables par leur conduite et par leur position.
On sommait le seigneur même devant bonnes gens, et on le faisait sommer par le souverain [MONTESQ., Esp. XXVIII, 28]
D'honnêtes gens, des personnes de probité ; des gens honnêtes, des personnes qui ont des manières civiles.
Les procureurs du roi ne sont pas seulement d'honnêtes gens ; ce sont encore des gens fort honnêtes ; leur correspondance est civile [P. L. COUR., Lett. IV]
(voy. à HONNÊTE le sens qu'avait honnètes gens au XVIIe s.).
Absolument. Les gens, les hommes en général.
Presque rien, dit le chien, donner la chasse aux gens [LA FONT., Fabl. I, 5]
Il ne faut jamais dire aux gens : Écoutez un bon mot, oyez une merveille [ID., ib. XI, 9]
On doit se regarder soi-même un peu longtemps, Avant que de songer à condamner les gens [MOL., Mis. III, 5]
Les gens, se dit parfois, dans le langage familier, des personnes qui parlent, à qui l'on parle, ou même d'une seule personne.
Et regardez un peu les gens [c'est-à-dire moi qui vous parle] sans nulle haine [MOL., Tart. II, 4]
Les gens à poëme épique et à éléments de Newton [Voltaire lui-même] sont des gens opiniâtres [VOLT., Lett. d'Argental, 20 janv. 1739]
Mais vous pressez les gens d'une manière étrange, Il le faut avouer [COLLIN D'HARLEVILLE, Vieux célib. II, 6]
Il faut être amoureux ou avoir des affaires bien pressantes, pour venir de si bonne heure chez les gens [PICARD, Deux Philibert, I, 1]
Se connaître en gens, discerner les caractères, les sentiments des hommes. Vous vous moquez des gens c'est se moquer des gens, se dit de celui qui fait des propositions déraisonnables. Ces gens-là se dit de personnes qui sont placées à un endroit où nous ne sommes pas.
Prenez donc garde, ces gens-là qui nous voient, mais qui n'ont pu entendre ce que nous disions, vont croire que je vous pardonne [COLLÉ, Partie de chasse de Henri IV, I, 6]
Ces gens-là, se dit aussi par dédain de personnes dont on parle.
Et quelle estime voulez-vous que nous fassions du procédé irrégulier de ces gens-là ? [MOL., Préc. sc. 5]
Gens suivi de la préposition de et d'un substantif ; en cet emploi, gens est toujours masculin.
Ayez soin que tous deux fassent en gens de cœur [CORN., Cid, IV, 5]
Si tant de gens de cœur font des vœux pour ta mort [ID., Cinna, IV, 3]
Tous deux pour leur pays sont morts en gens d'honneur [ID., Hor. IV, 2]
Les gens de bien, les personnes qui ont probité et honneur.
Que tous les gens de bien vous parlent par ma voix [CORN., Hor. v, 2]
Nous avons ici un Bodineau qui dit sans rougir qu'il faut faire ses affaires à quelque prix que ce soit, que gens de bien n'ont pas de chausses [GUI PATIN, Lettres, t. II, p. 337]
Toutes les grimaces étudiées de ces gens de bien à outrance.... [MOL., 1er placet au roi.]
En serons-nous moins gens de bien ? aurons-nous une autre morale et d'autres principes d'honneur et de vertu ? [VOLT., Quest. miracles, lett. 13]
Les plus gens de bien, ceux qui ont le plus de vertu.
Il fait paraître du zèle dans les choses qui ne blessent pas son ambition, et il semble même vouloir contenter les plus gens de bien [BOSSUET, Polit. VII, III, 9]
Les plus gens de bien sont relâchés [BOURD., Dominicales, I, Afflict. des justes, 127]
Mais les plus gens de bien n'en font pas de scrupule, dites-vous [MASS., Confér. Amb. des clercs.]
