grâce


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grâce

n.f. [ lat. gratia ]
1. Faveur que l'on fait sans y être obligé ; bonne disposition, bienveillance : Demander, accorder une grâce. Il nous a fait la grâce de venir amabilité, gentillesse, honneur, obligeance
2. Dans la langue juridique, remise partielle ou totale de la peine d'un condamné ou substitution d'une peine par une peine plus légère ; mesure de clémence : Obtenir la grâce d'un prisonnier amnistie, pardon
3. Dans la religion chrétienne, don surnaturel que Dieu accorde en vue du salut : S'en remettre à la grâce de Dieu secours
4. Action de reconnaître un bienfait et de remercier la personne à qui on le doit : Rendre grâce ou grâces à qqn lui témoigner sa gratitude
5. Beauté, charme particulier : Marcher, danser avec grâce élégance, légèreté ; lourdeur, maladresse attrait
Agir de bonne, de mauvaise grâce,
agir avec bonne, mauvaise volonté.
Coup de grâce,
coup qui donne la mort, qui achève un animal blessé pour mettre fin à ses souffrances ; fig., coup, épreuve ultimes qui achèvent d'abattre, de vaincre une personne en difficulté : Cette trahison lui a donné ou porté le coup de grâce.
Crier ou demander grâce,
se déclarer vaincu.
De grâce !,
par pitié !
État de grâce,
état de celui auquel Dieu accorde le salut ; fig., période où tout semble favorable, où tout paraît possible.
Être en grâce auprès de qqn,
jouir de sa faveur.
Faire grâce de,
dispenser, épargner : Faites-moi grâce de tous ces détails !
Grâce !,
interjection pour demander à être épargné : Grâce ! Laissez-nous la vie sauve !
Grâce à,
par l'action heureuse de, avec l'aide de : Le projet a été accepté grâce à vous. Grâce à Internet, j'ai pu lui envoyer rapidement ces documents.
Grâce à Dieu,
par bonheur : Grâce à Dieu, la catastrophe a été évitée.

grâces

n.f. pl.
Prière de remerciement dite au moment du repas : Dire les grâces.
Action de grâces,
prière adressée à Dieu en reconnaissance de ses dons.
Faire des grâces,
Vieilli minauder, faire des manières.
Les bonnes grâces de qqn,
ses faveurs : Rechercher, gagner, perdre les bonnes grâces de qqn.

