gent

(Mot repris de gents)

1. gent

[ ʒɑ̃] n.f. sing. [ du lat. gens, gentis, race, famille, peuple ]
1. Litt. Race ; espèce : La gent ailée les oiseaux
2. Fig. Groupe de personnes ayant les mêmes caractéristiques, les mêmes goûts : La gent masculine. La gent journalistique.
Remarque: Attention à la prononciation.

2. gent, e

[ ʒɑ̃, ʒɑ̃t] adj.
Litt., vx Joli ; gentil : Une gente dame.

GENT1

(jan) s. f.
Au sing.
Nation, race, ô combien lors aura de veuves La gent qui porte le turban ! [MALH., III, 1]
Car elle avait appris de la bouche des Parques, Que du haut sang troyen, semence des monarques, Descendrait une gent invincible aux combats [CARD., DUPERRON, Énéide, I]
De cette gent farouche adoucira les mœurs [SEGRAIS, Énéide, v.]
Cet emploi, dans le style noble, tombe en désuétude ; cela est fâcheux.
Au sing. Le style familier use aujourd'hui de ce mot pour signifier race, espèce.
Il dit qu'Aenéas et sa gent Ne valait pas beaucoup d'argent [SCARRON, Virg. VIII]
La gent à grègues retroussées [les pages] [ID., dans LE ROUX, Dict. comique.]
Vive la gent qui fend les airs ! [LA FONT., Fabl. II, 5]
La gent trotte-menu s'en vient chercher sa perte [ID., ib. III, 18]
Longtemps entre nos coqs le combat se maintint.... La gent qui porte crête au spectacle accourut [ID., ib. VII, 13]
Ils devraient, ces auteurs, demeurer dans leur grec, Et se contenter du respect De la gent qui porte férule ; D'un savant traducteur on a beau faire choix, C'est les traduire en ridicule Que de les traduire en françois [PERRAULT, Parallèle des anciens et des modernes, à la fin de la préface]
Pour peu qu'ils fussent au fait de ce qui se passe aujourd'hui chez la gent comique, ils y trouveraient bientôt un sens clair [LE SAGE, Diable boit. chap. 16]
Contre la gent hypocrite Voyez son malin courroux [BÉRANG., Ermite.]
Fig. La gent moutonnière, ceux qui suivent l'impulsion donnée par les autres.
Au plur. Le droit des gens, le droit des nations (ici gens s'écrit toujours sans t) ; dans le droit romain, et par suite dans l'ancien droit français et dans beaucoup de locutions qui en proviennent, il signifie droit naturel, c'est-à-dire les règles de l'équité naturelle qui sont communes à toutes les nations. Aujourd'hui, on entend par droit des gens le droit de nation à nation, tant le droit diplomatique positif résultant des traités, que le droit international, ensemble de règles coutumières ou écrites qui règlent les rapports d'une nation avec les étrangers en temps de paix ou même en temps de guerre.