Les gens du monde, les personnes qui vivent dans la société, par opposition aux personnes qui vivent dans la retraite.
Loin de trembler devant les autels, on y méprise Jésus-Christ présent.... gens du monde, vous ne pensez pas à ces horribles profanations [BOSSUET, Louis de Bourbon.]
C'est le reproche ordinaire que font les gens du monde à ceux qui le quittent [ROLLIN, Hist. anc. liv. XXV, ch. I, art. 2]
Gens du monde, se dit quelquefois par opposition aux gens qui ont une profession savante. Les gens du monde commettent les plus grandes bévues quand ils parlent de médecine. Gens de main, hommes habitués à combattre, capables de coups hardis.
Mais ces paysans, mêlés d'anciens soldats, la plupart gens de main.... chargèrent les bourgeois à coups de pierres et de bâtons [VERTOT, Révol. rom. x, p. 10]
Des gens de sac et de corde, des hommes capables des plus grands crimes et dignes des plus grands châtiments. Être gens à.... Être capables de.
Adieu ; ne craignez rien, Achillas et Photin Ne sont pas gens à vaincre un si puissant destin [CORN., Pomp. IV, 5]
Vous nous prenez pour des gens de l'autre monde, vous nous prenez pour des ignorants ou des niais. Vous nous prenez pour des gens de delà l'eau, c'est-à-dire pour des gens qui ne savent ni nouvelles ne affaires.
Gens sert à désigner certaines classes de personnes, certaines professions ; en ce sens il est toujours masculin. Les gens de finance. Gens d'Église, ceux qui composent le clergé. Gens d'épée, les militaires. Les gens de robe, ceux qui portent la robe au palais, qui rendent les jugements, plaident les causes, etc.
J'y trouvai cinq ou six dames et trois messieurs, dont deux me parurent des gens de robe, et l'autre d'épée [MARIVAUX, Marianne, 6e part.]
Les gens du roi, les procureurs et avocats généraux, et ceux qu'on désignait sous les noms de procureurs ou avocats du roi.
J'ai plaint les peuples qu'on abuse, J'ai chansonné les gens du roi [BÉRANG., Épitaphe.]
Il se disait, dans les ordonnances, dans les édits, des parlements et autres compagnies de justice. Les gens tenants la cour de parlement. Les gens tenants la cour des aides. Gens d'armes, cavaliers des anciennes compagnies d'ordonnance (écrit plus ordinairement en un seul mot ; voy. GENDARME). Gens de guerre, les militaires.
....Qu'Antoine a mis à terre Ce qui dans ses vaisseaux restait de gens de guerre [CORN., Pomp. v, 3]
Sa conversation était un charme, parce qu'il savait parler à chacun selon ses talents, et non-seulement aux gens de guerre de leurs entreprises.... [BOSSUET, Louis de Bourbon.]
On comptait [chez les Juifs] pour gens de guerre tous ceux qui étaient en âge de servir, et cet âge était fixé depuis vingt ans et au-dessus [FLEURY, Mœurs des Israél. tit. XXVI, 2e part. p. 326, dans POUGENS.]
Gens de pied, gens de cheval, infanterie, cavalerie.
Les ennemis avaient quatre cent cinquante enseignes de gens de pied, distribués en différents corps d'armée, sans compter la cavalerie [VERTOT, Révol. rom. XI, p. 94]
Dans l'antiquité, gens de trait, soldats qui lançaient des traits.
Elle était composée de soixante et treize galères, qui portaient cinq mille combattants et environ trois mille tant archers que frondeurs et gens de trait [ROLLIN, Hist. anc. Œuvres, t. III, p. 689, dans POUGENS]