GRÂCE

(grâ-s') s. f.
Ce qui plaît dans les attitudes, les manières, les discours (c'est le sens premier et étymologique).
Certes, vous avez grâce à conter ces merveilles [CORN., Ment. I, 5]
Et la grâce plus belle encor que la beauté [LA FONT., Adonis.]
Clitandre auprès de vous me fait son interprète, Et son cœur est épris des grâces d'Henriette [MOL., F. sav. II, 3]
Sa grâce et sa vertu sont de douces amorces [ID., l'Ét. III, 2]
Considérez la princesse ; représentez-vous cet esprit qui, répandu par tout son extérieur, en rendait les grâces si vives [BOSSUET, Duch. d'Orl.]
Le matin elle fleurissait, avec quelles grâces, vous le savez ; le soir nous la vîmes séchée ; et ces fortes expressions par lesquelles l'Écriture sainte exagère l'inconstance des choses humaines devaient être pour cette princesse si précises et si littérales [ID., ib.]
Faites-nous voir, si vous le pouvez, toutes les grâces de cette douce éloquence qui s'insinuait dans les cœurs par des tours si nouveaux et si naturels [ID., Anne de Gonz.]
Tant de biens, tant de grâces qui accompagnaient la princesse palatine lui attiraient les regards de toute l'Europe [ID., ib.]
Elle sut conserver avec une grâce, comme avec une jalousie particulière, ce qu'on appelle en Espagne les coutumes de qualité [ID., Mar.-Thér.]
Je ne trouve qu'en vous je ne sais quelle grâce Qui me charme toujours et jamais ne me lasse [RAC., Esth. II, 7]
Oui, vos moindres discours ont des grâces secrètes [ID., ib. III, 4]
Vous savez la grâce dont elle est à cheval [HAMILT., Gramm. 11]
C'était même une de ses grâces que de ne point songer à en avoir [MARIV., Pays. parv. 4e part.]
Elle l'embellissait de toutes les grâces de son caractère, et ces grâces-là n'ont point d'âge [ID., Marianne, 6e part.]
La grâce en s'exprimant vaut mieux que ce qu'on dit [VOLT., Trois manières.]
La grâce en peinture, en sculpture, consiste dans la mollesse des contours, dans une expression douce ; et la peinture a, par-dessus la sculpture, la grâce de l'union des parties, celle des figures qui s'animent l'une par l'autre et qui se prêtent des agréments par leurs attributs et leurs regards [ID., Dict. phil. Grâce.]
La voix d'un orateur qui manquera d'inflexion et de douceur sera sans grâce [ID., ib.]
Tant de prétentions, tant de petites grâces Que je mets, vu leur date, au nombre des grimaces [GRESSET, Méchant, IV, 9]
La grâce n'appartient guère qu'aux natures délicates [DIDEROT, Pensées sur la peint. Œuv. t. XV, p. 229, dans POUGENS.]
L'enfant a de la grâce ; il la conserve dans l'âge adulte, elle s'affaiblit dans l'âge viril, elle se perd dans la vieillesse [ID., ib.]
Qui peut résister aux séductions de la grâce ? fût-elle même dédaigneuse, elle serait encore toute - puissante [STAËL, Corinne, VI, 1]
Là sous la douleur qui le glace, Ton sourire perdit sa grâce [LAMART., Méd. II, 1]
Familièrement et ironiquement. Faire ses grâces, se donner des grâces, vouloir prendre un air gracieux, des façons gracieuses. Étaler ses grâces se dit à peu près dans le même sens. Bonne grâce, grâce relevée de quelque chose de simple, de franc et de libre.
Si quelqu'une est difforme, elle aura bonne grâce [RÉGNIER, Sat. VII]
Pleine d'appas, jeune et de bonne grâce [LA FONT., Or.]
Pour sa personne, elle vous plairait sans beauté, parce qu'elle est d'une taille parfaite, et d'une bonne grâce à tout ce qu'elle fait [SÉV., 286]
Nous ne sommes pas de votre opinion, Mme de Coligny et moi, sur la critique que vous faites de la maxime qui dit que la bonne grâce est au corps ce que le bon sens est à l'esprit ; nous croyons que M. de la Rochefoucauld veut dire que le corps sans la bonne grâce est aussi désagréable que l'esprit sans le bon sens ; et nous trouvons cela vrai ; nous croyons encore qu'il y a de la différence entre la bonne grâce et le bon air, que la bonne grâce est naturelle, et le bon air acquis ; que la bonne grâce est jolie, et le bon air beau ; que la bonne grâce attire l'amitié, et le bon air l'estime [BUSSY, Lett. à Corbinelli, 31 déc. 1678, t. v, p. 512, de SÉV. édit. RÉGNIER.]
Certain air de dévotion, Lorsque l'on n'est plus jeune, a toujours bonne grâce [DESHOULIÈRES, t. II, p. 71]
Bonne grâce, se dit aussi des choses.
Oui, mais notre retour aurait-il bonne grâce ? [MAIRET, Soliman, I, 2]
En un sens opposé, mauvaise grâce. Personne de mauvaise grâce. Mauvaise grâce, se dit aussi des choses.
Que tout cet artifice est de mauvaise grâce ! [CORN., Poly. v, 3]
La menace impuissante est de mauvaise grâce [ID., Perthar. I, 4]
Et ce qui leur sied bien, dans ces commencements, En nous, vieux mariés, aurait mauvaise grâce [MOL., Amph. I, 4]
Que la plaisanterie est de mauvaise grâce ! [ID., Mis. I, 1]
De bonne grâce, volontiers, sans répugnance, sans se faire prier.
Nous le recevrons lors de bien meilleure grâce [CORN., Rodog. II, 3]
Cédons de bonne grâce, et d'un esprit content Remettons à Dircé tout ce qu'elle prétend [ID., Œdipe, I, 5]
Il a voulu faire les choses de bonne grâce, et vous pouvez lui donner ma sœur [MOL., Mar. forcé, I, sc. dern.]
La bonne grâce qui donne tant de prix aux petits services [BERN. DE ST-P., Paul et Virg.]
De mauvaise grâce, avec un air mal gracieux, à regret, comme par contrainte.
Il ne sait pas faire les choses de mauvaise grâce [SÉV., 578]
Je n'ai pas assurément à me reprocher d'avoir mal répondu dans mon cœur à ses bontés, mais bien d'y avoir répondu quelquefois de mauvaise grâce, tandis qu'il mettait lui-même une grâce infinie dans la manière de me les marquer [J. J. ROUSS., Confess. x.]
N'avoir pas bonne grâce, avoir mauvaise grâce de faire ou à faire telle ou telle chose, faire quelque chose qui est contre la raison ou contre la bienséance. Un fils n'a pas bonne grâce de plaider contre son père.
Vous avez mauvaise grâce de parler de la sorte [HAUTEROCHE, Crisp. médec. III, 6]
Agréments dans les choses, les animaux, La grâce et la légèreté du cerf.
Il [son habit de bergère] avait une telle grâce sur elle, que, si son ennemie l'eût vue avec cet habit, elle [Vénus] lui en aurait donné un de déesse en la place [LA FONT., Psyché, t. II, p. 154]
La qualité d'ambassadeur Peut-elle s'abaisser à des contes vulgaires ? Vous puis-je offrir mes vers et leurs grâces légères ? [ID., Fabl. VIII, 4]
Tout reçoit dans ses mains une nouvelle grâce [BOILEAU, Art p. III]
Tu [la paix] pares nos jardins d'une grâce nouvelle, Tu rends le jour plus pur et la terre plus belle [RAC., Idylle sur la paix.]
Les grâces dont la nature a orné la campagne [FÉN., Tél. II]
Par extension.
Quelque grâce qu'aient à ses yeux [de Jésus-Christ] les larmes d'un pénitent [BOSSUET, 1er sermon, Nativité de la Ste Vierge, 1]
Qualité du style qui consiste surtout à exprimer ses pensées d'une manière élégante, sans aucune peine apparente ; c'est l'élégance unie à la facilité.
Les grâces de la diction, soit en éloquence, soit en poésie, dépendent du choix des mots, de l'harmonie des phrases, et encore plus de la délicatesse des idées et des descriptions riantes [VOLT., Dict. ph. Grâce.]
L'abus des grâces est l'afféterie, comme l'abus du sublime est l'ampoulé ; toute perfection est près d'un défaut [ID., ib.]
Cette expression a de la grâce, elle donne du charme au passage où elle est placée.
Terme de mythologie, qui est la personnification du sens de gracieux. Nom donné aux trois déesses compagnes de Vénus (on met un grand G). Les trois Grâces, Aglaé, Thalie et Euphrosyne.
Dans les personnes, dans les ouvrages, grâce signifie non-seulement ce qui plaît, mais ce qui plaît avec attrait ; c'est pourquoi les anciens avaient imaginé que la beauté ne devait jamais paraître sans les Grâces [VOLT., Dict. phil. Grâce.]
Fig. Sacrifier aux Grâces, avoir une grande élégance dans ses manières, dans ses discours.
J'ai sacrifié aux Grâces [dit le hibou], Vénus a mis sur moi sa ceinture dès ma naissance [FÉN., t. XIX, p. 44]
Fig. Les Grâces présidèrent à sa naissance, les Grâces ont pris soin de la former, se dit d'une femme, d'un enfant qui a beaucoup de grâces naturelles.
Vous parlerai-je de ses pertes et de la mort de ses chers enfants ? ils lui ont tous déchiré le cœur ; représentons-nous ce jeune prince, que les Grâces semblaient avoir elles-mêmes formé de leurs mains ; pardonnez-moi cette expression ; il me semble que je vois encore tomber cette fleur [BOSSUET, Marie-Thér.]
On dit dans le même sens : Les récits de cet auteur semblent dictés par les Grâces ; Les Grâces accompagnent ses pas.
Terme de tapissier. Les bonnes grâces d'un lit, les étoffes qu'on attache vers le chevet et vers les pieds du lit, pour accompagner les grands rideaux ; il ne se dit plus qu'en parlant des lits à l'ancienne mode.
On appelle bonnes grâces les demi-rideaux d'un lit qui sont aux deux côtés du chevet [VOLT., Dict. phil. Grâce.]
Jeu des grâces, jeu analogue au jeu de volant, et qui se joue avec un petit cerceau et des bâtonnets, ainsi nommé parce que les bras s'y développent avec grâce.
Par extension du sens de gracieux, bienveillance qu'une personne accorde à une autre.
