gré

(Mot repris de grés)

gré

n.m. [ du lat. gratum, ce qui est agréable ]
Au gré de,
selon la convenance, l'opinion, les goûts de qqn : J'agirai à mon gré (= à ma guise). Il la juge trop sévèrement à mon gré (= à mon avis) ; selon le hasard, le caprice de qqch : Les alliances changent au gré des événements en fonction des événements
Bon gré mal gré,
qu'on le veuille ou non : Bon gré mal gré, il faut partir.
Contre le gré de qqn,
contre sa volonté : Elle a été mutée contre son gré à contrecœur, malgré elle
De bon gré,
volontiers : Elle les aide de bon gré grâce
De gré à gré,
en se mettant d'accord : Marché de gré à gré entre banques à l'amiable
De gré ou de force,
volontairement ou par la contrainte : Vous accomplirez cette tâche de gré ou de force.
De mon, ton, etc., plein gré,
volontairement : Nous avons signé de notre plein gré sans qu'on nous y ait forcés
Savoir gré à qqn de qqch,
Litt. être reconnaissant à qqn de qqch : Je lui sais gré de m'avoir prêté cet argent j'éprouve de la gratitude

GRÉ

(gré) s. m.
Ce qui plaît, ce qui convient, ce qui est agréable à la volonté. Se marier contre le gré de ses parents. Il est allé de son gré, contre son gré. Ce n'a pas été de son plein gré.
On la considère comme ayant agi contre son gré [PASC., Prov. 4]
Les affections sont aussi différentes que le sont les caractères, et le gré de l'un est souvent tout opposé à celui de l'autre [BOURDAL., Pensées, t. II, p. 481]
Avoir quelque chose en gré, le recevoir en gré, le prendre en gré, agréer, trouver bon quelque chose, y prendre plaisir.
Si vous prenez pour eux cette fortune en gré, [ils] Vous chériront encore en un plus haut degré [MAIR., Sophon. v, 2]
Dans le langage ascétique. Prendre en gré, recevoir avec résignation. Il faut prendre en gré les afflictions que Dieu nous envoie. Prendre en gré quelqu'un, l'avoir pour agréable, se plaire avec lui. Prendre en gré de... , vouloir, consentir.
L'évêque de Warmie prit en gré de vouloir faire la cérémonie du mariage dans Notre-Dame [RETZ, II, 77]
Mais s'il lui prend un jour en gré de revenir [DANCOURT, Céphale et Procris, II, 7]
À gré, agréable, qui convient.
Un lion de haut parentage.... Rencontra bergère à son gré [LA FONT., Fabl. IV, 1]
Si notre compagnie, Lui disent-ils, vous pouvait être à gré [ID., Or.]
Trouver quelqu'un à son gré, le trouver agréable, trouver qu'il plaît ; cela se dit souvent d'un homme à l'égard d'une femme, ou d'une femme à l'égard d'un homme.
Ah ! que je suis heureux ! et que j'ai de plaisir De trouver une femme au gré de mon désir ! [MOL., Éc. des mar. II, 12]
Je la trouve fort à mon gré [SÉV., 38]
Mme de Senantes le trouvait à son gré [HAMILT., Gramm. 4]
Au gré de, suivant la volonté de, suivant le désir, suivant ce qui plaît à.
S'en vont au gré d'Amour tout le monde courir [MALH., VI, 10]
Pour moi, quoique le ciel, au gré de mon amour, Dût encore des vents retarder le retour [RAC., Iphig. III, 3]
J'ai pris sans étude et sans choix les premières paroles que me présente l'Ecclésiaste [vanité des vanités, et tout est vanité], où, quoique la vanité ait été si souvent nommée, elle ne l'est pas encore assez à mon gré pour le dessein que je me propose [BOSSUET, Duch. d'Orl.]
Le ciel pouvait me réserver une belle fille qui fût plus au gré du monde, mais non pas qui fût plus au gré de mon cœur [MARIVAUX, Marianne, 4e part.]
Fig. Voguer au gré des flots.
Et le tronc [le corps de Pompée] sous les flots coule dorénavant Au gré de la fortune et de l'onde et du vent [CORN., Pomp. II, 2]
Neptune frappait la terre et on en voyait sortir un cheval fougueux ; ses crins flottaient au gré du vent [FÉN., Tél. XVII]
Est-il rien de plus doux dans la vie, Que d'aller, de venir au gré de son envie ? [COLLIN D'HARLEVILLE, Chât. en Espagne, II, 3]
Fig.
Au gré de.... suivant l'opinion de.... C'est se rendre, à mon gré, coupable mille fois Que d'empêcher d'agir la clémence des rois [DU RYER, Scévole, v, 5]
Celle du troisième acte [la narration], qui est, à mon gré, la plus magnifique [CORN., Ex. de Pompée.]
Les peines qu'on souffre pour le monde sont, à leur gré, plus supportables que celles qu'on souffre pour Dieu [FLÉCH., Serm. I, 324]