Terme de marine. Les gens de mer, tous les hommes non brevetés par l'État qui font le métier de marin. Les gens de cour, les courtisans.
Je sais des gens de cour quelle est la politique [CORN., Poly. v, 1]
Gens d'affaires, les hommes qui s'occupent d'affaires de bourse, de banque, de commerce, de transactions diverses. Les gens de lettres, les hommes livrés à la culture des lettres.
Il n'y a que les vrais gens de lettres qui n'aient point d'intrigues [VOLT., Lett. Damilaville, 22 mai 1765]
Celui qui, n'ayant lu que des romans ne fera que des romans ; celui qui, sans aucune littérature, aura composé au hasard quelques pièces de théâtre ; qui, dépourvu de science, aura fait quelques sermons, ne sera pas compté parmi les gens de lettres [ID., Dict. phil. Gens de lettres.]
Aujourd'hui cette critique [des anciens textes] est moins nécessaire, et l'esprit philosophique lui a succédé ; c'est cet esprit philosophique qui semble constituer le caractère des gens de lettres ; et, quand il se joint au bon goût, il forme un littérateur accompli [ID., ib.]
On est quelquefois étonné que ce qui bouleversait autrefois le monde ne le trouble plus aujourd'hui ; c'est aux véritables gens de lettres qu'on en est redevable [ID., ib.]
Nos gens de lettres sont par leurs habitudes en contradiction avec le sérieux de l'histoire [CHATEAUBR., Génie, III, III, 4]
La Société des gens de lettres, société composée de gens de lettres et s'occupant de leurs intérêts.
Ceux qui sont d'un parti ; troupe soit d'une nation en guerre, soit d'un meneur quelconque ; en ce sens il est toujours masculin. Dix de nos gens y périrent.
La moitié de tes gens doit occuper la porte [CORN., Cinna, v, 1]
Peignez-lui bien nos gens pâles et désolés [ID., Pomp. III, 1]
Ces mutins ont pour chef les gens de Laodice [ID., Nicom. v, 3]
Judas avec ses gens les poursuivit jusqu'à Gezeron et jusqu'aux campagnes d'Idumée [SACI, Bible, Mach. I, IV, 15]
Spendius, le chef des révoltés, craignit que cette douceur affectée de Barca ne lui fît perdre beaucoup de ses gens [ROLLIN, Hist. anc. Œuv. t. I, p. 354, dans POUGENS]
Ceux qui sont d'une même société. Tous nos gens sont arrivés, faites servir le dîner.
Les domestiques, les personnes à la suite ; en ce sens, on ne le dit guère que de cette façon : les gens de M. un tel, et, avec les adjectifs possessifs : mes gens, ses gens, vos gens, nos gens, leurs gens, etc. Alors il est d'ordinaire sans épithète qui précède, et par conséquent masculin ; mais sans doute on dirait au féminin : les maladroites gens de M. un tel.
Allons donc, mon carrosse ! où est-ce qu'est mon carrosse ? mon Dieu ! qu'on est misérable d'avoir des gens comme cela ! [MOL., Pourc. III, 2]
Almanzor, dites aux gens de M. le marquis qu'ils aillent querir des violons [ID., Préc. 12]
Un de mes gens la garde au coin de ce détour [ID., Éc. des femm. v, 2]
Ah ! les sottes gens que nos gens ! [MARIVAUX, Jeux de l'am. et du has. II, 6]
Élever un enfant comme devant être sans cesse entouré de ses gens [J. J. ROUSS., Ém. I]
Bêtes et gens, les personnes avec les chevaux, avec les mulets qui leur servent. L'espace est étroit, mais nous trouverons le moyen de loger tout le monde, bêtes et gens. Il n'y a ni bêtes ni gens, se dit d'un lieu désert.