HISTORIQUE

  • XIe s.
    Ne n'ai tel gent qui la sue [la sienne] derompe [, Ch. de Rol. II]
    S'il ont grant gent [des troupes nombreuses], d'ice, signur, cui chaut ? [, ib. CCXLI]
  • XIIe s.
    Franc, dit Rolant, bone gent honorée [, Ronc. p. 48]
    Par le conseil de fausse gent vilaine [, Couci XI]
    À vous, amans, plus qu'a nule autre gent Est bien raison que ma dolor [je] complaigne [, ib. XXII]
    Il departi ses oz [armée] et renvoia sa gent [, Sax. XI]
  • XIIIe s.
    Et par ce qu'il savent certainement que nule gent n'ont si grant pooir par mer comme vous avés [VILLEH., XII]
    Or vous faites aimer [de] gent letrée et gent laie [, Berte, VIII]
    Car gent françoise sont de grant beubancerie [, ib. LXXII]
    Mès vers la gent très bien te cele, Et quier autre achoison [occasion] que cele Qui cele part te face aler [, la Rose, 2399]
    Si ne croi mie que Dieux l'ost [l'ôte] D'avec les sainz, ainz l'i a mis, Qu'il a toz jors esté amis à sainte Eglise et à gent d'ordre [moines] [RUTEB., 42]
  • XIVe s.
    Et voion entre les homes que ceulz qui sont d'une gent ou d'un lignage aiment l'un l'autre [ORESME, Eth. 229]
  • XVe s.
    Avec lui moult belle gent d'armes [FROISS., I, I, 117]
    ... Si très tost que [le héraut des Anglais] approcha, ces Flamands l'enclouirent, et là l'occirent comme folle gent et de petite connoissance [ID., II, II, 207]
    Ha ! qu'est-ce que de vaillante gent ! l'un en vault mille, et mille faillis n'en vaillent un bon [, Boucic. II, 20]
  • XVIe s.
    Bienheureuse est la gent qui n'est point morte Sans veoir premier vostre ferme unité [MAROT, II, 311]
    Celuy qui est terrible, qui transfere les couronnes et royaumes d'une gent [nation] à autre [AMYOT, Moral. Épît. p. 4]
    Pour nous assujettir à cette gent payenne [GARNIER, Bradam. I]

ÉTYMOLOGIE

  • Provenç. gent, gen ; espagn. portug. et ital. gente ; du lation gentem, nation, du radical gen, gin qui est dans gignere, engendrer, genitus, engendré ; grec, naître ; irl. gean, engendrer ; sanscrit, jan.

gent

GENT. n. f. (Pluriel : Gens.) Vieux mot qui signifiait Nation. La gent qui portait le turban, Les anciens Turcs, la nation des Turcs.

Il signifiait aussi Race. La gent marécageuse. Les grenouilles. La gent trotte-menu, Les souris. Fig., La gent moutonnière, Les personnes qui font ce qu'elles voient faire, qui suivent aveuglément l'exemple des autres, comme les moutons.

gent

Gent, f. singulier, Combien qu'il vienne de ce mot Latin, Gens, Ce neantmoins ne reçoit la lettre s sinon au pluriel, les gents, Natio. Ainsi dit on, Les Juifs sont une gent rebelle, Iudaeorum gens rebellis est. Gent, signifie aussi les hommes de la suite ordinaire d'un seigneur, comme, Le Duc s'en retourna avec sa gent vers Aigremont. Ce que l'Espagnol dit aussi, Se fuè con su gente. Le faste d'aujourd'huy le dit en pluriel: Mes gents, l'un de mes gents, pour, mes serviteurs, l'un de mes serviteurs.

Gens qui sont nez du lieu mesme où ils demeurent, Natio.

Gens qu'on ne sçait dont ils sont venus, desquels les predecesseurs n'ont point esté cogneuz, Noui homines.

Les gens qui regardent les jeux, Spectatores.

Si vous voulez estre dits gens de bien, Si vos vultis perhiberi probos.

Tant de gens de bien et d'apparence morts, Tot luminaribus extinctis.

Beaucoup de gens forts, Multi fortissimi viri.

Il y a moult de gens de bien qui, etc. Sunt permulti optimi viri qui, etc.

Qui diront les gens? Quis erit rumor populi.

Une ordonnance de gens de pied, estroicte de front et qui va en eslargissant, Cuneus.

Gens de mestier, Opifices et tabernarij.

Gens d'Eglise, Sacricolae. B. ex Tacito.

Gens qui ne se soucient pas fort d'amasser de grans biens, Homines male aut frigide de laribus suis meriti. B.

Il y a gens et gens, Homine homo interest, Non vnum est hominum meritum, Multae sunt notae hominum. B.

Qui sçait son entregent, Homo frontis vrbanae. B. ex Horatio.

Gens qui suivent les bonnes tables et friandes, Asseclae mensarum extructiorum. B.

Les gens du Roy, Procurantes lites regias, Regij cognitores, et aduocationes publicae, Aduocatio regia, siue regalis. B.