Le sang, à votre gré, coule trop lentement [RAC., Athal. II, 5]
De gré ou de force, de bonne volonté ou malgré soi.
De force ou de gré je veux me satisfaire [CORN., Héracl. I, 2]
Ou de force ou de gré, nous verrons ce que c'est [HAUTEROCHE, Espr. foll. II, 4]
De gré à gré, à l'amiable, en y consentant de part et d'autre.
Nous prendrons une autre place [de guerre], et ce sera pièce pour pièce ; il y avait un fou qui disait dans un cas pareil : Changez vos villes de gré à gré, vous épargnerez vos hommes ; il y avait bien de la sagesse à ce discours [SÉV., 293]
Fig.
Est-il possible qu'on puisse s'accommoder de gré à gré avec des maux si désagréables et si dangereux ? [SÉV., 457]
Scarron a dit : gré à gré. L'argent qu'on leur donne ne s'exige point, mais se donne gré à gré, Œuv. t. I, p. 218.
Bon gré, bonne, franche volonté de faire quelque chose.
Il [Jésus] n'a point été traîné par force à l'autel ; c'est une victime obéissante qui va de son bon gré à la mort [BOSSUET, Euchar. I, 7]
Aucun commissaire espagnol ne trahit son correspondant français ; cette fidélité, si honorable à la nation espagnole, prouve bien que les hommes n'obéissent de bon gré qu'aux lois qu'ils se sont faites pour le bien de la société [VOLT., Mœurs, 145]
Bon gré mal gré, volontairement ou de force.
Il faut bon gré mal gré que l'âme résolue Suive ce qu'a marqué sa puissance absolue [TRISTAN, Mar. I, 3]
Qui de nous peut s'empêcher de fermer les yeux ou de détourner la tête, quand on feint seulement de nous y vouloir frapper ? alors, si notre raison avait quelque force, elle nous rassurerait contre un ami qui se joue ; mais, bon gré mal gré, il faut fermer l'œil, il faut détourner la tête [BOSSUET, Connaiss. v, 3]
....Il veut bon gré mal gré Ne se coucher qu'en robe et qu'en bonnet carré [RAC., Plaid. I, 1]
Bon gré mal gré qu'il en ait, c'est-à-dire qu'il le veuille ou non.
Gratitude, reconnaissance.
Peut-être qu'il eut peur De perdre, outre son dû, le gré de sa louange [LA FONT., Fabl. I, 14]
Que cette suite de travaux Pour récompense avait, de tous tant que nous sommes, Force coups, peu de gré [ID., ib. X, 2]
Heureux de ne devoir à pas un domestique Le plaisir ou le gré des soins qu'ils se rendaient [ID., Phil. et Baucis.]
Il y a des volontés de Dieu qui n'exigent de nous autre chose que le gré du cœur [BOURDAL., Exhort. sur la prière de J. C. t. I, p. 411]
Très peu de gré, mille traits de satire Sont le loyer de quiconque ose écrire [VOLT., Épître à la duch. du Maine.]
Savoir gré, savoir bon gré, beaucoup de gré, un gré infini, être satisfait, très satisfait. Je lui en sais le meilleur gré du monde.
Si vous les trouvez fort mauvais [mes vers], vous m'en devez savoir d'autant plus de gré, de ce que, les connaissant comme vous, je n'ai pas laissé de vous les envoyer [VOIT., Lett. 12]
Satisfaites le ciel par votre amendement, Et sachez-moi bon gré de cet enseignement [ROTR., Antig. v, 5]
Les généreux soins du duc d'Enghien qui ménagea cette grâce [les bonnes grâces du roi rendues au prince de Conti], ni le gré que lui sut le prince [de Condé] d'avoir été si soigneux [BOSSUET, Louis de Bourbon.]
Elle n'en sut pas bon gré à Mme de Senantes [HAMILT., Gramm. 4]
Je sais un gré infini à Collé d'avoir mis Henri IV sur le théâtre ; son nom seul attirera tout Paris pendant six mois [VOLT., Lett. d'Argental, 17 avril 1762]
Le public vous en saurait gré, si le public sait jamais gré de quelque chose [ID., Lett. Richelieu, 20 avril 1770]
Se savoir gré, bon gré de, s'applaudir de.
La belle se sut gré de tous ces sentiments [LA FONT., Fabl. VII, 5]
Je me sais quelque gré de l'avoir fait [d'avoir fait rire] [RAC., Plaid. Préface]
Il commença à se savoir bon gré de sa complaisance [HAMILT., Gramm. 4]
Vous vous savez donc bon gré d'avoir eu bien des galanteries ? [FONTEN., Alex. et Phr.]
Savoir mauvais gré, savoir peu de gré, être mal satisfait.
Je ne vous sais point mauvais gré de m'avoir abusée [MOL., Princ. d'Él. v, 2]
Je ne puis croire que le public me sache mauvais gré de lui avoir donné une tragédie qui a été honorée de tant de larmes [RAC., Bérén. Préface]