PROVERBES

  • Il y a gens et gens, c'est-à-dire les personnes sont fort différentes.
  • À gens de village, trompette de bois, c'est-à-dire il faut que les choses de chacun soient proportionnées à sa condition ; cela se dit aussi pour marquer que les personnes dont on parle ne se connaissent point aux belles choses.

REMARQUE

  • Ce mot présente la singularité d'être tantôt masculin, tantôt féminin, suivant la place de l'adjectif ; ceci est dû à une lutte entre le genre propre de gens qui est le féminin, et le genre de l'idée qu'il exprime [hommes, individus] qui est masculin. Cette lutte a donné lieu aux règles suivantes
  • 1. Il veut au féminin les adjectifs ou les participes qui le précèdent, et au masculin ceux qui le suivent : de vieilles gens, des gens résolus.
  • 2. Quand deux adjectifs s'y rapportent, celui qui précède est mis au féminin et celui qui suit, au masculin ; c'est la même chose pour les participes. Il y a de certaines gens qui sont bien sots. Certaines gens étudient toute leur vie ; à la mort, ils ont tout appris, excepté à penser. Ce sont les meilleures gens que j'aie jamais vus. On trouve dans les éditions de la Bruyère :
    Certaines gens que le hasard seul a placées [LA BRUY., II]
    Aujourd'hui on écrirait placés.
  • 3. L'adjectif ou le participe mis en tête du membre de phrase où gens est sujet, se met toujours au masculin. Déchus comme ils sont de leurs honneurs, ces gens n'en paraissent pas moins heureux. Instruits par l'expérience, les vieilles gens sont prudents.
  • 4. Quand gens est précédé d'un adjectif des deux genres, on met tous au masculin ; quand il l'est d'un adjectif féminin, on met toutes au féminin : tous les honnêtes gens, toutes les vieilles gens.
  • 5. Tous se met au masculin, lorsque gens est suivi d'une épithète ou de quelque autre mot déterminatif : tous les gens sages, tous les gens de cœur, tous ces gensci, tous ces pauvres gens.
  • 6. Par analogie avec le cas précédent, tous devant les gens se met au masculin, quand bien même les gens n'est suivi d'aucun déterminatif.
    Vous autres fortes têtes, Vous voilà, vous prenez tous les gens pour des bêtes [GRESSET, Méch. I, 4, li 7]
    Si, avec tous, gens n'est pas accompagné de l'article ou de ce qui en tient lieu, tous se met au féminin, quand même gens aurait après lui une qualification marquée par de.
    ....Le chat grippe-fromage, Triste oiseau le hibou, ronge-maille le rat, Dame belette au long corsage, Toutes gens d'esprit scélérat, Hantaient le tronc pourri d'un pin vieux et sauvage [LA FONT., Fabl. VIII, 22]
    Cependant, en cet emploi, en nuançant autrement l'idée, on peut mettre tous au masculin : Le maire, le notaire, les conseillers municipaux, tous gens bien connus, c'est comme si l'on disait : tous, gens bien connus.
  • 8. Gens est toujours masculin quand il désigne une profession, une qualité : gens de lettres, gens de guerre, gens de cour, etc.
  • 9. Dans le XVIIe et le XVIIIe siècle, plusieurs disaient gens avec un nombre déterminé ; ce qui d'ailleurs n'était qu'un archaïsme (voy. l'historique).
    Mettre des compliments d'amour suivis entre deux gens qui.... [CORN., Veuve, Examen.]
    Il y a là vingt gens qui sont fort assurés de n'entrer point [MOL., l'Impromptu, 3]
    Deux gens qui auraient le malheur d'être sourds, aveugles et muets [DIDER., Lett. sur les aveugles]
    Mais Vaugelas, Ménage et Bouhours se sont accordés pour prononcer que cela ne valait rien et que c'était une faute de dire : dix gens, six gens, quatre gens. Cette décision est bonne, malgré les autorités, attendu que gens est un nom collectif. Mais on peut dire mille gens, quand on donne au mot mille un sens indéfini : J'ai vu mille gens sur la place.
    Moi, je serais cocu ? - Vous voilà bien malade ! Mille gens le sont bien, sans vous faire bravade, Qui de mine, de cœur, de biens et de maison, Ne feraient avec vous nulle comparaison [MOL., Éc. des f. IV, 8]
    On dit dans le même sens un millier de gens : Il y a un millier de gens qui voudraient être à votre place.
  • 10. Si gens est précédé d'un adjectif, on pourra très bien y joindre tel nom de nombre qu'on voudra : dix jeunes gens ; trois vieilles gens ; ces quatre honnêtes gens.
  • 11. On dit habituellement : ce sont des jeunes gens et non de jeunes gens, à cause que, l'adjectif étant accolé, jeunes gens est regardé comme un mot unique. Autrefois on disait souvent (et il n'y aurait aucune faute à le dire encore aujourd'hui) : de jeunes gens.
    Ses travaux et ses peines [de l'amour] Veulent de jeunes gens [MALH., II, 12]
    Avint qu'un soir Camille régala De jeunes gens [LA FONT., Court.]
    Une exactitude qui ne convient pas à de jeunes gens [SÉV., 433]
  • 12. Jeunes gens est toujours masculin.