Je puis croire pourtant, Sans trop de vanité, que je suis en sa grâce [MOL., le Dép. I, 3]
Et remettez le fils en grâce avec le père [ID., Tart. IV, 1]
De plus coupables y entraient en grâce dès qu'ils le voulaient [HAMILT., Gramm. 5]
Le duc de Bouillon, reçu en grâce à la cour, et raccommodé en apparence avec le cardinal, jura d'être fidèle [VOLT., Mœurs, 76]
Être en grâce auprès du prince, ou de quelque personne puissante, lui plaire, avoir sa bienveillance, sa faveur. Fig. Être en grâce avec l'argent, avoir de l'argent.
Vous voilà donc en grâce avec l'argent comptant [RÉGNARD, Joueur, III, 6]
Fig. Rentrer en grâce, se plaire de nouveau à.
La médiocrité [fortune médiocre] revient, on lui fait place ; Avec elle ils rentrent en grâce [LA FONT., Fabl. VII, 6]
Revenir en grâce, plaire de nouveau.
Le café pourra revenir en grâce [SÉV., 478]
Bonnes grâces, faveur, bienveillance, amitié.
Pour gagner les bonnes grâces du victorieux [CORN., Ex. de Pomp.]
Pour acquérir les bonnes grâces de la Vierge Marie [PASC., Prov. IX]
Les Ariens cachèrent leurs erreurs, et rentrèrent dans ses bonnes grâces [de Constantin] en dissimulant [BOSSUET, Hist. I, 11]
Elle livra aux Romains une place de grande importance, où étaient les trésors de Mithridate, pour mettre son fils dans les bonnes grâces de Pompée [RAC., Mithr. Préf.]
Bonnes grâces, en parlant d'une femme, amour, faveurs.
Le bruit commun était qu'il avait eu ses bonnes grâces, avant qu'elle fût mariée [HAMILT., Gramm. 8]
Il [Alcibiade] sut si bien gagner les bonnes grâces de la femme du roi Agis, qu'il en eut un fils, qu'on appelait en public Léotychide, mais que sa mère en particulier, parmi ses femmes et ses amies, ne rougissait point d'appeler Alcibiade [ROLLIN, Hist. anc. Œuv. t. III, p. 645, dans POUGENS]
Un musicien, David Rizzio, fut trop avant dans ses bonnes grâces [de Marie Stuart] [VOLT., Mœurs, 169]
Ce qui est accordé à quelqu'un comme lui étant agréable, utile, sans lui être dû strictement (c'est un sens détourné du sens de gracieux, agréable).
Je demande la mort pour grâce ou pour supplice [CORN., Hor. IV, 7]
On lui dit qu'au Japon La fortune pour lors distribuait ses grâces [LA FONT., Fabl. VII, 12]
Un fort honnête médecin, dont j'ai l'honneur d'être le malade, me promet et veut s'obliger par-devant notaire de me faire vivre encore trente années, si je puis lui obtenir une grâce de Votre Majesté [un canonicat pour son fils] [MOL., Tart. 3e placet.]
Pour les grâces du roi, il faut toujours les espérer quand on les mérite toujours comme M. de Grignan [SÉV., 312]
Donnez des grâces aux familles qui augmentent la culture [FÉN., Tél. XI]
Fig.
Ainsi les cœurs sont saisis d'une joie soudaine par la grâce inespérée d'un beau jour d'hiver, qui, après un temps pluvieux, vient réjouir tout d'un coup la face du monde [BOSSUET, Marie-Thér.]
Demander en grâce, demander comme une grâce, c'est-à-dire instamment.
Elle a demandé en grâce de venir dans le diocèse de Meaux [BOSSUET, Lett. quiét. 116]
Faire la grâce de, formule de politesse.
C'est trop de grâce que vous me faites [MOL., Pourc. I, 5]
Je ne suis nullement surpris, monsieur, d'apprendre par la lettre que vous m'avez fait la grâce de m'écrire, que plusieurs personnes sont mal édifiées de vous voir communier presque tous les jours [FÉN., t. XVII, p. 497]
Il ne me reste plus qu'à vous remercier de vos observations ; s'il vous en vient quelques-unes, faites-moi la grâce de me les communiquer [DIDER., Lett. sur les sourds-muets.]
Grâce expectative, rescrit du pape qui ordonne au collateur de donner le premier bénéfice vacant de sa collation à une personne que ce rescrit désigne. Chevaliers de grâce, ceux qui étaient dispensés de faire preuve de noblesse à la rigueur, dans les ordres de chevalerie. Commanderies de grâce, celles dont le grand maître d'un ordre a la libre disposition, par opposition à commanderies de rigueur, celles que les chevaliers obtiennent à leur rang. Dieu grâce, la grâce à Dieu, par la faveur du ciel.
C'est que la pauvreté comme moi les affole, Et que, la grâce à Dieu, Phébus et son troupeau, Nous n'eûmes sur le dos jamais un bon manteau [RÉGNIER, Sat. II]
Ils sont, Dieu grâce, madame, en parfaite santé [MOL., Comtesse, 17]
Cela lui vient de la grâce de Dieu, cela lui vient de Dieu grâce, c'est une chose avantageuse qu'il obtient sans qu'il y ait contribué par ses soins ou ses efforts.
Il [Chevreuse] était presque sans ressource, lorsque le gouvernement de Guyenne lui tomba de Dieu grâce, sans qu'il y eût pensé [SAINT-SIMON, 336, 155]
Cette chose est venue de la grâce de Dieu, c'est-à-dire qu'on ne sait d'où elle est venue. Par la grâce de Dieu, formule que les princes souverains ont coutume de mettre dans leurs titres.
Le roi reçut son hommage, et lui permit de se dire prince d'Orange par la grâce de Dieu, de battre monnaie, de donner rémission, hors pour le crime d'hérésie et de lèse-majesté [DUCLOS, Hist. de Louis XI, Œuv. t. III, p. 65, dans POUGENS.]
Dans le style badin.
Lise qui règne par la grâce Du dieu qui nous rend tous égaux [BÉRANG., Polit.]
De grâce, par grâce, par pure bonté.
On vous donne, de grâce, une heure à vous résoudre [CORN., Théod. III, 1]
De grâce, achevez [ID., Cid, I, 9]
Profitons de l'instant que de grâce il nous donne [BOILEAU, Épît. III]
Mais, de grâce, est-ce à moi que ce discours s'adresse ? [RAC., Andr. II, 2]
De sa grâce, par sa pure et simple volonté, de son chef.
Le pédant, de sa grâce, Accrut le mal en amenant Cette jeunesse mal instruite [LA FONT., Fabl. IX, 5]
Votre cœur magnifique Me promit de sa grâce une bague.... [MOL., Dép. amour. I, 2]
Revel était frère de Broglie, que M. le duc fit, de sa grâce, en son temps maréchal de France [SAINT-SIMON, 187, 248]
Terme de théologie qui provient du sens précédent, la grâce étant une faveur. Secours intérieur accordé par le ciel pour l'exercice du bien et pour la sanctification.
Il [Dieu] est toujours tout juste et tout bon ; mais sa grâce Ne descend pas toujours avec même efficace ; Après certains moments que perdent nos longueurs, Elle quitte ces traits qui pénètrent nos cœurs [CORN., Poly. I, 1]
Nous appelons grâce actuelle une inspiration de Dieu par laquelle il nous fait connaître sa volonté et par laquelle il nous excite à la vouloir accomplir [PASC., Prov. IV]
La conduite de Dieu, qui dispose toutes choses avec douceur, est de mettre la religion dans l'esprit par les raisons, et dans le cœur par la grâce [ID., Pensées, art. XXIV, 3, édit. LAHURE, 1860]
Je crois, comme vous, qu'il faut un peu de grâce et que la philosophie seule ne suffit pas [SÉV., 96]
On peut voir dans le même colloque l'état présent des controverses en Allemagne entre les luthériens et les calvinistes, et on voit que la doctrine constante des théologiens de la confession d'Augsbourg est que la grâce est universelle [BOSSUET, Var. XIV, § 106]
Le temps a été court, je l'avoue ; mais l'opération de la grâce a été forte ; mais la fidélité de l'âme a été parfaite.... la grâce, cette excellente ouvrière, se plaît quelquefois à renfermer en un jour la perfection d'une longue vie [ID., Duch. d'Orl.]
Quoique, sans menacer et sans avertir, elle [la mort] se fasse sentir tout entière dès le premier coup, la grâce, plus active encore, l'a déjà mise [la princesse] en défense [ID., ib.]
L'opération de la grâce se reconnaît dans les fruits [ID., Anne de Gonz.]
Quand on a connu Jésus-Christ et qu'on a eu part à ses grâces [ID., ib.]
Il ne faut point manquer à de telles grâces, ni les recevoir avec mollesse : la prin cesse palatine change en un moment tout entière.... [ID., ib.]
Ce nom nouveau du Sauveur est celui de l'Eucharistie, nom composé de biens et de grâces [ID., Mar.-Thér.]
Il ne faut qu'une passion d'envie pour anéantir dans nous tous les effets de la grâce [BOURDAL., Myst. Passion de J. C. t. I, p. 260]
Les grâces de Dieu ne sont pas seulement pour nous des dons de Dieu, ni des bienfaits de sa miséricorde, mais de grandes charges devant Dieu [ID., Dim. de la Sexag. Dominic. t. I, p. 417]
Grâces délicates, parce qu'on les perd aisément, et que Dieu nous en prive quelquefois pour les plus légères infidélités [ID., 9e dim. après la Pentec. Dominic. t. III, p. 155]
La grâce qui est en nous n'est autre chose que la grâce de la pénitence, et par conséquent de l'humilité même [BOURDAL., Purif. de la Vierge, Myst. t. II, p. 176]
Pour ressusciter dans la gloire, il faut par une sainte persévérance mourir dans la grâce [ID., Myst. Rés. de J. C. t. I, p. 359]
Ô grâce, ô rayon salutaire, Viens me mettre avec moi d'accord ; Et, domptant par un doux effort Cet homme qui t'est si contraire, Fais ton esclave volontaire De cet esclave de la mort [RAC., Cantique 3]
Fig.
Je vous ai déjà dit qu'il me fallait du temps [pour faire une tragédie], de la santé et flatus divinus ; j'attends le moment de la grâce [VOLT., Lett. d'Argental, 3 mai 1756]
Grâce suffisante, grâce donnée généralement à tous les hommes, soumise de telle sorte au libre arbitre qu'il la rend efficace ou inefficace à son choix, sans aucun nouveau secours de Dieu. La grâce justifiante, celle qui rend juste intérieurement.