HISTORIQUE

  • XIe s.
    Sire compain, faites le vous de gred [exprès] ? [, Ch. de Rol. CXLVII]
  • XIIe s.
    La reregarde faites de moult bon gré [, Ronc. p. 35]
    À peines iert [sera] acomplis Li servirs dont j'atent gré [, Couci, XI]
    ....Encor [elle] me saura gré De mon travail et de ma longue peine [, ib. XI]
    Car qui le sien done retraanment [de mauvaise grâce], Son gré en pert.... [, ib. XVI]
    Sire quens [comte], fait li reis, bien sai par verité, Quant servi sun seignur par si grant leauté, S'eüst esté mis huem, qu'il me servist à gré [, Th. le mart. 54]
    L'apostolies [le pape] l'asiet [Thomas] juste lui erramment, E bien seit il venuz, co li ad dit suvent ; E mult li seit bon gré que si grant fais enprent, Qu'encontre rei de terre sainte iglise defent [, ib. 58]
  • XIIIe s.
    Bernart, quant ne somes d'un gré [n'étant pas d'accord], Ce ju [jeu] parti en envoions Au comte d'Anjou.... Et de juger droit le prions [LE COMTE DE BRET., Romancero, p. 162]
    En cele amor la domoisele ont prise Si parent, et doné seigneur [mari], Contre son gré un vavasseur [AUDEFR. LE BAST., ib. p. 6]
    Lors parlerent ensemble li baron, et distrent qu'il envoieroient à Rome à l'apostole, pour ce qu'il leur savoit mauvais gré de la prise de Jadres [VILLEH., LV]
    Et il i est venus volontiers et de gré [, Berte, X]
    [Elle] la [sa peine] prent pour Dieu en gré et loiaument le sert [, ib. XXXIV]
    Dont doi je prendre en gré se j'ai froid et poverte [pauvreté] [, ib. XXX]
    Por ce que [je] ne vous puis à mon gré conjoïr [, ib. LXXXVII]
    Et manderons que on vous envoit les enfans à vingt plus rices homes de Melans et les lairons en ostages desci adont que vostre grés sera fais [, Chr. de Rains, p. 124]
    Diex, dist Renart, en ait les grez, Qant par moi estes respassez [rétabli] [, Ren. 19717]
    Au roy enseigna en son sermon comment il se devoit maintenir au gré de son peuple [JOINV., 288]
    Dieu vous sceit pire gré d'un petit peché, quand vous le faites, que il ne fait à nous d'un grant qui n'en congnoissons point.... [ID., 258]
    Et le roy leur devoit jurer aussi à leur faire gré de deux cens mille livres, avant que il partisist du flum, et deux cens mille en Acre [ID., 246]
  • XIVe s.
    Car la dame doit faire le gret à son baron [ce qui convient à son mari] [, Beaud. de Seb. VIII, 720]
  • XVe s.
    Icellui Guillaume compta et fist gré [fit payement] à l'oste de l'escot de lui et de ses compaignons [DU CANGE, gratum.]
    Leur repondit que c'estoit bien son gré que ils s'en partissent quand il leur plairoit [FROISS., I, I, 139]
    Dieu me veuille aider, j'en sai pire gré à messire Geffroi de Chargny que à toi.... [ID., I, I, 326]
    Le duc de Bourgogne print très mal en gré ces advertissements [COMM., III, 3]
  • XVIe s.
    Si en quelques endroicts ces fables n'ont aucune conformité avec chose croyable, il est besoing que les lisans m'excusent gracieusement, recevans en gré ce que l'on peult escrire de choses si anciennes [AMYOT, Thés. 1]
    Il la bailla, du bon gré et consentement d'elle mesme, à un autre [ID., Péricl. 47]
    Ce qui restoit fut aussi pillé par les soudards bon gré mal gré que l'on en eust [ID., Marcel. 28]
    N'y prendre aulcune chose que de gré à gré, et en payant raisonnablement [CARLOIX, V, 6]
    ....Et bon gré mal gré de toutes choses faites par raison et methode, ceste matiere a son periode et paroxysme [PARÉ, XXI, 2]
    Comme je ne me sçais aucun gré du service que je me fois, aussi.... [MONT., I, 215]
    Tout homme pecunieux est avaricieux à mon gré [à mon avis] [ID., I, 316]
    On ne peult attribuer à punition ce qui vient à gré à celuy qui le souffre [ID., II, 258]
    Il en fut fait information, et me souvient qu'un des records, estant ouy en jugement de ceste force et batterie, disoit au juge : Monsieur, je ne receus ja mais si beau soufflet à mon gré que celui que me bailla un de ceuz qui nous empescherent de mettre en prison [BOUCHET, Serées, liv. III, p. 92, dans LACURNE]
    Qui preste non r'a ; si r'a, non tost ; si tost, non tout ; si tout, non gré ; si gré, non tel [LOYSEL, Instit. coutum. liv. IV, tit. 6, règle 1]