SYNONYME

  • GENS, PERSONNES. Ce qui distingue ces deux mots, c'est que gens est toujours un nom collectif, et personnes, même au pluriel, un nom toujours individuel. Aussi l'on dit vingt personnes, mais non vingt gens ; et, réciproquement, on dit les gens de guerre et non les personnes de guerre.

HISTORIQUE

  • XIIe s.
    De pres l'enchassent les gent de bonne foi [, Ronc. p. 183]
    Mais tant enquierent felon, Losengier et males gens [, Couci, X]
  • XIIIe s.
    Et moult i ot gens navrés et mortes [VILLEH., XLIX.]
    En la terre le conte de Champagne se croisa Garniers li vesques de Troies.... et maintes autres bonnes gens dont li livres ne fait mie mention [ID., III]
    Les gent de celle terre en pleurerent forment [, Berte, VII]
    Que m'est-il avenu ? qu'ont ces gens empensé ? [, ib. X]
    Je suis des gens le roi cui douce France apent [, ib. CX]
    Puisqu'ainsi est que [vous] estes des gens à nostre roy [, ib. CXVI]
    Pour ces trois gens Qui ont pel de beste afublée [, Le dit du buef]
    Aucunes fois avient il que deus gens qui sont en mariage se departent par lor volenté et par le gré de sainte Eglise [BEAUMANOIR, XVIII, 21]
    Et borgesie ne gens de basse main ne pueple [ne doivent pas estre ensi menés] come chevaliers [, Ass. de Jér. I, 24]
    Le roy d'Ermenie amena si grant foison de gens d'armes que il ot pooir de combattre au soudanc du Coyne [d'Iconium] [JOINV., 212]
    Ce sont les gens ou monde qui plus honneurent gens anciennes [ID., 222]
  • XVe s.
    Adonc s'ordonnerent-ils moult sagement [les Anglois de Berghes] ....et firent retraire toutes les dames et les femmes de la ville en l'eglise et aussi tous les enfans et ies anciennes gens [FROISS., II, II, 212]
    Toutes gens dont il avoit l'obeissance [ID., II, II, 1]
    Là estoient avec le duc d'Anjou grands gens et nobles [ID., II, II, 3]
    Et vinrent les gens d'Eglise à l'encontre du corps [ID., II, II, 57]
    Si se doit-on grandement esmerveiller comment si belles gens d'armes se purent partir sans bataille [ID., I, I, 93]
    Nous ne sommes pas gens pour combattre le roi de France [ID., II, II, 212]
    Seule, sans per, de toutes gens louée, Et de tous biens entierement douée [CH. D'ORL., Ball. 23]
    Je ne suy pas de ces gens-là à qui fortune plaist et rit [ID., Rondeau.]
    Les princes venans à l'aage d'homme, la pluspart des gens taschent à leur complaire [COMM., Prol.]
    Et pour aller prendre possession dudit pays estoit allé monseigneur de Chasteauguyon et autres pour le duc de Bourgogne pour faire gens [ID., V, 2]
    En ladicte bataille estoient mors huyt mil hommes du party dudit duc prenans gages de luy et autres menues gens assez [ID., V, 3]
    L'entreprise sembloit à toutes gens sages et experimentez, très dangereuse [ID., VII, 1]
    Parce que souvent petits gens en menoient grand'noise [ID., ib.]
    Venez-y tost sans nul estrif, Clercz de pratiques diligens Qui congnoissez si bien vos gens [VILLON, Repues franches.]
  • XVIe s.
    Les vieilles gens tu rens fortes et vives : Les jeunes gens tu fais recreatives, à chasse, à vol, à tournois ententives Et esbats maints [MAROT, II, 268]
    Par gens brutaux passés au gros tamis [ID., V, 353]
    Execrable lignée de meschans gens [CALV., Instit. 286]
    Il voit les embusches que font de loin les fines gens pour attraper les simples en leurs rets [ID., Inst. 306]
    Ces bonnes gents [hommes d'honneur] [MONT., I, 24]
    Il ne peut tenir la bride à ses gents [ID., I, 27]
    Gents de pied.... gents de cheval [ID., I, 48]
    Un tas de gens [ID., I, 248]
    Sottes gents [ID., I, 248]
    [Un roi doit] tenir tousjours auprès de luy gens de sçavoir et de vertu [AMYOT, Moral. Épît. p. 12]
    Gens de M. de Roquelaure ; qui toque l'un toque l'autre [s'est dit de gens qui prennent fait et cause les uns pour les autres] [OUDIN, Curios. fr.]
    Gens de bien sont toujours gracieux [COTGRAVE, ]
    À gens de bien on ne perd rien [ID., ]
    De gens de bien vient tout bien [ID., ]
    Tant de gens, tant de guises [ID., ]