Il faut que cette plante divine [la dilection] ne soit pas seulement semée, mais qu'elle ait commencé de prendre racine dans l'âme avant qu'elle reçoive la grâce justifiante [BOSSUET, Sermons, Vérit. convers. 3]
On dit dans le même sens, grâce sanctifiante.
Quand je dis la grâce, j'entends celle que les théologiens appellent grâce sanctifiante et qui est en nous le plus précieux de tous les dons de Dieu [BOURD., Myst. Concept. de la Vierge, t. II, p. 4]
Grâces naturelles, dons naturels que la Providence accorde aux gentils comme aux chrétiens, aux méchants comme aux bons. Grâces surnaturelles, celles qui ont rapport au salut éternel. L'ordre de la grâce, l'ensemble des secours de la grâce que Dieu donne aux hommes.
Tant que nous sommes détenus dans cette demeure mortelle, nous vivons assujettis aux changements, parce que, si vous me permettez de parler ainsi, c'est la loi du pays que nous habitons ; et nous ne possédons aucun bien, même dans l'ordre de la grâce, que nous ne puissions perdre un moment après par la mutabilité naturelle de nos désirs [BOSSUET, Duch. d'Orl.]
Être en état de grâce, n'avoir sur la conscience aucun péché mortel. Grâce d'état.
C'est un état où Dieu, par une suite immanquable, donne à chacun des grâces de salut et de sanctification, et non-seulement des grâces communes, mais des grâces propres et particulières que nous appelons pour cela des grâces de l'état [BOURD., Pensées, t. I, p. 76]
Il donne la grâce de commander à celui qui doit commander, et la grâce d'obéir à celui qui doit obéir [ID., 10e dim. après la Pentec. Dominic. t. III, p. 220]
Grâce d'état, se dit, dans le langage familier, des illusions attachées à une condition et qui la rendent supportable. Ordinairement les malades de la poitrine ne se voient pas en aussi grand danger qu'ils sont, c'est une grâce d'état. An de grâce, se dit des années de l'ère chrétienne. Calendrier pour l'an de grâce 1865. Hors de cette phrase, il ne se dit guère qu'en plaisantant.
Coup de grâce, dernier coup que l'exécuteur appliquait sur l'estomac du patient roué vif, et qui, hâtant sa fin, semblait une sorte de miséricorde. Fig. Ce qui achève de ruiner, de perdre quelqu'un. Vous lui avez porté le coup de grâce.
Je fus hué : ce dernier coup de grâce M'allait sans vie étendre sur la place [VOLT., Pauvre diable.]
10° Ancien terme de commerce. Jours de grâce, délai de dix jours accordé à celui sur lequel une lettre de change était tirée.
Cela est échu, mais j'ai encore les dix jours de grâce [DANCOURT, les Agiot. II, 1]
On disait dans le même sens : délai de grâce. Dans le langage général, ce qui est accordé au delà du terme ordinaire. Des jours chauds au mois de décembre sont des jours de grâce. J'ai quatre-vingts ans, toutes les années que je vivrai seront des années de grâce.
11° Pardon, indulgence (le pardon étant une sorte de faveur).
Je voudrais comme vous faire grâce à son âge [CORN., Sertor. II, 1]
Il ne faut point de grâce à qui se voit sans crime [ID., Perthar. v, 2]
J'aurais peine, seigneur, à lui refuser grâce [ID., Sertor. I, 3]
Reine, voyez pour qui vous me demandiez grâce [ID., Pomp. IV, 5]
Et l'on donne grâce aisément à ce dont on n'est pas le maître [et nous pardonnons aisément des transports dont on n'est pas le maître] [MOL., Amph. II, 6]
Elle a vu venir le coup sans demander grâce [FLÉCH., Mme de Montausier.]
Dieu ne fait jamais grâce à qui ne l'aime point [BOILEAU, Épit. XI]
S'il venait à mes pieds me demander sa grâce [RAC., Andr. II, 1]
Trouver grâce aux yeux, devant les yeux, être excusé, pardonné.
Crois qu'un bonze modeste, un dervis charitable Trouvent plutôt grâce à ses yeux [de Dieu] Qu'un janséniste impitoyable Ou qu'un pontife ambitieux [VOLT., Pour et contre.]
Eh quoi ! devant vos yeux nos tyrans trouvent grâce ! [DELAV., Vêpres sicil. sc. suppr.]
Il signifie aussi, plaire, gagner la faveur ; ne se dit que d'une personne inférieure à l'égard d'une autre.
Esther lui plut et trouva grâce devant lui [SACI, Bible, Esther, II, 9]
Mme de T. a trouvé grâce devant Mme de Montespan [SÉV., 370]
Devant ses yeux cruels une autre a trouvé grâce [RAC., Phèd. IV, 5]
Seigneur, si j'ai trouvé grâce devant vos yeux [ID., Esth. II, 7]
Faire une grâce, faire grâce à quelqu'un, lui accorder ce qu'il ne pourrait justement exiger. En vous accordant cela, on vous fait une grâce.
En ce mauvais monde où nous vivons, quand on nous fait justice, imaginons-nous qu'on nous fait grâce [BALZ., De la cour, 6e disc.]
Ironiquement et familièrement. Vous me faites là une belle grâce. Voilà vraiment une belle grâce. Faire trop de grâce, se dit ironiquement de quelqu'un qui reçoit hautainement des avances, des compliments, qui se prête hautainement à telle ou telle chose.
Comme un homme qui fait trop de grâce de se laisser louer [FÉN., Tél. XI]
Faire grâce de, ne pas exiger. Il lui a fait grâce d'une partie de sa dette.
On fait grâce d'une chose en s'emparant du reste ; les commis lui prirent tous ses effets, et lui firent grâce de son argent [VOLT., Dict. phil. Grâce.]
Fig. Faire grâce de, épargner quelque chose à quelqu'un. Il m'a lu tout son poëme, sans me faire grâce d'un hémistiche.
Le reste des idées de cet auteur [Bohemius] sont de la même force, et nous en ferons grâce au lecteur [DIDEROT, Opin. des anc. philos. (Théosophes).]
Absolument. Grâce ! ne continuez pas. Grâce ! ce que vous me dites me peine. Par ironie. Faites-moi grâce de vos observations, épargnez-les-moi. Faire grâce, avec un nom de chose pour sujet, être une grâce, une faveur.
Mon refus lui fait grâce, et, malgré ses désirs, J'épargne à sa vertu d'éternels déplaisirs [CORN., Nicom. III, 2]
Fig. Faire grâce à quelque chose, l'accepter.
Je suis comme vous, je fais grâce à l'esprit en faveur des sentiments [SÉV., Lett. 5 août 1675]
12° Particulièrement, remise de la peine que le prince fait à un condamné. Le souverain a le droit de grâce. Recours en grâce. Il a obtenu sa grâce. Signer une grâce.
J'ai eu ma grâce de cette affaire. - Oui, mais cette grâce n'éteint pas peut-être le ressentiment des parents et des amis [MOL., D. Juan, I, 2]
Le prince perdrait le plus bel attribut de sa souveraineté, qui est celui de faire grâce [MONTESQ., Esp. VI, 5]
Lettres de grâce, ou, simplement, grâce, lettres par lesquelles le souverain accorde la grâce d'un criminel.
C'est un grand ressort des gouvernements modérés que les lettres de grâce ; ce pouvoir que le prince a de pardonner, exécuté avec sagesse, peut avoir d'admirables effets [MONTESQ., Esp. VI, 16]
Absolument. Grâce ! Demander grâce, crier grâce !
13° Remercîment, témoignage de reconnaissance (le remercîment étant quelque chose de gracieux).
Je rends grâces aux dieux de n'être pas Romain [CORN., Hor. II, 3]
Mme de Lafayette vous rend mille grâces [SÉV., 1]
M. le cardinal vous rend grâces très humbles [BOSSUET, Lett. abb. 111]
Il rendit grâces aux dieux par d'innombrables sacrifices [FÉN., Tél. VIII]
On dit aussi actions de grâces. Rendre des actions de grâces.
[Après la bataille de Rocroi] l'armée commença l'action de grâces ; toute la France suivit ; on y élevait jusqu'au ciel le coup d'essai du duc d'Enghien [BOSSUET, Louis de Bourbon.]
Fig. Rendre grâce à quelque chose, attribuer à quelque chose une action favorable.
Rendez grâce au seul nœud qui retient ma colère [RAC., Iphig. IV, 6]
Grâce à Dieu, grâce au ciel, par la faveur du ciel, heureusement, par bonheur. Il se porte mieux, grâce à Dieu. On dit aussi grâces au ciel dans la poésie ou le style élevé.
Enfin, grâces aux dieux, j'ai moins d'un ennemi [CORN., Rodog. v, 1]
Grâces au ciel, mes mains ne sont point criminelles ! [RAC., Phèdre, I, 3]
Ironiquement.
Grâce aux dieux, mon malheur passe mon espérance [RAC., Andr. v, 5]
Grâce à vous, grâce à vos soins, formules polies de remercîment. Grâce à, grâces à, quand il s'agit de choses, signifie : par elles, par leur action.
Comme le nombre d'œufs, grâce à la renommée, De bouche en bouche allait toujours croissant [LA FONT., Fabl. VIII, 6]
Grâce à vos opinions nous avons.... [PASC., Prov. v.]
Grâce aux préventions de son esprit jaloux, Nos plus grands ennemis ont combattu pour nous [RAC., Brit. v, 1]
Ironiquement. Grâce à votre maladresse.
14° Au plur. Prière que l'on fait après le repas. Dire grâces. Les grâces dites. Fig. et familièrement. Dire grâces avant le bénédicité, intervertir l'ordre des choses, et, par exemple, vivre maritalement avant d'avoir contracté le mariage.
On me reproche de dire grâces sans avoir dit bénédicité [VOLT., Babyl. 11]
Fig. Venir dire grâce ou des grâces, aller remercier son bienfaiteur. Beaucoup sollicitent ; peu, après qu'ils ont obtenu, viennent dire grâces.
15° Titre d'honneur des ducs d'Angleterre. Sa Grâce le duc de.... Grâce, en cet emploi, prend un G majuscule.
16° Grâce de saint Paul, nom donné, dans l'île de Malte, à une terre blanche qui passe pour un remède contre la morsure des vipères, ainsi dite de saint Paul qui y fut mordu par un serpent.