Les gens du Roy en sa Cour de parlement à Paris, Aduocatio triumuiralis, Magistratus tricipitis aduocationis, Triumuiri rerum fiscalium, actionumque popularium, Triumuiri aduocationis regiae ac publicae, Triumuiratus causarum fiscalium actionumque popularium. B.

Demander l'adjonction des gens du Roy, Regiae aduocationis fidem subscriptionemque implorare, Aduocationem regiam excitare. Bud.

Les gens du Roy ont prins grosses conclusions, Aduocatio regia atrox in reum vel in causam coorta est. Bud.

Les conclusions des gens du Roy leur ont esté adjugées par arrest de la Cour, Postulationem aduocationis regiae excepit Curiae arestum in eadem verba conceptum. B.

Gens à ce cognoissans, Existimatores eius generis, Existimatores huiusmodi rerum callentes. B.

Au dit de gens à ce cognoissans, Arbitratu spectatorum. B.

Les gens des contes, Praefecti rationum regiarum. B.

Gens de grand jugement, et qui ne laissent rien passer qui ne soit bien examiné, Aristarchi, B.

Gens qui plaident en bons mesnagers, Litigatores. B.

Les gens de robbe longue, Togata natio. B.

Les gens de robbe longue, et de conseil, Togati consulti. B.

Les gens tenans les requestes du Palais, Gentes libellorum Palatinorum, Septemuiri iurisdictionem basilicanam exercentes, Recuperatores basilicani siue Palatini. B.

Gens de guerre, Milites.

Gens de pied, Pedites. L'Espagnol et l'Italien dient Infanteria.

Gens de cheval, Equites. L'Espagnol et l'Italien Cavalleria.

Combien a-il de gens de pied et de cheval? Quantae illi peditum equitumque copiae sunt? Liu. lib. 22.

gent

Gent, m. adject. Est celuy qui se tient miste et propre, Concinnus, Belle compositus, Apte splendideque ornatus. Lequel mot proprement concerne la cointise de l'habillement, propreté et bienseance de l'habit sur la personne au lieu que Gentil concerne les actions, deportemens, la conversation et l'air ou façon de la personne.

Gente, f. penac. Ores est adject. voyez Gent. Ores substant. et signifie chasque piece de bois courbe, dont il y en a six en chaque rouë de charrette, ausquelles sont enchassez d'un bout les raiz partans du moyeu, et font la circonference de ladicte rouë, sur lesquelles on applique la ferrure. Ovide au 2. liv. de la Metamph. dit, -- aurea summae Curuatura rotae. --

Corps gent et menu, Corpus subtile vel gracile.

