gentil, ille

GENTIL, ILLE2

(jan-ti, ti-ll' ; au masculin, l'l ne se prononce pas, excepté devant une voyelle, et alors elle se mouille ; un gen-ti-ll enfant ; au pluriel, i's se lie : de gen-ti-z oiseaux ; au féminin, ll sont mouillées : jan-ti-ll') adj.
Dans le style archaïque, le gentil pays de France, le noble pays de France.
Averti des tournois qui se préparaient au gentil pays de France, il [le chevalier] se rendait au rendez-vous des braves [CHATEAUB., Génie, IV, V, 4]
Il se dit quelquefois en un sens analogue pour délicat, généreux. C'est un gentil procédé.
Voyez comme je suis gentille ; gentille, ce n'est pas peu dire ; car vous saurez qu'à Villefranche, en Beaujolais, on entend par cette expression appliquée à une dame, idem masculinée pour un homme, la pratique du bien, l'amour du travail, l'intelligence, l'activité ; ainsi vous êtes un homme gentil, si vous faites bien votre devoir de citoyen, de magistrat, et ainsi de suite [Mme ROLAND, Lett. à Bosc, 3 oct. 1787]
Par extension, joli, mignon, qui plaît, en parlant des personnes (l'idée de bonne race, qui est le sens propre de gentil, ayant amené celle d'agrément, d'élégance). Gentil cavalier.
Le genre de ses poésies avait bien pu dans sa jeunesse lui mériter le surnom de gentil [gentil Bernard] ; mais il n'était rien moins que gentil quand je l'ai connu [MARMONTEL, Mém. VI]
Substantivement. Faire le gentil, affecter des manières agréables.
J'eus le bon sens de ne vouloir pas faire le gentil malgré Minerve, et je me tus [J. J. ROUSS., Confess. VII]
Il se dit ironiquement des gens qu'on veut traiter en impertinents ou en ridicules. Je vous trouve gentil. Vous êtes un gentil garçon, un gentil compagnon.
Certes pour un amant la fleurette est mignonne, Et vous me traitez là de gentille personne [MOL., Mis. II, 1]
Il se dit des choses au sens de joli, mignon. Ce bijou est gentil. Une chanson fort gentille.
Il me disait des mots les plus gentils du monde [MOL., Éc. des f. II, 6]
Le roi, dit l'autre, a daigné lui sourire, Même a trouvé ses vers assez gentils [BÉRANG., IN-8°.]
Cela passe le gentil, se dit d'une chose grande et belle ; cette locution vieillit. Ironiquement. Vous faites là un gentil personnage, un gentil métier, vous faites là un vilain personnage, un vilain métier. On dit dans un sens analogue : c'est gentil ; voilà qui est gentil.
Bois gentil, nom vulgaire du daphne mezereum, dit garou des bois.

HISTORIQUE

  • XIe s.
    Il prist muiler [femme] vailante et honurede, Des melz gentils de tute la contrethe [, St Alexis, IV]
    Dist Blancandrins : Franc sont moult gentil home [, Ch. de Rol. XXVII]
    Et il les plore com chevalier gentil [, ib. CXXXVIII]
  • XIIe s.
    Vous, dame, doit-il membrer Qu'en gentil cuer [cœur] doit-on trouver Merci [, Couci, IV]
  • XIIIe s.
    Ah ! gentis rois, quant Diex vous fist croiser, Toute Egypte doutoit vostre renon [QUESNES, Romancero, p. 100]
    Bien [elle] semble gentis femme et sans nul mauvais art [, Berte, XXII]
    Il savoit bien que c'estoit la plus gentius feme de la chrestienté et la plus riche [, Chron. de Rains, p. 5]
    Ge respons que nus n'est gentis, S'il n'est as vertus ententis [, la Rose, 18815]
    Tant est la dame gentil tant comme ele est mariée à gentis, tant soit ele departie de li, tant com ele ne se marie à plus bas [, Liv. de just. 66]
    ....Comme de gentix gens ou d'ommes de religion qui portent seaus [BEAUMANOIR, XII, 9]
  • XIVe s.
    Si dist à Bauduin : or n'alés desprisant Nostre gentil mestier : chavetier sont vaillant, Et che bovent le vin comme plus souffisant [, Baud. de Seb. XII, 229]
    Le faucon gentils est de plus deliée maille que nul, et a les piés jaunes [, Ménagier, III, 2]
  • XVe s.
    Gentil de cuer [FROISS., I, I, 221]
    Si sont depuis venus les habitants du royaulme, gentils et villains, qui s'en estoient fuiz [, Perceforest, t. II, f° 70]
    Du gentil au vilain est trop mauvaise la meslée [, ib. f° 110]
  • XVIe s.
    Les deux Grebans au bien resonnant stile, Octavian à la veine gentile [MAROT, III, 305]
    Clerz et layz, nobles et gentilz Sont de nous deux [Adam et Eve] filles et filz [ID., IV, 347]
    Il avoit le cueur si gentil, qu'il taschoit à faire tout ce que son pere luy monstroit [AMYOT, Caton, 42]

ÉTYMOLOGIE

  • Bourguig. jantais ; Berry, genti, gentie ; wallon, genti, laborieux ; provenç. et espagn. gentil ; ital. gentile ; du lat. gentilis, qui est de bonne race, de gens, race (voy. GENT 1).