ÉTYMOLOGIE

  • Provenç. grat ; espagn. port. et ital. grato ; du latin gratum, chose agréable. Gratus a la forme d'un participe passif ; d'après Curtius, la racine en est le sanscrit har (ghar) désirer, qui se trouve aussi dans le grec signifiant, réjouir, et le grec traduit par, grâce ; au contraire Böthlingck et Roth comparent gratus au sanscrit gurta, bienvenu, agréable.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

    GRÉ. Ajoutez :
    Mauvais gré, sorte de droit qui grève les fermes, dans certains pays, au profit des fermiers.
    C'est dans le Santerre et le Vermandois que sont principalement situées les fermes qui sont grevées du droit de marché ou mauvais gré, dont l'origine est encore inconnue [HEUZÉ, la France agricole, p. 11]
    Mauvais gré, nom, dans le Hainaut, d'un abus très semblable au droit de marché et par lequel le fermier détient à perpétuité et héréditairement le bien qu'il a pris à ferme [, Journ. offic. 10 août 1876, p. 6152, 2e col.]
    (voy. MARCHÉ au Supplément).
    En termes de navigation des rivières, à gré d'eau, autant que l'eau le permet.
    Sur le bas Rhône, la navigation se fait à la descente, à gré d'eau, à la rame ou à la voile [E. GRANGEZ, Voies navigables de la France, p. 520]

    REMARQUE

    • Savoir gré est une locution dont on ne se rend pas facilement compte tout d'abord. Elle a besoin de quelque explication. Elle représente exactement le grec. Non que je veuille dire que la locution française vienne de la locution grecque ; pour cela, il faudrait des intermédiaires qui manquent absolument. Mais on est conduit à admettre qu'un même mode de concevoir la gratitude a conduit à un même mode de s'exprimer. Au reste, l'allemand dit aussi : einem Dank wissen. Du grec qui signifie : savoir qu'on a du gré pour quelqu'un, lui être reconnaissant dans le cœur. C'est aussi l'explication de la locution française et de la locution allemande. Le mot de reconnaissance rentre dans le même ordre d'idées.