REMARQUE

  • 1. On a disputé entre les grammairiens du XVIIe siècle si, à côté de grâces à Dieu, on pouvait dire aussi grâce à Dieu. Vaugelas condamnait le singulier, parce qu'en ce sens grâces vient de la prière dite grâces. Mais l'usage a prévalu de dire indifféremment le pluriel et le singulier.
  • 2. On a aussi discuté la question de savoir si l'on pouvait dire indifféremment gagner les bonnes grâces et gagner la bonne grâce de quelqu'un. L'usage s'est prononcé pour le pluriel.
  • 3. Le Dieu grâce, la grâce Dieu, sont des archaïsmes représentant Dei gratia, gratia Dei, et très corrects alors que la langue avait deux cas, Dieus, du lat. Deus, Dieu, du lat. Dei ou Deo.

SYNONYME

  • GRÂCE, FAVEUR. Êtymologiquement, grâce est ce qui est agréable, qui vient à gré ; faveur est ce qui favorise. De là naît la nuance quand ces deux mots se touchent ; grâce emporte toujours avec soi quelque chose de son sens étymologique.

HISTORIQUE

  • XIIe s.
    Par la Deu grace qui en la crois fu mis [, Ronc. p. 71]
    J'alasse à Dieu graces et merciz rendre De ce que.... [, Couci, XXIV]
    Quant est desordenez [il a perdu la prêtrise], s'il puet à Rome aler, S'il i puisse la grace l'apostolie [pape] encontrer, Qu'il lui duinse [donne] cungié sulement de chanter [, Th. le mart. 30]
  • XIIIe s.
    Et par la grace de Dieu si advint que li quens [comte] Thiebaus de Champaigne et de Brie prist la crois [VILLEH., II]
    Et avint qu'il fu esleus des barons d'Alemaigne à roi d'Alemaigne par la grasse del pape [, Chr. de Rains, p. 114]
    Qui de fame vuet avoir grace [, la Rose, 9749]
    Por ce voil [je veux] que tu la desprises [la fortune], Et que sa grace riens ne prises [, ib. 6378]
    De nule riens qui touque [touche] à cas de justice temporel, le [la] justice laie n'est tenue à obeir au commandement de le [la] justice esperituel, selonc nostre coustume, se n'est par grace [BEAUMANOIR, XI, 11]
    Tout soit il ainsi que il n'ait pas en noz [nous] toutes les graces qui doivent estre en homme qui s'entremet de baillie.... [ID., I, 1]
    Tandis que le roy oÿ ses graces [JOINV., 256]
  • XIVe s.
    Les autres qui mettent felicité es biens de l'ame, si sont et ont esté peu de hommes vertueux et glorieux et de grace renommée [ORESME, Éth. XVIII]
    Car on doubtoit Bertran, sa grace et son renom, Que par trestout le monde couroit son grant renom [, Guesclin. 16942]
    Jehan Fenin, qui estoit homs rioteux et felons et melleys [querelleur], ayans mauvaise grace en la dite ville et en tous les lieux où cogneuz estoit [DU CANGE, gratia.]
  • XVe s.
    [Que je puisse] encheoir en leur grace [des lecteurs] [FROISS., Prol.]
    L'an de grace mil trois cent quarante un [ID., I, I, 157]
    Les seigneurs d'Angleterre lui dirent [au roi d'Angleterre], sauve sa grace, que.... [ID., I, I, 193]
    Le duc de Lancastre n'estoit mie bien en la grace du commun peuple [ID., II, II, 4]
    Il y avoit un chevalier capitaine de Nordvich qui s'appeloit messire Robert Salle ; point gentilhomme n'estoit, mais il avoit la grace, le fait et renommée d'estre sage et vaillant homme aux armes [ID., ib. II, II, 114]
    Icelluy Gerardin dist par esbatement : Il nous faut faire les graces des Lombars ; les quelles graces il entendoit jouer aux dez [DU CANGE, gratia.]
    Très haut, très puissant et très redouté seigneur, monseigneur le duc de Bourgogne, comme je Evrard de la Marche ay escrit par devers vostre grace, pour que icelle vostre grace.... [ID., ib.]
    Les graces que j'ay receues de luy [de Louis XI] [COMM., Prol.]
    Suppliant au roy l'avoir tousjours en sa bonne grace [ID., I, 1]
    Tous les chrestiens furent sur les champs, tous estans en estat de grace, comme il appartenoit [, J. de Saintré, ch. 60]
  • XVIe s.
    La civilité, comme la grace et la beauté, est conciliatrice des.... [MONT., I, 52]
    On le desbandoit pour luy lire sa grace [ID., I, 91]
    La grace et bienseance des vestements despend de.... [ID., I, 119]
    J'y ferois pourtraire la joye et Flora et les Graces [ID., I, 184]
    Callisthenes perdit la bonne grace d'Alexandre pour.... [ID., I, 185]
    Avecques la grace de Dieu je l'ay passée doulce et aysée [ma vie] [ID., I, 219]
    Une telle largesse faict vergongne à qui la receoit, et se receoit sans grace [ID., IV, 9]
    Cela ayda jadis à mettre la poesie en la male grace des sages [ID., IV, 341]
    Or sommes nous, la grace à Dieu, par beaucoup de perils et flots estrangers, rendus au port, à seureté [DU BELLAY, I, 40, recto.]
    Il ne demoura aux nopces que jusques aux graces quand l'on offre du vin aux dieux [AMYOT, Péric. 12]
    Il alloit gaignant la bonne grace des soudards par.... [ID., Fab. 13]

ÉTYMOLOGIE

  • Bourguign. graice ; provenç et espagn. gracia ; portug. graça ; ital. grazia ; du lat. gratia, de gratus, agréable (voy. GRÉ).

grâce

GRÂCE. n. f. Un certain agrément, un certain charme indéfinissable dans les personnes et dans les choses. Cette femme est belle, mais elle n'a aucune grâce. Elle n'a pas de grâce. Elle est sans grâce. Des grâces touchantes. Des grâces piquantes. La grâce touche plus que la beauté. Danser, marcher, se tenir avec grâce. Il a, il met de la grâce à tout ce qu'il fait. Elle fait tout avec grâce. Il n'a grâce à rien. Un geste, un sourire plein de grâce. Des figures drapées avec grâce. Cette statue manque de grâce. Ce cheval a de la grâce dans les mouvements. La grâce et la légèreté du cerf. Les grâces du style. Parler, s'exprimer avec grâce.