gent


GENT, s. f. [Jan: long. — Au pluriel gens sans t.] 1°. Nation. Au Singulier, il est surané. Dict. Gram. "La gent qui porte le turban; les Turcs, la Nation des Turcs. Suivant l'Acad. on ne s'en sert que dans la Poésie: elle ne dit point dans quel genre de Poésie; mais ce n'est certainement pas dans la haute. = Au pluriel, il n'est d'usage en ce sens que dans cette phrâse, le droit des gens. = 2°. Persones. C'est sa signification ordinaire. Il n'a point de Singulier. Il est masc. quand l'Adjectif suit, et fém. quand il précède: "Voilà des gens bien sots; ce sont de sotes gens. = Tout est excepté de la règle. On dit tous les jeunes gens, tous les honêtes gens, et toutes les vieilles~ gens, toutes les bones gens, etc. Ainsi, il est masc. quand l'Adjectif est du genre comun, ou des deux genres, et fém. quand l'Adjectif est fém. = Il est encore à remarquer que, quand dans la phrâse il y a un Adjectif devant gens, et un Adjectif ou un Participe après, on doit mettre le féminin devant, et le masculin après. C'est-là une des bisarreries de l'usage; mais ces sortes d'irrégularités font en partie la beauté des langues. On dira donc: il y a de certaines gens, qui sont bien sots: ce sont les meilleures gens, que j'aie jamais vus. BOUH. "Les vieilles gens sont soupçonneux. Acad. = * Bossuet a dit, de tels gens pour de telles gens; et j'ai lû récemment dans l'Ann. Litt. "Quelques Philosophes de ce siècle tristes et chagrins, sans en être meilleurs gens, et dans le Journ. gén. de Fr. "C' est une manie qu'ont les vieux gens de lettres d'écrire, et de paperasser comme les aûtres vieillards. — Ce qui a peut-être trompé ce dernier Écrivain, ordinairement très-correct, c'est qu'on dit tous les gens d'esprit, tous les gens de bien; mais tous est une exception à la Règle, comme nous l'avons dit plus haut. — Il faut donc dire, sans en être meilleures gens. Et pour gens de lettres, je ne voudrais dire ni vieux, ni vieilles: l'un et l'aûtre me choque. Je dirais. "C'est une manie des gens de lettres, quand ils sont vieux d'écrire, etc. = Avec ces, on ajoute , ou ci. On dit ces gens là, et non pas simplement ces gens, comme dit La Fontaine.
   Je crois que je deviendrai fou avec tous ces gens-ci.
       MOL.
= MÉNAGE a bien remarqué que gens ne se dit point d'un nombre déterminé, et qu'on ne dit point quatre gens, six gens etc. ("Il y a là vingt gens, qui sont fort assurés de n'entrer point. Mol. — On doit alors se servir du mot persones.) Mais quand on met un Adjectif ou quelqu'autre chôse devant gens, alors on peut y joindre un nombre déterminé. On dit aussi cent gens, mille gens; mais là cent et mille signifient un nombre indéterminê. C'est le sexcenti des Latins. BOUH. = Plusieurs et quelques ne s'allient pas bien avec gens. On doit dire, plusieurs persones, quelques persones. * On ne dit pas, comme a fait Regnard. "Plusieurs gens l'ont tenté inutilement; ni comme La Touche. "On ne doit pas l'employer à tout propôs, comme font quelques gens. = Gens se dit quelquefois sans article. "Gens qui se conaissent en allégories, etc. "Il avait à faire à gens, dont l'obstination était au dessus de ses artifices. "Tous gens à beaucoup entreprendre. J. J. Rouss. = Gens, persones (syn.) Le 1er dit quelque chôse de général, et de vague; le 2d quelque chôse de particulier, et de déterminé. Vous direz plutôt gens, lorsque vous parlerez d'une foule ou d'un nombre confus, sans conoître ni pouvoir spécifier qui: vous direz persones, lorsque vous pourrez parler de tels et tels, sans vouloir les nomer. Un bruit vague, ce sont des gens, qui le répandent: un raport particulier, ce sont des persones, qui le font, etc. ROUB. SYNON. = 3°. Gens, se dit pour les Domestiques mâles, comme femmes, tout seul pour les femmes de chambre. "Sont-ce là vos gens? Est-ce un des gens de Monsieur, que je viens d' entendre avec vous? Marm. = 4°. Ceux qui sont d'un même parti: "Nos gens ont batu les vôtres: ils ont été batus; ou d'une même partie: "Tous nos gens sont arrivés. = 5°. Suivi de la prép. de, il désigne une profession, une qualité, comune à plusieurs. "Les gens de lettres; les gens d'Église; les gens de robe, de finance; les gens de mer; les gens de bien. Ce sont toutes expressions consacrées: il n'est pas permis d'en inventer de nouvelles. On dirait mal, les gens d'écriture; pour dire, les Négocians, les Écrivains. "Plusieurs gens de plume, dit M. Le Suirre... ont formé des entreprises littéraires. — L'expression est ridicule. "Les atteintes de l'envie sont inséparables des gens d'Arts, comme des gens de Lettres. L'Ab. Fontenai. — Les gens d'Arts n'est pas une locution admise par l'usage. Si c'est un néologisme, il n'est pas heureux. — Voy. Lettres.

gent


*GENT, GENTE, adj. Il s' est dit autrefois pour gentil, gentille.
   Gente de corps et de façon.
       Marot.
  De gent amour la belle trame.
      Idem.
Il n'est plus bon que pour le style marotique.
   Gente épigramme, et plaisante satyre.
       Rouss.