gré

GRÉ. n. m. Volonté, caprice, fantaisie. Se marier contre le gré de ses parents. Donner les emplois et les retirer à son gré. Vous pouvez, à votre gré, partir ou rester. Tout marche à son gré. Tout réussit à mon gré. Fig., Errer sur la mer au gré des vents, au gré de la tempête. Se laisser aller au gré du courant. Il change d'opinion au gré des événements. Tout s'arrange au gré de nos voeux, de nos désirs.

Il signifie particulièrement Bonne, franche volonté qu'on a de faire quelque chose. Il y est allé de son gré, de son bon gré, contre son gré. Ce n'a pas été de son gré, de son plein gré. Il le fera de gré ou de force.

Bon gré, mal gré, Volontairement ou de force. Il viendra bon gré ou mal gré. Sur malgré, préposition, voir ce mot.

De gré à gré, À l'amiable, en se mettant d'accord. Ils ont fait cela de gré à gré. Marché fait de gré à gré.

Il se prend aussi pour Goût, sentiment, opinion. Cela est-il à votre gré? À mon gré, ce discours est très beau.

Avoir quelque chose en gré, le recevoir, le prendre en gré. Agréer, trouver bon quelque chose, y prendre plaisir. Prenez en gré l'avis que je vous donne. Cela se dit aussi en parlant des Personnes. Il m'a pris fort en gré.

Dans le langage ascétique, Prendre en gré, Recevoir avec patience, avec résignation. Il faut prendre en gré les afflictions que Dieu nous envoie.

Il signifie encore Gratitude, reconnaissance. Dans ce sens il n'est plus guère usité que dans les locutions suivantes : Savoir gré, savoir bon gré, beaucoup de gré, savoir mauvais gré, peu de gré à quelqu'un, Être satisfait, être mal satisfait d'une chose qu'il a dite ou faite; être content ou mécontent de sa conduite, de son procédé. Je lui sais gré de ce qu'il a fait. Je lui en sais bon gré, beaucoup de gré, un gré infini, le meilleur gré du monde.

Se savoir bon gré d'avoir fait quelque chose, S'en applaudir.

gré

Gré, m. C'est volonté, Selon ce on dit il confesse de son bon gré et bonne volonté, Suapte sponte, Et malgré ou maugré moy, c'est à dire, contre ma volonté, Me inuito, Et vient de Gratum Latin, en signification d'acceptable que le François dit aggreable, l'Espagnol dit aussi muy de su grado, c'est à dire de sa franche volonté, et agradescer ce que le François dit aggréer, pour declarer ce qu'aucun a fait estre bien selon nostre affection et volonté, Gratum alicui ferre, si ita, vt acceptum alicui ferre diceretur, Ce que des Essars au 3. livre d'Amad. chap. 1. dit porter gré, Si j'eusse sceu le peu de gré qu'il me porte de tant de services qu'il a receu de moy.

¶ Gré aussi se prent pour Grace (dont aucuns ont voulu dire qu'il vient de Gratia, et l'escrire Gray) Selon ce on dit, Je ne vous en sçay ne gré ne grace, c'est à dire, Je ne l'aggrée ny ne vous en remercie, et je vous sçay bon gré. Et par le contraire je vous sçay malgré, comme dit des Essars, audit livre, chap. 6. Mais qui examinera au naïf la proprieté de ces phrases dernieres, il trouvera que gré, ne se prent purement pour grace, car on ne dit pas aggréer, ou sçavoir et porter gré, nuement pour remercier, comme ne en Latin, Gratum mihi aut acceptum est, pour Gratiam ago, ou Gratiam habeo, Et quand on dit prenés en gré, ce n'est pas à dire, dites m'en grand mercy, mais ayez-le pour agreable.

A mon gré, Ex mea sententia, Ex animi mei sententia.

Cela m'est à gré, Collibet.

Qui est à gré, Acceptus.