Cette expression a de la grâce, Elle donne de l'agrément, du charme à la phrase où elle est placée.

Par extension, Bonne grâce, Mauvaise grâce signifient Manière d'être qui plaît ou déplaît au regard. Cette robe a bonne grâce, a mauvaise grâce. Figurément, Avoir bonne grâce, Avoir mauvaise grâce à faire quelque chose signifient Être fondé ou non, être bien ou mal venu à la faire. Il a eu bonne grâce à tenir cette conduite. Il aurait mauvaise grâce à se plaindre d'une chose qu'il a lui-même désirée. Ironiquement, Vraiment, il a, vous avez bonne grâce à prétendre que...

De bonne grâce, de mauvaise grâce signifient aussi De bonne volonté, sans répugnance; de mauvaise volonté, avec répugnance. Puisque vous ne pouvez vous dispenser de cela, je vous engage à le faire de bonne grâce. Il s'y est prêté de fort bonne grâce, de la meilleure grâce du monde. Il a fait la chose d'assez mauvaise grâce.

Au pluriel, il se dit, en termes de Mythologie, de Trois déesses qui étaient les compagnes de Vénus et dont le pouvoir s'étendait à tout ce qui fait l'agrément, le charme de la vie. Les trois Grâces sont Aglaé, Euphrosine et Thalie. Ce groupe représente les Grâces, les trois Grâces.

Fig., Sacrifier aux grâces, se dit par ironie de Quelqu'un qui cherche à mettre de la grâce dans ses manières, dans son style.

Il signifie aussi Faveur qu'on fait à quelqu'un sans y être obligé. S'il vous accorde telle chose, ce sera une pure grâce. Je vous demande cette grâce. Accordez-moi cette grâce. Je vous demande cela en grâce. Faire une chose par grâce. Faites-moi la grâce de... Il m'a comblé de grâces. Solliciter, obtenir des grâces. Répandre, distribuer des grâces. On dit, ironiquement et familièrement, Vous me faites là une belle grâce.

Fig., Par la grâce de Dieu se dit de Tout ce qui arrive d'avantageux à quelqu'un sans qu'il y ait contribué par ses soins ou par son travail. On dit aussi À la grâce de Dieu, Comme il plaira à la Providence. On dit dans le même sens Cela lui vient de la grâce de Dieu.

Coup de grâce. Voyez COUP.

Elliptiq., Grâce à Dieu, grâce au ciel; et quelquefois Grâces à Dieu, grâces au ciel, se dit pour marquer que c'est de la bonté de Dieu qu'on tient la chose dont il s'agit. Il se porte mieux, grâce à Dieu. On dit en des sens analogues : Grâce à vous. Grâce à votre bonté. Grâce à vos soins. Grâce à son courage, à sa prudence. Ironiquement, Grâce à votre étourderie. Grâce à leur négligence.

En termes de Commerce, Jours de grâce, Dix jours de délai qu'on accordait autrefois à celui sur lequel une lettre de change était tirée. On disait dans le même sens Délai de grâce.

Quart d'heure de grâce, Le quart d'heure de retard toléré par les convenances mondaines.

Trouver grâce aux yeux de quelqu'un, devant les yeux de quelqu'un, devant quelqu'un, Lui plaire, gagner la bienveillance d'une personne supérieure ou sévère.

Être en grâce auprès de quelqu'un, Y être en considération, en faveur. On dit dans le même sens Rentrer en grâce.

Bonnes grâces se dit particulièrement de la Faveur ou de la bienveillance, de l'amitié qu'une personne accorde à une autre. Être dans les bonnes grâces de quelqu'un. Rechercher, gagner, obtenir, posséder, perdre les bonnes grâces de quelqu'un.

Être dans les bonnes grâces d'une femme, dans ses bonnes grâces, En être aimé.

Grâces d'état. Voyez ÉTAT.

En termes de Théologie et de Dévotion, GRÂCE désigne l'Aide et le secours que Dieu. donne aux hommes pour faire leur salut. On ne peut se sauver sans la grâce. Grâce sanctifiante ou habituelle. Grâce actuelle. Grâce efficace. L'opération de la grâce. Coopérer à la grâce. Manquer à la grâce. Les sacrements confèrent la grâce. La grâce du baptême. Être en grâce, en état de grâce. Perdre la grâce. Conserver la grâce. Persévérer dans la grâce. Dieu vous ait en sa sainte grâce! Mourir dans la grâce de Dieu. Demander la grâce de Dieu, sa sainte grâce. Il eut part aux grâces de Dieu. Dieu semble m'avoir retiré ses grâces.

An de grâce, se dit de Chacune des années de l'ère chrétienne. Calendrier pour l'an de grâce 1615. En l'an de grâce.

Il signifie aussi Pardon, indulgence. Cette action ne mérite aucune grâce. Son extrême jeunesse doit lui faire trouver grâce auprès de vous. Point de grâce au menteur. Demander grâce au lecteur pour les libertés que l'on s'est permises. Crier grâce. Elliptiquement. Grâce, grâce!

Il se dit particulièrement d'une Commutation ou d'une Remise de peine accordée à un condamné par le chef de l'État. Il a obtenu sa grâce. Se pourvoir en grâce. Recours en grâce.

Demander grâce, Demander la cessation d'une souffrance ou d'une peine. Les peuples surchargés d'impôts demandaient grâce. Au bout du troisième acte, la salle demanda grâce.

Lettres de grâce, ou simplement Grâce, Lettres par lesquelles le souverain accordait la grâce d'un criminel. Entériner des lettres de grâce. Signer une grâce.

Faire grâce à quelqu'un d'une chose, Ne pas l'exiger de lui ou la lui épargner. Il me devait mille francs, mais je lui ai fait grâce de la moitié. Ils le dépouillèrent de tout ce qu'il possédait, ne lui faisant grâce que de la vie. Il me récita tout son poème, sans me faire grâce d'un hémistiche. Faites-moi grâce de vos observations. Je vous fais grâce du reste.

Il signifie aussi Remerciement, témoignage de reconnaissance. Il s'emploie ordinairement dans ce sens avec le verbe Rendre. Je vous rends grâce, je vous rends grâces de ce que vous avez fait pour moi. Il est sauvé : rendons-en grâce au ciel, à Dieu. Chanter un Te Deum en actions de grâces.

Au pluriel, il se dit particulièrement d'une Prière que l'on fait à Dieu après le repas, pour le remercier de ses biens. Dire les grâces avant de quitter la table.

Il est aussi un Titre d'honneur que l'on donne dans les pays anglo-saxons. Sa Grâce le duc de... Je demande à Votre Grâce...

DE GRÂCE, loc. adv., Par grâce, par pure bonté. De grâce, secourez-moi. De grâce, faites- moi ce plaisir. Modérez-vous, de grâce.

grace

Grace, bien et plaisir qu'on fait à celuy qui ne l'a deservi, Gratia.

Bonnegrace, Elegantia.

Bonnegrace et contenance, Palaestra, B. ex Cic.

Cela n'a point de grace, Non habet genium, Bud. ex Martiale.