ÉTYMOLOGIE

  • Gens est le pluriel de gent 1 ; picard, égeins.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

    GENS. - REM.
  • 4. Ajoutez : Quels est traité comme tous : Quels honnêtes gens ! et : quelles sottes gens !
  • 5. Ces messieurs tous honnêtes gens, et non toutes.

GENS2

(jins') s. f.
Mot latin qui se dit en fait d'histoire romaine, et qui est l'appellation technique de la réunion des anciennes familles patriciennes qui portaient le même nom et qui étaient censées issues de la même souche. Une gens comprenait plusieurs familles. La gens Fabia. La gens Cornelia. Au pluriel, on dit les gentes (prononcez jin-tès').

ÉTYMOLOGIE

  • Lat. gens, race, nation (voy. GENT 1).

gens

GENS. n. f. (Pluriel de GENT.) Personnes en nombre indéterminé. Des gens de bien. Des gens de goût. Des gens de talent. Des gens de parole. Ils se sont conduits en gens de coeur. Ce sont des gens de marque. Des gens de qualité. Des gens de rien. Des gens sans aveu. Il y a parmi eux beaucoup de gens en place. Consulter les gens du métier.

Lorsque GENS est accompagné d'un adjectif, celui-ci se met au féminin s'il le précède immédiatement, et au masculin s'il le suit. Ce sont de méchantes gens. Bonnes gens vous croyez cela! Il s'accommode de toutes gens. De telles gens sont à plaindre. De vieilles gens les meilleures gens du monde. Des gens âgés. Des gens instruits. Des gens mal élevés.

L'adjectif ou le participe placé en tête du membre de phrase où GENS est sujet se met toujours au masculin. Quoique déchus de leurs honneurs et de leur fortune, ces gens paraissent heureux. Instruits par l'expérience les vieilles gens sont soupçonneux.