Faire au gré d'aucun, Gratificari, Morigerari, Obsecundare, Obsequi voluntati alicuius.

Qui dit et fait tout au gré d'autruy, et luy accorde tout pour la repeuë franche, Parasitus.

Parler au gré d'aucun et le flater, Dicere ad voluntatem alicuius.

La chose vient à gré, Succedit ex sententia.

Cela m'est venu fort à gré, Accidit mihi illud gratum a te.

Il n'est point bien à mon gré, Hic mihi parum ex sententia est, B.

Il faut qu'on les escoute bon gré mal gré, Inculcant se auribus nostris, B. ex Cic.

Contre son gré, Praeter eius lubidinem, Ingratis, vel Ingratiis.

De mon bon gré et vouloir, Sans contrainte, Voluntate, ablatiuus.

De son bon gré et franc vouloir, Sponte, Vltro.

Du bon gré de tous, Omnium voluntate, Libentissimis omnibus.

Tout de gré, Dedita opera, Ex industria, Ob industriam, Prudens et sciens.

Porter gré à quelqu'un de quelque service, c'est luy en sçavoir gré, ce que l'Espagnol dit Agradescer, Ainsi en a usé des Essars en Amadis, voyez Gré.

Prendre en gré, Accipere aequo animo, AEquo animo ferre, Boni consulere, Recipere.

Je te prie pren en gré ce sacrifice, Mactus esto hoc sacrificio.

Il prenoit fort en gré ceste parole, Verbum ipsum omnibus modis animi et corporis deuorabat.

Ne prendre point en gré, Ingrata bona habere.

Sçavoir bon gré, Bonam gratiam habere alicui, Officium alicuius gratum acceptumque habere, voyez Gré.

Sçavoir bon gré à ceux qui ont trouvé quelque chose, Gratiam inuentoribus tribuere.

Sçavoir bon gré à vieillesse, Habere gratiam senectuti.

Demander qu'on nous scache bon gré du plaisir que nous avons fait, Quaerere gratiam, Gratiam pro beneficio repetere, Postulare gratiam apponi sibi.

Que nul ne me sçache mauvais gré de ce que je dy, Absit verbo inuidia.

Ils n'en sçavent point de gré si on leur fait quelque plaisir, Si quid benefacias, leuior pluma est gratia.

Je t'en sçay bon gré, Habeo tibi gratiam, Est gratia.

Qui sçait gré, Gratus.

Qui ne sçait nul gré, Ingratus.

Je te sçay bon gré que tu as respondu à Octavian, Multum te amo, quod respondisti Octauio, etc.

On ne leur en sçait pas tel gré qu'ils pensent, Ne illam quidem consequuntur, quam putant, gratiam.

Quand on sçait bon gré à aucun, et qu'on pense luy estre tenu d'aucune chose, où il n'a rien fait, et sans qu'il ait merité, Falsam gratiam inire.

Ne nous sçais-tu point quelque gré de, etc. Ecquid nos amas de fidicina istac, etc.

On luy sceut bon gré, et non sans cause, de, etc. Gratiam et gloriam haud immeritam tulit annonae leuatae.

Afin qu'à luy seul on en sceust gré, Vt sua vnius in his gratia esset.

Vouloir avoir le gré d'une chose, à laquelle on est tenu pour le devoir de son estat ou office, Muneris sui priuatique facere, quod muneris est publici atque necessarij, Id munificentiae atque obsequio acceptum referri velle, quod iuri ac legibus debetur, B.

Un proces qui va fort bien au gré de quelqu'un, Res forensis alicui sub manu succedens. B.