Qui a mauvaise grace, Inconcinnus homo, Frigidus, Bud.

En cela est la grace, In eo maximum est lenocinium, B.

Bonne grace et propreté, Concinnitas, B.

Mauvaise grace, Inconcinnitas, B.

Les graces de la Cour, Lepores vrbanitatis aulicae, B.

Un propos qui n'a point de grace, Frigus.

Bonne grace à plaider, Palaestra in exordiendis actionibus, exercendisque altercationibus, B.

Advocas qui ont mauvaise grace à plaider, mauvaise contenance, Causidici apalaestri, vasti et rustici, B.

La bonne grace et bien seance qu'a aucun en parler, Venustas, Lepos, Vrbanitas.

Grace de bien parler de toutes choses et à propos, Facundia.

Mauvaise grace en parler, Infacundia.

Mauvaise grace d'une chose qui n'a pas eu bonne issuë, quand en pensant acquerir la bonne grace du peuple et la faveur, il va tout autrement, Frigus.

La grace qu'a un homme, quand ce qu'il fait ou dit, luy sied bien, Decor, decoris.

Ceste grace et bienseance, qu'une personne a à dire ou faire quelque chose, Decorum.

¶ Grace et remission de quelque malfait, Impunitas.

Demander grace et pardon, Petere gratiam.

Donner grace, remission et pardon, Impunitatem dare.

Faire grace et pardonner quelque faute, Gratiam delicti facere.

Faire grace à quelqu'un du mauvais bruit qu'on luy avoit imposé, Eximere notae.

Faire grace d'une année, Annum alicui remittere.

Obtenir grace et remission, Assequi impunitatem.

Octroye moy ceste grace, Da mihi hanc veniam.

Demander grace et pardon, Petere gratiam a patre.

¶ Acquerir la grace du peuple, Populo, populas, populare.

Acquerir la bonne grace d'aucun pour luy avoir fait quelque plaisir, Ab aliquo gratiam inire.

Acquerir la male grace de tout le monde, Inimicos omnes homines capere.

Acquerir la bonne grace d'une personne par plaisirs et services, Demereri.

De peur qu'il n'en eust la grace tout seul, Ne sui muneris Remp. faceret, B. ex Tacito.

Estre en la grace d'aucun et l'avoir favorable, Propitium aliquem habere, Gratiam alicuius tenere.

Estre en la grace de tous, Gratiam omnium coaequare.

Je desire d'estre en ta grace, Cupio gratiam tuam.

Faire chose en presence d'autruy, par laquelle on vueille gagner et acquerir sa bonne grace, Venditare.

Ils ne gaignent pas la grace des gens comme ils pensent, Ne illam quidem consequuntur, quam putant, gratiam.

Je gaigneray sa bonne grace, Ab eo gratiam inibo, vel inibo eius gratiam.

Mettre aucun en grace avec un autre, Ponere aliquem in gratia vel in gratiam cum altero, vel apud alterum.

Mettre quelqu'un fort avant en la grace du Roy, Constituere aliquem magna gratia apud Regem.

Mettre aucun en la malegrace d'un autre, Facere inuidiam alicui, Rapere aliquem in inuidiam, In odium vocare, Odium in aliquem struere.

Il taschoit me mettre en malegrace, Quotidie meam potentiam inuidiose criminabatur.

Se mettre en la malegrace d'aucun, Aliquem sibi inimicum facere, Inimicum aliquem suscipere.

Se mettre en la malegrace d'aucun, à cause qu'on a esleu un autre, Offensas in eligendo aliquo suscipere.

Rapporter et gaigner la mauvaise grace d'aucun, Mereri offensam.

Il a rapporté la bonne grace d'iceluy, pour, etc. De hac prouincia illius beneuolentiam reportauit.

Aimer aucun et le recevoir en sa bonne grace, In gratiam recipere.

Remettre en grace, In gratiam reducere, Animum alicuius recolligere alteri.

Se mettre en grace avec aucun, In gratiam cum aliquo redire, Reconciliare sibi animum alicuius.

Remis en grace, In gratiam reductus.

Rentré en grace, Reditus in gratiam.

Venir de grace et credit à estre hay, Venire ex gratia in inuidiam.

¶ N'avoir plus la grace qu'on avoit, Gratiam perdere.

Qui a fort bonne grace en parler, Validus facundia, Facundus.

Qui a fort bonne grace, Perelegans.

Qui a mauvaise grace, Infacundus, Inconcinnus.

Qui n'a non plus de grace en parler qu'un enfant, Infans.

Qui n'a grace ne beauté, Inuenustus.

Quand on n'a point la grace de dire et expliquer ce qu'on entend, Infantia.

Ceste chose a esté cause qu'il a eu la grace du commun peuple, Quaesiuit ei gratiam ad vulgus haec res.

Bailler grace à quelque chose, Decorare.

L'ancienne grace est defaillie et passée, Exatuit vetus vrbanitas.

Demourer aucunement en la grace d'aucun, In parte aliqua haerere apud aliquem.

Donner grace à la beauté des enfans, Formae puerorum lenocinari.

Cela perd sa grace de nouveauté, Exuit gratiam nouitatis haec res.

Toutes choses d'apparence perdoyent leur grace et dignité, In homine turpissimo obsolebant dignitatis insignia.

¶ Ainsi te doint Dieu la grace de nous survivre comme tu es nostre enfant, Ita mihi atque huic sis superstes vt ex me atque patre tuo natus es.

¶ Rendre graces, Gratias agere, Habere grates.

Rendre graces à dieu du retour du prince, ou de quelque autre grand bien fait, Iusta sacri charisterij peragere, B.

Graces de la victoire qu'on a euë, Epinicium sacrum, B.

¶ Avec grace, Decore, Cum gratia.

Avec bonne grace, Lepide, Vrbane.

Avec bonne grace et plein de bon enseignement, Sententiose.

De bonne grace, Facunde, Eleganter.

De tres-grande grace, Pereleganter.

De vostre grace, Per vos.

Il feit sa paix avec son ennemi en parlant à luy avec bonne grace, Hostem facunde alloquendo sibi conciliauit.

Sans aucune grace, propreté ou gaillardeté, Ineleganter, Rustice, Illepide.

Sans grace ne beauté, Inuenuste.

Quand une chose est sans grace et rencontre, Irridicule.

Sauve sa bonne grace, nous, etc. Nos illius quidem cum pace agemus.