Lorsque GENS est précédé d'un adjectif des deux genres, on met Tous au masculin. Tous les honnêtes gens. Tous les habiles gens. Quand au contraire l'adjectif qui précède Gens est féminin, On met Toutes. Toutes les vieilles gens.

On met aussi Tous au masculin lorsque GENS est suivi d'une épithète ou de quelque autre mot déterminatif. Tous les gens sensés, raisonnables, pieux, etc. Tous les gens qui raisonnent. Tous les gens de bien. Tous les gens en place. Tous ces gens-ci. Tous ces gens- là. Tous gens bien connus. Tous gens d'esprit et de mérite.

Les gens du monde, Les personnes qui vivent dans le monde, qui ont les habitudes et les manières de la société élégante. Il se dit aussi quelquefois par opposition à Ceux qui possèdent à fond telle ou telle science. Mettre la science à la portée des gens du monde.

Fam., Des gens de sac et de corde. Voyez CORDE.

Fig. et fam., Vous vous moquez des gens. Vous nous prenez pour des ignorants, pour des imbéciles.

Fig. et fam., Ce sont des gens de l'autre monde. Ce sont des personnes extravagantes.

Il ne se dit jamais en parlant d'un nombre déterminé de personnes, à moins qu'il ne soit précédé de certains adjectifs, comme dans ces exemples : Il y vint trois pauvres gens. Nous étions dix honnêtes gens. Ces quatre frères étaient quatre braves gens.

Fam., Des milliers de gens, etc. Beaucoup de gens en nombre indéterminé. Il y a des milliers de gens qui voudraient être à votre place.

GENS, suivi de la préposition DE et d'un nom qui désigne une profession, un état quelconque, signifie Tous ceux qui sont de cet état, de cette profession. Dans cette acception et dans celles qui suivent, il ne veut jamais l'adjectif ou le participe au féminin. Les gens de robe. Les gens d'Église. Les gens de guerre. Les gens d'épée. Les gens de loi. Les gens de mer. De nombreux gens de lettres. Les gens de finance. Certains gens d'affaires.

Il se dit encore de Ceux qui sont d'un parti, par opposition à ceux de l'autre. Nos gens ont battu les ennemis. Nos gens ont été repoussés. Je craignais que ce ne fussent des ennemis, et c'étaient de nos gens. Nos gens battirent les vôtres. Dix de nos gens y périrent.

Il se dit également des Personnes qui sont d'une même partie de promenade, de jeu, de festin, etc. Tous nos gens sont arrivés, faites servir le dîner. Tous nos gens sont au rendez- vous. Ce sens est très familier.

Les gens du roi se disait des Procureurs et avocats généraux, des procureurs et avocats du roi.

Il veut encore dire les Domestiques. Tous vos gens vous ont quitté. Tous mes gens sont malades. Un de ses gens. Appeler ses gens. Les gens de maison.

Droit des gens, Droit des nations. Ensemble de droits naturels, communs à toutes les nations. Il se dit aussi des Règles de droit international qui régissent les rapports des nations entre elles. Violer le droit des gens.

Synonymes et Contraires

gens

nom masculin pluriel gens
Vieux. Personnes au service de quelqu'un.
Traductions

gens

Leute, gente, people, Menschenpeople, folkmensen, lieden, lui, volk, mensאֲנָשִׁיםlidé, lidiκόσμος, άνθρωποιgentegente, volgo, personegente, pessoasنَاسٌfolkihmisetljudi人々사람들personerludzieлюдиfolkผู้คนinsanlarngười人们хора (ʒɑ̃)
nom masculin pluriel
ensemble de personnes Il y a des gens sur la place. Il a rencontré beaucoup de gens.
groupe de jeunes filles et de jeunes garçons

gens

[ʒɛ̃s] nmplpeople pl
gens d'Église nmpl
les gens d'Église → the clergy
gens de maison nmpldomestics
gens du monde nmpl
les gens du monde → society people
gens du voyage nmpl
les gens du voyage → travelling people