Il a bien plaidé au gré de la Cour, et de toute l'assistence, Secunda Curia causam egit, et plaudente corona togatorum. B.

gré


GRÉ, s. m. Bonne volonté qu'on a de faire quelque chôse. Il ne se dit que dans des expressions adverbiales. "Faire une chôse de son gré; de son bon gré, de plein gré; "contracter de gré à gré. "De gré ou de force, volontairement ou malgré soi. = À~ mon gré, à son gré; selon mon ou votre gré, selon mon ou votre goût; mon ou votre sentiment.
   La Raison, à son gré,
   Ne règle pas un coeur par l'amour égaré.       Créb.
— FIG. Au gré des flots, du vent, en suivant le moûvement qu'ils impriment. "Ses crins flotaient au gré du vent. "Il vit au gré de ses passions, de ses desirs.
   Et dois-je préférer, au gré de vos souhaits.
   Le soin de votre amour à celui de la paix.
       Rac.
Remarquez que cette expression, pour ne pas jeter de l'obscurité dans la phrâse, doit se raporter au sujet, (au nominatif.) Voici un exemple contraire. "Au gré de leurs passions, la chrétienté étoit un empire, dont ils étoient les maîtres. Raynal. Qu'est-ce qui régit au gré dans cette phrâse? Si c'est les maîtres, le régissant est trop éloigné du régime. Et d'ailleurs, qu'est-ce que, être les maîtres de la chrétienté au gré de ses passions? Si c'est une ellipse, et que l'Auteur ait sous-entendu agissant ou gouvernant, l'ellipse est un peu forte et la phrâse louche ou obscûre.
   De bon gré, de bon coeur, de bonne volonté, de bonne grâce, (synon.) on agit de bon gré, lorsqu'on n'y est pas forcé; de bon coeur, lorsqu'on y a de l'inclination; de bone volonté, lorsqu' on n'y a point de répugnance; de bone grâce, lorsqu'on témoigne y avoir du plaisir. — Ce qui est fait de bon gré est fait librement; ce qui est fait de bone volonté, est fait sans peine; ce qui est fait de bon coeur, est fait avec afection; ce qui est fait de bone grâce, est fait avec politesse. "Il faut se soumettre de bon gré aux lois; obéir à ses maîtres de bonne volonté; servir ses amis de bon coeur, et faire plaisir à ses inférieurs de bone grâce. GIR. Synon.
   On dit, avoir, ou recevoir, ou prendre quelque chôse en gré, l'agréer, y prendre plaisir. "Elle est assez raisonable, pour prendre en gré tous les lieux où son mari et son devoir la réduiront. Madame de Grignan. — Prendre en gré, signifie aussi recevoir avec patience, avec résignation. "Il faut prendre en gré les aflictions, que Dieu nous envoie. = De gré à gré, de bon gré, de part et d'aûtre. "Ils ont fait cela de gré à gré. = Bon gré, mal gré, de gré ou de force.
   Dans savoir gré, ou bon gré, et savoir mauvais gré, il se dit toujours sans article avec à et de pour régime. "Je sais bon gré, ou, je sais gré à votre frère de ce qu'il a fait pour moi. "Je me sais quelque gré de l'avoir fait. Se savoir bon gré d'une chôse, s'en aplaudir. "Je ne puis croire que le Public me sache mauvais gré de lui avoir doné cette Tragédie. Rac. Préf. de Bérénice.

Traductions

gré

Willewill, willingness, wishwil, zin, smaak, wensרצון (ז), רָצוֹןwilviljevolovoluntadviljivolontàvoluntasviljequerer, vontadevoieволяviljaarzuблагодарен感謝vděčnýkiitollinen감사กตัญญู (gʀe)
nom masculin
sans être forcé Il y est allé de son plein gré.
contre la volonté de Ils se sont mariés contre le gré de leurs parents.
qu'on le veuille ou non Il le fera de gré ou de force.
selon la volonté, le désir de Fais à ton gré !

gré

[gʀe] nm
à son gré [menu, programme] → to one's liking
Il a trouvé le menu à son gré → He found the menu to his liking.; [aller et venir] → as one pleases
Pendant l'été, il était libre d'aller et venir à son gré → During the summer he was free to come and go as he pleased.
au gré de → according to, following
Le programme variait au gré des conditions climatiques → The programme varied according to the weather conditions.
de bon gré → willingly
de son (plein) gré → of one's own free will
contre le gré de qn → against sb's will
contre son gré → against one's will
de gré ou de force → willingly or unwillingly
bon gré mal gré → like it or not
de gré à gré (COMMERCE) → by mutual agreement
savoir gré à qn de qch (littéraire) → to be grateful to sb for sth
Je vous saurais gré de bien vouloir ... (formule épistolaire) → I would be grateful if you would ...