grâce


GRâCE, s. f. GRACIABLE, adj. GRACIEUX, EûSE, adj. [1ere lon. dans le 1er: ia est de deux syllabes; ieux n'en fait qu'une: ci-able, cieû, cieû-ze: en vers et dans la prononciation soutenue, ci-eû, ci-eû-ze; l' est long.] Grâce a plusieurs significations: 1°. Faveur qu'on fait à quelqu'un sans y être obligé. "Je vous demande cette grâce: je le demande en grâce. "J'ai reçu de lui plusieurs grâces. = Grâce, faveur (syn.) Le 1er. dit quelque chôse de gratuit; le 2d, quelque chôse d'afectueux. La grâce exclud le droit. La faveur, fait acception des persones, sans exclure tout titre. La grâce est étrangère à la justice: la faveur est oposée à la rigueur. La bienfaisance, ou la clémence, font ou acordent une grâce: une inclination personelle, un goût de préférence, font ou acordent une faveur, etc. Roub. Synon. = 2°. Faveur, crédit. "Être en grâce aupres du Prince. Être dans les bones grâces de... "Il a perdu les bones grâces de, etc. = 3°. Secours surnaturel que Dieu done aux hommes pour faire leur salut. "Grâce prévenante, éficace, sufisante, etc. Grâce sanctifiante. "Être en grâce; en état de grâce, etc. = 4°. Grâce, agrément, (synon.) Le 1er a plus de raport au corps; le 2d. a l'esprit. L'on dit d'une persone, qu'elle marche, danse, chante avec grâce, et que sa conversation est pleine d'agrémens. Gir. Synon. = 5°. Pardon, abolition d'un crime. "Il n'apartient qu'au Prince de doner grâce. Il a obtenu sa grâce. = Coup de grâce; le coup que le bourreau done sur l'estomac à un roué, pour l'empêcher de languir plus long-temps.
   REM. 1°. Faire grâce absolument, c'est pardoner; faire grâce de, remettre, ne pas exiger: Faire une grâce, c'est faire un plaisir. "Le Roi lui a fait grâce. "Je vous fais grâce de la moitié. "Il m'a fait une grande grâce. L. T. Wailly.
   2°. Grâce, agrément, ne s'emploie pas tout seul au singulier. De grands Poètes l'ont pourtant employé de cette manière. Dans Phèdre, Aricie dit d'Hypolite:
   Non que par les yeux seuls lâchement enchantée,
   J'aime en lui sa beauté, sa grace tant vantée.
On dirait, en prôse, ses grâces; encôre ne le dirait-on pas d'un homme: on dirait, sa bone grâce. On peut louer un homme d'avoir des grâces, mais en parlant de lui, on ne dira pas, comme on le dit d'une femme, ses grâces, son esprit, charment tout le monde. = Mme. de Genlis a dit: sa grâce, au singulier, en parlant d'une femme. "On vanta sa grâce, sa physionomie, etc. L'Acad. ne met pas d'exemple pareil, et j'ôse douter que l'usage admette cette locution. = Voltaire a dit aussi, dans son Epitre à Horace.
   Je t'écris, aujourd'hui, voluptueux Horace,
   À~ toi, qui respiras la tendresse et la grâce.
Quand respirer ne serait pas là un mot impropre, la grâce au sing. le serait certainement. On voit bien qu'elle n'est en ce nombre que pour la rime. = Avoir bonne grâce, se dit toujours comme les expressions consacrées par l'usage, sans changement dans l'ordre des mots. * Mme. de Sévigné place bonne après grâce. "Cela ne fera aucun tort à vos afaires, et vous n'en aurez pas l'air plus mal-adroit, ni la grâce moins bonne. Je pense qu'il falait dire, ni moins bonne grâce.
   3°. Il ne faut pas confondre bonne grâce au singulier, avec bonnes grâces au plur. L'un signifie quelque chôse de gracieux; l'aûtre l'amitié, la protection. Ainsi, il faut dire, gâgner les bonnes grâces, et non pas, la bonne grâce de, etc. Vaug. = Bonnes grâces, ne fait point de conséquence pour mauvaises grâces: l'usage est pour l'un, et n'est point pour l'autre. Il y en a qui disent, il a encouru les mauvaises grâces du Prince; il faut dire, la disgrâce. Bouh. 4°. On dit également, rendre grâces (ou grâce) et rendre des actions de grâces. Le 1er pourtant est plus de la conversation, et l'aûtre du style soutenu. Dans l'un et dans l'aûtre, grâces doit être au plur., du moins dans la prôse. Nos meilleurs Poètes disent: rendre grâces, ou grâce, selon le besoin qu'ils en ont. * D'Ablancourt et d'autres Écrivains de son tems ont dit, faire des actions de grâces: mais on ne le dit plus aujourd'hui. Faire, s'emploie avec remercîmens, et rendre avec actions de grâces.
   5°. Grâce s'emploie adverbialement, ou avec la prép. à, qui le suit et qu'il régit. "Grâce à Dieu, grâce à votre bonté, etc. (Grâces à Dieu, est un gasconisme.)
   Les devoirs, les vertus perdent jusqu'à leur nom,
   Devenus, grâce aux moeurs, des mots de mauvais ton.       Barthe.
Ou avec la prép. de, en ou par, qui le précèdent: De grâce, en grâce, par la grâce. Le 1er des trois se met à la tête de la phrâse, comme une interjection: de grâce, dites-moi ce que c'est: le 2d se met après le v. demander. "Elle me demanda en grâce de venir voir l'arrangement de ma maison. Mme de Coulanges. "M. de Malezieu demanda du moins en grâce qu'il lui fût permis de ne point recevoir d'apointemens du Roi. Fontenelle. Le 3e se met devant certains noms de dignité. "Louis, par la grâce de Dieu, Roi de France et de Navarre. "N... par la grâce de Dieu et du St. Siège Apostolique, Évêque de... — De bone grâce, adv. Voyez, de bon gré, au mot GRÉ.
   Graciable, qui est rémissible, qui est digne de grâce, (n°. 5°.) Gracieux, agréable, qui a beaucoup de grâce, (n°. 4°.) Le 1er ne se dit que des chôses; fait, câs graciable: le 2d. se dit des persones et des chôses, au propre et au fig. "Homme extrêmement Gracieux, femme fort gracieûse; air, sourire gracieux, manière gracieûse. "Tableau gracieux, pinceau gracieux. Voy. HONêTE.
   Rem. 1°. Des Auteurs ou des Imprimeurs ont écrit gratieux avec un t; mais puisqu'il vient de grâce~, il vaut mieux l'écrire avec un c. Ils ont suivi l'étymologie latine: gratiosus.
   2°. Gracieux ne plaisait pas à Vaugelas. Le P. Bouhours ne le trouvait bon qu'en termes de peintûre. Ménage l'aprouvait en prôse et en vers. Il en cite deux exemples, l'un du P. Bouhours lui-même. "Je ne sais quel air tendre et gracieux, qui touche les conoisseurs. L'autre de lui.
   Pour moi, de qui le chant n'a rien de gracieux.
Aujourd'hui cet adjectif est très-bien établi, et tout le monde s'en sert.

Synonymes et Contraires

grâce

nom féminin grâce
1.  Faveur accordée à.
avantage, faveur, gentillesse, honneur, prérogative, privilège -littéraire: don, gracieuseté.
défaveur -littéraire: disgrâce.
Traductions

grâce

Gnade, Grazie, Vergünstigung, Anmut, Begnadigung, Gunst, Huld, Begnadigungsrecht, Gnadenerlass, Lieblichkeit, Reiz, Zärtlichkeitgrace, favour, gracefulness, favor, pardon, quarter, reprieve, mercybevalligheid, gratie, sierlijkheid, begunstiging, genadigheid, gunst, genade, dank(zegging), vergevingחינניות (נ), חן (ז), חנינה (נ), כפרה (נ), מחילה (נ), נועם (ז), סליחה (נ), שפר (ז), סְלִיחָה, מְחִילָה, כַּפָּרָה, חֵן, חֲנִינָה, חִנָּנִיּוּתbegunstigingfavoro, graciecofavor, graciagrazia, garbo, merito, per viafaventia, favorfavorgunst, nåd, ynnestχάρη (gʀɑs)
nom féminin
1. beauté, élégance marcher avec grâce
2. ce que l'on accorde à qqn Faites-moi la grâce de venir.
faire qqch volontierssans envie
3. fait d'annuler la peine d'un prisonnier demander la grâce présidentielle
4. ne pas donner, éviter qqch à qqn Il m'a fait grâce de ses plaisanteries.

grâce

[gʀɑs]
nf
grâce à → thanks to
Je suis arrivé à l'heure grâce à toi → I arrived on time thanks to you.
(= don) [personne] → grace
avec grâce → gracefully
(= disposition) de bonne grâce → with good grace
de mauvaise grâce → with bad grace
(RELIGION)grace
la grâce divine → divine grace
en état de grâce → in a state of grace
rendre grâce à → to give thanks to
(= faveur) (soutenu) faire à qn la grâce de faire qch → to do sb the honour of doing sth
(DROIT)pardon
recours en grâce → plea for clemency
droit de grâce → right of reprieve grâces
nfpl
dans les bonnes grâces de qn → in favour with sb
faire grâce à qn de qch → to spare sb sth
demander grâce → to beg for mercy
(RELIGION) (= prière) → grace sg
dire les grâces → to say grace